18 juillet 2018

Le Secret de la chambre noire (2016) de Kiyoshi Kurosawa

Le Secret de la chambre noireLe jeune Jean devient l’assistant d’un ancien photographe de mode veuf, qui vit seul avec sa fille dans une grande maison de banlieue. Perfectionniste, il cherche à recréer le daguerréotype parfait en utilisant sa fille comme modèle… Sur une histoire qu’il a lui-même écrite, Kiyoshi Kurosawa (qui, rappelons-le, n’a aucun lien de parenté avec Akira Kurosawa) réalise son premier film hors du Japon, en France avec une équipe entièrement française. Le Secret de la chambre noire mêle avec beaucoup de subtilité le mélodrame et le fantastique qui se manifeste par petites touches, sans esbroufe, tout en étant très présent. L’atmosphère est à la fois très particulière et très prégnante et le jeune Tahir Rahim apporte une touche de charme et de légèreté face à un Olivier Gourmet toujours aussi puissant, tandis que Constance Rousseau contribue à donner cette sensation d’être hors du temps. Le plus enthousiasmant dans le film est sa beauté formelle : l’image est très belle, jouant le plus souvent sur la pénombre d’intérieurs sombres et la musique est absolument merveilleuse, elle nous transporte et donne une grande dimension à l’ensemble. Le film n’a pourtant pas enthousiasmé publics et critiques.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tahar Rahim, Constance Rousseau, Olivier Gourmet, Mathieu Amalric, Malik Zidi
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Voir les livres sur Kiyoshi Kurosawa

Remarques :
* Procédé inventé par Louis Daguerre en 1837, le daguerréotype produit une image sans négatif sur une surface d’argent pur, polie comme un miroir et exposée directement à la lumière au moyen d’une chambre photographique. Le développement de l’image s’effectue à la vapeur de mercure. Le grand avantage du procédé était d’obtenir une image assez stable dans le temps. Les temps de pose étaient d’une ou plusieurs dizaines de minutes ce qui exigeait une immobilité parfaite des modèles. Comme le montre le film, des systèmes plus ou moins élaborés de maintien permettaient de garder la pose.

Le secret de la chambre noireOlivier Gourmet et Tahir Rahim dans Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa.

Le secret de la chambre noireConstance Rousseau et Tahir Rahim dans Le Secret de la chambre noire de Kiyoshi Kurosawa.

23 janvier 2018

Back Home (2015) de Joachim Trier

Titre original : « Louder Than Bombs »

Back HomeAlors que se prépare une exposition consacrée à la photographe de guerre Isabelle Reed trois ans après sa mort, son mari et ses deux fils vont devoir se rapprocher pour parler des circonstances de sa mort… Ecrits par les norvégiens Eskil Vogt et Joachim Trier, Back Home nous plonge au sein d’une famille marquée par la disparition récente de la mère, célèbre photographe souvent absente. Joachim Trier l’a tourné aux Etats-Unis, en anglais (mais la production est norvégienne et européenne). Le cinéaste montre une grande délicatesse dans son approche, aidé, il est vrai, par la très grande qualité de l’interprétation. On pourra lui reprocher un certain étirement et la focalisation sur l’incommunicabilité et les difficultés de l’adolescence. Back Home est plutôt moins enthousiasmant que son précédent film Oslo, 31 août, mais montre néanmoins que Joachim Trier est un cinéaste intéressant à suivre.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gabriel Byrne, Isabelle Huppert, Jesse Eisenberg, Devin Druid, Amy Ryan
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Back home
Isabelle Huppert et Gabriel Byrne dans Back Home de Joachim Trier.

Back home
Jesse Eisenberg et Devin Druid dans Back Home de Joachim Trier.

Remarques :
* Le film a été présenté à Cannes sous le titre « Plus fort que les bombes » mais le titre français a été changé pour sa sortie effective, un mois après les attentats du 13 novembre 2015.
* Si le personnage d’Isabelle Reed est fictif, le film utilise des photographies réelles prises par des photographes de guerre, notamment la française Alexandra Boulat qui est décédée en 2007 à l’âge de 45 ans (rupture d’anévrisme).

Back home
La photographe Alexandra Boulat dont certains clichés sont visibles dans Back Home de Joachim Trier.

