27 février 2015

Sous surveillance (2012) de Robert Redford

Titre original : « The Company You Keep »

Sous surveillanceUn paisible avocat se retrouve rattrapé par son passé de militant activiste : dans les années soixante-dix, il a été membre d’un groupe radical qui s’est sinistrement illustré par des attentats… Adapté d’un roman de Neil Gordon, Sous surveillance est le neuvième long métrage réalisé par Robert Redford. On aurait aimé être plus enchantés mais il se dégage de l’ensemble une impression de vieux héros fatigué. Le sujet n’arrange pas les choses puisqu’il s’agit justement de militants extrémistes qui s’interrogent sur leur engagement d’il y a quarante ans. Ce pourrait d’ailleurs être un sujet si Robert Redford avait choisi de le traiter, mais le film reste au niveau d’un thriller basé sur une traque un peu poussive. Le film se regarde sans déplaisir toutefois, grâce à un beau plateau d’acteurs. Shia LaBeouf en jeune journaliste gonflé et opiniâtre, dans un style qui n’est pas sans rappeler Robert Redford dans Les Hommes du Président, permet de faire baisser un peu la moyenne d’âge.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Robert Redford, Shia LaBeouf, Julie Christie, Susan Sarandon, Nick Nolte, Chris Cooper, Terrence Howard, Stanley Tucci, Richard Jenkins, Anna Kendrick, Brendan Gleeson, Brit Marling
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Sous surveillance de Robert Redford
Robert Redford et Richard Jenkins dans Sous surveillance.

14 février 2015

Les Combattants (2014) de Thomas Cailley

Les combattantsDans le sud-ouest de la France, Arnaud rencontre Madeleine, aussi belle que cassante, bloc de muscles tendus et de prophéties catastrophiques. Il ne s’attend à rien ; elle se prépare au pire. Jusqu’où la suivre alors qu’elle ne lui a rien demandé? … Les Combattants est le premier long métrage de Thomas Cailley. C’est une histoire assez simple mais originale et même surprenante, grâce à deux personnages principaux assez forts. Le personnage de Madeleine est plutôt inattendu et Arnaud se retrouve autant déconcerté qu’attiré par elle. Adèle Haenel et Kévin Azaïs font tous deux une remarquable composition, parvenant à exprimer une vaste palette de sentiments sur un fond de touchante naïveté. Adèle Haenel est particulièrement étonnante. L’ensemble est bien équilibré par humour habilement distillé par petites touches. Les Combattants est un premier film vraiment réussi pour Thomas Cailley.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Adèle Haenel, Kévin Azaïs, Antoine Laurent, Brigitte Roüan
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Les Combattants
Adèle Haenel et Kévin Azaïs, étonnants interprètes du film Les Combattants de Thomas Cailley.

8 février 2015

Tirez la langue, mademoiselle (2013) de Axelle Ropert

Tirez la langue, mademoiselleBoris et Dimitri Pizarnik sont médecins dans le quartier chinois à Paris. Ils sont frères et c’est ensemble qu’ils pratiquent leur métier, consacrant tout leur temps à leurs patients. Une nuit, ils sont amenés à soigner une petite fille diabétique que sa mère, Judith, élève seule… Ecrit et réalisé par Axelle Ropert, Tirez la langue, mademoiselle est un film assez original. Ses personnages frappent d’emblée : ces deux frères quarantenaires font tout ensemble, habitent l’un en face de l’autre, donnent ensemble leurs consultations ; ils semblent presque interchangeables. Il était inévitable qu’ils tombent amoureux au même moment et de la même femme. Le thème du triangle amoureux prend de ce fait une tonalité nouvelle, d’autant plus que les dialogues ont une plaisante facture littéraire et qu’une place est laissée à la rêverie, au mystère. Les décors parisiens expriment un certain isolement. On peut reprocher des scènes d’ambiance un peu longues, un environnement sonore trop présent et peut-être regretter que les personnages (premiers et seconds rôles) ne soient pas plus approfondis. Même s’il n’est pas parfait, Tirez la langue, mademoiselle est à la fois original et séduisant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Cédric Kahn, Laurent Stocker, Louise Bourgoin
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Tirez la langue, Mademoiselle
Laurent Stocker et Cédric Kahn sont deux frères dans Tirez la langue, mademoiselle d’Axelle Ropert.

