Un cuisinier, un producteur de radio, un pilote de ligne et un juge se réunissent dans une villa bourgeoise pour, ce qu’ils appellent, un « week-end gastronomique »… La grande bouffe fait partie de ces films qui firent grand scandale à sa sortie. Cette fuite en avant vers la jouissance est une parabole sur notre société de consommation, société de l’abondance. Marco Ferreri a choisi la forme la plus provocante qui soit, montrant des scènes de sexe de façon très crue et directe (les quatre amis invitent trois prostituées et une institutrice) et surtout une perte totale des valeurs bourgeoises. Les personnages gardent le prénom des acteurs (par exemple le personnage joué par Michel Piccoli s’appelle Michel) ce qui accentue le réalisme et la force du propos. Bien entendu, le propos est toujours actuel puisque cette société de consommation, ici dénoncée, est la nôtre aujourd’hui. La recherche de la simple jouissance et de l’abondance mène-t-elle inéluctablement vers la mort ? Elle: – Lui :
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Remarques :
* Le vieux gardien de la maison est interprété par Henri Piccoli, le père de Michel Piccoli. Sa fille dans le film est Cordelia Piccoli, sa fille dans la vraie vie.
* Les dialogues sont signés par Francis Blanche.
* A noter, une belle parodie de Marlon Brando par Ugo Tognazzi (le film Le Parrain était sorti peu avant) et Mastroianni parodie un certain leader d’extrême-droite français (qui venait de fonder le FN) lorsqu’il se met un slip sur l’oeil en guise de bandeau.
Aux Objets trouvés, on rencontre des objets très inattendus. C’est l’histoire de quatre d’entre eux qui nous est ici contée… Souvenirs perdus est un film à sketches, conçu pour avoir à son affiche un grand nombre d’acteurs connus. Adaptées par Christian-Jaque et Jacques Companéez, ces quatre histoires n’ont pas vraiment de lien entre elles : deux jouent la carte de l’humour, les deux autres sont plus mélancoliques. Le film souffre des défauts du genre et paraît superficiel. L’objet à la source de chaque histoire n’a souvent qu’un rôle négligeable. L’histoire avec Gérard Philipe est certainement la plus originale et la plus forte mais, au final, pêche par sa brièveté. La dernière, écrite par Prévert, est la plus amusante avec un jeune Yves Montand terriblement charmeur. Souvenirs perdus nous laisse hélas sur notre faim. Elle: – Lui :
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Les sketches : 1. Une statuette d’Osiris
écrit par Jacques Prévert
avec Pierre Brasseur et Edwige Feuillère
Deux anciens amants se rencontrent un soir de Noël, chacun faisant croire à l’autre qu’il mène une belle vie… 2. La couronne mortuaire
écrit par Henry Jeanson et Pierre Véry
avec Suzy Delair, François Périer et Armand Bernard
Alors qu’il doit se rendre à l’enterrement de son oncle, un coureur de jupons reçoit la visite inattendue d’une de ses anciennes conquêtes. Son majordome lui fait croire que c’est lui qui est mort… 3. Une cravate de fourrure
écrit par Henry Jeanson et Pierre Véry
avec Danièle Delorme et Gérard Philipe
Un homme désespéré tue pour se venger d’une sombre histoire familiale. Il rencontre une jeune fille sur le point de ses suicider… 4. Le violon
écrit par Jacques Prévert et Pierre Prévert
avec Bernard Blier, Yves Montand et Gilberte Géniat
Amoureux de l’épicière, un agent de police feint de s’intéresser aux talents de violoniste de son jeune garçon…
Félix Bonnadieu sait que sa femme Gabrielle le trompe avec un jeune garçon de 19 ans. Mais il aime profondément sa femme et va tenter de la reconquérir… Avant d’être réalisateur, le français Carlo Rim a d’abord été scénariste et l’on ne sera donc pas étonné que le point fort de La maison Bonnadieu soit plutôt du côté de son scénario. Carlo Rim s’amuse avec l’adultère dans cette histoire où toutes les femmes trompent leur mari. Il y a beaucoup d’humour dans les dialogues. Très bonne interprétation avec Danielle Darrieux, toujours aussi belle, et Bernard Blier parfait en mari désespéré et un peu gauche. Les seconds rôles sont également très bien définis et tenus. La chanson La complainte des infidèles, ici interprétée par Mouloudji lui-même, est devenue célèbre. La maison Bonnadieu est un film très plaisant. Elle: – Lui :
