Pierre, la quarantaine, a toujours vécu loin des désordres du monde, entre ses abeilles et ses hibiscus. Lorsque ses parents disparaissent, c’est tout son univers qui bascule : il découvre qu’il a été adopté et doit apprendre à survivre dans une société moderne qu’il n’a jamais connue. Déterminé à élucider le mystère de ses origines, il croise la route d’Anna… C’est magnifique ! est un film français réalisé par Clovis Cornillac. Il en a cosigné le scénario avec Lilou Fogli (qui interprète le rôle de Nathalie, la fille de Myriam Boyer) et Tristan Schulmann. C’est une histoire très originale, un conte moderne et poétique qui évoque les films de Jacques Tati. Clovis Cornillac tient le rôle principal, un personnage très attachant qui déborde de gentillesse et de naïveté. L’ensemble est frais, joyeux et nous transporte ailleurs pendant ses 98 minutes. Merveilleux, dans les deux sens du terme (excellent dans son genre et qui relève de la féérie). Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Au tournant de la cinquantaine, l’écrivaine Marianne Winckler décide de s’immerger pendant un an dans le monde du travail intérimaire et précaire. Elle trouve un poste de femme de ménage à bord des ferries faisant la liaison entre Ouistreham et Portsmouth… Ouistreham est un film français réalisé par Emmanuel Carrère et sorti en 2021. Il est adapté du récit Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas paru en 2010. En plus de la description des dures conditions de travail du personnel de ménage des ferries, Emmanuel Carrère a choisi d’aborder la question de l’appropriation de la vie d’autrui par les écrivains (une question qui doit le titiller puisqu’il est lui-même plutôt un écrivain qu’un cinéaste). Cela se fait au détriment de Florence Aubenas : il la transforme en écrivaine (alors qu’elle s’est toujours définie comme journaliste) et il invente une relation assez poussée entre l’écrivaine et l’une de ses collègues de travail. Sa démarche nous paraît ainsi bien plus discutable que dans la réalité : cette écrivaine a une attitude malhonnête vis-à-vis de celle qui ignore son identité et pense avoir trouvé une nouvelle amie. Ce n’est plus une enquête en immersion (qui déjà pouvait paraître discutable) mais une tromperie d’écrivain, presque une escroquerie. Malgré tout, le film témoigne bien des conditions de travail et aussi de l’entraide et la solidarité qui unissent ces travailleuses de l’ombre. Juliette Binoche tenait à interpréter le rôle et c’est elle qui a insisté auprès de Florence Aubenas pour qu’elle accepte que son livre soit porté à l’écran. Hormis Juliette Binoche, tous les acteurs et actrices sont des non-professionnels, deux d’entre eux jouant même leur propre rôle (Nadège la contremaître et Justine, celle qui fête son départ). Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
À l’été 1934, un jeune inconnu (Alain Delon) arrive dans un village de Bourgogne. Il se fait engager comme ouvrier dans la ferme de la veuve Couderc (Simone Signoret). Cette maîtresse-femme est en butte à une belle-famille haineuse, qui ne l’a jamais acceptée et souhaite récupérer la ferme… La Veuve Couderc est un film français réalisé par Pierre Granier-Deferre, adaptation écrite par Pascal Jardin du roman éponyme de Georges Simenon. Il met pour la première fois face à face deux grandes stars du cinéma français qui, avec leur quatorze ans d’écart, forme un couple inattendu. Pierre Granier-Deferre restitue parfaitement l’atmosphère du roman et donne une grande force à la liaison de ses deux personnages. Le lieu très particulier, le pont-levis de Cheuge sur le canal entre Champagne et Bourgogne (1), est bien utilisé pour accentuer la tension de ce drame rural. La musique est de Philippe Sarde. La Veuve Couderc rencontra un formidable succès public à sa sortie. Le producteur Raymond Danon cherchera à réassocier très vite le duo à l’écran (Les Granges brûlées, 1973, réalisé par Jean Chapot). Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Une fille, un garçon et un vieux technicien de cinéma se retrouvent tous les soirs dans une petite salle de cinéma pour se raconter des histoires. Le film se compose de six contes se déroulant à des époques et dans des pays variés, dans un univers d’ombres chinoises… Les Contes de la nuit est un film d’animation de Michel Ocelot. Il s’agit de la réunion en long métrage (et en 3D) d’une série de courts métrages en ombres chinoises Dragons et Princesses, série diffusée en 2010 et qui comportait 10 contes de 13 minutes. Les Contes de la nuit reprend cinq d’entre eux et y ajoute un sixième conte inédit. Michel Ocelot fait preuve une fois de plus de ses talents de conteur et il utilise toujours aussi merveilleusement les couleurs pour créer des images de toute beauté. Il est étonnant d’avoir l’impression de « voir » les expressions de ses personnages alors qu’ils sont en ombres chinoises. Destinés en premier aux enfants, ces contes ont un contenu intelligent, jamais infantilisant. Seul petit bémol : la mise à la suite de ces six contes peut donner (à un adulte) une impression de redite dans les personnages (princesse obligatoire) et dans l’exotisme de rigueur. Mais, heureusement, les environnements sont très différents. Elle: – Lui : (c’est un film difficile à noter par un adulte… si j’avais quatre ans, j’aurais certainement mis 4 ou 5 étoiles)
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Alexandre, jeune oisif, vit avec (et aux crochets de) Marie, boutiquière sensiblement plus âgée que lui. Il aime encore Gilberte, étudiante qui refuse la demande en mariage qu’il lui fait en forme d’expiation. Il accoste ensuite une autre jeune femme, Veronika, interne à l’Hôpital Laennec… La Maman et la putain est un film français écrit et réalisé par Jean Eustache. C’est un film assez novateur ou, du moins, qui va plus loin que les autres films de son époque. On peut le situer dans le sillage de la Nouvelle Vague dans le sens où il capte l’esprit d’une génération, mais il est plus que cela. Jean Eustache s’inspire de sa vie personnelle, il tourne dans l’appartement de sa compagne qui est costumière et maquilleuse sur le tournage et dont le rôle est tenu par Bernadette Lafont (qui est amie avec elle dans la vraie vie). Bien que son personnage de dandy un peu précieux soit loin d’être admirable, les monologues de Jean-Pierre Léaud sont passionnants à écouter, remarquablement bien écrits et admirablement bien restitués (1). C’est magnifique. Les textes des personnages féminins sont plus restreints et (à mon humble avis… qui ne semble pas être partagé) moins brillants ; le long monologue final de Veronika paraît même assez laborieux dans sa forme (l’expérience de Françoise Lebrun en tant qu’actrice était bien plus réduite que celles de J.-P. Léaud ou Bernadette Lafont). Il capte néanmoins l’esprit d’une époque (post-Mai 68) quant à une conception désinhibée de l’amour même si Eustache débouche finalement sur une position qui paraît bien conventionnelle (le véritable amour est celui où on fait des enfants) (mais il serait injuste de réduire sa position à cela). Le film est très long (3h40), trop long certainement, mais cela fait partie de sa personnalité. A sa sortie, le film divisa la critique et le public. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Jean Eustache était intraitable sur le respect à la virgule près du texte qu’il avait écrit. Et, du fait du budget très réduit, il était hors de question de faire plus de deux prises. Bernadette Lafont raconte que Jean-Pierre Léaud se bourrait de cachets au phosphore pour mémoriser le texte (Bernadette Lafont, une vie de cinéma par Bernard Bastide, éditions Atelier Baie 2013).
Remarque :
* Dans les rôles de figuration, on remarque (non crédités au générique) :
les réalisateurs Jean-Claude Biette et André Téchiné, le producteur Pierre Cottrell (créateur des Films du Losange), les critiques et historiens du cinéma Jean Douchet, Bernard Eisenschitz et Noël Simsolo. Jean Eustache fait une courte apparition (le mari de Gilberte dans le supermarché).
