Après la fermeture de la maison close qui les employait (1), quatre femmes s’associent pour monter un petit restaurant de campagne où elles continueront à vendre leurs charmes à l’étage…
Ex-critique influent qui a contribué à jeter les bases du néoréalisme avant-guerre, Antonio Pietrangelli est un cinéaste italien peu connu en France, sans doute parce que ses films ne se sont pas toujours montré très convaincants. Adua et ses compagnes est considéré comme l’un des plus aboutis ; en outre, c’est celui avec lequel il a connu un certain succès. Il s’agit de portraits de femmes sur lesquelles il porte un regard à la fois délicat, bienveillant et réaliste. Dans la mise en ouvre de leur projet, ces quatre femmes vont apprendre à se découvrir d’autres qualités que celles où elles étaient cantonnées. Les personnages sont complexes et les scénaristes (parmi lesquels figure Ettore Scola) leur ont donné une belle profondeur. Le machisme de la société italienne des années cinquante est mis en relief. Le casting est franco-italien, le film mettant particulièrement en valeur Simone Signoret. La musique jazzy de Piero Piccioni donne une note de modernité à l’ensemble. Le film a été récemment restauré. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) En 1958, la loi Merlin a interdit la réglementation de la prostitution en Italie et entrainé la fermeture des maisons closes. Cette loi est aujourd’hui (juillet 2018) remise en cause par le projet de loi Spilabotte.
Marcello Mastroianni et Simone Signoret dans Adua et ses compagnes de Antonio Pietrangeli.
Emmanuelle Riva, Sandra Milo et Gina Rovere dans Adua et ses compagnes de Antonio Pietrangeli.
A Sfax en Tunisie, Safia est une prostituée au grand cœur qui mène une vie difficile. Matteo, dit « le Maltais », un vagabond un peu poète, s’éprend d’elle. Safia consent à aller vivre dans sa maison paternelle… La Maison du Maltais de Pierre Chenal est la seconde adaptation du roman homonyme de Jean Vignaud. Ce mélodrame colonial qui se déroule pour moitié en Tunisie et pour moitié à Paris permet à Pierre Chenal de créer une atmosphère trouble comme il les aime. Comme toujours, il s’entoure de comédiens de premier ordre et d’une excellente équipe technique. La photographie de Curt Courant est remarquable, notamment dans le souk, même si la qualité de la copie ne nous permet pas toujours d’en profiter pleinement. La partie tunisienne évoque tout naturellement Pépé le Moko sorti l’année précédente. Tout comme ce dernier, La Maison du Maltais mérite sa place parmi les classiques du cinéma français. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Début du XXe siècle. Dans une petite bourgade du Kentucky, le juge Priest prépare sa candidature à sa réélection qui s’annonce délicate : il est accusé d’être alcoolique et s’oppose à la justice expéditive envers les noirs… Plutôt qu’un remake de Judge Priest (1934), Le soleil brille pour tout le monde est plutôt une suite car il en reprend le personnage central (et quelques personnages secondaires) pour les placer dans des situations différentes. John Ford a déclaré dans une interview que c’était son film préféré, ce que l’on peut comprendre car, plus que tout autre, il exprime l’idéologie et les aspirations du réalisateur. Il y a beaucoup d’humanisme dans cette histoire, le juge Priest/John Ford prend la défense de ceux qui vivent dans l’opprobre (les noirs, les prostituées). Cet humanisme peut paraître idéaliste et même naïf : il suffit d’entonner Dixie pour réconcilier tout le monde (!) On peut en tous cas regretter qu’il repose sur une nostalgie des temps anciens, d’un ordre social quasi militaire (cf. le final), et si le juge prend la défense des noirs, ceux-ci restent « à leur place » : des serviteurs, à l’intelligence nettement limitée. Certes, mais cet humanisme doublé d’un espoir de réconciliation est toutefois bienvenu dans une époque où les accusations tombent (nous sommes alors en plein maccarthysme). Le film est remarquable dans sa construction car il n’y a pas moins de quatre histoires enchevêtrées. L’utilisation du son est tout autant remarquable. Contrairement à Judge Priest, Le soleil brille pour tout le monde sera un échec commercial. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Le titre reprend les premières paroles de la chanson anti-esclavagiste My Old Kentucky Home composée par Stephen Forster en 1852.
