30 juin 2014

Sommaire du mois de juin 2014

 

Ce merveilleux automneEntente cordialeLivre : The Making Of Stanley Kubrick's « 2001 ? A Space Odyssey FedoraThéodora devient folleLivre : Film Noir 100 all-time favoritesLa Plus Belle Soirée de ma vieFaust

Ce merveilleux automne

(1969) de Mauro Bolognini

Entente cordiale

(1939) de Marcel L’Herbier

Livre : The Making Of Stanley Kubrick’s 2001

(2014, Taschen ed.)

Fedora

(1978) de Billy Wilder

Théodora devient folle

(1936) de Richard Boleslawski

Livre : Film Noir 100 all-time favorites

(2014)

La Plus Belle Soirée de ma vie

(1972) de Ettore Scola

Faust

(2011) de Aleksandr Sokurov

Voyage en ItalieThérèse DesqueyrouxQui a peur de Virginia Woolf?La Route impérialeLe Crime de Monsieur LangeLa Chute de la maison UsherLa Chute de la maison UsherVeille d'armes

Voyage en Italie

(1954) de Roberto Rossellini

Thérèse Desqueyroux

(2012) de Claude Miller

Qui a peur de Virginia Woolf?

(1966) de Mike Nichols

La Route impériale

(1935) de Marcel L’Herbier

Le Crime de Monsieur Lange

(1936) de Jean Renoir

La Chute de la maison Usher

(1960) de Roger Corman

La Chute de la maison Usher

(1928) de Jean Epstein

Veille d’armes

(1935) de Marcel L’Herbier

Huit heures de sursisNe nous fâchons pasSaya ZamuraïLes Bonnes FemmesLes Troubles d'AdalenLivre : Une renaissance américaineToto misère et noblesse

Huit heures de sursis

(1947) de Carol Reed

Ne nous fâchons pas

(1966) de Georges Lautner

Saya Zamuraï

(2010) de Hitoshi Matsumoto

Les Bonnes Femmes

(1960) de Claude Chabrol

Les Troubles d’Adalen

(1969) de Bo Widerberg

Livre : Une renaissance américaine

(2014, Ed. Nouveau Monde)

Toto misère et noblesse

(1954) de Mario Mattoli

Nombre de billets : 23

 

29 juin 2014

Ce merveilleux automne (1969) de Mauro Bolognini

Titre original : « Un bellissimo novembre »

Ce merveilleux automneComme chaque année en novembre, la famille sicilienne du jeune Nino se retrouve dans la villa de l’oncle. Les hypocrisies, les non-dits et la lourdeur des relations entre les différents membres étouffent Nino. Il n’a d’yeux que pour sa tante Cettina, qui offre un mélange de sensualité et de spontanéité qui l’attire comme un aimant… Ce merveilleux automne est l’adaptation d’un roman d’Ercole Patti. Il met en scène une famille de grands propriétaires siciliens dans un état de presque dégénérescence. Repliés sur eux-mêmes, se trompant les uns les autres, se mariant entre eux, les membres de cette famille apparaissent entièrement sclérosés aux yeux de Nino. L’amour qu’il ne peut porter ouvertement à sa mère, il le reporte sur sa tante, la seule adulte qui soit pleine de vie. Bolognini décrit parfaitement cette famille avec son tissu complexe de relations basées sur la fausseté. Il est assez incompréhensible que Ce merveilleux automne ne soit pas mieux considéré car il offre une peinture sociale juste et assez incisive et présente une belle intensité. Il est en outre comme illuminé par la sensualité de Gina Lollobrigida.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Gina Lollobrigida, Gabriele Ferzetti, André Lawrence, Paolo Turco
Voir la fiche du film et la filmographie de Mauro Bolognini sur le site IMDB.
Voir les autres films de Mauro Bolognini chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Pratique courante à cette époque en Italie : tous les acteurs sont post-synchronisés, la plupart sont même doublés à commencer par Gina Lollobrigida dont on ne reconnait pas la voix. Pire encore : la même actrice (Rita Savagnone) a doublé Gina Lollobrigida et Danielle Godet (qui joue la mère de Nino). Donc quand elles se parlent, c’est exactement la même voix qui répond, ce qui transforme presque le dialogue en monologue!