Jean-Pierre Léaud et Bernadette Lafont dans La Maman et la putain de Jean Eustache.
Début des années soixante. Camille et Georges dansent tout le temps sur leur chanson préférée Mr Bojangles. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis. Jusqu’au jour où… En attendant Bojangles est un film franco-belge réalisé par Régis Roinsard. Il s’agit de l’adaptation du roman homonyme d’Olivier Bourdeaut, qui connut un grand succès populaire dès sa sortie en 2016. Le roman avait déjà été décliné en bande dessinée et en pièce de théâtre. Ses personnages excentriques vivent comme dans un rêve et planent au-dessus des contingences de la vie grâce à un riche et bienveillant protecteur. Le film démarre très mal avec Romain Duris qui tente d’imiter Jean-Paul Belmondo dans Le Magnifique ; hélas, il ne parvient qu’à montrer ses limites. On se dit tout d’abord que cela va s’améliorer, que le film ne peut durer deux heures sur ce registre… mais si. Et lorsque le drame pointe, c’est encore pire. Tout sonne faux ! Même si ce ne fut pas le cas pour nous, le film semble plaire toutefois, peut-être parce que son insouciance est bienvenue. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
• Mr Bojangles est une chanson de Jerry Jeff Walker (1968) mais sa version est absente du film. Dans le roman, la version dont raffole le couple est la reprise bien connue de Nina Simone avec orchestre (1971) mais elle est tout aussi absente du film (pour raison de « droits non obtenus »). La production a demandé à un certain Marlon Williams, chanteur néo-zélandais, d’en faire une copie (un peu pâle).
Romain Duris et Virginie Efira dans En attendant Bojangles de Régis Roinsard.
Marc, en mission dans une ville de province, rencontre Sylvie. Ils tombent amoureux l’un de l’autre et se donnent rendez-vous dans la capitale. Mais Marc, retardé par un malaise cardiaque arrive trop tard au rendez-vous. De retour dans la ville de province pour la chercher, il rencontre Sophie, et en tombe amoureux sans savoir qu’elle est la sœur de Sylvie, qui est partie aux États-Unis avec son compagnon… Trois Cœurs est un film français réalisé par Benoît Jacquot. Il en a coécrit le scénario avec Julien Boivent. Après une mise en place assez originale et plutôt bien faite, l’histoire paraît rapidement très artificielle et trop improbable. De plus, le comportement du personnage principal masculin est souvent surprenant sans que l’on puisse avoir la moindre explication : le personnage manque de profondeur pour que l’on comprenne pourquoi il est si torturé. On sent trop la présence du scénariste qui ficelle l’ensemble pour créer une situation, omettant volontairement tous les petits détails qui devraient logiquement dénouer les nœuds, s’étalant en revanche sur des aspects inutiles (les malversations du maire) comme pour nous égare et étoffer. Benoît Poelvoorde fait néanmoins une belle prestation en dehors de son registre habituel. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Un couple de cinéastes s’installe pour écrire, le temps d’un été, sur l’île suédoise de Fårö où vécut Bergman. A mesure que leurs scénarios respectifs avancent, et au contact des paysages sauvages de l’île, la frontière entre fiction et réalité se brouille… Bergman Island est un film suédo-germano-belgo-français écrit et réalisé par la française Mia Hansen-Løve. La réalisatrice a elle-même loué la maison de Bergman, occupée par le couple dans le film, pour écrire ce script (1). Son histoire nous montre le visage actuel de cette île connue des cinéphiles du monde entier et aujourd’hui visitée par les touristes. Mais son histoire est bien plus que cela, elle se situe à plusieurs niveaux qui finissent par se mêler : il y a le passé avec l’héritage bergmanien, le présent avec le couple de cinéastes, et l’imaginaire avec les personnages du scénario écrit par l’un des deux. Mia Hansen-Løve nous parle du processus de l’écriture, de l’inspiration et de l’interaction avec la vie de couple, elle nous parle de l’amour aussi et de sa réciprocité. Le propos est assez subtil et la cinéaste fait preuve de sensibilité. La construction est intelligente et même élégante, l’ensemble a indéniablement du style. Bergman Island est un beau film (et il n’est pas nécessaire, je pense, de connaître le cinéma de Bergman pour l’apprécier). Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Mia Hansen-Løve chroniqués sur ce blog…
(1) À la mort d’Ingmar Bergman, son héritage fut racheté par un homme d’affaires norvégien, permettant de ne pas le disperser. Il a par ailleurs créé avec Linn Ullmann (la fille de Bergman et Liv Ullmann) une fondation permettant, selon le souhait de Bergman, à des artistes ou à des chercheurs de tous horizons de résider dans une de ses maisons pour y développer un projet, sans obligation de lien avec son œuvre. C’est via cette fondation que Bergman Island est né : « À ma connaissance, je suis la seule à y avoir travaillé sur un scénario ayant un rapport direct avec Bergman ».
