26 novembre 2013

Macbeth (1948) de Orson Welles

MacbethAlors qu’il rentre de la guerre avec son ami Banquo, Macbeth rencontre trois sorcières qui lui prédisent qu’il sera roi et que les descendants de Banquo lui succèderont. Quand elle prend connaissance de cette prédiction, Lady Macbeth le presse d’agir au plus vite… Orson Welles, dans tous ses films, aime explorer l’âme humaine au plus profond. On comprend aisément que Macbeth, cette fable puissante sur l’ambition dans son expression la plus destructrice, ait tant fasciné le cinéaste. A l’âge de 21 ans, en 1936, il l’avait déjà monté sur les planches de façon innovante… avec uniquement des acteurs noirs. Le fait d’avoir un budget excessivement réduit n’était pas pour l’arrêter dans sa détermination : il tourne l’ensemble en vingt et un jours pour la Republic, une compagnie plus habituée à tourner des westerns et dont il utilise studios et costumes. Les décors paraissent faits en carton (et ils le sont…) mais, paradoxalement, cette épure lui permet de porter son adaptation beaucoup plus haut, donnant une grandeur et une abstraction naturelle à son film. Elle fait encore mieux ressortir la fureur dévorante de son ambitieux personnage qu’il interprète magistralement. Le public anglo-saxon accueillit cette adaptation très froidement, reprochant à Welles d’avoir utilisé des acteurs à l’accent écossais (1). Le film fut ainsi beaucoup plus apprécié dans les autres pays, notamment en France, tout en souffrant de la comparaison avec le Hamlet de Laurence Olivier, tourné avec un budget beaucoup plus important et sorti simultanément. Ce Macbeth d’Orson Welles est assez unique, c’est une adaptation pleine de noirceur et de rage meurtrière qui nous traverse et nous engloutit.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Orson Welles, Jeanette Nolan, Dan O’Herlihy, Roddy McDowall
Voir la fiche du film et la filmographie de Orson Welles sur le site IMDB.

Voir les autres films de Orson Welles chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* En guise de répétition grandeur nature, Welles donna une représentation de Macbeth sur scène à Salt Lake City en 1947.
* Afin de pouvoir tourner plus rapidement, Welles enregistra d’abord les textes seuls. Les acteurs n’eurent ensuite qu’à mimer la parole pendant le tournage, permettant ainsi aux techniciens (selon les propres dires du cinéaste) de brailler leurs ordres et de faire moult bruits intempestifs en maniant leurs appareils.
* Orson Welles dit toutefois avoir postsynchronisé les dialogues après le tournage pour atténuer le « scottish burr » à la demande de Charles Feldman, ami de Welles et coproducteur (entretiens avec Peter Bogdanovich).
* Le film n’a longtemps été visible que dans sa version réduite à 89 minutes. La version initiale de 107 minutes n’a refait surface que dans les années quatre-vingt. Un placard en début de film précise que 8 minutes d’introduction musicale ont été enlevées.
* Janette Nolan (Lady Macbeth), dont c’est ici le premier film, était alors une actrice de radio. Elle aura ensuite une longue carrière au cinéma à la télévision (197 films d’après IMDB), sa participation ultime étant à 86 ans dans L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de Redford, quelques mois avant sa mort.
* Il est difficile de lister les autres adaptations de Macbeth au cinéma (et plus encore à la télévision) tant elles sont nombreuses. Deux des plus remarquables sont toutefois le Macbeth de Roman Polanski (1971) et Kumonosu jô d’Akira Kurosawa (1957).

(1) Rappelons que Macbeth se déroule en Ecosse… C’est pour être plus près de l’esprit de Shakespeare qu’Orson Welles avait tenu à ce fameux « scottish burr ». On désigne sous ce terme la façon de prononcer les « r » de façon gutturale qui est si typique de l’accent écossais.