* Comme l’a rappelé avec honnêteté Patrick Brion (grand admirateur de l’oeuvre de Bolognini) dans sa présentation lors de la diffusion au Cinéma de Minuit, le réalisateur a déclaré ne pas être vraiment satisfait de Ce merveilleux automne, estimant n’avoir pas su donner une forte intensité à la relation entre le jeune garçon et sa tante. A mon humble avis, le cinéaste a vraiment tort de penser cela car l’intensité est bien là.

28 juin 2014

Entente cordiale (1939) de Marcel L’Herbier

Entente cordialeA la fin du règne de la reine Victoria, des tensions apparaissent entre la France et l’Angleterre à propos de l’Egypte. Pendant ce temps, le Prince de Galles passe une bonne partie de son temps à Paris où il apprécie la bonne compagnie et fait preuve d’une grande ouverture d’esprit… Entente cordiale est, pour Marcel L’Herbier, une commande. Alors que la guerre paraît chaque jour plus certaine, l’idée est de rappeler comment anglais et français ont, quelque 30 ans plus tôt, oublié leurs différents pour s’unir face à un ennemi potentiel, l’Allemagne ; une situation très identique à celle de 1939. C’est un livre d’André Maurois (1) qui est choisi pour retracer le parcours du roi d’Angleterre Edouard VII, fils de la Reine Victoria. Marcel L’Herbier s’en acquitte avec grand professionnalisme mais sans éclat. Ce film a toutefois atteint le but fixé de propagande puisqu’il fut très populaire à sa sortie en France. Aujourd’hui, Entente cordiale peut paraître un peu terne mais il reste instructif sur cette période de l’Histoire et le film, par son existence-même, a lui-même une indéniable valeur historique.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Gaby Morlay, Victor Francen, Pierre Richard-Willm, André Lefaur, Janine Darcey
Voir la fiche du film et la filmographie de Marcel L’Herbier sur le site IMDB.

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Voir les livres sur Marcel L’Herbier

Remarques :
* Alors que les autorités britanniques avaient été partie prenante dans la production, le film fut interdit outre-Manche car il n’était pas admis que soit représentés des membres de la famille royale quand leur disparition était trop récente (la reine Victoria est décédée en 1901 et Edouard VII en 1910).
* Auparavant difficile à voir, le film vient de ressortir restauré en DVD.

(1) André Maurois « Edouard VII et son temps » (Editions de France, 1933)

27 juin 2014

Livre : The Making Of Stanley Kubrick’s « 2001 – A Space Odyssey » (2014)

par Piers Bizony (Editions Taschen)

The Making Of Stanley Kubrick's 2001(19 x 44 cm, 1386 pages) L’éditeur Taschen vient d’éditer un remarquable ouvrage sur le film de Stanley Kubrick 2001, l’odyssée de l’espace dans un coffret métallique en forme de monolithe. L’éditeur précise que « cet ensemble de quatre volumes abondamment illustrés présente des centaines de photos et de documents inédits, ainsi qu’un témoignage personnel du coscénariste de Kubrick, Arthur C. Clarke. (…)
The Making Of Stanley Kubrick's 2001Volume 1 : Photographies de plateau
Volume 2 : Dans les coulisses (inclus des entretiens avec les acteurs principaux, les chefs décorateurs et les experts en effets spéciaux)
Volume 3 : Fac-similé du scénario original
Volume 4 : Fac-similé des notes de production originales de 1965
Bonus surprise: une petite BD comique.  »

Cette édition-monument en anglais est limitée à 1500 exemplaires. Elle est vendue 500 € …

Il s’agit en fait d’une version très enrichie d’un livre de Piers Bizony 2001: Filming the Future (Aurum Press, 1994) qui a été traduit en français sous le titre 2001, le futur selon Kubrick (Ed. Cahiers du cinéma, 2000), livres hélas très difficiles à trouver aujourd’hui.

