16 avril 2020

Mektoub, My Love: Canto Uno (2017) de Abdellatif Kechiche

Mektoub, My Love: Canto UnoSète, 1994. Amin, apprenti scénariste installé à Paris, retourne un été dans sa ville natale. Il retrouve sa famille et ses amis, comme son cousin Tony et son amie Ophélie. Il passe son temps dans les bars ou sur la plage fréquentée par les filles en vacances…
Mektoub My Love est une libre adaptation du roman La Blessure, la vraie de François Bégaudeau. Il faut un certain temps pour « entrer » dans ce film de 3 heures, déroutant de prime abord par la vacuité de ses dialogues et l’étirement de scènes qui paraissent aussi inutiles les unes que les autres. Une fois franchie cette étape, on peut se laisser happer par l’énergie vitale qui se dégage de l’ensemble. Le personnage principal est pris dans un tourbillon de vie, tout en sachant rester en retrait. Il est en effet le seul à avoir une autre motivation que de draguer les filles. Tous les autres hommes sont des caricatures vivantes du machiste et les femmes semblent issues d’un fantasme masculin : jolies, débridées sexuellement, ne refusant aucune avance, même les plus lourdes, n’existant que pour le regard des hommes. Comme toujours, la caméra de Kechiche est très mobile et placée très proche des personnages. La longue séquence de fin, dans une boîte de nuit, est interminable. La critique unanime a encensé le film, le public beaucoup moins.
Elle: 3 étoiles
Lui : 1 étoiles

Acteurs: Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Salim Kechiouche, Lou Luttiau, Alexia Chardard, Hafsia Herzi
Voir la fiche du film et la filmographie de Abdel Kechiche sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Abdellatif Kechiche chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le sens du titre est donné par une phrase du synopsis officiel : « Quand vient le temps d’aimer, seul le destin – le mektoub – peut décider. » (Il est probable qu’il faille voir les suites pour comprendre en quoi cette phrase s’applique au film…)
* Mektoub My Love doit au final comporter trois volets. Le deuxième, Mektoub, My Love: Intermezzo, présenté à Cannes en 2019, a suscité une vive polémique et des commentaires de fort rejet. La majorité de ce film de 3h30 se déroule en effet dans une boite de nuit. [La date de sortie de ce film reste incertaine, la société de production ayant été placée en redressement judiciaire fin 2019.]

Mektoub, My Love: Canto UnoLou Luttiau et Ophélie Bau dans Mektoub, My Love: Canto Uno de Abdellatif Kechiche.

9 mars 2019

Battle of the Sexes (2017) de Jonathan Dayton et Valerie Faris

Battle of the SexesEn 1973, la joueuse de tennis Billie Jean King, qui vient d’être classée numéro 1 mondiale, refuse le principe de recevoir des primes huit fois moindres que les hommes alors les finales féminines attirent autant de public. Avec quelques joueuses, elle crée la Women’s Tennis Association…
Battle of the Sexes est le surnom donné à une très célèbre rencontre de tennis qui a vu Billy Jean King gagner face au bravache Bobby Riggs, ex-numéro un mondial, qui à 55 ans affirmait qu’aucune joueuse en exercice ne pouvait le battre. Ce match a beaucoup servi le féminisme, la reconnaissance du lesbianisme et aussi le tennis en général, qui a bénéficié de retransmissions télévisées plus systématiques après ce match. Le duo Jonathan Dayton et Valerie Faris (connu pour Little Miss Sunshine) nous fait revivre cet évènement de façon très vivante. Le plus remarquable dans le film est qu’il n’y a aucune lourdeur dans la démonstration, rien qui ne paraisse exagéré. Emma Stone et Steve Carell ressemblent étonnamment à leur modèle et beaucoup d’humour passe par ce dernier : son personnage est, outre un macho assumé, un incorrigible parieur qui ne prend rien au sérieux. Bien équilibré, l’ensemble est aussi plaisant qu’édifiant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Emma Stone, Steve Carell, Andrea Riseborough, Natalie Morales, Sarah Silverman, Bill Pullman
Voir la fiche du film et la filmographie de Jonathan Dayton et Valerie Faris sur le site IMDB.