* Herbert J. Yates, patron de Republic Pictures, a coupé environ dix minutes de la version commerciale américaine sans l’assentiment de John Ford, qui avait pourtant par contrat la décision finale sur le montage. Ces dix minutes sont réapparues depuis.
* John Ford enfreint la fameuse règle des 180° à deux reprises : lorsque Lucy Lee remarque le portrait et lors de la procession funèbre.
Stepin Fetchit et Charles Winninger dans Le Soleil brille pour tout le monde de John Ford.
Charles Winninger et Russell Simpson dans Le Soleil brille pour tout le monde de John Ford.
Slim Pickens et Francis Ford dans Le Soleil brille pour tout le monde de John Ford. C’est le dernier film du frère ainé de John Ford, il décèdera quelques mois plus tard.
Employée de ferme, la jeune Marie vit misérablement dans une cabane à l’écart du village avec sa mère. Lorsque celle-ci meurt renversée par un chauffard, les notables du village préfèrent enterrer l’affaire pour éviter toute intrusion extérieure. Face aux harcèlements des hommes, Marie décide se venger… Le scénario de La fiancée du pirate a été écrit par Nelly Kaplan et Claude Makovski (qui est également producteur du film et interprète du représentant de commerce à la R16). Le film semble débuter comme un drame social et naturaliste mais tourne rapidement à la farce. Bien entendu, on peut le replacer dans l’esprit Mai 68 et le désir de bousculer l’ordre social, mais il ne développe aucune grande théorie. Il fustige surtout la bêtise, l’hypocrisie et la sexualité primitive de l’hominidé mâle… Marie retourne à son avantage le « droit de cuissage collectif » dont elle est la victime et, malgré l’arme qu’elle emploie dans ce but, le film a indéniablement une portée féministe. L’art de Nelly Kaplan est d’avoir fait de cette régénération une fable surréaliste à la Buñuel où l’humour est omniprésent ; le récit en devient jubilatoire. Et tout cela sur l’air de Barbara qui chante « Moi, je me balance… » Elle: Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* L’ouvrier agricole étranger est interprété par Louis Malle.
* Nelly Kaplan n’a pas réussi à vraiment trouver de financement autre que l’avance sur recettes pour tourner son film (budget total de 450 000 francs, soit l’équivalent de 400 000 euros d’aujourd’hui). Refusé par les distributeurs, il n’est sorti que dans deux salles. Il a été heureusement très bien reçu par la critique.
* La fiancée du pirate a échappé de peu à l’interdiction totale pour « apologie du vice » et est finalement sorti avec l’interdiction au moins de 18 ans. Cette restriction est restée jusqu’en 1989 où le film a été classé « tous publics ».
* Quand elle a écrit sa (première) autobiographie, Bernadette Lafont l’a titrée La Fiancée du Cinéma.
Georges Géret, Michel Constantin et Bernadette Lafont dans La Fiancée du pirate de Nelly Kaplan.