Voir la fiche du livre sur Livres-cinema.info
Voir la présentation sur le site de Taschen

 

 

26 juin 2014

Fedora (1978) de Billy Wilder

FedoraLa très grande star du cinéma Fedora vient de suicider. Devant son cercueil, un producteur se remémore comment il a, peu auparavant, cherché à la revoir pour lui proposer un scénario. L’actrice vivait recluse, dans une île grecque chez la comtesse Sobryanski. Elle semblait même y être retenue contre son gré… Adapté d’une courte nouvelle de Tom Tryon par Billy Wilder lui-même, Fedora est une intéressante réflexion sur le cinéma. Il est bien entendu tentant de le considérer comme un prolongement de Boulevard du Crépuscule (1950) où Wilder faisait déjà tenir le rôle de narrateur par William Holden. Mais en plus d’une réflexion sur la starisation et sur l’image, le cinéaste questionne ici sur l’évolution du cinéma ; sur ce plan, le personnage de ce producteur nostalgique de « l’ancien Hollywood » se confond probablement avec Billy Wilder lui-même : certaines remarques acerbes sur la nouvelle génération de réalisateurs nous incitent à le penser. Tout cela est intéressant et assez fort mais, hélas, tout le début du film est plutôt ennuyeux et Marthe Keller est loin d’être à la hauteur du rôle (des mésententes pendant le tournage ont certainement aggravé cette contre-performance). Il faut attendre la seconde moitié du film pour percevoir sa vraie dimension. Fedora fut très bien reçu en France et en Europe mais fut un échec aux Etats Unis.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: William Holden, Marthe Keller, Hildegard Knef, José Ferrer, Mario Adorf
Voir la fiche du film et la filmographie de Billy Wilder sur le site IMDB.

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25 juin 2014

Théodora devient folle (1936) de Richard Boleslawski

Titre original : « Theodora Goes Wild »

Théodora devient folleLa petite ville de Lynnfield est en émoi après que le journal local ait publié des extraits d’un best-seller un peu osé. Les gardiennes de la bonne morale obtiennent que la publication soit suspendue. Personne ne soupçonne que l’auteur est la jeune Theodora qui vit avec ses deux vieilles tantes et joue de l’orge à la messe tous les dimanches… Theodora Goes Wild fait partie des premières (1) et des plus marquantes comédies  screwball. C’est la première pour l’actrice Irene Dunne qui deviendra un des piliers du genre. Le scénario a été écrit par le brillant scénariste Sidney Buchman. Le ton est assez libre, la pudibonderie et l’étroitesse d’esprit y sont fustigées et le personnage fort est celui de la femme. Irene Dunne semble très à l’aise dans ce rôle à plusieurs facettes, capable de passer très rapidement d’un style à l’autre. L’histoire est assez plausible (ce qui n’est pas toujours le cas avec les screwball) et l’humour est bien distillé, de façon continue, y compris dans les passages de pure romance. Theodora Goes Wild mériterait d’être plus connu.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Irene Dunne, Melvyn Douglas, Thomas Mitchell
Voir la fiche du film et la filmographie de Richard Boleslawski sur le site IMDB.

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(1) En 1936, nous ne sommes que 2 ans après It Happened One Night (1934) de Frank Capra qui marque le début du genre screwball.

23 juin 2014

Livre : Film Noir 100 all-time favorites (2014)

par Paul Duncan et Jurgen Muller (Editions Taschen)

Film Noir 100 all-time favorites(Relié, 23 x 28 cm, 688 pages) Imposant par son épaisseur et son poids, cette anthologie du film noir bénéficie d’une édition de grande qualité, reliée, entièrement imprimée sur fond noir avec une grande place réservée aux photographies. Même si le titre Film noir, 100 all-time favorites est partiellement en anglais, l’édition est bien 100% en français.

Le terme Film Noir est à prendre dans un sens non-restrictif puisque l’ouvrage couvre une période allant jusqu’à 2011. Plus de la moitié des 100 films présentés sont issus des deux grandes décades du genre (40 et 50) mais les auteurs ont tenus à y ajouter des films représentant l’héritage du film noir, y compris dans d’autres pays (France surtout). Dans cette partie, après 1960 donc, la sélection est bien évidemment discutable mais l’intention est, me semble t-il, plus de démontrer que le film noir classique exerce une influence large, générant même des genres hybrides, plutôt que de dresser une liste de films majeurs. En introduction, un texte signé Douglas Keesey intitulé « Introduction au néo-noir » dresse un intéressant état des lieux de cet héritage du film noir en ce début de 3e millénaire.

Dans la grande période du film noir, la sélection est excellente. Chaque film est présenté sur 6 à 8 pages avec un texte de présentation, une mini-biographie du réalisateur ou de l’acteur principal, quelques citations (souvent récentes et françaises) de critiques, le tout généreusement illustré de photographies, toujours superbes. C’est un vrai plaisir de feuilleter le livre au gré de ses envies.