Voir les autres films de Jonathan Dayton et Valerie Faris chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le machisme a la vie dure et refait toujours surface : 40 ans plus tard, une rumeur, relayée par la chaine de télévision ESPN en 2013, prétend que Bobby Riggs s’est volontairement laissé battre pour une obscure histoire de dette vis-à-vis de la Mafia.

Battle of the sexes
Emma Stone et Steve Carell dans Battle of the Sexes de Jonathan Dayton, Valerie Faris.

Billy Jean King et Bobby Riggs
Les véritables Billy Jean King et Bobby Riggs, ici en 1973.

7 février 2019

Numéro une (2017) de Tonie Marshall

Numéro uneBrillante et volontaire, Emmanuelle Blachey est cadre supérieur du géant français de l’énergie. Elle est approchée par un réseau de femmes d’influence qui se propose de l’aider à prendre la tête d’une entreprise du CAC40, géant de la distribution de l’eau. Elle serait la première femme à occuper une telle fonction…
Même s’il est présenté ainsi, Numéro une n’est pas tant un film sur le sexisme dans le milieu des dirigeants d’entreprise : seules quelques répliques entrent dans cette catégorie et elles restent dans le machisme très traditionnel. Le sujet est plutôt la lutte de pouvoir qui précède la nomination d’un haut dirigeant d’entreprise, une lutte où tous les coups sont permis. Toutes ces manigances et machiavélismes ne sont guère passionnants, d’autant plus que Tonie Marshall ne fait pas preuve d’une grande originalité : bassesses et moyens de pression utilisés de part et d’autre sont vraiment conventionnels. De plus, elle ne parvient pas dans son scénario à mêler habilement les soucis de sa vie personnelle qui nous paraît tout aussi ennuyeuse. En revanche, la photographie est assez belle (très beaux flous d’arrière-plan).
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Emmanuelle Devos, Suzanne Clément, Richard Berry, Sami Frey, Benjamin Biolay, Francine Bergé
Voir la fiche du film et la filmographie de Tonie Marshall sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Tonie Marshall chroniqués sur ce blog…

Numéro Une
Emmanuelle Devos dans Numéro une de Tonie Marshall.

28 juillet 2018

Je la connaissais bien (1965) de Antonio Pietrangeli

Titre original : « Io la conoscevo bene »
Autre titre français : « L’amour tel qu’il est »

Je la connaissais bienJeune provinciale venue à Rome, Adriana fait divers petits métiers mais rêve d’être une actrice. Elle multiplie les aventures sans lendemain…
Ecrit avec le tandem Ruggero Maccari et Ettore Scola, Je la connaissais bien nous dresse le portrait d’une jeune femme qui semble à peine sortie de l’adolescence et qui reste très ingénue malgré son grand pouvoir d’attraction sur les hommes. Sa candeur va se heurter au machisme de la société italienne. d’Antonio Pietrangeli nous place très près de son héroïne à laquelle Stefania Sandrelli donne vie avec beaucoup de naturel et de sensualité. De temps à autre, elle semble nous prendre à témoin par des regards-caméra furtifs. Pietrangeli multiplie les longs travellings, s’attarde sur certains éléments, pratique des ellipses inattendues mais subtiles. Tout ceci donne une beauté formelle au film qui semble nous envelopper. A noter, un beau petit rôle pour Ugo Tognazzi qui nous gratifie d’un incroyable numéro de claquettes! Je la connaissais bien sera le dernier long métrage achevé d’Antonio Pietrangeli.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Stefania Sandrelli, Mario Adorf, Jean-Claude Brialy, Nino Manfredi, Ugo Tognazzi
Voir la fiche du film et la filmographie de Antonio Pietrangeli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Antonio Pietrangeli chroniqués sur ce blog…

Je la connaissais bien
Stefania Sandrelli dans Je la connaissais bien de Antonio Pietrangeli.

