Après des études dans un pensionnat suisse, Stefano Mattioli, adolescent timide et sensible, se destine à la prêtrise par idéalisme. Mais son père, grand éditeur milanais, lui fait part de son souhait de le voir lui succéder à la tête de l’entreprise ; il va tout mettre en œuvre pour le faire changer d’avis… La Corruption est un film franco-italien réalisé par Mauro Bolognini. L’histoire met en scène l’opposition entre les idéaux du jeune homme et le matérialisme de la société, personnalisé par son père. Bolognini dresse un portrait sans concession du consumérisme des années soixante. La critique manque de subtilité, les personnages sont typés, proches de la caricature. L’atmosphère est étrange : est-ce dû aux accords discordants de Giovanni Fusco, ou aux cadrages insolites de Leonida Barboni ? L’ensemble paraît irréel et superficiel. Un film qui me semble mineur dans la filmographie de Mauro Bolognini (mais visiblement tout le monde ne partage pas mon avis). Elle: – Lui :
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Ismaël Vuillard, réalisateur de films, est perturbé par le retour de Carlotta, sa femme disparue vingt ans plus tôt et dont il n’a pas réussi à faire le deuil. Elle s’immisce au sein du couple qu’il forme avec Sylvia, sa nouvelle compagne… Les Fantômes d’Ismaël est un film français écrit et réalisé par Arnaud Desplechin. Il met en scène un cinéaste, natif de Roubaix (tiens donc…), particulièrement perturbé par ses « fantômes » : il y a sa femme disparue qui veut reprendre la place qu’elle a abandonnée, son frère diplomate avec lequel il nourrit un contentieux dont on ne connaitra pas vraiment la nature, son beau-père, réalisateur célèbre face auquel il est un petit enfant et ses cauchemars qui le hantent chaque nuit. L’ensemble apparaît désordonné. Aucun fil n’est vraiment approfondi et les personnages ont fréquemment des comportements excessifs, des emportements et des réactions disproportionnés (le réalisateur a qualifié son personnage principal de « frénétique »). Dans ces moments, Matthieu Amalric a un jeu excessif assez gênant. Il y a bien quelques moments de grâce, quelques beaux passages mais l’impression générale reste plutôt négative. Présenté en ouverture du festival de Cannes 2017, Les Fantômes d’Ismaël été bien accueilli par la critique, un enthousiasme qui ne semble pas avoir été partagé par le public. Elle: – Lui :
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Extrait du dossier de presse (qui personnellement ne m’a pas vraiment éclairé):
Pour Arnaud Desplechin, Les Fantômes d’Ismaël est un film comprenant cinq films. Il développe : « C’est le portrait d’Ivan, un diplomate qui traverse le monde sans n’y rien comprendre. C’est le portrait d’Ismaël, un réalisateur de film qui traverse sa vie sans n’y rien comprendre non plus. C’est le retour d’une femme, d’entre les morts. C’est aussi un film d’espionnage… Cinq films compressés en un seul, comme les nus féminins de Pollock. Ismaël est frénétique. Et le scénario est devenu frénétique avec lui ! Pourtant, Ismaël dans son grenier essaie de faire tenir ensemble les fils de la fiction…
Je décrivais ainsi mon projet à un ami : « il me semble avoir inventé une pile d’assiettes de fiction, que je fracasse contre l’écran. Quand les assiettes sont toute cassées, eh bien, le film s’achève ».
Marion Cotillard et Mathieu Amalric dans Les Fantômes d’Ismaël de Arnaud Desplechin.
