6 février 2007

2001, l’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick

Titre original : « 2001: A space odyssey »

2001 Odysée de l'espaceLui :
40 ans après sa sortie, regarder 2001 reste une expérience hors du commun. Bien qu’il ait été maintes fois plus ou moins copié, ce film reste unique dans l’histoire du cinéma et c’est sans doute avec le recul que l’on mesure le mieux sa force, sa personnalité, son audace. Ces longs plans presque oniriques seraient inconcevables aujourd’hui, même pour Kubrick, mais en cette fin des années 60 où l’homme partait à la conquête de la lune, ces images avaient un effet d’électrochoc. Nul besoin de parler de la force du scénario (basé sur une nouvelle d’Arthur C. Clarke « La sentinelle »), l’homme en quête de ses origines et de son destin, l’interprétation de la fin restant libre, toujours ouverte. 2001, l’odysée de l’espace est un film très méticuleux, où Stanley Kubrick a soigné tous les détails dans le but de créer une vision réaliste du futur de la technologie. La symbiose qu’il parvient à créer entre les images et la musique est particulièrement remarquable, une harmonie assez rare au cinéma. Le lever de soleil du début du film et la vision de la station orbitale sur fond de musique de Strauss font partie des plus beaux plans du cinéma, et des plus magiques. La lenteur du film pourra surprendre les spectateurs habitués aux films modernes de science-fiction. Pour l’apprécier, il suffit de se laisser submerger, de s’immerger dans ces images fabuleuses. 2001 est avant tout un film pour rêver.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Keir Dullea, Gary Lockwood, William Sylvester
Voir la fiche du film et la filmographie de Stanley Kubrick sur le site imdb.com.

Voir les autres films de Stanley Kubrick chroniqués sur ce blog…

Remarque :
Ainsi parlait Zarathoustra est un poème symphonique composé par Richard Strauss en 1896, soit une dizaine d’année après la publication du conte philosophique homonyme de Nietzsche dont il est librement inspiré. Le choix de Kubrick n’est bien entendu pas anodin mais il a tenu à ce que cette évocation reste discrète.
On ne peut que penser aux écrits de Nietzsche :
« C’est là aussi que je ramassai sur la route ce mot « Surhumain », cette pensée, que l’homme est une chose qui doit être dépassé. C’est-à-dire que l’homme est un pont et non un terme et qu’il doit bénir les heures de midi et du soir qui sont les chemins d’aurores nouvelles. » (Friedrich Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra)

A propos de la fin :
L’interprétation du film, notamment de la fin, a fait couler beaucoup d’encre. Voici mon interprétation :

Les monolithes sont des sentinelles posées par un être ou une civilisation supérieure (en tous cas bien plus avancée que nous le sommes). Le premier monolithe a été placé pour donner un coup de pouce à l’évolution de créatures jugées prometteuses : il leur donne *l’outil* qui va booster l’évolution.

Le second placé sur la lune et le troisième près de Jupiter sont là pour attendre que notre civilisation soit suffisamment avancée pour qu’un humain parvienne à s’en approcher. Ce 3e monolithe est une « porte vers les étoiles ». David Bowman est happé, propulsé dans l’espace-temps pour aller « ailleurs », un endroit où on lui a préparé un environnement humain qui le mette à l’aise (un poil décalé tout de même). Il y est observé et « on » en extrait le germe qui va permettre une nouvelle évolution à l’homme, symbolisée par ce foetus. Le foetus est envoyé dans le système solaire. Le final nous le montre qui regarde la Terre. C’est le stade d’après nous…

L’autre interprétation possible est de dire que la civilisation qui a placé les sentinelles attendait un signal pour revenir ensemencer la Terre. L’homme a ainsi préparé le terrain pour des êtres nouveaux (et supérieurs)… (glurps!) Mais dans ce cas, pourquoi observeraient-ils Bowman?