4 novembre 2017

Life (2015) de Anton Corbijn

LifeJanvier 1955. Le photographe Dennis Stock, qui travaille pour Magnum et a déjà réussi à placer ses clichés dans le magazine Life, cherche de bons sujets pour que sa démarche artistique soit reconnue. A une réception chez le réalisateur Nicholas Ray, il rencontre James Dean. L’acteur (alors fraichement issu de l’Actor’s Studio de Kazan) vient de tourner A l’est d’Eden qui n’est pas encore sorti et espère être choisi par Nicholas Ray pour La Fureur de vivre
Des trois principaux photographes ayant photographiés James Dean, Dennis Stock est le second (les deux autres sont Roy Schatt et Phil Stern). Anton Corbijn nous fait revivre cette rencontre. Tous deux sont de la même génération, celle qui a eu 20 ans juste après la guerre. Le réalisateur nous montre un James Dean méfiant envers la célébrité, reprenant ainsi l’image traditionnellement associée à l’acteur (alors que James Dean est devenu l’icône que l’on sait après sa mort et que son image de rebelle a été fortement amplifié par la Warner pour des raisons commerciales, deux des trois films qu’il a tournés n’étant pas encore sortis au moment de son accident fatal en septembre 1955). Ceci dit, le sujet principal du film n’est pas tant James Dean mais plutôt le photographe Dennis Stock qui cherche à saisir l’essence de son sujet, montrer sa vraie personnalité. Robert Pattinson est très convaincant dans le rôle de ce photographe mais cela ne compense pas la prestation assez fade de Dane DeHaan. L’ensemble n’est hélas pas très passionnant et il faut vraiment se forcer pour s’intéresser à cette histoire.
Elle: 2 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Robert Pattinson, Dane DeHaan, Ben Kingsley
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Life
Dane DeHaan est James Dean dans Life de Anton Corbijn (le réalisateur précise qu’il n’a pas cherché la ressemblance physique).

Life
Robert Pattinson est le photographe Dennis Stock dans Life de Anton Corbijn. Il utilise un Leica M3.  Dans cette scène, il est en train de prendre la photo ci-dessous :

James Dean
Photo de James Dean par Dennis Stock à Times Square en janvier 1955. Cette photo verticale est remarquablement construite.  Elle est hélas souvent montrée recadrée en horizontal ce qui lui fait perdre toute sa force. Cette photo est devenue très emblématique après la mort de James Dean : seul et inconnu dans la grande ville, il semble marcher vers un destin qu’il ne connaitra jamais.

29 avril 2017

The Dark Valley (2014) de Andreas Prochaska

Titre original : « Das finstere Tal »

Das finstere TalFin du XIXe siècle. Dans un village isolé au milieu des montagnes, un jeune étranger arrive au début de l’hiver. La famille qui dirige le village ne l’accepte que parce qu’il paie son séjour avec des pièces d’or. Taciturne, il se présente comme photographe.… Très inhabituel en soi, The Dark Valley est un film austro-allemand et il s’agit d’un western. La transposition de l’imagerie du western dans les Alpes est intelligemment faite : on retrouve bien les chevaux, le thème du cavalier solitaire, de la famille qui dicte sa loi mais les armes sont moins répandues et les spécificités des montagnes et du climat hivernal sont bien utilisées. Les ressorts du scénario sont assez habituels du genre ce qui contribue à donner à l’ensemble un certain classicisme plutôt attrayant. Tout au plus, pourrait-on reprocher à Andreas Prochaska d’avoir trop appuyé le caractère taciturne et mystérieux du héros (Sam Riley, qui est anglais, n’a pas du avoir trop de mal à apprendre son texte, il ne doit guère prononcer plus d’une vingtaine de phrases…) mais il a ainsi su créer une atmosphère forte. Le rythme est lent mais sans excès, la photographie est assez belle. S’il est disponible en DVD, The Dark Valley n’a pas été distribué en salles en France ce qui est fort dommage car ce « western alpin » mérite vraiment d’être remarqué.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sam Riley, Tobias Moretti, Paula Beer, Thomas Schubert
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Remarques :
* Le film est basé sur le roman homonyme de l’allemand Thomas Willmann qui a été traduit en français sous le titre Sombre Vallée (Ed. Belfond, 2016).
* Le réalisateur autrichien Andreas Prochaska signe ici son cinquième long métrage. Il a aussi réalisé de nombreuses séries pour la télévision.