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Léon est garçon de bains-douches. Il est timide, maladroit avec les femmes, on se moque de lui, il s’ennuie. Il va développer une véritable passion pour le tango… L’acrobate est le troisième film de Jean-Daniel Pollet avec Claude Melki. Tous deux travaillent, une fois de plus, en parfaite alliance. Claude Melki a même commencé à prendre des leçons de tango un an avant le tournage alors que Jean-Daniel Pollet et Jacques Lourcelles n’en avaient pas encore écrit une ligne. Nous retrouvons donc Léon, le personnage rencontré dans l’Amour c’est gai, l’amour c’est triste (1971) mais, cette fois, il trouvera une certaine rédemption, par la pratique et la maitrise d’une discipline, le tango. Le film a un petit côté documentaire mais c’est grâce à Claude Melki qu’il trouve toutes ses nuances et sa richesse. Son côté clown triste le rend une fois encore très attachant et il montre une souplesse et une grâce étonnante dans ses mouvements. L’acrobate est à la fois gai et triste : humour et mélancolie sont ici harmonieusement mêlés. C’est un film subtil et original. Elle: – Lui :
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Dans le Quartier Latin des années 1840, quatre jeunes artistes sans le sou vivent difficilement mais gaiment. Ils se nomment « les mousquetaires de la bohème ». Rodolphe, le poète, fait la rencontre de Mimi… La vie de bohème est adapté du roman autobiographique d’Henry Murger (Rodolphe dans le film), roman mis en opéra par Puccini en 1896 (« La Bohème »). Marcel L’Herbier a tourné cette grande production en 1942 sous l’Occupation mais la lenteur du montage ne permettra de ne le sortir qu’en 1945. Malgré toutes les restrictions, le film bénéficie de décors soignés et d’une certaine ampleur. Le film commence de façon tourbillonnante (tonitruante même), sur le registre de la fantaisie et devient de plus en plus grave ensuite. Le déroulement de la narration est loin d’être parfait même si le découpage en quatre saisons est assez séduisant. Louis Jourdan est parfait, Maria Denis sans doute un peu trop âgée pour le rôle. Marcel L’Herbier adopte une réalisation très classique, sans doute un peu trop, et ce grand mélodrame parait hélas un peu désuet aujourd’hui. Elle: – Lui :
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Voir les autres films de Marcel L’Herbier chroniqués sur ce blog…
Autres adaptations : La vie de bohème d’Albert Capellani (1916) La bohème de King Vidor (1926) avec Lilian Gish et John Gilbert Mimi de Paul L. Stein (1935) avec Douglas Fairbanks Jr La Bohème de Luigi Comencini (1988) avec Barbara Hendricks (opéra) La vie de bohème d’Aki Kaurismäki (1992)
(Film muet) Une femme fait un cauchemar où elle est comme poursuivie par un même homme dans différents déguisements et dans d’étranges situations. Au réveil, elle se rend compte que cet homme est le détective Z dont elle a lu une histoire avant s’endormir. Parisienne, amoureuse de sa ville, elle vit une vie de plaisirs au grand dam de son mari… Acteur russe le plus célèbre en son pays, Ivan Mosjoukine et sa femme Nathalie Lissenko font partie d’un groupe d’acteurs et de cinéastes qui émigrèrent en France après la Révolution de 1917 (1). Mosjoukine est principalement un acteur mais il a aussi réalisé deux films, dont Le brasier ardent. C’est un film étonnant tout à fait dans le ton de l’Avant Garde française du début des années 20. Il en a écrit le scénario et en interprète lui-même le rôle principal. L’acteur est le spécialiste des expressions faciales (2), sa