3 mai 2013

Meurtre mystérieux à Manhattan (1993) de Woody Allen

Titre original : « Manhattan Murder Mystery »

Meurtre mystérieux à ManhattanLarry et Carol rencontre leurs voisins de palier qui les invitent à prendre un café chez eux. Le lendemain, ils apprennent avec stupéfaction que la femme vient de décéder d’une crise cardiaque. Lorsque, quelques jours plus tard, ils parlent avec le mari qui n’a pas l’air très éploré, Carol commence à avoir des doutes… Meurtre mystérieux à Manhattan marque les retrouvailles de Woody Allen avec Diane Keaton (1). Si le duo ne fait plus de grandes étincelles, il fonctionne encore très bien. Meurtre mystérieux à Manhattan est une comédie sur fond d’intrigue policière qui, justement, se rapproche du style des comédies de Woody Allen des années soixante-dix. L’intrigue est amusante mais elle est aussi un révélateur pour les problèmes de vieux couple de Carol et Larry. Les dialogues sont savoureux avec de superbes réparties dont Woody Allen a le secret telles que « Si j’écoute trop de Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne ! » ou encore (en réponse aux élucubrations de sa femme) « Garde un peu de folie pour ta ménopause ! ». Cela n’arrête pas. Ce sont ces dialogues qui donnent à Meurtre mystérieux à Manhattan tout son sel et si l’on peut le trouver plus superficiel que d’autres, le film reste un petit délice d’humour. Seul défaut : une caméra à l’épaule un peu trop agitée.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Woody Allen, Diane Keaton, Alan Alda, Anjelica Huston
Voir la fiche du film et la filmographie de Woody Allen sur le site IMDB.

Voir les autres films de Woody Allen chroniqués sur ce blog…

Remarques :
Plusieurs hommages cinématographiques :
– Le film vu au cinéma est Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder
– La scène finale des miroirs reproduit celle de La Dame de Shanghai d’Orson Welles
mais aussi,
on peut remarquer que l’idée du montage d’une bande magnétique vient de Unfaithfully Yours de Preston Sturges, le cadavre au dessus de l’ascenseur vient du Silence des agneaux, et on peut noter les allusions à Casablanca (ça, ce n’est pas la première fois), à L’année dernière à Marienbad (« J’ai passé six mois à te l’expliquer ») ou même cette réplique (paniquant à l’idée de mourir enfermé dans l’ascenseur bloqué) « Aahhh, ma vie défile devant mes yeux. Et le pire, c’est que je n’ai qu’une vieille voiture d’occasion. » est certainement une allusion aux Choses de la vie de Claude Sautet (où Piccoli conduit une jolie décapotable).

(1) A part une courte apparition en chanteuse dans Radio Days, le dernier film de Woody Allen dans lequel Diane Keaton avait joué était Manhattan (1979), soit 14 ans auparavant. Ce sera le dernier. Au final, Diane Keaton aura joué dans six films de Woody Allen (7 avec Radio Days et même 8 si on assimile Play it again Sam aux films de Woody Allen).