Arthur Clarke a écrit un livre adapté du film (« la sentinelle » n’était qu’une nouvelle qui correspondait surtout à l’épisode lunaire). Dans sa fin, le foetus observe la Terre (il n’est pas évident qu’il ait l’intention d’aller y vivre mais on le suppose) et voyant des armes de guerre en orbite, commence par les détruire ce qui crée « une aube brève et artificielle » sur la moitié du globe. Ensuite, il réfléchit à ce qu’il va pouvoir faire ensuite…

15 commentaires sur « 2001, l’odyssée de l’espace (1968) de Stanley Kubrick »

  1. Il y a certains films et certains réalisateurs qui, pour des raisons parfois mystérieuses pour le commun des cinéphiles basiques, bénéficient d’une aura positive incompréhensible. « 2001, odyssée de l’espace » en fait partie. Sans vouloir jouer les « mesureurs » poétiques que fustige le professeur Keating au début du « Cercle des poètes disparus », essayons de nous pencher sur cette oeuvre mythique de Stanley Kubrick, sans a priori.
    Dans toute perception d’une création artistique, il y a l’objectif et le subjectif. Parfois entremêlés. Qu’en est-il ici ? Nous avons devant les yeux une énigme. Personne ne le nie. A partir d’un fait mystérieux, cette apparition d’un objet vibrant au milieu du règne animal, le réalisateur nous enfonce durant cent quarante minutes dans une odyssée qui mène à un mystère plus impénétrable encore. C’est d’ailleurs cela qui a grandement contribué à l’aura enthousiaste qui entoure le film depuis 36 ans . Quelle est la signification de cette fin pour le moins déconcertante ? Y en a-t-il d’ailleurs une ? Dans l’ouvrage passionnant du professeur Régis Dutheil (« L’homme superlumineux »), est mentionée cette énigme cinématographique et son rapport possible avec l’hypothèse physique d’une « matrice » hyper-lumineuse qui serait à l’origine de notre univers. C’est un livre à découvrir absolument pour ceux qui s’intéressent à la création du monde. Mais fermons la parenthèse.
    A la limite, peu importe ce que Stanley Kubrick a voulu transmettre, puisque lui seul aurait été capable de le dire. Examinons simplement le véhicule qu’il a utilisé. Objectivement d’abord. Nous sommes en 1968. Cela se voit, c’est le moins que l’on puisse dire ! Durant toute la première partie, nous avons droit à un étalage kitsch « années 60 » des plus réjouissants : les « casques » des femmes sont hilarants et le design de l’intérieur de la station spatiale ressemble à celui d’un TGV ascétique. Le moins que l’on puisse redire est que, ( à mon sens ! ), l’esthétique a particulièrement mal vieilli ! Ce qui, soit dit entre parenthèses, est aussi le cas dramatique d’ « Orange mécanique ». Passons à la seconde mission, « discovery one ». Le style change quelque peu et se rapproche de ce qui est présent à notre connaissance aujourd’hui. Alors intervient ce mystérieux « Hal », l’ordinateur infaillible. Bien déconcertant également, ce condensé de technologie qui discute de ses états d’âme avec Dave, semble vouloir préserver un mystère très mystérieux et profère des pensées proches du grotesque en se faisant déconnecter… Une énigme de plus…
    Puis viennent cette longue, longue série d’images abstraites qui ouvrent pour le spectateur la porte de… de quoi, au fait ? d’une incursion subliminale dans une dimension différente ? C’est possible. Dans l’œuf cosmique ? Pourquoi pas… En tout cas, dans le monde autiste du réalisateur, cela c’est sûr ! Ce qui ne l’est pas moins, c’est que les cent trente minutes nécessaires à cette arrivée ont paru bien longues ! Même si, par moments, elles conjuguent, avec génie, la beauté esthétique et l’harmonie musicale. Superbes photos lunaires, compositions spatiales magiques, bercement intemporel d’un vaisseau spatial sur une musique de Johann Strauss, cette ouverture monumentale sur le « Ainsi parlait Zarathoustra » de Richard Strauss… C’est indéniablement majestueux. Cette inspiration symbolique : l’os envoyé dans l’air par le singe se transformant en vaisseau spatial : c’est assez génial, il faut en convenir. Mais ce ne sont que de rares instants illuminés dans un tissu d’ennui. Après plusieurs visions de cette oeuvre, le sentiment que j’éprouve est toujours aussi ambigu : s’agit-il d’une vision mystique inspirée mais hermétique à celui qui ne la vit pas, ou simplement d’un brassage de vent réalisé avec beaucoup d’esthétisme et une bonne dose de roublardise ? Tout cet ensemble ressemble cependant à une énorme baudruche, que l’on peut remplir à volonté de nos propres inspirations. Mais cela reste tout de même, pour moi, malgré sa beauté plastique, un monument de vide émotionnel… cosmique…