En juin 1942, l’amiral japonais Isoroku Yamamoto élabore un plan complexe pour surprendre et éliminer les porte-avions américains restants après la bataille de la mer de Corail. Il ignore que les Américains ont partiellement décrypté le code japonais et savent que l’attaque aura lieu à Midway… La Bataille de Midway (Midway) est un film de guerre américain réalisé par Jack Smight en 1976. Le film a été conçu comme un film à grand spectacle avec un large plateau de vedettes. Par-dessus les faits historiques, une petite histoire inventée de toutes pièces a été greffée. Elle est plutôt ridicule : le fils du personnage principal (un officier) s’est emmouraché d’une américano-japonaise soupçonnée par le FBI d’être une militante anti-américaine (de beaux dilemmes en vue). Mais le problème principal du film est ailleurs : l’ensemble est particulièrement confus et disparate, et évoque plus le bric-à-brac narratif que le récit historique. Des scènes réelles, parfois coloriées à la hâte, ont été intégrées dans les scènes d’action ; elles sont très repérables, certaines étant même intégrées plusieurs fois. La production a également acheté plusieurs séquences du film Tora ! Tora ! Tora ! de Richard Fleisher (1970). Les dialogues sont très conventionnels. Elle: – Lui :
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Voir les autres films de Jack Smight chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* Ce long-métrage fut l’un des rares à avoir exploité le dispositif d’effets spéciaux sonores Sensurround, inauguré avec le film Tremblement de terre (Earthquake, 1974). Le système consistait à utiliser des infrabasses, inaudibles à l’oreille mais ressentis par les spectateurs en vibrations. Seules certaines salles étaient équipées.
Charlton Heston dans La Bataille de Midway (Midway) de Jack Smight.
Les autres évocations de la bataille de Midway au cinéma : La Bataille de Midway (Battle of Midway) de John Ford (1942), film documentaire de 18 minutes. Midway de Roland Emmerich (2019).
XIXe siècle. Considéré et honoré comme une sommité de la médecine, un professeur soixantenaire fait face à une profonde crise existentielle. Il se sent vieillir, regarde avec aigreur et mépris les gens qui l’entourent, sa famille, ses collègues, ses étudiants, à l’exception d’une ancienne assistante dont il est le tuteur, une jeune femme désillusionnée après une tentative ratée de devenir actrice… Une histoire banale (parfois nommé en français Une histoire sans intérêt, traduction plus appropriée car l’histoire n’a rien de « banal ») est un film polonais écrit et réalisé par Wojciech Jerzy Has. Devenu professeur à l’école de cinéma de Lodz après La Clepsydre en 1974, Wojciech Has ne revient à la réalisation que huit ans plus tard avec cette adaptation d’une nouvelle d’Anton Tchekhov. Il s’agit d’un film psychologique et même philosophique (l’affiche ci-dessus n’a rien à voir avec le contenu du film, elle semble plus se situer dans le sillage de La Clepsydre). Le réalisateur expose d’abord l’aigreur de son personnage, sans craindre de le rendre antipathique, avant de nous en livrer les raisons, bien plus tard. De même, il nous faut un certain temps pour comprendre vraiment la teneur de son attirance, mêlée de regrets, envers sa jeune pupille. Le personnage est complexe et d’une grande profondeur. Les réflexions philosophiques sont poussées assez loin dans la dernière scène du film.
Dans sa forme, le film est superbe avec une belle lenteur, une grande utilisation de la voix-off et une photographie très picturale. Presque chaque plan pourrait être un tableau. Wojciech Jerzy Has a un talent pour filmer les objets, ce sont des véritables natures mortes qu’il crée dans son objectif. Il affectionne les premiers plans, il y place très souvent des objets. Ses lents travellings latéraux sont plus que jamais aériens et envoutants. Tout semble parfait, y compris la musique, une maitrise cinématographique rare. Certes ce n’est pas un film pour tous les publics (et c’est sans doute là son seul défaut), mais il est difficile de comprendre pourquoi un tel film est si méconnu. Elle: – Lui :
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Joseph rend visite à son père soigné dans un étrange sanatorium dirigé par le docteur Gotard. Commence alors pour lui un voyage intérieur dans son passé… La Clepsydre est un film polonais écrit et réalisé par Wojciech Has, d’après l’œuvre de l’écrivain polonais Bruno Schulz (1892-1942). C’est un film très énigmatique et particulièrement déroutant. Il nous fait explorer les souvenirs et le subconscient (individuel et même collectif) de son personnage, que l’on suit dans une succession de scènes sans lien apparent entre elles. Le passage de l’une à l’autre est souvent déroutant, les époques se télescopent. Les décors sont surchargés à la manière d’un grenier où l’on entasse beaucoup d’objets inutiles (comme nos mémoires). Beaucoup de scènes et de représentations relèvent de la tradition judaïque et paraissent donc ésotériques au non-initié. D’autres scènes feraient référence à l’histoire polonaise. En réalité, la plupart des scènes restent assez impénétrables (du moins à la première vision) mais on y retrouve les angoisses du personnage et, toujours très présente, la peur de la mort. La mise en scène est très maitrisée et les mouvements de caméra sont superbes, le travail sur les décors paraît colossal. Le film fut très remarqué à sa sortie (Prix du Jury à Cannes en 1973) permettant à Wojciech Has de se faire connaitre plus largement, tout en l’associant de façon irrémédiable au surréalisme. Personnellement, je ne sais qu’en penser. C’est un film qu’il faudrait que je revoie car cette première vision m’a surtout dérouté. Elle: – Lui :
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Remarque :
Une clepsydre est « un instrument à eau qui permet de définir la durée d’un événement » (merci Wikipedia). Exemple : un orateur peut parler le temps que l’eau se vide d’un récipient percé d’un petit trou.