16 février 2013

Si Versailles m’était conté (1954) de Sacha Guitry

Si Versailles m'était contéCe film de 2h45 relate l’histoire du Château de Versailles depuis sa construction sous Louis XIII jusqu’à la Révolution. Il faut préciser d’emblée que Si Versailles m’était conté est plus un divertissement qu’une fresque historique, Sacha Guitry s’intéressant plutôt aux petites histoires et aux secrets d’alcôve qu’à la grande Histoire. On peut donc reprocher au film de ne pas être parfaitement juste historiquement parlant mais il n’est pas non plus totalement faux… disons que Sacha Guitry n’hésite pas à arranger les choses quand il s’agit de placer un bon mot et il escamote ce qui ne l’intéresse pas. Des mots d’esprit, nous en avons beaucoup, Sacha Guitry s’amuse à les mettre dans la bouche de ses personnages, jouant souvent avec le recul du spectateur pour mieux l’amuser. C’est le plus souvent assez réussi, le ton est léger et badin mais Guitry ne va jamais trop loin et sait rester dans le bon goût. Il sait en tous cas ne pas être ennuyeux. Tourné en Eastmancolor (c’est le premier film en couleurs du réalisateur), le film est fastueux par ses décors, ses costumes et sa distribution où l’on retrouve une bonne partie des acteurs majeurs français de l’époque et même deux acteurs américains de premier plan (Claudette Colbert et Orson Welles). La mise en scène est bien maitrisée malgré la rapidité du tournage (1). Le film a été tourné dans le Château de Versailles lui-même et ses jardins ce qui permet de faire revivre les lieux. Si Versailles m’était conté a participé activement à la recherche de fonds pour restaurer le château (2). Son énorme succès populaire a permis également de restaurer le prestige de Sacha Guitry après les accusations qu’il avait subies à la Libération.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jean Marais, Claudette Colbert, Micheline Presle, Sacha Guitry, Lana Marconi, Gilbert Bokanowski, Michel Auclair, Jean-Pierre Aumont, Jean-Louis Barrault, Jeanne Boitel, Bourvil, Pauline Carton, Gino Cervi, Jean Chevrier, Aimé Clariond, Nicole Courcel, Danièle Delorme, Yves Deniaud, Jean Desailly, Daniel Gélin, Fernand Gravey, Pierre Larquey, Mary Marquet, Gaby Morlay, Jean Murat, Giselle Pascal, Jean-Claude Pascal, Édith Piaf, Gérard Philipe, Jean Richard, Louis Seigner, Raymond Souplex, Jean Tissier, Charles Vanel, Orson Welles
Voir la fiche du film et la filmographie de Sacha Guitry sur le site IMDB.
Voir les autres films de Sacha Guitry chroniqués sur ce blog…

On notera également la présence de :
Brigitte Bardot, Annie Cordy, Jacques François, Jeanne Fusier-Gir, Robert Hirsch, Jacqueline Huet, Jacqueline Maillan, Jean Ozenne, Frédéric Rossif, Guy Tréjan, Jacques Varennes.

(1) Cette rapidité de tournage est assez coutumière chez Sacha Guitry. Le tournage ne dura ici que deux mois en juillet et août 1953.
(2) Notons que sur le site internet officiel du Château de Versailles, le film de Sacha Guitry est listé parmi les grandes dates de l’histoire du château, au même titre que, par exemple, le Traité de Versailles. Voir la page…

22 novembre 2012

Monsieur Verdoux (1947) de Charles Chaplin

Monsieur VerdouxAprès avoir été mis à la porte de la banque où il travaillait et ne pouvant trouver un travail pour faire vivre sa famille, Monsieur Verdoux a l’idée d’épouser de riches veuves pour les faire ensuite disparaître… Au sein de la filmographie de Charles Chaplin, Monsieur Verdoux peut étonner. Pourtant il s’y inscrit parfaitement. Le film est une fable sociale qui dénonce cette société capable de broyer les individus et que Verdoux combat avec ses propres armes (« le meurtre est l’extension logique des affaires »). La combat-il d’ailleurs puisqu’il cherche avant tout à s’y réinsérer? Le personnage est complexe : l’identification du spectateur avec lui ne peut être totale, il s’agit d’un meurtrier, mais pourtant ce Monsieur Verdoux ne manque pas de charme. C’est un être sensible, terriblement séducteur, élégant par son langage, cynique certes mais pouvant faire preuve de grande compassion comme en témoigne cette scène avec la jeune fille qu’il recueille. C’est aussi un film contre la guerre, comme le montre le propos vers la fin du film.Monsieur Verdoux Monsieur Verdoux peut ainsi être vu comme un condensé des Lumière de la ville, des Temps Modernes et du Dictateur. Bien entendu, le film n’est pas dénué de scènes comiques mais le burlesque tourne essentiellement autour d’un seul personnage, l’une de ses femmes qui a une chance extraordinaire. C’est un comique assez noir, toutefois. Le film est parfait dans sa forme, que se soit par sa construction ou son rythme. L’interprétation de Chaplin est remarquable. Monsieur Verdoux n’eut aucun succès à sa sortie. Victime de la paranoïa anticommuniste, Chaplin était alors l’objet d’une vaste campagne de dénigrement. Il fut mieux accueilli en Europe. Avec le temps, le film a regagné la place qu’il mérite. Monsieur Verdoux fait partie des très beaux films de Chaplin. C’est un film subtil et profond, mais aussi d’une grande sensibilité.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Charles Chaplin, Martha Raye, Isobel Elsom, Marilyn Nash
Voir la fiche du film et la filmographie de Charles Chaplin sur le site IMDB.