  2. Je pensais que toute oeuvre artistique pouvait être remplie à volonté de nos propres inspirations.
    Par ailleurs, cette alternative proposée entre l’oeuvre autiste et la roublardise me parait d’un parti pris contraire à la volonté d’objectivisme « sans à priori » dont vous vous réclamez au début de votre commentaire.
    Par contre, je vous félicite, vous avez trouvé les cent trente minutes de l’oeuvre très longues, mais l’avez néanmoins visionné plusieurs fois ! Je ne suis pas aussi patient.

  3. Comment manipuler un tel Chef d’œuvre ? Iconiser la plus belle vision empirique d’un monde inviolé par l’exécutoire de théories scientifiques uniquement retranscrites dans toutes leurs splendeurs abstraites et artistiques par ce magnifique opus en avance sur des savants contraints aux supputations hypothétiques.

    « 2001 Odyssée de l’espace » se lâche en dévoilant un avenir compressé dans un présent interminable au même titre que la toile de fond scintillante lui servant de tapisserie.

    Chaque geste s’accapare la gestion du temps à volonté sans dissoudre le moindre minutage nécessaire à tout ce qui doit s’exécuter dans la logique de sa procédure.

    Le temps mort si étranger au mouvement d’un septième art irrespectueux de l’immobilisme prend ici des couleurs resplendissantes d’énergies.

    La technologie spatiale se berce de valses intégrales dans des cercles ininterrompus. Aucune précipitation n’a de mise dans ses hauteurs ou un stylo languissant en apesanteur s’exprime à la place du scientifique endormi.

    Dave Bowman aux manettes bloqué devant le sas du Discovery exige presque l’éternité avant de révéler une angoisse imperceptible canalisée par une maîtrise retrouvée.

    Franck Poole impassible devant un message d’anniversaire en différé alimente la définition d’un espace distribuant silences, indifférences et lenteurs le long d’un périple tous feux éteints menant vers un soleil raté.

    L’œuvre est reposante, lancinante, intensément interminable. Une eau de jouvence , un long sommeil battant à l’unisson d’un requiem de György Ligeti propulsant lentement sans espoir de retour deux privilégiés scrutés par un complexe électronique en manque de reconnaissance.

    Un concept évolutif inconnu activé par une éclipse traversant le temps rapproche le primate de l’homme du ciel. L’os devenu machine à tuer envoie dans les airs les rudiments d’un instinct fragile que l’homme devra transformer d’époques en époques en raison tout en faisant évoluer un outil de recherche le plongeant vers la quête de ses origines.

    Une intelligence supérieure invisible entretient degré par degré nos perceptions instinctives devenues sens vers une finalité semblant se répéter, une panoplie destructrice dont la machine s’inspire de plus en plus.

    Quel est notre destin ? Ne serions-nous que des cobayes de laboratoires expérimentaux contingents, cloués au sol, testant l’intégralité d’une combinatoire sans fin.

    Une meute scénarisée comme du bétail dans un roman nommé histoire en attendant qu’un privilégié découvre la porte des étoiles et nous livre enfin une identité.

    « 2001 Odyssée de l’espace » est un majestueux saut de puce dans l’espace et le temps, un impact temporel scientifique en plein devenir offrant à l’aube d’un troisième millénaire la perspective de quelques verstes parcourues rapprochant l’homme de son géniteur universel.