Jan Nowicki dans La Clepsydre (Sanatorium pod Klepsydra) de Wojciech Has.
Jan Nowicki dans La Clepsydre (Sanatorium pod Klepsydra) de Wojciech Has.
La Clepsydre (Sanatorium pod Klepsydra) de Wojciech Has.
Clifford Groves, un chef d’entreprise qui mène une vie bien réglée entre son travail, son épouse et leurs trois enfants, voit sa vie perturbée lorsque Norma, collaboratrice à ses débuts, vient lui rendre une visite inattendue… Demain est un autre jour (There’s Always Tomorrow) est un film américain en noir et blanc réalisé par Douglas Sirk, adaptation d’un roman de Ursula Parrott. Il s’agit d’un mélodrame, l’un des meilleurs signés par Douglas Sirk. Il n’use d’aucun effet facile et son propos est assez subtil. Si, comme dans tous les films hollywoodiens de cette période, la morale sera respectée, le récit met à mal l’image de la famille idéale américaine. L’homme au centre de cette histoire n’est pas un quarantenaire volage qui recherche les aventures ; non, il est très déçu que toutes les gentilles attentions envers sa femme tombent à plat, cette dernière faisant passer les enfants avant tout. Cette famille idéale a toutes les allures d’une prison et le final est ambigu : est-ce bien un « happy end » …? L’art de Douglas Sirk est dans la subtilité car son film peut tout aussi bien être vu comme une fable moraliste que comme une mise à mal du modèle de la famille américaine. Nous sommes ici loin du mélodrame conventionnel. Très belle prestation de Barbara Stanwyck. Elle: – Lui :
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Remarque :
* Plus de dix ans auparavant, Barbara Stanwyck et Fred MacMurray formaient le couple mythique du très beau film noir Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder (1944).
Barbara Stanwyck et Fred MacMurray dans Demain est un autre jour (There’s Always Tomorrow) de Douglas Sirk.
Titre original : « Rekopis znaleziony w Saragossie »
Au début du XIXe siècle, en Espagne, pendant les guerres napoléoniennes, un officier français et un partisan espagnol réfugiés dans une auberge découvrent un vieux manuscrit qui, curieusement, relate l’histoire d’Alfonse van Worden, capitaine de la garde wallonne et grand-père de l’officier. Le récit commence alors qu’Alfonse cherchait un raccourci pour traverser une redoutable montagne : la Sierra Morena… Le Manuscrit trouvé à Saragosse est un film polonais de 182 minutes réalisé par Wojciech Has. Il s’agit de l’adaptation du roman homonyme de Jan Potocki (1761-1815), aristocrate, savant et écrivain polonais. Ce roman, considéré comme une œuvre majeure de la littérature française (car Jan Potocki l’a écrit en français), était réputé inadaptable du fait de sa construction en roman à tiroirs. Il y a en effet plusieurs histoires imbriquées les unes dans les autres (un personnage raconte son histoire dans laquelle un autre personnage raconte une autre histoire) et l’on peut compter jusqu’à cinq niveaux de flashbacks. C’est un conte philosophique et fantastique, surréaliste, libertin, parfois horrifique. On y retrouve aussi le mythe du Juif errant. Le voyage du jeune capitaine prend la forme d’une épreuve initiatique. Le récit est particulièrement riche, surtout dans sa seconde moitié. Il aborde de nombreux thèmes : le Bien et le Mal, le désir, les fantasmes, les croyances. Wojciech Has l’a mis en scène de façon magnifique, avec une belle photographie et de subtils mouvements de caméra. Très original et puissant. L’ensemble évoque l’univers des films de Luis Buñuel qui d’ailleurs adorait le film. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Le film donne envie de lire le roman qui n’a été découvert en France que tardivement. Il a fallu attendre 1958 pour une première publication en français (un quart environ du roman) et 1989 pour une version complète. Sa traduction polonaise fut publiée dans une version complète dès 1847.