Voir les autres films de Charles Chaplin chroniqués sur ce blog…

Monsieur Verdoux
Remarque :
C’est Orson Welles qui a donné à Chaplin l’idée de base de Monsieur Verdoux : Welles avait pour projet de tourner un documentaire romancé sur Landru et désirait que Chaplin en soit l’interprète principal. Chaplin refusa en disant qu’il ne s’était fait diriger par aucun metteur en scène jusqu’à présent et qu’il n’avait pas l’intention de commencer. Intéressé toutefois par l’idée, Chaplin racheta le script de Welles pour le réécrire ensuite entièrement.

22 septembre 2012

Le troisième homme (1949) de Carol Reed

Titre original : « The third man »

Le troisième hommePeu après la fin de la guerre, l’écrivain de romans populaires Holly Martins arrive à Vienne sans un sou en poche pour retrouver son ami Harry Lime qui lui a promis un emploi. Il apprend que son ami vient juste d’être tué dans un accident. Les circonstances de sa mort lui paraissent bien obscures… Adaptation d’un roman de Graham Greene, Le troisième homme a connu un grand succès populaire et cinéphilique : c’est l’un des films les plus célèbres de l’histoire du cinéma et certainement le film anglais le plus connu. Ce succès, il le doit à son atmosphère si particulière, pleine de mystère avec ses scènes nocturnes et ses coins sombres, beaucoup de scènes ayant été tournées sur place dans la Vienne à demi-dévastée. Il le doit aussi et surtout à la musique jouée la cithare d’Anton Karas qui eut un succès immense à l’époque, devenant ainsi un grand atout publicitaire pour le film ; elle reste aujourd’hui l’une des musiques de film les plus connues. Auprès des cinéphiles, l’aura du Troisième homme fut encore plus forte à la suite de rumeurs liées à la présence d’Orson Welles : l’acteur/réalisateur aurait, disait-on, fortement influencé le tournage et même modelé le scénario, le style général du film et la présence de Joseph Cotten appuyant ces croyances. En réalité, l’action d’Orson Welles est limitée à quelques répliques, dont sa fameuse sur le coucou suisse(1), et l’idée du plan des doigts à travers la grille. Le troisième homme montre des influences diverses, reprend certains des codes du film noir, évoque beaucoup les films d’Hitchcock dans sa période anglaise. Carol Reed fait ici un usage assez immodéré du Dutch angle(2). Même si sa réputation peut paraître excessive, Le troisième homme est un très bon film.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Joseph Cotten, Alida Valli, Orson Welles, Trevor Howard
Voir la fiche du film et la filmographie de Carol Reed sur le site IMDB.
Voir les autres films de Carol Reed chroniqués sur ce blog…

Remarque :
Le troisième homme est produit par Alexandre Korda et David O. Selznick. Ce sera la seule collaboration entre ces deux grands producteurs. Carol Reed est également coproducteur.

(1) Pour justifier ses actes odieux, Harry Lime (Orson Welles) a cette formule restée célèbre : « En Italie, pendant trente ans sous les Borgia, ils ont eu guerre, terreur, meurtres et massacres mais cette période a produit Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont eu cinq cent ans d’amour fraternel, de démocratie et de paix et qu’ont-ils produit ? Le coucou ! »
Dans ses entretiens avec Bogdanovitch, Orson Welles raconte qu’à la sortie du film, des suisses lui ont gentiment fait remarquer que le coucou n’avait pas été inventé en Suisse mais en Bavière.
On pourrait aussi lui faire remarquer qu’à l’époque de la Renaissance, l’armée suisse était l’une des plus redoutables et redoutées d’Europe (il suffit de lire Machiavel qui mentionne souvent son efficacité dans L’art de la guerre).