The Dark Valley
Sam Riley dans Das finstere Tal de Andreas Prochaska.

24 avril 2016

Blow-Up (1966) de Michelangelo Antonioni

Titre original : « Blowup »

Blow Up24 heures de la vie d’un photographe en vogue, dans le Swinging London du milieu des années soixante. Il va faire une découverte étonnante dans ses clichés… Blow Up marque un tournant dans la carrière d’Antonioni : c’est son premier film non-italien, le personnage principal n’en est pas une femme et la psychologie des personnages n’est pas l’objet du film. Antonioni se penche sur le rapport entre un individu et la réalité, sur son rapport avec le monde. La réalité perçue par l’appareil photographique est différente de celle qu’a perçue le photographe, changeant totalement la nature d’une scène à laquelle il a assisté. Grâce à la possibilité d’agrandissement (Blow-Up en anglais), la photo dévoile de plus en plus de choses, jusqu’à un certain point toutefois : trop agrandie, la photo devient semblable à la peinture abstraite du voisin du photographe, elle nécessite une interprétation (1). Le grain photographique devient alors générateur d’énigme. Les frontières sujet/objet et fiction/réalité sont donc mouvantes ou même s’effacent. C’est aussi une mise en abyme de la machine cinématographique et c’est pour cette raison que le film d’Antonioni eut une influence sur de nombreux réalisateurs (2). Accessoirement ou presque, le film est un témoignage de l’atmosphère du Swinging London sur lequel Antonioni porte un regard assez fasciné.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vanessa Redgrave, David Hemmings, Sarah Miles, Jane Birkin
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Remarques :
* Le groupe pop qui joue dans le club est The Yardbirds avec Jimmy Page et Jeff Beck. Jeff Beck est particulièrement déchainé, cassant sa guitare à la demande d’Antonioni qui était fasciné par ce que faisait Pete Townshend (des Who) sur scène.
* La musique est composée par Herbie Hancock.
* Le personnage du photographe est librement inspiré des photographes de mode David Bailey et Terence Donovan.
* L’appareil que David Hemmings utilise la plupart du temps est un Nikon F (reflex 35mm) qui bénéficia ainsi d’une belle publicité gratuite. Dans le studio, on le voit aussi utiliser un Hasselblad 500.

(1) A noter que cette particularité n’a pas disparu avec la photo numérique, bien au contraire : on ne peut agrandir une photo au-delà de la résolution du capteur (sauf dans les films hollywoodiens…)
(2) La filiation la plus évidente est celle de Conversation secrète de Coppola (1974) qui est au son ce que Blow-up est à l’image, et également Blow Out de Brian De Palma (1981) qui développe le thème en intrigue policière.

Blow-Up
David Hemmings dans Blow Up de Michelangelo Antonioni.

Blow up
David Hemmings agrandit et osculte ses clichés dans Blow Up de Michelangelo Antonioni.

31 décembre 2015

Human (2015) de Yann Arthus-Bertrand

HumanAvec Human, Yann Arthus-Bertrand nous propose une approche de la notion d’humanité. Il fait parler une impressionnante série de personnes de toutes les nations, de toutes les langues pour provoquer en nous une réflexion sur quelques sujets fondamentaux, les composantes essentielles de l’humain: l’amour pour les autres, la guerre, l’identité sexuelle, la répartition des richesses, … C’est assez court pour chacun, parfois c’est un récit, parfois ce ne sont que des réflexions mais c’est toujours suffisamment intense pour que notre intérêt reste contant tout au long du film. Yann Arthus-Bertrand a opté pour un cadrage serré, toujours le même, un gros plan sur le visage, superbement éclairé qui met encore plus en valeur la diversité de l’humain, isolé de son environnement, un visage qui nous regarde. Ces mini-interviews sont entrecoupées d’images aériennes assez époustouflantes, des paysages étonnants que l’homme arpente ou travaille (dans l’esprit de son film précédent Home), mais aussi sur des rassemblements humains, des images dont on se demande à chaque fois où il a bien pu trouver cela ! La musique, signée Armand Amar, est elle aussi très belle. Doté d’une indéniable portée philosophique, Human est un de ces films qui poussent à la réflexion. Et en plus, c’est très beau visuellement.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs:
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Remarques :
* 2020 portraits à travers le monde dans 63 langues différentes, près de 2500 heures de rushes (dont plus de 500 heures d’images aériennes) ont servi de base à la réalisation du projet.
* Version cinéma = 3h 10 – Version TV = 2h 11
Plusieurs autres téléfilms sont liés au film : Sur les traces de Human (composé de trois films de 52 minutes), Les histoires de Human (80 minutes), L’aventure Human (making-of de 52 minutes) et La musique de Human (plongée dans les coulisses de la bande originale de 52 minutes). Désireux de conquérir tous les supports, le film s’est vu décomposé en trois volets d’une heure trente chacun pour sa diffusion sur YouTube et Google Play, disponible dans six langues différentes.