18 janvier 2018

Belles mais pauvres (1957) de Dino Risi

Titre original : « Belle ma povere »
Autre titre français : « Beaux mais pauvres »

Belles mais pauvresRomolo et Salvatore sont comme fiancés à Marisa et Anna-Maria, tous quatre amis d’enfance. Mais pour se marier, ils doivent gagner leur vie…
Issu de la première période Dino Risi, celle où il cherchait encore son style, Belles mais pauvres est la suite de Pauvres mais beaux qui avait connu un grand succès quelques mois plus tôt. Par rapport à son prédécesseur, ce deuxième volet se révèle beaucoup moins complet : la peinture sociale est mise en retrait pour se focaliser sur la comédie pure et sur l’immaturité des deux jeunes garçons. On pourra toutefois y voir un portrait du mâle italien, montré particulièrement machiste et conservateur, et aussi les difficultés d’une modernisation économique au travers de l’exemple d’une formation professionnelle accélérée assez pittoresque. Le film traîne en longueur dans sa seconde moitié et l’ensemble est bien en deçà du premier volet.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Marisa Allasio, Maurizio Arena, Renato Salvatori, Lorella De Luca, Alessandra Panaro
Voir la fiche du film et la filmographie de Dino Risi sur le site IMDB.

Voir les autres films de Dino Risi chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Dino Risi

Belles mais pauvres
Renato Salvatori, Lorella De Luca et Alessandra Panaro dans Belles mais pauvres de Dino Risi.

Les 3 films sur les déboires de Romolo et Salvatore, réalisés par Dino Risi :
1. Pauvres mais beaux (Poveri ma belli, 1957)
2. Belles mais pauvres (Belle ma povere, 1957)
3. Pauvres millionaires (Poveri milionari, 1959)

28 mai 2017

Mariage à l’italienne (1964) de Vittorio De Sica

Titre original : « Matrimonio all’italiana »

Mariage à l'italienneA la fin de la guerre, Domenico fait la connaissance d’une très jeune prostituée Filumena. Elle devient sa maitresse. Même s’il va jusqu’à l’installer chez lui, Domenico n’a nullement l’intention de l’épouser … Adapté d’une pièce d’Eduardo De Filippo, Mariage à l’italienne est une comédie teintée d’une petite pointe de néoréalisme. Il met en relief les rapports hommes-femmes dans cette Italie en pleine reconstruction. Les personnages sont un peu typés pour mieux faire ressortir les travers de certains comportements. Mastroianni est assez brillant dans son rôle de dandy égoïste et hypocrite mais ce n’est rien à côté de Sophia Loren, d’une présence charnelle assez ahurissante. Aussi à l’aise en jeune femme de vingt ans aguichante qu’en femme mûre ayant passé la quarantaine (l’actrice avait trente ans au moment du tournage), Sophia Loren montre toute une palette de sentiments avec un jeu certes appuyé (ce sont le genre et l’époque qui veulent cela) mais d’une belle profondeur. La réalisation de De Sica est adéquate même si elle est en deçà de ses films les plus remarquables.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sophia Loren, Marcello Mastroianni, Aldo Puglisi
Voir la fiche du film et la filmographie de Vittorio De Sica sur le site IMDB.

Voir les autres films de Vittorio De Sica chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Vittorio De Sica

Mariage à l'italienne
Sophia Loren et Marcello Mastroianni dans Mariage à l’italienne de Vittorio De Sica.

Mariage à l'italienne

26 octobre 2016

Le Loup de Wall Street (2013) de Martin Scorsese

Titre original : « The Wolf of Wall Street »