(2) Le terme Dutch angle (ou Dutch tilt ou German angle) désigne la technique qui consiste à pencher légèrement la caméra sur le côté pour faire un cadrage oblique et créer ainsi un sentiment d’insécurité, de léger malaise (en français, plan hollandais peut être parfois utilisé, ou même cadrage oblique).

24 avril 2012

La lettre du Kremlin (1970) de John Huston

Titre original : « The Kremlin letter »

La lettre du KremlinUn ex-officier de l’armée est recruté pour diriger une action d’espionnage : il s’agit d’aller à Moscou récupérer une lettre compromettante à la fois pour les américains et les russes… La décennie des années soixante a vu fleurir au cinéma le genre des films d’espionnage faciles et divertissants, James Bond en tête. Avec La lettre du Kremlin, John Huston prend le contrepied de cette image et cela explique en grande partie l’échec commercial du film : loin d’être affriolant, l’univers de l’espionnage qu’il nous dépeint est celui des coups bas, des traitrises, de l’exploitation sans scrupule des faiblesses de l’autre, et pire encore. Un portrait, froid et dur certes, mais certainement plus proche de la réalité. Tous ses personnages n’ont aucun sens moral, ce sont des mercenaires qui peuvent même changer facilement de camp. C’est un film sans héros. L’histoire, adaptée d’un roman de Noel Behn, est complexe, tortueuse même. John Huston filme de façon simple et directe, sans tape à l’œil ni morceau de bravoure. Les personnages ont des particularités très marquées, souvent surprenantes… Le casting, assez international, est de haute volée et, assez logiquement, l’interprétation est remarquable. La lettre du Kremlin est un beau film, une vision sur le monde de l’espionnage (et peut-être sur le monde tout court…)
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Patrick O’Neal, Bibi Andersson, George Sanders, Max von Sydow, Orson Welles, Richard Boone, Nigel Green, Barbara Parkins
Voir la fiche du film et la filmographie de John Huston sur le site IMDB.

Voir les autres films de John Huston chroniqués sur ce blog…

Remarques :
John Huston fait une apparition dans un petit rôle, celui de l’amiral au début du film.

7 juin 2011

Jane Eyre (1943) de Robert Stevenson

Titre original : « Jane Eyre »

Jane EyreLui :
Le roman de Charlotte Brontë a certes été porté plusieurs fois à l’écran mais la version de Stevenson reste sans doute la plus intéressante malgré une inévitable compression du texte original. Dans l’Angleterre du début du XIXe siècle, Jane Eyre est une jeune orpheline qui a connu l’extrême rigueur des écoles de charité. Devenue adulte, elle se fait embaucher comme gouvernante dans la vaste demeure de l’énigmatique Edward Rochester… On ne sera sans doute pas étonné que la trame scénaristique soit très forte (1) mais la transposition en images l’est tout autant. On s’interroge toujours sur le rôle exact tenu par Orson Welles (2). Il est à peu près certain qu’il a été beaucoup plus qu’un acteur de Jane Eyre tant le climat, la demeure, le mystère autour de Rochester évoque son univers de prédilection. Orson Welles est en tout cas l’acteur idéal pour exprimer toute l’ambiguïté, la stature, la complexité de son personnage et Joan Fontaine, pleine de retenue, est toujours parfaite dans les grands rôles romanesque. Il en résulte un film très fort qui simplifie sans trahir l’œuvre originale.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Orson Welles, Joan Fontaine, Margaret O’Brien, Peggy Ann Garner, John Sutton
Voir la fiche du film et la filmographie de Robert Stevenson sur le site IMDB.

Remarques :
(1) A noter que l’un des deux coscénaristes est Aldous Huxley. L’auteur du Meilleur des Mondes a effectivement travaillé pour le cinéma à partir de 1940.
(2) Une chose est sûre : la Fox a proposé à Orson Welles d’apparaître au générique en tant de producteur mais Welles refusa.