À Strasbourg, Marie se prostitue depuis vingt ans. Elle a son bout de trottoir, ses habitués, sa liberté. Pour assurer l’avenir de son fils de 17 ans, Marie veut lui payer des études de chef-cuisinier dans un institut privé. Il lui faut de l’argent, vite… Une femme du monde est un film français écrit et réalisé par Cécile Ducrocq, son premier long métrage. On ne peut dire que le scénario soit vraiment passionnant, ni qu’il réserve des développements inattendus. Le film vaut surtout par la remarquable interprétation de Laure Calamy et la femme qu’elle interprète se montre pleine de vie, équilibrée malgré ses difficultés, combative et au final attachante. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Le film est le prolongement d’un court-métrage réalisé par Cécile Ducrocq en 2014, La Contre-allée, dans lequel Laure Calamy jouait déjà ce personnage de Marie.
Nissim Renard et Laure Calamy dans Une femme du monde de Cécile Ducrocq.
Un journal américain du Kansas possède une antenne nommée The French Dispatch à Ennui-sur-Blasé, dans la France des années 1950-60. Son rédacteur en chef meurt subitement et, selon les souhaits exprimés dans son testament, la publication du journal sera suspendue après un dernier numéro d’adieu, dans lequel trois articles des éditions précédentes du journal sont republiés ainsi qu’une nécrologie… The French Dispatch est un film américain écrit et réalisé par Wes Anderson. C’est le dixième long-métrage du réalisateur. Il nous baigne dans une France un peu fantasmée où le cinéaste multiplie les références au cinéma français. Il annonce la couleur dès le début du film avec une séquence où il reproduit presqu’à l’identique le si pittoresque escalier de Jacques Tati dans Mon Oncle. Le style de Wes Anderson est toujours aussi plaisant, coloré, ludique avec une grande liberté (et une bonne dose d’audace) dans la forme. Des trois grandes histoires qu’il nous conte, la première, Le chef-d’œuvre de béton avec Guillermo del Toro et Léa Seydoux, est la plus originale et la plus réussie. Après ce début enthousiasmant, les deux autres histoires déçoivent un peu, à la fois car elles sont moins fortes et aussi par leur interprétation plus fade. L’ensemble reste très plaisant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Pour Wes Anderson, The French Dispatch est un mélange de trois choses : « Un recueil d’histoires, ce que j’ai toujours eu envie de faire ; un film inspiré par le New Yorker et le genre de journalistes et d’auteurs qui ont fait la réputation du magazine ; et, puisque j’ai passé beaucoup de temps en France au fil des ans et que j’ai toujours voulu faire un film français, c’est aussi un film lié au cinéma français. » (Extrait du dossier de presse)
* Si la ville d’Ennui-sur-Blasé est bien entendu Paris, le tournage s’est déroulé à Angoulême.
* Le personnage de Rosenthaler, le peintre fou, trouve son inspiration dans le héros clochard de la comédie de Jean Renoir Boudu sauvé des eaux (1932), campé par Michel Simon.
* J.K.L. Berensen, campée par Tilda Swinton dans l’histoire « Le chef-d’œuvre de béton », est un personnage inspiré par la journaliste et conférencière Rosamond Bernier (1916-2016), fondatrice de la revue d’art L’Oeil.
* La seconde grande histoire s’inspire très librement de Mai 68 et notamment de l’appel à la liberté sexuelle lancé par Daniel Cohn-Bendit, alors étudiant à Nanterre.
Timothée Chalamet (en Daniel Cohn-Bendit) et Lyna Khoudri dans The French Dispatch de Wes Anderson.
Professeur à l’université, Hélène a depuis quelques mois une relation passionnée avec un homme dont elle ne sait presque rien, si ce n’est qu’il est russe et marié. Elle ne vit que dans l’attente du prochain rendez-vous… Passion simple est un film français réalisé par Danielle Arbid. Il est adapté du roman (paru en 1992) autobiographique d’Annie Ernaux qui a reçu le Prix Nobel de littérature en 2022. Danielle Arbid a visiblement pris le parti de la simplicité pour son approche de cette relation essentiellement physique, portant un regard neutre, sans jugement, sans étude de cas. Il n’y a que peu de dialogues, peu de pensées intérieures, très peu de personnages secondaires. Très cru mais sans être dérangeant, le film est une suite de scènes d’amour physique avec quelques scènes de vie. Il paraît vite répétitif. La cinéaste filme les corps de très près, les visages également. Le film a reçu d’assez bonnes critiques. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Laetitia Dosch et Sergei Polunin dans Passion simple de Danielle Arbid.
Remarque :
* Sergueï Polounine est un danseur de ballet ukrainien, ancien danseur du Royal Ballet, ayant pris la nationalité russe en 2018. Il arbore un tatouage du président russe sur son épaule.