12 janvier 2015

Tabou (2012) de Miguel Gomes

Titre original : « Tabu »

TabouA Lisbonne, Aurora est une octogénaire excentrique que la raison semble quitter par moment. Elle vit là avec une bonne capverdienne un peu rude. Leur voisine est prise de compassion… Le portugais Miguel Gomes a coécrit et réalisé Tabou. Il est structuré en deux parties « Le Paradis perdu » et « Le Paradis ». La première partie déroute plutôt, austère et triste, un peu ennuyeuse il faut bien l’avouer… mais la seconde est bien plus enthousiasmante. Par sa forme tout d’abord : un beau noir et blanc 16 mm et le faux-muet (la seule voix est off, c’est celle du narrateur mais certains bruits ambiants peuvent être présents) qui donnent un caractère imaginaire, presque onirique, au récit. Par son histoire aussi, qui nous ramène en arrière en Afrique à une période juste antérieure aux guerres coloniales portugaises (soit la fin des années cinquante), la fin d’un monde où prend place le récit dramatique et épuré d’un amour impossible, d’un beau romantisme désuet. Cette seconde partie se situe en dehors des normes et n’en est que plus fascinante.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira, Carloto Cotta
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Remarques :
* En débutant par « Autrefois, Aurora tenait une ferme en Afrique », le récit de la seconde partie nous fait inévitablement penser à Karen Blixen et Out of Africa.
* Miguel Gomes revendique l’influence de F.W. Murnau, notamment pour le titre du film (Tabou est le titre du dernier film de Murnau).
* Le (court) prologue semble un peu délicat à interpréter : nostalgie d’un imaginaire devenu suranné ? Il se situe en tous cas à une période encore antérieure, donnant l’impression d’être le premier volet d’un triptyque.

Tabou (2012) de Miguel Gomes

23 novembre 2014

The Color Wheel (2011) de Alex Ross Perry

The Color WheelColin accompagne sa soeur JR pour aller récupérer ses affaires chez son ex-professeur avec lequel elle a eu une relation. Durant les trois jours de leur voyage, ils échangent, parlent de leurs aspirations, se chamaillent… Coécrit, réalisé, joué, monté et produit par Alex Ross Perry, The Color Wheel est une belle surprise, un film qui sort du lot. Il est tourné en noir et blanc et en 16 mm, en lumière naturelle avec un grain très important, ce qui lui donne un amusant parfum de « premier film » des années soixante-dix. Le style évoque Jim Jarmusch ou même Woody Allen mais en plus féroce dans l’humour. Le frère et la soeur n’arrêtent pas de se chamailler tout en offrant un front uni face aux autres personnes (tous assez odieux, ceci dit) qu’ils rencontrent. Au travers d’une logorrhée permanente, ils expriment la perte de leurs illusions, de leurs rêves. Alex Ross Perry a su se créer un vrai personnage avec son débit monocorde et son humour mordant, désabusé, peut-être un peu trop résigné pour générer l’identification du spectateur. Alex Ross Perry n’hésite pas à adopter une fin aussi radicale que transgressive.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Carlen Altman, Alex Ross Perry
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The Color Wheel

6 octobre 2014

Les adieux à la reine (2012) de Benoît Jacquot

Les adieux à la reineArrivée depuis peu à la cour, une jeune liseuse est au service de la reine Marie-Antoinette qu’elle approche de très près et qu’elle admire profondément. Au lendemain de la prise de la Bastille, toute la cour est en émoi et s’interroge sur les intentions du roi et de la reine… Adapté d’un roman de Chantal Thomas, Les adieux à la reine nous fait vivre les trois jours qui suivirent le 14 juillet 1789 à travers les yeux d’une jeune servante pleine de dévotion envers sa reine. Ces trois jours ne sont remplies que d’attentes, d’interrogations, d’hésitations, il n’y a donc pas de grands évènements dans cette histoire dont l’objet est avant tout de dresser le portrait de cette jeune fille, mélange de naïveté et de détermination. Benoit Jacquot filme avec délicatesse et surtout sait trouver le ton juste. Nous sommes ici loin des reconstitutions démonstratives, aux décors flamboyants : l’univers des adieux à la reine est plus celui des antichambres, des couloirs, des chambres minuscules, des communs encombrés, des éclairages à la bougie (et des mauvaises dentitions …) Léa Seydoux donne une interprétation parfaite de son personnage. Les seconds rôles sont très bien définis ce qui donne une certaine ampleur à ce film empreint d’une grande sensibilité.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Léa Seydoux, Diane Kruger, Virginie Ledoyen, Noémie Lvovsky, Michel Robin
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Les adieux à la reine (2012) de Benoît JacquotDiane Kruger et Léa Seydoux dans Les adieux à la reine de Benoît Jacquot.

27 septembre 2014

Jours de pêche en Patagonie (2012) de Carlos Sorin

Titre original : « Días de pesca »

Jours de pêche en PatagonieA 52 ans et après quelques ennuis de santé, Marco Tucci a une autre vision de la vie. Parti de Buenos-Aires, il se rend dans le sud de l’Argentine, en Patagonie, à la fois pour se trouver un nouveau hobby, la pêche au gros, et pour tenter de revoir sa fille qu’il a perdue de vue depuis quelques années… Ecrit et réalisé par l’argentin Carlos Sorin, Jours de pêche en Patagonie est film très humain reposant sur une histoire très simple. De cet homme qui a décidé de se tourner vers les autres, nous partageons les rencontres et les aspirations et peu à peu nous découvrons un peu de sa personnalité. Tout est en nuances, en petits riens qui finissent par former un tout. Carlos Sorin n’utilise aucun effet, aucun mouvement de caméra sophistiqué, mais il sait restituer une belle chaleur humaine. Hormis les deux acteurs principaux, le père et la fille, tous les autres acteurs sont non-professionnels.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Alejandro Awada, Victoria Almeida
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Remarque :
* Non seulement la ville de Puerto Deseado existe vraiment (port de pêche isolé de 10 000 habitants non loin de la Terre de Feu, à environ 2 000 kms de Buenos-Aires) mais la petite société qui organise l’excursion de pêche en mer existe elle aussi réellement.