En prologue, on trouvera « Notes sur le film noir », un excellent texte que Paul Schrader a écrit en 1971 et qui est une des meilleures tentatives de définition du genre film noir, suivi d’une belle étude très approfondie du film La Dame de Shanghai d’Orson Welles signée Jürgen Müller et Jörn Hetebrügge.
Note: 4 étoiles

Voir la fiche du livre sur Livres-cinema.info
Voir le livre sur Amazon

Remarque :
Le livre ne fait pas double emploi avec Film Noir également sous la direction de Paul Duncan (Taschen, 2012) qui est une approche analytique du genre. Tout au plus trouvera-t-on certaines photos communes.

22 juin 2014

La Plus Belle Soirée de ma vie (1972) de Ettore Scola

Titre original : « La più bella serata della mia vita »

La plus belle soirée de ma vieEn déplacement en Suisse, l’italien Alfredo Rossi tombe en panne sur une route isolée et trouve refuge dans un château proche. Le maître des lieux est un comte, magistrat à la retraite qui lui explique qu’avec trois de ses amis, ils occupent leurs soirées à refaire des procès célèbres ou encore à simuler un procès de leurs invités. Et effectivement, lors du dîner, Alfredo se retrouve insidieusement soumis à une série de questions… Basé sur la pièce La Panne du suisse Friedrich Dürrenmatt, La Plus Belle Soirée de ma vie est une fable plaisante qui mêle humour noir et satire sociale avec une petite pointe de fantastique. Ettore Scola joue avec les stéréotypes pour faire une critique assez mordante de l’italien arriviste, hâbleur et dragueur. Le plateau réunit cinq monstres sacrés : face à Alberto Sordi, il place un quatuor de quatre grands acteurs français (hélas doublés). On suit avec délectation la façon dont Sordi passe du statut d’invité à celui d’accusé par une rhétorique assez brillante et quelques déductions audacieuses. Notre propre regard sur lui évolue et change du tout au tout. La Plus Belle Soirée de ma vie est une amusante comédie qui reste injustement méconnue.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Michel Simon, Charles Vanel, Pierre Brasseur, Claude Dauphin, Janet Agren
Voir la fiche du film et la filmographie de Ettore Scola sur le site IMDB.
Voir les autres films de Ettore Scola chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Ettore Scola
Voir le livre de Claude Dauphin sur le tournage …

Remarques :
* Le film n’est sorti en France qu’en 1979 car Ettore Scola voulait que Sordi se double lui-même en français. La version vue ici était en italien.

* La Plus Belle Soirée de ma vie est le dernier film de Pierre Brasseur et l’avant-avant-dernier de Michel Simon. Pierre Brasseur est mort pendant le tournage ce qui obligea à raccourcir le film et à utiliser une doublure dans quelques scènes. Une scène finale devait montrer Simonetta rapportant le sac de l’italien au comte ; elle ne fut pas tournée (ceci dit, la mort de Pierre Brasseur n’est sans doute pas l’unique raison de la suppression de cette fin… car cette scène changerait totalement la « morale » de cette fable, la rabaissant vraiment, et si Scola y avait vraiment tenu, il aurait pu facilement la tourner en l’adaptant).

* Le film a été tourné au château médiéval de Tures (Haut-Adige, Italie du Nord).

21 juin 2014

Faust (2011) de Aleksandr Sokurov

Faust« Librement inspiré de l’histoire de Goethe, Alexandre Sokourov réinterprète radicalement le mythe. Faust est un penseur, un rebelle et un pionnier, mais aussi un homme anonyme fait de chair et de sang conduit par la luxure, la cupidité et les impulsions. Après Moloch (Hitler), Taurus (Lenine) et Le soleil (Hirohito), Faust est la dernière partie de la tétralogie de Sokourov. » (Présentation du dossier de presse) Après trois films-portraits démystifiant trois dictateurs, Sokurov se penche plus généralement sur la nature humaine, montrant ses faiblesses, ses pulsions. Cet être imparfait n’est-il pas lui-même générateur des totalitarismes qu’il subit ? L’approche de Sokurov est fortement esthétisée, dans un style évoquant le « chaos métaphysique et grotesque d’un Jérôme Bosch » (1). Les premières minutes sont assez dures (si certains peuvent regarder sans ciller l’autopsie d’un cadavre à moitié putréfié, je dois reconnaitre que ce n’est pas mon cas) et le malaise perdure quelque peu durant tout le film, accentué par le rythme soutenu des dialogues et des sons qui forme souvent une certaine agression. Qu’il s’agisse d’une nouvelle et notable interprétation du mythe de Faust est indéniable, mais personnellement j’ai été plutôt rebuté par la forme.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Johannes Zeiler, Anton Adasinsky, Isolda Dychauk
Voir la fiche du film et la filmographie de Aleksandr Sokurov sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.
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Principales adaptations du mythe de Faust :
Faust et Marguerite de Georges Méliès (1897)
La Damnation du Docteur Faust de Georges Méliès (1904)
Faust de F.W. Murnau (1926)
La beauté du diable de René Clair (1950) avec Gérard Philipe et Michel Simon
Doctor Faustus de Richard Burton et Nevill Coghill (1967) avec Richard Burton et Elizabeth Taylor
Faust d’Alexandre Sokurov (2011)