Emmanuèle, une romancière épanouie, est appelée en urgence : son père, âgé de 85 ans, vient d’être hospitalisé après un accident vasculaire cérébral. Quand il se réveille, diminué et dépendant, cet homme curieux de tout et aimant passionnément la vie, demande à sa fille de l’aider à mourir… Tout s’est bien passé est un film français écrit et réalisé par François Ozon. Il s’agit de l’adaptation du roman paru en 2013 d’Emmanuèle Bernheim, dans lequel elle narrait sa propre histoire avec son père. La romancière, aujourd’hui décédée, était restée amie avec François Ozon après leur collaboration sur l’écriture de Sous le sable, de Swimming Pool et de 5×2. L’euthanasie est bien entendu un sujet délicat sur lequel chacun aura certainement des convictions. Tout s’est bien passé n’a toutefois rien d’un film militant, il ne cherche pas à convaincre. C’est le récit du trajet personnel de la romancière qui, au départ fortement opposée à l’idée, doit peu à peu se résoudre à accepter la volonté de son père. La gravité du sujet est légèrement contrebalancée par de petites touches d’humour ici et là. Très belle distribution. La transformation d’André Dussollier est stupéfiante, on ne le reconnaît qu’à grand-peine, et son jeu est remarquable. Sophie Marceau est tout autant admirable dans l’interprétation de son personnage qu’elle donne l’impression de vivre vraiment. Un film assez frappant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Dans la vraie vie, le compagnon d’Emmanuèle Bernheim (interprété par Eric Caravaca) n’est autre que Serge Toubiana, bien connu des cinéphiles, directeur de la Cinémathèque française de 2003 à 2016 (ce qui explique ses propos sur le cinéma).
Sophie Marceau, Géraldine Pailhas et André Dussollier dans Tout s’est bien passé de François Ozon.
Sophie Marceau et André Dussollier dans Tout s’est bien passé de François Ozon.
En 2063, alors que la Terre devient de plus en plus inhabitable, la colonisation d’une autre planète est envisagée. Un vaisseau générationnel est construit pour effectuer un long (86 ans) voyage de reconnaissance vers la planète choisie. À son bord se trouvent trente enfants brillants nés via la procréation médicalement assistée. Ils ont été entraînés et éduqués par un scientifique qui les accompagne. Après les dix premières années, la découverte de détails perturbants à propos de la mission va remettre en question leur formation et faire ressurgir leurs instincts… Voyagers est un film de science-fiction américain écrit, coproduit et réalisé par Neil Burger. Le film est décrit (par les producteurs) comme une version de « Sa Majesté des mouches dans l’espace ». Le thème du long voyage dans l’espace, classique de la littérature de science-fiction, n’est ici qu’en arrière-plan mais donne néanmoins une atmosphère plaisante au film. La cohérence ne semble pas recherchée. Le récit se concentre sur la libération (soudaine) des pulsions de ces jeunes adultes, un récit qui paraît bien classique et déjà vu, sans surprise notable. Voyagers est décevant par le manque de développement du scénario mais reste plaisant par son idée globale. Le film fut un échec commercial. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
En 1386, en Normandie, le chevalier Jean de Carrouges se prépare à affronter son ancien ami, l’écuyer Jacques le Gris, dans l’un des derniers duels judiciaires de l’Histoire de France. Aussi appelés « le jugement de Dieu », ces combats jusqu’à la mort étaient l’ultime recours dans les affaires impossibles à trancher. Comment en sont-ils arrivés à cette extrémité ? Le Dernier Duel est un film historique américano-britannique réalisé par Ridley Scott. Il s’agit de l’adaptation du livre homonyme d’Eric Jager publié en 2004. A la manière de Rashômon d’Akira Kurosawa, le récit est structuré en trois longs flashbacks, les mêmes évènements racontés par les trois personnages principaux. Hélas, ici, les récits ne sont pas suffisamment différents, seul celui de Marguerite de Carrouges apporte une timide perspective supplémentaire, donnant en outre au film des accents actuels. Le film paraît donc beaucoup trop long et répétitif. En revanche, la reconstitution est soignée et le film est techniquement parfait. Ce sont ses deux principaux atouts. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Un compositeur en mal d’inspiration, qui vient de quitter femme et enfants, pense trouver refuge dans une vieille maison à flanc de falaise, sur une île bretonne presque déserte. Dans ce lieu étrange et isolé, il ne va trouver qu’un piano désaccordé et des visiteurs bien décidés à ne pas le laisser en paix…