Le Loup de Wall StreetSans emploi à la suite du krach de 1987, un jeune courtier redémarre en vendant des placements hasardeux de penny-stocks, titres non cotés qui valent moins de un dollar. Vendeur exceptionnel, il monte rapidement sa propre société avec un associé et l’argent coule à grands flots… Basé sur les mémoires du courtier Jordan Belfort, Le Loup de Wall Street nous plonge dans un univers qui s’est affranchi de toute moralité et de toute règle, à part celle de gagner de plus en plus d’argent. Dans ce monde, tout n’est que mirage : ces courtiers qui vendent du mirage à des petits investisseurs vivent eux-mêmes dans un mirage, où le sexe et la drogue sont à la fois un moyen et un but, un monde sans finalité donc. Mirage aussi, le rêve américain qui sort quelque peu écorné de cette histoire. La mise en scène de Scorsese est brillante, d’une grande perfection dans l’utilisation de la caméra. La photographie et les éclairages sont superbes. Leonardo DiCaprio est assez exceptionnel, les scènes où il harangue ses troupes tel un guru sont assez incroyables, son aura est palpable. Sans aucune éthique, épouvantablement vulgaire et machiste, l’univers que décrit Scorsese avec tant de virtuosité est à la fois grotesque et monstrueux.
Elle: 3 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Leonardo DiCaprio, Jonah Hill, Margot Robbie, Matthew McConaughey, Jean Dujardin, Joanna Lumley
Voir la fiche du film et la filmographie de Martin Scorsese sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Martin Scorsese chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Martin Scorsese

Remarques :
* Le directeur de la photographie est Rodrigo Pietro, déjà très remarqué pour son travail sur Le secret de Brokeback Mountain.
* La société du véritable Jordan Belfort a compté jusqu’à 1000 employés. Le courtier a passé 22 mois en prison pour détournement de fonds, introductions en bourse illégales et blanchiment d’argent à la fin des années 1990. Il a été condamné à restituer plus de 100 millions de dollars aux personnes qu’il a escroquées mais n’a remboursé qu’une infime partie de cette somme. Et il a réellement coulé son yacht de 50 m au large de la Sardaigne.

Le Loup de Wall Street
Leonardo DiCaprio dans Le Loup de Wall Street de Martin Scorsese.

23 mai 2015

Certains l’aiment chaud (1959) de Billy Wilder

Titre original : « Some Like It Hot »

Certains l'aiment chaud1929. Pour avoir assisté par hasard au Massacre de la Saint-Valentin, deux musiciens fauchés sont recherchés par une bande de gangsters appartenant à la Mafia. Pour leur échapper, ils se déguisent en femmes et rejoignent un groupe musical féminin en partance pour la Floride… Dans Certains l’aiment chaud, Billy Wilder est incontestablement au sommet de son art. En alliant un propos subversif à un équilibre parfait, il approche l’état de grâce et signe le mètre-étalon de la comédie réussie. L’entreprise était pourtant périlleuse. Sur le thème délicat du travestissement et les multiples connotations sexuelles qui en découlent, il eut été facile de déraper vers la vulgarité. Ce n’est à aucun moment le cas et Billy Wilder sait même lui donner une indéniable profondeur. Plutôt de faire des plaisanteries grivoises, il utilise le travestissement sexuel comme un révélateur de la vraie personnalité de chacun des deux protagonistes : ils nous apparaissent au final fort différents l’un de l’autre. De l’autre côté, le caractère de « ravissante idiote » de Marilyn est, plutôt que d’être induit, pleinement revendiqué par le personnage lui-même, ce qui nous la fait apparaître encore plus vulnérable. Tout cela est nimbé d’un humour permanent, jamais gênant, d’une élégance folle. Jack Lemmon est absolument fabuleux, exubérant mais sans excès, toujours au plus juste pour servir le burlesque. Et, cerise sur le gâteau, nous avons cette réplique finale, devenue rapidement ultra-célèbre et qui est bien plus profonde qu’elle ne paraît (elle résume même, en un sens, tout le propos du film). Oui, Certains l’aiment chaud est bien extrêmement proche de la perfection. Du grand art.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Marilyn Monroe, Tony Curtis, Jack Lemmon, George Raft, Pat O’Brien, Joe E. Brown
Voir la fiche du film et la filmographie de Billy Wilder sur le site IMDB.

Voir les autres films de Billy Wilder chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Billy Wilder

Some like it hot
Tony Curtis au saxophone, Jack Lemmon à la contrebasse et Marilyn Monroe à l’ukulele dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder.