présence à l’écran est absolument énorme. Le brasier ardent est enthousiasmant par sa créativité, son imagination débordante, ses effets graphiques, ses gadgets plein d’humour, le remarquable travail sur la lumière (3)… Avec ces images, Mosjoukine parvient à fondre le réel et l’imaginaire. Son film est aussi très russe dans l’esprit : c’est sur la profondeur de l’âme de la femme volage que le détective promet d’agir. Le brasier ardent n’eut aucun succès à l’époque (4). Presque un siècle plus tard, il est pourtant toujours capable de nous surprendre et de nous enchanter, d’autant plus qu’il est magnifiquement restauré. C’est une merveille. Elle: – Lui :
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(1) Outre Ivan Mosjoukine (de son vrai nom, Ivan Ilyitch Mozzhukhin) et Nathalie Lissenko, on peut compter dans ce groupe Volkoff, Protazanov, Viktor Tourjansky, Starevitch, Nicolas Koline, Nathalie Kovanko et le producteur Joseph Ermoliev. Au sein de la compagnie Albatros, le groupe travaillait plutôt en circuit fermé. Certains, comme Protazanov retourneront ensuite en Russie. Ivan Mosjoukine, quant à lui, sera appelé par Hollywood en 1926 qui ne saura pas l’utiliser et détruira son personnage en tentant de l’américaniser.
Pour en savoir plus, voir la section sur les films Albatros du site de Cinémathèque Française…
(2) C’est en utilisant des plans de l’acteur Mosjoukine que Lev Kulechov a fait sa fameuse démonstration de l’importance du montage pour générer des sentiments différents.
(3) Le directeur de la photographie est le français Joseph-Louis Mundwiller qui a débuté sa carrière en Russie sous le nom de George Meyer. On le retrouvera ensuite sur le Napoléon d’Abel Gance.
(4) Ecoutons Jean Renoir : « Un jour, au cinéma du Colisée, je vis Le brasier ardent mis en scène par Mosjoukine et produit par le courageux Alexandre Kamenka des films Albatros. La salle hurlait et sifflait, choquée de ce spectacle si différent de sa pâture habituelle. J’étais ravi. Enfin, j’avais devant les yeux un bon film en France. Bien sûr, il était fait par des Russes, mais à Montreuil, dans une ambiance française, sous notre climat ; le film sortait dans une bonne salle, sans succès, mais il sortait. Je décidai d’abandonner mon métier qui était la céramique, et d’essayer de faire du cinéma. »
Jean Renoir, Mes années d’apprentissage, extrait de Écrits (1926-1971).
C’est la rentrée au cours d’Art Dramatique du Conservatoire de Paris. Isabelle réussit le concours d’entrée et fait la rencontre de François dont Coecilia est amoureuse… Entrée des artistes est un film assez étrange car il semble presque ambivalent : il y a une histoire d’amour qui se mute en drame, partie qui apparaît plutôt conventionnelle (surtout avec le recul du temps) et il y a cette observation d’un petit monde si particulier, celui d’un cours d’art dramatique, partie qui reste fascinante et atemporelle. C’est un plaisir de voir Louis Jouvet diriger ses élèves et les reprendre sur leur interprétation, l’acteur étant lui-même professeur dans la vraie vie. L’autre point fort du film, ce sont les merveilleux dialogues d’Henri Jeanson, vifs, enlevés, parfois truculents même, qui sauvent même les scènes les plus faibles. Car il y en a mais il y a aussi des scènes très brillantes comme cette visite du professeur à la famille d’Isabelle, ou des scènes très fortes comme le final ou beaucoup des scènes avec Louis Jouvet. Entrée des artistes déroute (1) car c’est à la fois un drame et un divertissement élégant, assez intellectuel finalement car il demande, du moins aujourd’hui, de prendre un certain recul pour observer et vraiment l’apprécier. Elle: – Lui :
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(1) Marc Allégret lui-même fut dérouté par le résultat puisqu’il renia le film dans un premier temps. Il changea d’avis en réalisant qu’il fonctionnait parfaitement, le succès public l’attestant.
