Surendettés et en bout de course, Albert et Bruno croisent des jeunes activistes écolos. Plus attirés par la bière et les chips gratuites que par leurs arguments, ils vont peu à peu intégrer le mouvement avec une idée derrière la tête… Une année difficile est un film français écrit et réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache. Après avoir tourné deux saisons de la série TV En Thérapie, les réalisateurs ressentaient un besoin de comédie. Le thème du surendettement et celui de l’activisme écologique ne sont des plus faciles à traiter en comédie mais ils y parviennent brillamment, grâce à un grand équilibre. Malgré tous leurs défauts, les personnages sont attachants et la satire n’est jamais excessive et l’ironie jamais méchante. Le scénario semble s’essouffler dans le dernier tiers mais les réalisateurs parviennent à finir joliment. Il y a une réelle qualité dans l’écriture. Éric Toledano et Olivier Nakache se disent influencés par la comédie italienne et il est vrai que l’on retrouve ici certaines des qualités des meilleures comédies italiennes. L’accueil de la critique professionnelle a été mitigé. Elle: Lui :
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Noémie Merlant et Pio Marmaï dans Une année difficile de Olivier Nakache & Éric Toledano.Jonathan Cohen et Mathieu Amalric dans Une année difficile de Olivier Nakache & Éric Toledano.
Dans les années 1960 et 1970, le jeune Accio, en colère contre « toutes les injustices » et se sentant mal-aimé par sa famille, adhère à un parti fasciste alors que son frère est militant communiste. Ils vont suivre des chemins différents tout en restant proches… Mon frère est fils unique est un film italien de Daniele Luchetti. Il est adapté du livre autobiographique d’Antonio Pennacchi, Il fasciocomunista (= le facho-communiste). Comme le souligne le réalisateur, ce n’est toutefois pas un film politique, « c’est un film qui parle d’êtres humains qui aiment, qui souffrent, qui rient et qui font aussi de la politique ». Effectivement, la rivalité entre les deux frères reflète les conflits sociaux et politiques de l’époque sans que le réalisateur prenne parti. En outre, les deux frères sont amoureux de la même femme. Le récit est assez subtil et délicat, porté par une excellente interprétation. Cette chronique assez attachante, laissait augurer d’un renouveau du cinéma italien, a été bien accueillie par la critique. Elle: – Lui :
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En 1971, Arthur et Annie Pope ont fait exploser un laboratoire où l’on fabriquait du napalm pour protester contre la guerre du Viêt Nam. Le gardien du laboratoire, qui n’aurait pas dû être présent, a été paralysé à vie. Depuis 15 ans, le couple est en cavale avec leurs deux fils, ils déménagent sans cesse et changent d’identité. Le fils ainé a maintenant 17 ans…
Ecrit par Naomi Foner Gyllenhaal (la mère de Jake Gyllenhaal), À bout de course est un film plutôt inattendu dans la filmographie de Sidney Lumet. Certes, on retrouve bien son thème favori des rapports entre l’individu, la morale et la loi en toile de fond mais il s’agit surtout d’un drame mélancolique sur l’émancipation d’un adolescent. Cette émancipation est rendue délicate par la situation si particulière de la famille. Si l’entente est parfaite en son sein, leurs membres ne peuvent en effet avoir de relation suivie avec une personne extérieure. En contrepoint, c’est aussi un film sur l’engagement politique et le radicalisme, sur les convictions qui perdent de l’importance avec le temps. De plus, l’attitude du couple envers leurs enfants est devenue, par force, contraire à leurs principes. L’adolescent est superbement interprété par River Phoenix qui est assez époustouflant de présence, de charme et de naturel. On mesure à quel point il serait certainement devenu un très grand acteur (1). Sidney Lumet montre de la délicatesse dans de nombreuses scènes où Christine Lahti est vraiment émouvante. À bout de course est donc assez riche, c’est un beau film. Elle: – Lui :
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Remarque :
* Les personnages sont librement inspirés de Bill Ayers et Bernardine Dohrn du groupe radical The Weather Underground Organisation ou les Weathermen.
(1) River Phoenix (frère aîné de Joaquin Phoenix) est décédé d’un excès de drogues en 1993, à l’âge de 23 ans. Il n’a eu le temps de tourner que dans 13 films, dont My Own Private Idaho de Gus Van Sant (1991) dont il tient le premier rôle avec Keanu Reeves.
River Phoenix dans À bout de course (Running on Empty) de Sidney Lumet.
Christine Lahti, Jonas Abry et Judd Hirsch dans À bout de course (Running on Empty) de Sidney Lumet.