En 1921, Ewa et sa soeur Magda ont fui leur Pologne natale pour rejoindre leur tante à New York. A leur arrivée à Ellis Island, Magda est placée en quarantaine car elle est atteinte de tuberculose. Ewa tombe entre les mains d’un souteneur mais elle va tout faire pour sauver sa soeur… The Immigrant est le premier film de James Gray à se situer dans le passé. En revanche, nous restons à New York et le réalisateur garde son acteur fétiche Joaquin Phoenix qui est, une fois de plus, excellent. La surprise vient de Marion Cotillard qui, sous la direction de James Gray, révèle des talents insoupçonnés pour la tragédie, sobre dans son interprétation, avec une réelle puissance de jeu. La déception vient de l’étonnante faiblesse du scénario, avec des scènes étirées, notamment d’interminables numéros de cabaret minable totalement inutiles. Et surtout, James Gray n’a su éviter le piège de l’académisme ; la reconstitution est trop appliquée, les effets de filtre sépia beaucoup trop marqués, tous les lieux sont trop travaillés. Bien qu’il soit brillant, tout ce travail sur la forme engendre une impression d’artificialité qui nous laisse à distance d’un récit dont on finit par se désintéresser. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
La jeune Makoto rencontre l’étudiant Kiyoshi lorsqu’il la sauve des griffes d’un homme qui tentait d’abuser d’elle. Kiyoshi en profite pour dépouiller l’homme. L’épisode leur donne l’idée de répéter le scénario pour racketter des hommes d’âge mûr… Découvert très tardivement en France (1), Contes cruels de la jeunesse fait partie des premiers films de la Nouvelle Vague japonaise. Il fut par exemple tourné au moment-même où Godard réalisait A bout de souffle. Nagisa Ôshima n’a alors que 28 ans et sort des sentiers battus et du cinéma codifié non seulement par son sujet, montrer le malaise de sa génération au travers des errances criminelles d’un très jeune couple, mais aussi par sa façon de le traiter : il filme en décors naturels dans la rue en utilisant, chose rarissime pour du format Scope à l’époque, une caméra à l’épaule. Ses parti-pris esthétiques sont assez radicaux, refusant la couleur verte qui « apaise et affadit les sentiments », préférant des couleurs assez saturées, et usant largement de gros plans, de décadrages. Les intérieurs sont assez oppressant et l’atmosphère générale est plutôt dérangeante, traduction du désenchantement de ses deux personnages principaux. Les aspects novateurs de Contes cruels de la jeunesse le rendent vraiment remarquable, même un demi-siècle plus tard. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Nagisa Ôshima chroniqués sur ce blog…
Yûsuke Kawazu et Miyuki Kuwano dans Contes cruels de la jeunesse de Nagisa Ôshima.
Remarque :
Yûsuke Kawazu était également l’un des acteurs principaux du très beau film Bon à rien (Rokudenashi) de Yoshishige Yoshida (1960), film de la Nouvelle Vague qui sortit sur les écrans à quelques semaines d’intervalle.
(1) Le film n’est sorti en France qu’en 1986. Il a été récemment redécouvert à Cannes en 2014 dans une version restaurée.
(Film muet) La jeune Else est interdite de sortie par son père qui l’enferme dans sa chambre. Elle parvient à s’enfuir avec son petit ami. Tous entreprennent de monter un numéro de music-hall. Son père la fait rechercher par la police ce qui va la pousser dans la rue… Gerhard Lamprecht est un cinéaste allemand dont le film le plus connu est un parlant : Émile et les Détectives (Emil und die Detektive, 1931). Il ne s’inscrit pas dans le courant expressionniste mais s’attache à décrire la vie des plus pauvres de l’Allemagne de l’Entre-deux guerres. Unter der Laterne raconte ainsi la descente d’une jeune fille bourgeoise vers les bas-fonds et le film est aussi une mise en garde des parents contre les excès de sévérité. Le développement est certes assez classique mais l’interprétation de bonne facture, même si on peut trouver que Lissy Arna manque un peu de présence. Le film ne manque pas de charme et même de surprises, comme cette longue scène originale où l’on nous suggère la vie facile et aisée de l’héroïne uniquement en nous en montrant les objets et les attributs. Auparavant impossible à voir, Unter der Laterne a été magnifiquement restauré en 2013. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Gerhard Lamprecht fut également un grand collectionneur d’objets en rapport avec le cinéma. Sa très grande collection a constitué la base de la Cinémathèque de Berlin en 1962.
Dans Unter der Lanterne, Lissy Arna (au centre avec la tête penchée) se réfugie dans un bar après avoir résisté aux avances plus qu’insistantes de son protecteur.