Human
L’une des images stupéfiantes de Human de Yann Arthus-Bertrand (il s’agit d’une gigantesque piscine à vagues en Chine, certainement lors d’une canicule…)
Human
L’un des visages des portraits/interviews de Human de Yann Arthus-Bertrand.

21 mai 2015

La machine à tuer les méchants (1952) de Roberto Rossellini

Titre original : « La macchina ammazzacattivi »

La Machine à tuer les méchantsDans un petit village au sud de Naples, le photographe Celestino offre l’hospitalité à un vieil homme pour la nuit. Celui-ci lui donne un étrange pouvoir qui lui permettra de combattre le mal : il suffit qu’il prenne en photo la photographie d’un « méchant » pour que celui-ci succombe instantanément en se figeant dans la position de la photo… La Machine à tuer les méchants est un film inattendu dans la filmographie de Roberto Rossellini. Il a tourné cette comédie en 1948, c’est-à-dire juste après Allemagne Année Zéro, mais sans la terminer. Ce sont ses assistants qui l’achèveront en 1951. C’est un mélange de comédie italienne et de néo-réalisme, assez heureux puisque l’ensemble est assez amusant. Bien entendu, nous sommes ici sur un registre bien plus léger mais on pourra noter qu’il y a une réflexion sur le Bien et le Mal, sur l’emplacement de la limite entre les deux et même sur la puissance de Dieu. Donc si l’on regarde bien, il y a là le départ d’une réflexion philosophique qui peut s’inscrire dans celles de François d’Assise ou de Stromboli. Mais le plus visible est bien entendu l’humour et les scénaristes ont eu d’excellentes trouvailles. Il a beaucoup de vie : on crie, on magouille, on s’interpelle, c’est un petit village haut en couleur. Les acteurs sont non-professionnels. La Machine à tuer les méchants est une comédie amusante et intéressante même si, bien entendu, le film n’est pas représentatif de l’oeuvre de Rossellini.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gennaro Pisano, William Tubbs
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Ma machine à tuer les méchants
Gennaro Pisano est le photographe dans La Machine à tuer les méchants de Roberto Rossellini

 

8 mai 2015

Journal de France (2012) de Claudine Nougaret et Raymond Depardon

Journal de FranceA l’occasion de l’achèvement du vaste projet photographique de Raymond Depardon, Journal de France, ce film nous propose une vision sur la carrière de ce cinéaste-photographe qui a couvert de nombreux grands sujets d’actualité de l’histoire du monde de ces cinquante dernières années. Quelques scènes de son récent périple en camping-car dans la France profonde sont entrecoupées par des extraits de ses grands reportages et de ses longs métrages. C’est son épouse, Claudine Nougaret, qui semble avoir été le principal architecte de Journal de France, le film, et elle en assure le commentaire en voix off. L’ensemble peut paraître un peu décousu mais il est intéressant de voir Raymond Depardon travailler avec ses chambres grand format (1). Le film a eu l’avantage de faire connaître son parcours et ses films à certaines personnes qui ne le connaissaient pas mais on peut trouver qu’il aurait mérité une « rétrospective » plus travaillée et aboutie. On ne voit notamment aucun de ses clichés.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs:
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(1) Raymond Depardon a commencé sa vaste série sur la France en 2004 (donc, à une époque où la plupart des professionnels considéraient que le numérique resterait longtemps inférieur à l’argentique) et a opté pour deux chambres 20×25 (pouces). Pour garder une unité dans la série, il devait donc terminer son projet avec ce matériel. A noter que l’utilisation de l’argentique s’est arrêté à la prise de vue : les photographies réalisées à la chambre ont ensuite été scannées…