  4. Je réagis au commentaire (bien argumenté) de giridhar :

    2001 est peut-être une baudruche. Mais putain qu’est-ce qu’elle est bien foutue, cette baudruche !!!

    Ne négligeons pas un fait : avec sa fin mystique, philosophique, ouverte, 2001 fait encore parler de lui, même 40 ans après. Soyez certains qu’en ce moment, sur la planète, se trouve un petit groupe d’individus (enfumés ou pas, à jeun ou pas) qui dissertent sur son sens.

    En connaissez-vous beaucoup, des films qui ‘vivent’ comme ça, dans l’esprit des gens, 40 après avoir été tournés ?

    Moi je n’en connais pas beaucoup.. Respect, maître Kubrick !

  5. Quelqu’un se rappelle?

    Des livres comme de cassettes VHS dans la dernière partie du film – il me semble qu’il a eu coupure – j’ai vu ce film à sa sortie en France plusieurs fois.

  6. je crois que giridhar manque d’imagination : les effets speciaux plus de 40 ans aprés restent toujours très bons, l’ordinateur HAL avec ses états d’âme et sa mission secrète donne tout le sel à cette histoire. Quant à la dernière partie très onirique, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris (sur les origines de l’humanité) mais je vais revoir le film de ce pas et je vous en reparle …. en tout les cas, ce film est une grande réussite du 7ème art

  7. L’interprétation du film, notamment de la fin a fait couler beaucoup d’encre. Voilà ma perception :

    Les monolithes sont des sentinelles posées par un être ou une civilisation supérieure (en tous cas bien plus avancée que nous le sommes). Le premier monolithe a été placé pour donner un coup de pouce à l’évolution de créatures jugées prometteuses : il leur donne *l’outil* qui va booster l’évolution.

    Le second placé sur la lune et le troisième près de Jupiter sont là pour attendre que notre civilisation soit suffisamment avancée pour qu’un humain parvienne à s’en approcher. Ce 3e monolithe est une « porte vers les étoiles ». David Bowman est happé, propulsé dans l’espace-temps pour aller « ailleurs », un endroit où on lui a préparé un environnement humain qui le mette à l’aise (un poil décalé tout de même). Il y est observé et « on » en extrait le germe qui va permettre une nouvelle évolution à l’homme, symbolisée par ce foetus. Le foetus est envoyé dans le système solaire. Le final nous le montre qui regarde la Terre. C’est le stade d’après nous…

    L’autre interprétation possible est de dire que la civilisation qui a placé les sentinelles attendait un signal pour revenir ensemencer la Terre. L’homme a ainsi préparé le terrain pour des êtres nouveaux (et supérieurs)… (glurps) Mais dans cas, pourquoi observent-ils Bowman?

    Arthur Clarke a écrit un livre adapté du film (« la sentinelle » n’était qu’une nouvelle qui correspondait surtout à l’épisode lunaire). Dans sa fin, le foetus observe la Terre (il n’est pas évident qu’il ait l’intention d’aller y vivre mais on le suppose) et voyant des armes de guerre en orbite, commence par les détruire ce qui crée « une aube brève et artificielle » sur la moitié du globe. Ensuite, il réfléchit à ce qu’il va pouvoir faire ensuite…

  8. Votre explication de 2001 me parait plus claire que bien d’autres que j’ai lues. Je n’adhère pas du tout du tout aux discours qui disent que 2001 parle de l’immortalité.

  9. Très intéressant, ce blog.

    Et très symptomatique des réactions suscitées par ce qu’il faut bien appeler un chef-d’œuvre.

    Pour ma part, la cause est entendue, et je n’entends convaincre personne.

    J’ai vu le film à sa sortie (avec ma môman: j’avais 8 ou 9 ans) et ma vie a basculée.
    Je n’en ai pas dormi et n’ai pu aller au cinéma pendant de longues semaines tant tout me semblait désormais fade, vain et superficiel.

    Depuis, j’ai repris goût aux choses futiles (que je fais très sérieusement) mais je peux dire que « 2001 » m’accompagne tous les jours que je vis et a conditionné ma vision du monde. Et ouvert à la transcendance. Entre autres choses.