Le terne et timoré employé Kleinman est réveillé au beau milieu de la nuit par des voisins qui constituent une milice. Ils veulent traquer l’étrangleur qui sévit les jours de brouillard. Et cette nuit-là, la brume est particulièrement intense… Ombres et brouillard est un film assez atypique dans la filmographie de Woody Allen. C’est la forme que l’on remarque en premier : tourné en noir et blanc, le film est un hommage à l’expressionnisme allemand (Murnau, Pabst, Lang) avec tout un jeu sur les ombres et (beaucoup) de brume (1). Visuellement, le résultat reste toutefois en deçà des maitres dont il s’inspire. Sur le fond, l’idée est de créer un environnement isolé où toutes les traces familières de civilisation ont disparu, dans lequel un « petit homme » (2) se trouve brutalement plongé pour y jouer un rôle qu’il ne connait et ne comprends pas. C’est donc du pur Kafka… Woody Allen parvient à introduire beaucoup d’humour dans cette atmosphère oppressante. Avec ses nombreuses petites touches, son film est totalement imprévisible et sur ce point il est très réussi. Surprenant et même déroutant, le film fut assez diversement accueilli, en général plutôt mal… Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Parmi les acteurs de seconds ou troisièmes rôles : John Malkovich, Jodie Foster, John Cusack, Madonna, Donald Pleasance, Lily Tomlin, Kathy Bates, …
* La musique comporte plusieurs extraits de L’Opéra de quat’sous de Kurt Weill, dans des enregistrements d’époque.
* Shadows and Fog est le dernier film de Woody Allen pour Orion Pictures.
* Si les références aux maitres allemands sont les plus évidentes (Nosferatu de Murnau, La Rue sans joie et Loulou de Pabst, M le Maudit de Lang), Ombres et brouillard comporte également plusieurs références à Bergman (Le Septième Sceau, Le Visage ou encore La Nuit des forains). Nombreux autres clins d’oeil comme le fait de faire tuer Donald Pleasance dans un cul-de-sac (Polanski) (les mots « cul-de » apparaissent même à l’écran).
(1) Ombres et brouillard fut entièrement tourné en studio et, malgré le budget important, tous les décors désirés ne purent être réalisés ce qui poussa à intensifier encore plus le brouillard.
(2) Ein kleiner Mann en allemand… On peut aussi voir dans le nom Kleinman une référence au Josef K. dans Le Procès de Kafka.
Le modeste employé Kleiman est réveillé en pleine nuit pour aller tenir un rôle qu’il ne comprend pas…
Pour payer ses études, Akiko se prostitue sans que son petit ami le sache. Fatiguée et en période d’examens, c’est à contrecoeur qu’elle accepte d’aller passer la nuit chez un client à l’autre bout de Tokyo… Abbas Kiarostami ne peut plus tourner dans son pays, l’Iran. Après avoir réalisé son film précédent en Italie, il tourne Like Someone in Love au Japon : ainsi on ne pourra l’accuser de s’être trop occidentalisé, dit-il. C’est un film plus profond qu’il n’en a l’air. On peut considérer que la clé est dans le titre car c’est un film sur les faux-semblants, sur l’illusion. Cela commence dès le début où Akiko parle au téléphone à son petit ami (belle scène en fausse caméra subjective) et reste ensuite une constante dans tous les rapports de la jeune fille avec les autres personnages. Le client, professeur âgé, est bien entendu lui aussi dans l’illusion. Le petit ami est le seul personnage incapable du moindre faux semblant, mais il est rétrograde. Il symbolise le Japon ancien dans cette opposition sous-jacente entre deux faces du Japon. La forme du film est assez remarquable. Kiarostami joue avec les trompe l’oeil et les reflets (quel plan superbe quand ils repartent le lendemain matin, les reflets de deux ponts sur le pare brise dévoilant tour à tour un personnage ou l’autre !) et utilise à merveille les lieux clos et étroits : une bonne partie du film se déroule à l’intérieur d’une voiture (lieu que Kiarostami affectionne et maitrise parfaitement, on peut même parler de virtuosité). Like Someone in Love est un très beau film, seule la fin paraît maladroite. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* La chanson Like Someone in Love est un classique du jazz qui a été écrit par Jimmy van Heusen et Johnny Burke pour la comédie musicale Belle of the Yukon de William A. Seiter (1944) avec Randolph Scott. Quelques mois plus tard, Bing Crosby l’a reprise pour en faire un hit. Dans le film de Kiarostami, c’est la version d’Ella Fitzgerald (1957) que l’on entend (de l’album du même nom chez Verve).