(1) La formule est de Jean-François Rauger du Monde. Je me permets de la reprendre car je la trouve particulièrement juste et éclairante.

20 juin 2014

Voyage en Italie (1954) de Roberto Rossellini

Titre original : « Viaggio in Italia »

Voyage en ItalieUn couple de bourgeois anglais, Katherine et Alexander, arrivent à Naples pour régler une histoire d’héritage. Ils sont mariés depuis huit ans mais ce voyage les place seuls, face à face, pour la première fois. Ils constatent qu’ils n’ont que peu de choses à se dire et peu d’intérêts communs… L’idée de départ de Rossellini était de porter à l’écran Duo, le roman de Colette. Quand il découvrit que les droits n’étaient pas disponibles, il décida d’écrire lui-même une histoire sur le même thème. Voyage en Italie fut assez critiqué à sa sortie, beaucoup reprochant au réalisateur de tourner le dos au néoréalisme qu’il avait lui-même initié dix ans auparavant (1). C’est certainement réducteur car Rossellini va plus loin : il crée la symbiose entre le réalisme et l’intimiste. Ce couple bourgeois, dont on suppose qu’il donnait toutes les apparences d’un couple uni dans la bonne société londonienne, va être amené vers une véritable introspection au contact d’un monde où tout leur est étranger (autant au niveau de la nationalité, que du milieu social, du mode de vie, de la philosophie de vie). Chacun va tenter à sa façon une prise de contact avec ce monde nouveau mais ne trouver que plus de frustrations. Il faudra une immersion plus grande et que les ultimes défenses tombent pour qu’ils puissent franchir une nouvelle étape. L’art de Rossellini est de bâtir un film d’une grande portée, offrant même plusieurs niveaux de lecture, à partir d’une succession de petits riens, sans grand développement de scénario. Cette apparente simplicité pourra dérouter mais elle force l’admiration car Voyage en Italie est étonnant par sa profondeur ; cela explique certainement pourquoi il fait partie de ces films qui restent ancrés dans nos esprits.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Ingrid Bergman, George Sanders
Voir la fiche du film et la filmographie de Roberto Rossellini sur le site IMDB.

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Remarques :
* La version originale est en anglais. La version doublée en italien passe pour être épouvantable.

* Voyage en Italie est le troisième des cinq longs métrages de Rossellini avec Ingrid Bergman qui, rappelons-le, étaient alors mari et femme. Ces cinq films sont : Stromboli (1950), Europe 51 (1951), Voyage en Italie (1954),  La Peur (1954), Jeanne au bûcher (1954).

* Ingrid Bergman raconte dans son autobiographie à quel point George Sanders était dérouté par les méthodes de travail peu rigoureuses de Rossellini. Son désarroi était donc proche de celui de son personnage. Il était si mal à l’aise qu’il téléphonait très régulièrement à son psy à Los Angeles. Ingrid Bergman, elle, faisait confiance à son mari mais avoue tout de même s’être posée des questions lorsqu’ils ont commencé par aligner les tournages des scènes de musée sans avoir d’idée sur le contenu du reste du scénario (que Rossellini continuait d’écrire au fur et à mesure). (Ingrid Bergman Ma Vie, Fayard 1980).

(1) André Bazin a défendu le film dans une polémique restée célèbre avec Guido Aristarco (critique italien très à gauche, dirigeant-fondateur de la revue Cinema Nuovo).