Guillaume Canet a écrit le scénario de Lui alors que son projet Astérix et Obélix l’Empire du Milieu était stoppé à cause du COVID. Il dit l’avoir écrit sans véritable réflexion ni logique, sans même imaginer que cela deviendrait un film. Il précise également avoir puisé des éléments dans sa vie personnelle sans que ce soit autobiographique toutefois. Si le résultat n’est pas convaincant, il faut reconnaitre qu’il n’a pas hésité à prendre des risques : son film repose sur le principe de faire dialoguer le personnage avec lui-même en faisant visuellement apparaître ses proches qui lui donnent la réplique. Guillaume Canet reconnait l’influence de Bertrand Blier… mais il n’arrive pas à l’égaler, hélas. Son histoire tourne en rond et reste bien trop conventionnelle, les dialogues sont souvent vulgaires (dans les deux sens du mot, communs et grossiers). Le film n’a pas créé l’enthousiasme, autant du côté de la critique que du public. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Henry, star de stand-up, et Ann, cantatrice de renommée internationale, forment un couple épanoui, constamment sous le feu des projecteurs. Mais au cœur d’une tempête naît un tragique instant qui donne à leur destin et à celui d’Annette, leur fille, une orientation inattendue… Annette est un film musical franco-germano-belge, réalisé par Leos Carax, son sixième long métrage en trente-sept ans. Plus que « comédie musicale », le terme qui me semble le plus approprié pour le qualifier est « opéra rock » (personnellement, il m’a évoqué le Tommy des Who). L’histoire et la musique sont signées par le groupe californien Sparks, ce duo formé dans les années soixante dix par les frères Ron et Russell Mael, qui n’ont rien perdu de leur talent de création. La musique est excellente. Il s’agit d’un drame de la passion et de la jalousie, qui n’est pas sans montrer une certaine noirceur, avec aussi quelques allusions au mouvement #metoo. Leos Carax a su en faire une œuvre filmique assez unique qui prend des formes variées et inattendues, d’une grande audace aussi (le personnage d’Annette est là pour en témoigner). Il a su insuffler un lyrisme plutôt baroque à l’ensemble, souligné par de belles fulgurances. Le film a été très bien reçu par la critique et assez bien par le public qui a parfois été dérouté par son originalité. C’est assurément le film le plus accessible de Leos Carax, du moins à ce jour. Elle: – Lui :
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Adam Driver et Marion Cotillard dans Annette de Leos Carax.
Le superbe plan séquence du générique présente l’équipe de Annette de Leos Carax :
(1er rang) Simon Helberg, Marion Cotillard et Adam Driver
(2e rang) Russell Mael (derrière Marion Cotillard) et Ron Mael (à droite)
(à l’arrière) Leos Carax (avec le chapeau) et sa fille
Nichés derrière leurs écrans, Daniel et son équipe pilotent des drones militaires au Mali. Tandis qu’une opération spéciale se prépare pour tenter d’arrêter le leader d’une cellule terroriste, la femme et la fille de Daniel débarquent à Bamako pour un week-end, immédiatement mises en sécurité dans un hôtel. Mais quand une première cible est neutralisée, Daniel reçoit un SMS : « On a ta femme »… Pilote est un film français écrit et réalisé par Paul Doucet, son premier long métrage. Il s’agit d’une petite production et le résultat est plus qu’honorable. Le scénario, bien que peu crédible, est bien écrit : un huis clos numérique où tout se déroule par écrans interposés avec une bonne progression de la tension. Bien entendu, tout n’est pas parfait, le jeu des acteurs des seconds rôles est notamment perfectible mais producteurs et réalisateurs ont su bien utiliser leur budget limité. Le film n’est pas sorti en salles. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Alors qu’il n’arrive toujours pas à se remettre d’un drame personnel, Yusuke Kafuku, acteur et metteur en scène de théâtre, accepte de monter Oncle Vania dans un festival, à Hiroshima. Il y fait la connaissance de Misaki, une jeune femme réservée qu’on lui a assignée comme chauffeur… Drive My Car est un film japonais coécrit et réalisé par Ryūsuke Hamaguchi, sorti en 2021. Il s’agit de l’adaptation de la nouvelle du même nom de l’écrivain japonais Haruki Murakami parue dans le recueil Des hommes sans femmes. C’est un film d’une profondeur inhabituelle, assez littéraire dans son sujet, plutôt abstrait tout en restant réaliste, avec des personnages forts et des connotations philosophiques. Hamaguchi utilise de façon inattendue la pièce de Tchekov L’oncle Vania qui devient une pure abstraction pour mieux rebondir sur la mélancolie des personnages principaux. Les quelque trois heures de film passent rapidement. Le film a été très bien reçu par la critique et le public. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Hidetoshi Nishijima et Tôko Miura dans Drive My Car (Doraibu mai kâ) de Ryûsuke Hamaguchi. Masaki Okada et Hidetoshi Nishijima dans Drive My Car (Doraibu mai kâ) de Ryûsuke Hamaguchi.