Remarques :
* Le film a été tourné en noir et blanc parce que Billy Wilder craignait que ses deux personnages masculins ne pâtissent de la couleur. Il avait certainement raison. Ils auraient certainement paru, au moins par moment, ridicules en couleurs.

* Le scénario est écrit par Billy Wilder et I.A.L. Diamond. C’est à la base le remake d’un film allemand Fanfaren der Liebe de Kurt Hoffmann (1951), lui-même remake d’un film français encore plus méconnu (film perdu), Fanfare d’amour de Richard Pottier (1935).

* Billy Wilder a déclaré peu après que son banquier et son médecin lui avaient interdit de refaire un film avec Marilyn Monroe. Le tournage fut en effet rendu éprouvant par les retards, absences et caprices de l’actrice et ses « difficultés » à apprendre son texte. En revanche, le réalisateur était enchanté d’avoir travaillé avec Jack Lemmon avec lequel il tournera plusieurs films (La Garçonnière, Irma la Douce, Avanti, Special Première, …)

Certains l'aiment chaud
– (Jerry) Je vais être franc avec  vous. Nous ne pouvons pas nous marier.
– (Osgood) Et pourquoi donc ?
– Eh bien, pour commencer, je suis une fausse blonde.
– Aucune importance.
– Je fume, je fume comme un sapeur!
– Ça m’est égal.
– Et j’ai un lourd passé. Je vis avec un joueur de saxophone depuis trois ans.
– Je vous pardonne.
– Je ne pourrai jamais avoir d’enfants.
– Nous pourrons en adopter.
 Well, nobody's perfect!
– Mais vous ne comprenez donc pas… Je suis un homme !
– Bof… personne n’est parfait!
(Joe E. Brown et Jack Lemmon dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder).

7 mars 2015

Thelma et Louise (1991) de Ridley Scott

Thelma & LouiseThelma et Louise ont décidés de faire une petite escapade ensemble. Elles prennent la voiture pour aller passer un long week-end à la montagne, toutes les deux, libres. Les évènements vont les empêcher d’atteindre leur but… Le scénario de Thelma & Louise a été écrit par Callie Khouri qui serait d’ailleurs partie de l’idée de la scène finale. Le film dresse un portrait assez dur de l’Amérique profonde, primaire et rétrograde, qui accorde si peu de considération aux femmes. Nos deux héroïnes qui, au départ, n’ont qu’un simple désir de liberté, sont entraînées malgré elles dans une fuite en avant. Thelma & Louise est indéniablement un film féministe, il interroge sur la place de la femme dans notre société. Les hommes, violents, primaires et dangereux, ne sont guère montrés à leur avantage. Ridley Scott filme cette histoire de façon assez spectaculaire, il nous gratifie de très beaux plans, avec des grands espaces très photogéniques et des scènes mémorables (voire jubilatoires comme celle du règlement de comptes avec le camionneur). La fin est superbe, indéniablement à classer parmi les plus belles fins de toute l’histoire du cinéma. Elle est d’une grande force évocatrice. La scénariste et Ridley Scott ont du se battre longuement avec les producteurs pour imposer cette fin non hollywoodienne. On peut penser que l’impact d’un film comme Thelma & Louise a dépassé le cadre du cinéma et qu’il fait partie des films qui marquent et peuvent probablement contribuer à l’évolution de notre société.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Susan Sarandon, Geena Davis, Harvey Keitel, Michael Madsen, Stephen Tobolowsky, Brad Pitt
Voir la fiche du film et la filmographie de Ridley Scott sur le site IMDB.

Voir les autres films de Ridley Scott chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Ridley Scott

Thelma & Louise
Susan Sarandon et Geena Davis sont les héroïnes éponymes du film Thelma et Louise de Ridley Scott.

Remarques :
* Ridley Scott a monté une fin alternative plus longue (où la chute se prolonge et qui se termine par un plan symbolique où l’on voit la voiture s’éloigner sur une route poussiéreuse) mais le cinéaste a préféré opter pour la plus courte. La fin alternative est visible sur le DVD (et sur YouTube).