Début des années 1990. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d’Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l’indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean… 120 battements par minute est le troisième long métrage de Robin Campillo. Le réalisateur a rejoint l’association Act Up-Paris en 1992. Il s’est bien entendu fortement inspiré de sa propre expérience mais précise toutefois que le film n’est pas autobiographique. Il a cherché à reconstituer les débats qui animaient leurs réunions hebdomadaires et les actions musclées du groupe. En marge, une histoire d’amour condamné naît entre Nathan et Sean. C’est un film militant, ou plus exactement un film de militant, qui ne remet jamais en cause la stratégie du groupe et laisse dans l’ombre (et même ridiculise) les autres associations oeuvrant dans le même but. Le film a le mérite de nous montrer le vrai visage du sida, ses attaques physiques et ce que signifie être atteint par ce virus. Il joue donc un rôle important dans la prise de conscience de la nécessité de poursuivre les recherches et aide à comprendre la radicalité des membres du groupe. Le film n’est pas sans défaut, le réalisateur étire certaines scènes inutilement mais la force du propos nous les fait oublier. Récompensé à Cannes, 120 battements par minute a été louangé par la critique. Elle: Lui :
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Remarques :
* Robin Campillo revient sur le choix du titre de son film, 120 battements par minute : « C’est notamment une référence à la house music de l’époque que j’aimais beaucoup et qui est à 124 battements par minute. Je voulais rendre hommage à cette musique qui accompagnait l’époque. C’était une musique à la fois festive et inquiète, comme la situation vécue par la communauté gay à l’époque. »
Aloïse Sauvage, Arnaud Valois et Adèle Haenel dans 120 battements par minute de Robin Campillo.
Pologne, mai 1945. C’est la fin de la guerre mais la lutte contre les Allemands a laissé la place à un dur affrontement entre communistes et partisans nationalistes fidèles à l’ancien régime. Maciek, un jeune combattant d’un maquis nationaliste, est chargé d’abattre un responsable communiste local. Après s’être une première fois trompé de victime, il est en proie au doute… Cendres et diamant est le troisième film d’Andrzej Wajda. Adapté d’un roman de Jerzy Andrzejewski, il s’inscrit dans la lignée de Kanal qui l’avait révélé l’année précédente à Cannes. Il témoigne du désarroi d’une jeunesse qui cherche au milieu des cendres le diamant d’une renaissance. Comment intégrer ces années de lutte, comment vivre lorsque l’on a si souvent oté la vie à ses semblables ? Ecartelé, son héros, magnifiquement interprété par Zbigniew Cybulski, est à la fois un militant-combattant dont la conviction n’est plus soutenue par l’action permanente et un grand romantique : sa rencontre avec une jolie serveuse ranime son aspiration à la vie. Wajda réussit même à glisser une dose d’humour, le plus souvent au détriment de l’attrait du pouvoir. C’est un film à la fois riche dans son propos et superbe dans sa forme : la photographie, marquée par l’expressionnisme mais aussi par le film noir, est assez enthousiasmante… Elle: – Lui :
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Remarque :
Zbigniew Cybulski, acteur qui a une présence folle à l’écran, a ensuite beaucoup tourné avec Wajda avant de mourir accidentellement en 1967.
Zbigniew Cybulski et Ewa Krzyzewska dans Cendres et diamant de Andrzej Wajda
Un paisible avocat se retrouve rattrapé par son passé de militant activiste : dans les années soixante-dix, il a été membre d’un groupe radical qui s’est sinistrement illustré par des attentats… Adapté d’un roman de Neil Gordon, Sous surveillance est le neuvième long métrage réalisé par Robert Redford. On aurait aimé être plus enchantés mais il se dégage de l’ensemble une impression de vieux héros fatigué. Le sujet n’arrange pas les choses puisqu’il s’agit justement de militants extrémistes qui s’interrogent sur leur engagement d’il y a quarante ans. Ce pourrait d’ailleurs être un sujet si Robert Redford avait choisi de le traiter, mais le film reste au niveau d’un thriller basé sur une traque un peu poussive. Le film se regarde sans déplaisir toutefois, grâce à un beau plateau d’acteurs. Shia LaBeouf en jeune journaliste gonflé et opiniâtre, dans un style qui n’est pas sans rappeler Robert Redford dans Les Hommes du Président, permet de faire baisser un peu la moyenne d’âge. Elle: Lui :
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Dans l’Irlande des années 20 sous domination anglaise, Gypo Nolan vit misérablement et rêve de pouvoir impressionner Katie qui désire tant partir en Amérique. Il est ami avec Frankie qui appartient à l’Armée Républicaine clandestine et dont la tête est mise à prix… Il n’est guère surprenant que John Ford ait eu des difficultés à faire accepter cette adaptation d’un roman de Liam O’Flaherty (1). Pour réaliser cette oeuvre anti-commerciale par excellence, John Ford n’eut finalement droit qu’à un plateau de second ordre, un « couloir » dont l’état de vétusté l’obligea à utiliser beaucoup de brouillard. Il demanda à son directeur de la photographie Joseph August de lui donner des tonalités similaires à celle de L’Aurore de Murnau. John Ford donne à cette histoire d’une belle simplicité une très grande force. Victor McLaglen a ici une présence phénoménale. Après des débuts difficiles, le film connut un grand succès et rafla quatre Oscars. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Anecdote célèbre rapportée par Robert Parrish (qui fut figurant et assistant-monteur sur ce film) :
Le premier jour de tournage, John Ford fit réunir toute l’équipe pour présenter le producteur délégué : « Le monsieur que voici est un producteur délégué ». Il lui fit doucement tourner la tête pour que tout le monde puisse le voir de face et de profil. « Regardez-le bien parce que vous ne le reverrez plus sur le plateau d’ici la fin du tournage ! ». Et il serra la main du producteur en lui disant : « Merci d’être venu, Cliff ! Nous nous reverrons au moment des rushes. » (in J’ai grandi à Hollywood de Robert Parrish, Stock 1980). A noter que le producteur en question est Cliff Reid.