    C’est un compagnon qui ne m’a jamais trahi. Il nous pose plus de questions qu’il n’en résout, mais il nous met face au grand mystère.

    La symbolique du film est quasi inépuisable ( une cinquantaine de visions ne m’a toujours pas permis d’en épuiser la richesse) et je peux dire qu’avant l’avènement du DVD, j’ai dû visionner le film 25 fois environ en salles.

    Aujourd’hui, je sais qu’au jour de ma dernière heure, au moment final, avant d’entreprendre le grand voyage, je tendrai, hésitant, mon bras décharné vers le monolithe noir qui se tiendra au pied de mon lit… le gardien du mystère ultime m’attend depuis ce jour où, dans l’obscurité d’une salle de cinéma de province, il adressait de toute éternité son message obscur et muet à un enfant qui en resta à jamais marqué.

    Pour ma part, donc, la cause est entendue, et je n’entends convaincre personne: « 2001 » plus grand film de l’histoire du cinéma ?
    Allons donc, s’il n’était que cela !

  10. Cher Docteur Floyd :-)), 8/9 ans, c’est effectivement très jeune… Je comprends aisément que cela vous ait marqué durablement.
    Et, comme je le dis à demi-mots dans mon commentaire, la décennie des années 60 a été celle de la conquête de l’espace. Pour les (très jeunes) enfants que nous étions, cette exploration nous fascinait au plus haut point. Alors 2001….

  11. TRIP HORS NORME

    Tournage entrepris en 64, film sorti en 68, soit un an avant que la première empreinte du pas de l’homme soit posée sur la lune en 69, comme nombre de documents récents viennent de nous le rappeler à l’occasion du soixantième anniversaire de ce geste fou, le film de Kubrick n’a rien perdu de son éclat ni de son mystère
    Je me souviens avoir vu ce pas en direct devant le poste de tv noir et blanc en images floues, moment incroyable – c’est pourquoi la théorie complotiste soutenant qu’il s’agissait d’une « fake news » tournée dans un studio de cinéma (par Kubrick lui-même) perdure toujours
    Tout comme je me souviens d’être sorti de l’Empire cinérama en flottant sur l’avenue de Wagram sans bien plus savoir dans quelle dimension je me trouvais. il y avait là de quoi impressionner autant qu’interroger le jeune spectateur que j’étais. Je n’avais jamais vu un film pareil, et pour cause, il n’y en avait pas
    Ainsi donc un film tentait le pari de commencer – dans des images et sons inouis à l’époque – à l’aube de l’humanité (fabuleux prologue) pour se clore au-delà de l’infini de l’espace-temps (en un étrange épilogue), soit une narration spatio-temporelle unique encore à ce jour
    Composé en 5 actes couturés de fondus au noir et d’ellipses entre eux, le film, au demeurant très lent, file à toute beauté étrange pendant ses 150 minutes à la vitesse de l’éclair, de la lumière, accompagné de ses morceaux symphoniques. Seule la transition célèbre entre les deux premiers actes, assuré par le génial lancement de l’os-outil en l’air transformé en vaisseau spatial dans l’espace, assure le lien. Après cette invention, les autres actes sont reliés par des cuts secs et brutaux; effectivement, il semblait difficile de faire mieux après
    Le second acte qui nous emmène en station orbitale puis sur la lune ne se déroule pas de 64 à 69, mais bien plus tard en 99, les images montrant qu’il y a déjà des stations orbitales, des navettes et une base de station d’échanges nommé Clavius sur la lune, partagées entre Américains et Russes évidemment. C’est là que nous retrouvons l’étrange monolithe, parallélépipède noir et luisant enfoncé à la verticale dans le sol, comme les grands singes l’avaient aussi et ainsi découvert un jour dans le prologue, et comme il reviendra plus tard
    Le voyage suivant, la mission vers Jupiter, se situe encore plus loin, précisément en 2001, et c’est l’acte le plus long et le plus dense, toutes ces dates étant périmées à nos yeux d’aujourd’hui, surtout que l’on sait que dans la réalité la conquête spatiale a été abandonnée entre temps des Américains comme des Russes. Si l’époque lunaire comportait encore des séquences assimilables comme véridiquement possibles, malgré ses zones mystérieuses, les suivantes nous basculent totalement dans une science fiction philosophique et abstraite (où même un ordinateur (Hal 9000) se taille la part du lion avant d’agonir), géante réussite du film et qui concourra pour sa postérité, puisque toutes les interprétations sont autorisées aux spectateurs pour jamais. Et qui n’a pas son avis sur le sujet!
    Tout le film – la succession de voyages – est une installation plasticienne aux décors, lumières et teintes grandioses (évidemment tournées en studios, à Pinewood, en Angleterre) dont Kubrick eut le contrôle artistique total. Il n’imaginait pas qu’il tournait là un film qui deviendrait à la fois culte, classique, inscrit dans les listes cinéphiliques, doublé d’un grand succès public, ce qui n’était pas gagné d’avance
    La salle surbookée de la cinémathèque qui le projetait hier soir en sa version d’origine restaurée, en 70mm et son stéréo 6 pistes comme en 68, vibrait pendant toute la projection d’une qualité de silence peu commune