* L’article de Wikipedia sur Thelma & Louise mérite d’être signalé. Son auteur se penche sur les différents aspects du film et, de façon intéressante, sur la façon dont le film a été perçu. Un tel film mérite en effet d’être analysé non pas sur son seul contenu mais, plus encore, sur les réactions qu’il suscite. Par exemple, l’auteur s’interroge sur la perception de la violence : le film a (bizarrement) été considéré comme violent par un grand nombre de personnes, certainement parce que ce sont des femmes qui y tiennent les armes.

Thelma & Louise est le film qui permit à Brad Pitt de sortir vraiment de l’anonymat.

Thelma & Louise
Le selfie le plus célèbre du cinéma.

Thelma & Louise
Note : Intrigué par une petite différence dans les nuages de l’arrière plan, j’ai découvert que l’image ci-dessus qui circule sur le net comme étant une image du film et que j’avais prise pour illustrer ce billet, est en réalité extraite d’une reconstitution minutieuse faite récemment pour une pub (lire ici). Le saut final est effectivement étonnant car vraiment très proche de l’original (avec même l’enjoliveur qui se détache). Pour avoir une telle similitude, ils ne pouvaient pas jeter une voiture dans le vide comme l’avait fait Ridley Scott (le résultat aurait certainement été différent) et donc les ordinateurs sont entrés dans la danse pour incruster la voiture sur un arrière-plan reconstitué à partir de plusieurs centaines de photos (bracketées HDR) prises depuis un hélicoptère…
Je rajoute ci-dessous la vraie image du film :
Thelma et Louise

 

19 octobre 2013

La Vie d’O’Haru, femme galante (1952) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Saikaku ichidai onna »

La vie d'O'Haru femme galanteAu XVIIe siècle, O’Haru est Dame d’honneur à la cour impériale de Kyoto. Après s’être laissé courtiser par un homme de moindre rang que le sien, elle est chassée et exilée à la campagne avec sa famille… La Vie d’O’Haru femme galante est adapté d’un roman écrit en 1686 par Saikaku Ihara, écrivain très connu au Japon. Il retrace le parcours d’une femme qui va connaitre la déchéance, passant par de nombreuses situations mais subissant à chaque fois des règles sociales faites pour les hommes et où la femme ne reçoit aucune considération. C’est donc une profonde critique de la société et du comportement des hommes de cette époque féodale, certes révolue au moment où Mizoguchi tourne son film mais qui trouve des prolongements dans notre société moderne. L’art de Mizoguchi est de traiter cette histoire sans mélodrame, montrant avec une belle simplicité et même un certain dépouillement cette fatalité subie. Il se dégage une indéniable beauté de ses images où tout parait à la fois simple et parfait et le propos ne prend que plus de force. Kinuyo Tanaka montre beaucoup de retenue et de délicatesse dans son interprétation. A noter que Mizoguchi ne fait pas vieillir son personnage tout au long du récit ce qui donne un caractère atemporel au film.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Kinuyo Tanaka, Tsukie Matsuura, Ichirô Sugai, Toshirô Mifune, Daisuke Katô
Voir la fiche du film et la filmographie de Kenji Mizoguchi sur le site IMDB.

Voir les autres films de Kenji Mizoguchi chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* C’est avec La Vie d’O’Haru femme galante que l’Europe a découvert Mizoguchi lors du Festival de Venise en 1952. Auparavant, Kurosawa était le seul cinéaste japonais connu (depuis peu) en Occident.
* Le film a été tourné avec un budget très réduit, forçant Mizoguchi à utiliser un entrepôt au lieu d’un véritable studio. Le bruit des trains d’une voie ferrée proche obligeait à interrompre fréquemment le tournage.
* Le court rôle de Toshirô Mifune dans ce film sera la seule participation de l’acteur à un film de Mizoguchi.

Pour en savoir plus sur l’écrivain Ihara Saikaku (1642-1693) : lire….