A Hollywood à la fin des années vingt, la star du cinéma muet George Valentin refuse de croire à l’avènement du cinéma parlant. La jeune et pétillante Peppy Miller y croit et sa célébrité ne fait que grandir… The Artist est avant tout un pari audacieux : il faut oser réaliser en 2011 un film muet, en noir et blanc, en format 4:3 et filmé en focales fixes (pas de zooms) (1). Michel Hazanavicius fait ainsi la symbiose entre le sujet et la forme ce qui rend déjà la démarche séduisante. La reconstitution est minutieuse, la photographie est remarquable avec un superbe travail sur l’éclairage et les contrastes pour faire un vrai noir et blanc. Par rapport à un vrai film muet de l’époque, la différence est surtout au niveau du jeu des acteurs (moins expressif) et le faible nombre d’intertitres (les films muets sont généralement bien plus « bavards »). Mais, cela n’empêche pas l’histoire d’être très compréhensible, ce qui témoigne de la réussite de l’ensemble. Le personnage joué par Jean Dujardin est très inspiré de Douglas Fairbanks. Le film comporte de nombreux clins d’œil cinématographiques. The Artist est un bel hommage à ces grandes années du cinéma à Hollywood, même s’il donne une vision faussée, ou au moins réductrice, du cinéma de cette époque. The Artist est aujourd’hui le film français le plus primé de toute l’histoire du cinéma, il est allé chasser sur les terres américaines avec succès. C’est incontestablement une belle réussite. Elle: – Lui :
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Remarques :
A noter la petite apparition de Malcom McDowell (le majordome assis à l’extérieur à qui parle Peppy lors de sa première audition).
(1) Le film muet précédent de grande ampleur est La dernière folie de Mel Brooks (Silent Movie) de Mel Brooks (1976) mais il s’agissait d’un film parodique et il était en couleurs et en format large.
A la tête d’une concession de vente de voitures de luxe, Maxime voit sa vie basculer lorsque son associé meurt assassiné. Il se retrouve alors en prise directe avec une petite bande de malfrats qui semblent vouloir lui demander des comptes… Blanc comme neige est un film noir à la française. La première scène dans la neige et l’enchainement de catastrophes et de mauvais plans font penser à Fargo des Frères Coen mais le film de Christophe Blanc n’en a pas hélas les qualités. Son problème principal réside certainement au niveau du scénario : il est truffé d’incohérences et, dans son ensemble, l’histoire n’est guère passionnante. La mise en scène est plus convaincante, Christophe Blanc contrôle très bien son film et certaines scènes sont très réussies. L’interprétation est parfaite. Ces deux éléments sauvent le film. Elle: – Lui :
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A Paris, avant la Première Guerre mondiale, Pierre Leblanc, un peintre, rencontre Janine, employée dans une maison de couture au bal du 14 juillet. Ils se revoient peu après et connaissent un vrai bonheur. Pierre montre des talents pour la création de robes. Mais la guerre survient… Paradis perdu est tourné par Abel Gance juste avant la Seconde Guerre mondiale, comme un avertissement de la catastrophe à venir. Le film comporte deux parties assez distinctes. La première, qui montre la construction du bonheur de Pierre et Janine, est assez réussie avec un bon enchainement des scènes et un rythme enlevé. La seconde, plus grave, l’est moins ce qui est assez surprenant pour Abel Gance. Les enchainements sont ici plus brutaux, voire chaotiques avec même un nouveau petit drame en final (lors de l’inauguration) qui semble plutôt plaqué. Paradis perdu fut un film de commande et semble assez mineur dans la filmographie d’Abel Gance. Elle: – Lui :
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