25 octobre 2012

Belle de jour (1967) de Luis Buñuel

Belle de jourJeune épouse d’un interne des hôpitaux de Paris, Séverine aime son mari mais n’est pas attirée physiquement par lui, préférant ses fantasmes à tendance masochistes. Elle va même aller se prostituer chez Madame Anaïs, une petite maison close, pour chercher un équilibre… En adaptant le roman de Joseph Kessel Belle de jour (publié en 1929), Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière étaient intéressés plus par la possibilité de mettre en images les rêveries diurnes de son héroïne que par les aspects mélodramatiques du livre. Belle de jour est ainsi un film qui mêle étroitement réalité et imaginaire, Buñuel effaçant habilement la limite qui les sépare et instaurant le doute. La réalité et l’imaginaire ne feraient-ils qu’un ? La fin est admirable car elle peut être interprétée de deux façons différentes, l’une d’entre elles changeant notre vision sur tout le film qui vient de se dérouler sous nos yeux. Le film est construit autour de l’image de Catherine Deneuve, d’une grande beauté, une beauté virginale presque enfantine. Buñuel se plait à essayer d’égratigner cette pureté, de la salir, tout en sachant qu’il ne pourra y parvenir. Ainsi, Belle de jour est aussi un film sur la pureté : Séverine et son mari se renvoient chacun une image trop parfaite, trop idéale pour que le plaisir sexuel puisse exister entre eux.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Catherine Deneuve, Jean Sorel, Michel Piccoli, Geneviève Page, Pierre Clémenti, Françoise Fabian, Macha Méril
Voir la fiche du film et la filmographie de Luis Buñuel sur le site IMDB.
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Remarques :
On peut voir dans Belle de jour un petit hommage à deux cinéastes : le Godard de A bout de souffle tout d’abord, avec le vendeur du New York Herald Tribune et la mort de Clémenti au milieu de la rue, et aussi Hitchcock, avec Catherine Deneuve en beauté froide et son chignon à la Tippi Hedren et une petite apparition cameo à la Hitchcock de Luis Buñuel en client du café dans le parc (lors de la rencontre avec le duc).

Dans ses mémoires, Mon dernier soupir, Buñuel raconte :
* « Belle de jour fut peut-être le plus gros succès commercial de ma vie, succès que j’attribue aux putains du film plus qu’à mon travail. »
* (A propos de la boîte du client asiatique) « Je ne sais combien de fois on nous demandé, des femmes surtout : « Qu’est-ce qu’il y a dans cette petite boîte ? » Comme je n’en sais rien, la seule réponse possible est : « Ce que vous voudrez. »
* « Je regrette quelques coupes stupides que demanda, paraît-il, la censure. En particulier la scène où Catherine Deneuve est allongée dans un cercueil se déroulait dans une chapelle privée, après une messe célébrée au-dessous d’une splendide copie du Christ de Grünewald, dont le corps torturé m’a toujours impressionné. La suppression de cette scène change sensiblement le climat de la scène. »

27 avril 2012

L’acrobate (1976) de Jean-Daniel Pollet

L'acrobateLéon est garçon de bains-douches. Il est timide, maladroit avec les femmes, on se moque de lui, il s’ennuie. Il va développer une véritable passion pour le tango… L’acrobate est le troisième film de Jean-Daniel Pollet avec Claude Melki. Tous deux travaillent, une fois de plus, en parfaite alliance. Claude Melki a même commencé à prendre des leçons de tango un an avant le tournage alors que Jean-Daniel Pollet et Jacques Lourcelles n’en avaient pas encore écrit une ligne. Nous retrouvons donc Léon, le personnage rencontré dans l’Amour c’est gai, l’amour c’est triste (1971) mais, cette fois, il trouvera une certaine rédemption, par la pratique et la maitrise d’une discipline, le tango. Le film a un petit côté documentaire mais c’est grâce à Claude Melki qu’il trouve toutes ses nuances et sa richesse. Son côté clown triste le rend une fois encore très attachant et il montre une souplesse et une grâce étonnante dans ses mouvements. L’acrobate est à la fois gai et triste : humour et mélancolie sont ici harmonieusement mêlés. C’est un film subtil et original.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Claude Melki, Laurence Bru, Micheline Dax, Edith Scob, Guy Marchand
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Homonyme :
L’acrobate de Jean Boyer (1941) avec Fernandel