* Autre anecdote tout aussi célèbre :
Lorsque, le dernier jour, le même producteur vint sur le plateau pour dire sa satisfaction que le tournage soit fini dans les temps et, chose très imprudente, qu’il trouvait les derniers rushes de la scène de l’interrogatoire fantastiques, John Ford (qui, lui, n’avait pas encore regardé les rushes en question) fit revenir l’équipe : « Ce n’est pas fini : on refait la scène de l’interrogatoire ! » Et le tournage dura deux jours de plus.
* On peut noter l’utilisation ponctuelle de la caméra subjective.
* Précision : 1 livre de 1920 équivaut environ à 50 euros actuel, ce qui met par exemple le prix de la traversée (10 £) à 500 euros.
Précédente adaptation : The Informer de Arthur Robison (1929) avec Lars Hanson, film anglais mi-muet, mi-parlant.
Remake : Point noir (Uptight) de Jules Dassin (1968) avec Raymond St. Jacques, l’histoire étant transposée dans le milieu des militants révolutionnaires noirs.
(1) Le film a finalement été financé par Joe Kennedy, le père du futur président, pour la RKO qui pensait que le film pouvait faire office d’oeuvre de prestige.
Victor McLaglen est le mouchard dans le film The Informer de John Ford.
Nous sommes au Japon, à la fin du XIXe siècle. Après la fermeture arbitraire de l’école pour jeunes filles qu’elle avait fondée, Eiko se rend à Tokyo et devient chroniqueuse dans le journal du Parti Libéral qui milite pour l’instauration d’une constitution… Dans la ligne de La Victoire des femmes qu’il avait tourné trois années plus tôt, Flamme de mon amour retrace le parcours de la militante féministe Hideko Fukuda (1), parfois surnommée « la Jeanne d’Arc japonaise ». S’il puise ainsi dans l’histoire du Japon, c’est pour mieux évoquer la situation actuelle de son pays et les nécessaires évolutions de société. Il met donc ostensiblement en relief le machisme des hommes (y compris au sein du parti le plus progressiste de l’ère Meiji) pour mieux montrer que la situation n’a pas tant évolué depuis. Par rapport à son film précédent, une incursion dans le néoréalisme à l’italienne, le style de Mizoguchi est ici plus formel, assez beau, avec de grands travellings et de belles envolées lyriques. Belle scène finale porteuse d’un élan et d’un optimisme assez inhabituel chez Mizoguchi. Flamme de mon amour est un grand et beau film féministe. Elle: – Lui :
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Fille d’une militante radicale et d’un immigré algérien, la jeune et volubile Bahia a décidé de convaincre les « gens de droite » à ses idées en couchant avec eux. Elle rencontre Arthur qui a un tempérament tout à fait opposé, très mesuré dans tout ce qu’il fait… Qualifier Le nom des gens de comédie politique est certainement un peu exagéré ; disons qu’il s’agit d’un divertissement assez racoleur, doté de bonnes intentions et qui joue sur la surenchère et l’outrance pour créer l’humour. Michel Leclerc a typé ses personnages à l’extrême, à commencer par son héroïne jouée par Sara Forestier dont le jeu tonitruant peut lasser assez rapidement. Il y a bien quelques traits d’humour bien trouvés, souvent sur des petits détails, mais l’ensemble apparaît très inégal avec, pour seule cohérence, une ostensible légèreté plutôt forcée. Le plus inattendu est la participation de Lionel Jospin dans une scène qui apporte une surprenante bulle de civilité. Elle: – Lui :
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