* Jerry Garcia (Grateful Dead) avait adoré ce film à sa sortie. Il a commencé à financer sa restauration dans les années quatre-vingt dix en finançant l’achat de la seule copie sous-titrée connue au monde. Hélas, celle-ci s’est révélée être incomplète. Martin Scorsese a poursuivi après sa mort, en rachetant la version personnelle de Wojciech Has pour la restaurer.
* A sa sortie, le film de 182 minutes fut réduit à 147 minutes aux Etats-Unis et à 127 minutes au Royaume-Uni.
Iga Cembrzynska, Zbigniew Cybulski et Joanna Jedryka dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie) de Wojciech Has.
Zbigniew Cybulski et Krzysztof Litwin dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie) de Wojciech Has.
Zbigniew Cybulski dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie) de Wojciech Has.
Beata Tyszkiewicz dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie) de Wojciech Has.
Beata Tyszkiewicz et Krzysztof Litwin dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse (Rekopis znaleziony w Saragossie) de Wojciech Has.
Scott, âgé de 24 ans, est le fils d’un pompier mort héroïquement lors d’une mission quand il avait sept ans. Il vit aujourd’hui avec sa mère Margie à Staten Island, quartier résidentiel de New York. Traînant avec ses amis, fumant de l’herbe, il a pour seul vague projet de devenir tatoueur… The King of Staten Island est un film américain coécrit et réalisé par Judd Apatow. Il s’inspire de la vie de son acteur principal, Pete Davidson, dont le père est décédé lors des interventions au World Trade Center. Le récit est donc en grande partie autobiographique : « On s’est dit que l’histoire pouvait être complètement fictive, mais que les émotions, et quelques événements déterminants de la vie de Pete, se devaient d’être vrais » précise Judd Apatow. Le ton général du film oscille entre comédie et drame sur le passage à l’âge adulte ; l’ensemble montre une belle profondeur et un équilibre parfait. Couvert de tatouages, le personnage principal est étonnant, assez unique en son genre, et finalement très attachant. C’est lui qui apporte au film une grande originalité. Elle: – Lui :
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Dans les années 1950, Alice quitte la Suisse pour le Liban. Elle y tombe amoureuse de Joseph, un astrophysicien qui rêve d’envoyer le premier Libanais dans l’espace. Alice va vite trouver sa place dans la famille de Joseph. Cependant, après quelques années, ce petit paradis est remis en question par la guerre… Sous le ciel d’Alice est un film français réalisé par Chloé Mazlo, dont c’est le premier long-métrage après avoir été Césarisée en 2015 (meilleur court métrage d’animation). Les parents de la réalisatrice française sont d’origine libanaise et le scénario est basé sur le récit familial, Alice étant sa grand-mère. Les deux premières années de la Guerre du Liban sont en arrière-plan, les évènements ne sont pas montrés directement ni même expliqués. En revanche, la réalisatrice en décrit les conséquences sur la vie de cette famille du quartier d’Achrafieh à Beyrouth. Elle utilise parfois quelques allégories, des saynètes avec des personnages avec des têtes d’animaux. L’autre originalité se situe au début du film : toute la partie en Suisse est traitée en animation. Le film est tourné en super 16, l’image arbore un grain qui évoque les souvenirs familiaux. L’ensemble est à la fois grave et douloureux mais aussi léger et poétique. Mérite d’être découvert pour son originalité. Elle: – Lui :
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