  12. Ah, cette nouvelle version restaurée fait bien envie… Nul doute que sa projection à la Cinémathèque devait être un grand moment.

  13. En le revoyant l’annee derniere, profitant de la ressortie en version restauree, dans la plus belle et la plus grande salle de cinema de Washington, heureux hasard puisque c’est la qu’eut lieu la premiere mondiale du film en 1968, j’ai ete envoute a nouveau. Ce n’est jamais que la deuxieme fois que je le revoyais sur grand ecran, la premiere fut dans une belle salle des Champs-Elysees lors d’une reprise estivale. C’est encore plus beau que ce que ma memoire m’en avait laisse. Je ne comprends toujours pas la fin et cela n’a guere d’importance, les images sont tellement fortes et symboliques qu’elles ne peuvent que s’impregner dans votre memoire. Le film vieillit merveilleusement bien, malgre les progres technologiques accopmplis depuis l’epoque du tournage .

    Le film est tel que maintenant je me demande si il n’est pas devenu mon film prefere supplantant « Sueurs froides » d’Hitchcock. C’est a se demander si le futur classement de la revue « Sight & Sound » en fera autant releguant ainsi « Citizen Kane » au 3e rang. On verra cela plus tard.

    Pour son cinquantieme anniversaire, l’annee derniere est sorti aux USA un livre retracant la genese et l’histoire du film, cela s’appelle tout simplement « Space Odyssey, Stanley Kubrick, Arthur C.Clarke and the making of a masterpiece » par Michael Benson. Je ne sais pas si il a ete publie en francais deja. Je me suis empresse de l’acquerir et de le lire apres l’avoir revu. C’est passionnant et tres complet surtout que l’auteur a eu acces aux archives du realisateur qui gardait tout comme chacun sait. Parmi les choses amusantes que j’y ai decouvertes, lors de la preparation du film, Stanley Kubrick avait envisage Jean-Paul Belmondo dans le role de Moonwatcher, le chef des primates. en lieu et place, il engagea un danseur professionnel.

  14. Il s’agit certainement de ce livre :
    https://www.livres-cinema.info/livre/13013/space-odyssey
    Non, il n’est pas sorti en français (mais il est très récent…) Il n’est pas cher en tous cas, je pense que je vais me le commander.

    Sinon, il y a le fameux livre de Piers Bizony ressorti chez Taschen en version luxe
    https://www.livres-cinema.info/livre/10271/making-of-stanley-kubrick-2001
    lui aussi en anglais, superbe par ses grandes reproductions. Ce livre était d’ailleurs sorti en version réduite en français aux éditions des Cahiers du Cinéma peu après la mort de Kubrick.
    Il y en a plus de 100 pages dans « Les Archives Stanley Kubrick », toujours chez Taschen.

    C’est amusant effectivement que Kubrick ait pensé à Belmondo !

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