Jours de pêche en Patagonie (Días de pesca)Alejandro Awada dans Jours de pêche en Patagonie (Días de pesca) de Carlos Sorin.

5 septembre 2014

Miss Bala (2011) de Gerardo Naranjo

Miss BalaMexique, années 2000. Alors qu’elle s’apprête à participer à un concours de beauté pour faire plaisir à son amie, une jeune fille est kidnappée par un cartel de la drogue. Elle est ensuite forcée de participer à des opérations… Au travers de cette histoire, le réalisateur mexicain Gerardo Naranjo dresse un portrait de son pays où le trafic de drogue a pris une importance considérable. Il montre à quel point la corruption est omniprésente : les cartels ont visiblement des agents à l’intérieur de la police et sont suffisamment organisés pour obtenir n’importe quelle information ; leur plus grand ennemi reste la DEA américaine (1). C’est un monde sans fard, sans luxe, où règne une amoralité sauvage. L’originalité de l’approche du réalisateur est de montrer cela au travers des yeux d’une innocente victime, impliquée malgré elle dans une situation dont elle ne peut se libérer. On ressent son anxiété, sa peur et sa tension constante par de longs plans-séquences. Au final, Miss Bala montre une indéniable force et une certaine profondeur.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Stephanie Sigman, Noé Hernández
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(1) La D.E.A. (Drug Enforcement Administration) américaine agit dans presque tous les pays d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud pour épauler les autorités dans leur lutte contre les cartels de la drogue.

Miss BalaStephanie Sigman dans Miss Bala de Gerardo Naranjo.

22 août 2014

Bullhead (2011) de Michaël R. Roskam

Titre original : « Rundskop »

BullheadJacky est le fils aîné d’une importante famille d’agriculteurs et d’engraisseurs non loin de Liège en Belgique. A 33 ans, il apparaît comme un être renfermé et imprévisible, parfois violent. Sa collaboration avec un vétérinaire corrompu lui a permis de se forger une belle place dans le milieu de la mafia des hormones. Alors qu’ils s’apprêtent à traiter avec un nouveau revendeur, un enquêteur fédéral est assassiné… Bullhead est écrit et réalisé par Michaël R. Roskam. Pour son premier long métrage, il a réussi à créer une histoire très forte qui mêle habilement le thriller et le drame : sur fond de trafic d’hormones, c’est tout le passé de Jacky et ses lourds secrets qui refont surface. Le tour de force de Michaël Roskam est de parvenir à rendre attachant un personnage extrêmement bourru et violent (et, qui plus est, hors-la-loi) en nous donnant les clés de sa personnalité et en dévoilant sa grande vulnérabilité intérieure. L’atmosphère est lourde, sans édulcoration ; le récit apparaît très ancré dans ses racines locales donnant ainsi un fort parfum d’authenticité. Bullhead est un film rude, brutal même, mais finalement très convaincant par la profondeur de ses personnages.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Matthias Schoenaerts, Jeroen Perceval, Jeanne Dandoy
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6 août 2014

The Housemaid (2010) de Im Sang-soo

Titre original : « Hanyo »

The HousemaidUne jeune femme se fait embaucher comme aide-gouvernante dans une riche maison bourgeoise. Elle doit céder aux avances du maitre de maison… Im Sang-soo devait certainement tirer un avantage de présenter The Housemaid comme un remake de La Servante de Kim Ki-young car, en réalité, les histoires n’ont que bien peu de points communs ! Disons plutôt qu’il s’agit d’une variation sur le même thème, à savoir une jeune servante embauchée par une famille. Plus qu’une intrigue psychologique, The Housemaid est un film qui désire explorer les rapports de classe entre riches et pauvres. L’histoire est simple et (hélas) prévisible, Im Sang-soo se focalisant sur le thème du sentiment de supériorité (le mari) et de l’arrivisme (la femme et sa mère). Plusieurs éléments ne sont pas crédibles et la fin est quelque peu outrancière. En fait, si le film se révèle plaisant à regarder, c’est surtout grâce à sa forme élégante : une superbe photographie, une composition des plans qui frise la perfection. Im Sang-soo joue beaucoup avec les symétries, les cadres. C’est un délice pour les yeux. Quel dommage que le contenu ne soit pas de la même qualité !
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jeon Do-yeon, Lee Jung-Jae, Yoon Yeo-jeong
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Voir sur ce blog : La Servante de Kim Ki-Young (1960)…

Remarque :
Im Sang-soo poursuivra son exploration très critique de l’univers des ultrariches avec son film suivant L’Ivresse de l’argent (2012).