* Le choix du tableau, objet d’une discussion sur les ressemblances, n’est pas anodin : il s’agit d’une peinture de Chiyoji Yazaki de 1900 « Training a Parrot » (= leçon à un perroquet). Yazaki est un peintre japonais qui a voyagé en Europe et aux Amériques. Influencé par les impressionnistes, il a introduit le style occidental de la peinture à l’huile au Japon. Donc, le tableau se place bien dans les deux lignes directrices du film : l’illusion (le perroquet) et l’opposition entre deux mondes, deux cultures.
Dans une maison de tolérance du quartier des plaisirs de Tokyo, cinq femmes se vendent aux passants alors qu’une loi limitant la prostitution est sur le point d’être votée… Sept ans après Les Femmes de la nuit, Mizoguchi nous montre l’univers de la vie des prostituées des années cinquante dans Akasen chitai, littéralement « Le Quartier de la ligne rouge » (1). Sous influence américaine, le Japon est alors sur le point de légiférer pour limiter la prostitution (ce sera fait quelques mois après la sortie du film). Mizoguchi nous montre les motivations de ces cinq femmes, comment la prostitution peut être le moyen de survivre, d’échapper à une situation difficile, tout en étant un piège dont on ne peut s’extraire. L’argent est à la base de toutes les situations. Comme dans tous ses autres films, le propos de Mizoguchi n’est jamais moralisateur : il ne porte pas de jugement, ne donne pas de solution miracle, son propos est essentiellement humaniste. Il montre aussi qu’une loi ne peut tout résoudre. S’il est revenu au noir et blanc après deux films historiques en couleurs, le cinéaste semble adopter un style différent. Son montage est plus nerveux, il abandonne le plan-séquence et choisit une musique électronique très moderne, presque expérimentale. Ces éléments viennent appuyer le sentiment que c’est un regard nouveau qu’il porte sur ce monde qui a bien changé. La Rue de la honte a connu un très grand succès, ce fut le plus grand succès de Mizoguchi des années cinquante. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Kenji Mizoguchi chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* La Rue de la honte est le dernier film de Kenzi Mizoguchi. Déjà très malade pendant le tournage, il mourra d’une leucémie cinq mois après la sortie, en août 1956, alors qu’il travaillait sur son film suivant, Saikaku Ihara, Une histoire d’Osaka.
* On remarquera que le générique qui ouvre La rue de la honte (1956) rappelle celui des Femmes de la nuit (1948) : un lent panoramique sur la ville de Tokyo. Mais alors que celui des Femmes de la Nuit nous montrait une ville dévastée par les bombardements, le panoramique de La Rue de la honte nous laisse voir un Tokyo encore convalescent mais déjà bien reconstruit. Ce panoramique sur le quartier de Yoshiwara, au nord de la ville, s’achève sur l’imposant temple Honzan Higashihongan-ji qui émerge seul d’une mer de petits bâtiments.
* Seulement deux ans séparent La Rue de la honte de Une femme dont on parle mais le monde de la prostitution y est décrit bien différemment. Ici, il n’est plus question d’être entre deux mondes, les geishas et leur raffinement ont laissé la place aux prostituées « modernes » qui racolent de façon quelque peu insistante.
* Les américains pressaient le gouvernement japonais à réguler la prostitution non seulement pour des questions morales mais aussi parce que le nombre de maladies vénériennes chez les soldats américains des forces d’occupation était à un niveau alarmant.
Remake : Rue de la joie (Akasen tamanoi: Nukeraremasu) de Tatsumi Kumashiro (1974)
(1) La ligne rouge dont il est question est celle qui délimite le quartier des plaisirs sur la carte de Tokyo. Le titre a été traduit de façon approximative en anglais, Red Light District pour l’Angleterre et, pire encore, Street of Shame (= rue de la honte) aux USA. Ce dernier titre nous prouve, si besoin est, que les distributeurs cherchent rarement à respecter le propos des auteurs : en effet, le plus est remarquable dans le film est le fait que Mizoguchi sait nous montrer la vie et les motivations de ces prostituées sans porter de jugement moral.