Vicky Krieps et Tim Roth dans Bergman Island de Mia Hansen-Løve.
Mia Wasikowska et Anders Danielsen Lie dans Bergman Island de Mia Hansen-Løve.
Un tournage de film de zombies dans un bâtiment désaffecté. Entre techniciens blasés et acteurs pas vraiment concernés, seul le réalisateur semble investi de l’énergie nécessaire pour donner vie à un énième film d’horreur à petit budget. L’irruption d’authentiques morts-vivants vient perturber le tournage… Coupez ! est une comédie horrifique française écrite, produite et réalisée par Michel Hazanavicius. Il s’agit du remake du film japonais Ne coupez pas ! (2017) écrit, réalisé et monté par Shin’ichirō Ueda, un film à tout petit budget (25 000 dollars) tourné en huit jours par des étudiants d’une école d’art dramatique de Tokyo. A moins d’avoir lu certaines présentations qui dévoilent tout sans scrupule, la première demi-heure peut décevoir et paraître très mauvaise. J’ai moi-même failli abandonner. J’ai bien fait de persévérer car tout ce que nous avons vu prend une autre dimension par la suite. Le récit devient alors de plus en plus hilarant. La construction est originale, assez risquée aussi (il faut que les spectateurs tiennent la première demi-heure). Une fois le film fini, on a envie de revoir la première demi-heure ! Elle: – Lui :
Lecteurs : (2 note(s), moyenne : 2,50 sur 5, vous pouvez noter ce film)
À Neauphle-le-Château au tout début des années 80, Yann Andréa, qui vit depuis deux ans avec l’écrivaine Marguerite Duras, raconte à une journaliste, voisine et amie, comment leur relation s’est établie et se poursuit… Vous ne désirez que moi est un film français réalisé par Claire Simon. Il s’agit de l’adaptation de Je voudrais parler de Duras (Pauvert, 2016), un entretien inédit de Yann Andréa (décédé en 2014). Ce long monologue est très intéressant en soi, même s’il nous fait découvrir une facette peu reluisante de l’écrivaine. La relation qu’elle eut avec le jeune Yann Andréa (alors âgé d’à peine 30 ans, elle en avait presque 70) paraît en effet totalement déséquilibrée, reposant sur l’effacement de la personnalité du plus jeune. Marguerite Duras nous semble même monstrueuse (mais il faut tempérer ce jugement en se rappelant que le jeune homme est tout de même resté avec l’écrivaine pendant presque 15 ans après cet entretien, jusqu’à sa mort en 1996). Swann Arlaud fait une performance absolument remarquable, d’autant plus extraordinaire que Claire Simon a filmé les entretiens en longs plans-séquence. Emmanuelle Devos est en revanche bien plus fade, elle n’a cependant qu’une dizaine de lignes de texte. Les cadrages ne sont pas toujours bien adaptés et la réalisatrice a inséré quelques plans externes à l’entretien : si certains, ceux où l’on voit Duras par exemple, sont appropriés, de nombreux plans sont ce qu’il faut bien appeler du remplissage. Le film est donc bien plus intéressant par son contenu que par sa forme. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)