Journal de France
Journal de France de Raymond Depardon et Claudine Nougaret

25 avril 2015

Le Sel de la Terre (2014) de Wim Wenders

Titre anglais : « The Salt of the Earth »

Le sel de la terreNombreuses sont les photographies de Sebastião Salgado qui restent ancrées à jamais dans notre esprit une fois que nous les avons vues. Comment oublier par exemple ces masses humaines grouillantes d’une mine d’or au Brésil, images qui nous renvoient au plus profond de l’histoire de l’Humanité ? Ces photographies, qui l’ont fait connaître dans les années soixante-dix, ouvrent tout naturellement ce film documentaire de Wim Wenders sur ce photographe qui n’a cessé de parcourir les cinq continents ces quarante dernières années. Il est allé là où personne ne voulait aller et rapporté des images bouleversantes, dérangeantes, de la sécheresse au Sahel ou des massacres du Rwanda. Il nous a aussi offert des images superbes de notre planète comme celles de son dernier projet Genesis (le livre est superbe, soit-dit en passant). Wim Wenders a choisi un format très sobre, laissant Sebastião Salgado raconter et commenter lui-même ses photographies, choix judicieux car le récit du photographe est très fort, suscite en nous beaucoup d’émotions diverses. Juliano Salgado, le fils, a co-réalisé Le sel de la terre que le photographe décrit comme sa « lettre d’amour à la planète ».
Elle: 5 étoiles
Lui : 4 étoiles

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Sebastião Salgado

Sebastião Salgado

Sebastião Salgado
Sebastião Salgado

7 janvier 2014

Mémoires de nos pères (2006) de Clint Eastwood

Titre original : « Flags of Our Fathers »

Mémoires de nos pèresMémoires de nos pères nous raconte l’histoire des hommes présents sur une photographie devenue iconique, celle de six soldats dressant le premier drapeau américain sur sol japonais, le 23 février 1945 sur l’île d’Iwo Jima. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de James Bardley, lui-même fils de l’un des Marines de la photographie. Le film nous parle avant tout des hommes et peut se lire sur plusieurs niveaux : il y a d’abord les événements eux-mêmes lors de l’une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale, ensuite la façon dont les trois soldats survivants ont été ensuite utilisés pour la plus grande campagne de War Bonds (collecte de fonds) et enfin les traumatismes que laissent ces événements chez les survivants. Le film de Clint Eastwood a ainsi une portée plus large qu’attendu ; il n’a rien d’un film patriotique classique. Certes il rend hommage (comment pourrait-il en être autrement) mais aussi il nous questionne sur la guerre, les marques qu’elle laisse et la façon dont elle hante les survivants par cette culpabilité d’en être sorti vivant alors que tant d’autres auraient mérité de survivre. En outre, le film aborde la question de la discrimination envers les amérindiens. Mémoires de nos pères a été suivi par Lettres d’Iwo Jiwa, sorti la même année, dans lequel Clint Eastwood nous montre les mêmes évènements vécus depuis le camp japonais.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Ryan Phillippe, Jesse Bradford, Adam Beach, Jamie Bell, Paul Walker
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Remarques :
* La célèbre photographie a été prise par de Joe Rosenthal, alors photographe de l’Associated Press.
* A sa sortie, Mémoires de nos pères fut l’objet d’une polémique sur le fait que Clint Eastwood aurait pris le parti d’ignorer le rôle des soldats afro-américains dans la bataille d’Iwo Jima. Il est vrai, qu’assez étrangement, on ne voit aucun soldat de couleur.
* L’histoire du soldat amérindien Ira Hayes et de sa dépression est racontée dans la chanson écrite en 1964 par Peter LaFarge The Ballad of Ira Hayes et reprise par Johnny Cash et aussi par Bob Dylan (chutes de l’album Self Portrait), et en France par Hugues Aufray.

Autre film sur la bataille d’Iwo Jima :
Iwo Jima (Sands of Iwo Jima) d’Allan Dwan (1949) avec John Wayne.