12 février 2012

L’amour c’est gai, l’amour c’est triste (1971) de Jean-Daniel Pollet

L'amour c'est gai, l'amour c'est tristeLéon est tailleur. Il vit dans son atelier avec sa sœur qui reçoit beaucoup de clients en tant que cartomancienne. En réalité, elle se livre avec eux à d’autres exercices et Léon va le comprendre… Jean-Daniel Pollet est un cinéaste de la Nouvelle Vague. Rémo Forlani est ici à ses côtés pour l’écriture du scénario et des dialogues. Même s’il y a une histoire avec une progression, le film ne déroule pas de façon traditionnelle. il est structuré plutôt comme une succession de saynètes. Plus que sur une histoire, L’amour c’est gai, l’amour c’est triste est centré sur les personnages, notamment sur son personnage principal interprété par Claude Melki. Il y a une relation forte entre Jean-Daniel Pollet et Claude Melki (on a souvent comparé cette relation avec celle qui existait entre Truffaut et Jean-Pierre Léaud). Claude Melki est un merveilleux acteur ; clown triste du cinéma français, il fait penser à Buster Keaton. Il donne ici une vraie dimension à son personnage, timide, gauche, touchant par sa très grande naïveté. Le film a été écrit pour lui. Il y a aussi beaucoup d’humour mais c’est un humour très subtil, délicat, qui passe beaucoup par les dialogues. Comme le titre l’indique, il y a un mélange de gaité et de tristesse, c’est même une fusion : toutes les scènes sont à la fois gaies et tristes, c’est assez remarquable. Les dialogues sont en tous cas savoureux, souvent brillants. L’amour c’est gai, l’amour c’est triste est un film plein de subtilités qui mériterait d’être plus connu.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Claude Melki, Bernadette Lafont, Jean-Pierre Marielle, Chantal Goya, Marcel Dalio
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Remarques :
Gilbert Melki est le neveu de Claude Melki.

23 janvier 2012

Embrasse-moi, idiot! (1964) de Billy Wilder

Titre original : « Kiss me, stupid »

Embrasse-moi, idiot!Un crooner, réputé pour être un homme à femmes, s’arrête dans le petit village de Climax pour prendre de l’essence. Pour le pompiste et son voisin qui écrivent des chansons et aspirent au succès, c’est une occasion inespérée. Ils sont prêts à tout pour placer une de leurs chansons et inventent tout un stratagème… Embrasse-moi, idiot! est une comédie très amusante qui porte un certain regard sur l’arrivisme et la société américaine. Le film fut trainé dans la boue par les ligues de vertu américaines ; la Critique emboîta le pas en le présentant comme étant assez abject et de mauvais goût. Il faut dire que personne n’est épargné. Billy Wilder s’attaque aux fondements du modèle américain, la réussite, la famille, l’épouse, et le fait que ses personnages soient des gens ordinaires en décuple la portée : cela pourrait être tout à chacun ce qui entraîne le spectateur sur la question « jusqu’où est-on prêt à aller pour réussir ? » Pour ne rien arranger, le seul personnage vertueux et intègre est une prostituée… Oui, le phénomène de rejet qui se manifesta à la sortie de Embrasse-moi, idiot! s’explique aisément. Les questions soulevées sont d’ailleurs toujours aussi actuelles : si aujourd’hui, nous sommes moins chatouilleux sur la famille, l’attrait du succès et de la réussite est toujours aussi fort, voire plus. Il est dommage que ce film ait été si maltraité, car Embrasse-moi, idiot! est une comédie assez subtile, bien rythmée et remarquablement interprétée.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Dean Martin, Kim Novak, Ray Walston, Felicia Farr, Cliff Osmond
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Remarques :
* Le professeur de piano devait être interprété par Peter Sellers. L’acteur eut une crise cardiaque après quelques semaines de tournage et Billy Wilder du tout reprendre avec Ray Walston qui s’en tire très bien, avec un jeu plus proche de Jack Lemmon que de Peter Sellers d’ailleurs (il faut dire que sa femme dans le film est la femme de Jack Lemmon dans la vraie vie!!)
* Le personnage de la prostituée avait été écrit pour Marilyn Monroe, ce subtil mélange de naïveté et de sensualité était effectivement un rôle sur mesure pour elle. Kim Novak est merveilleuse dans ce rôle, sans vraiment chercher à copier Marilyn.
* Dean Martin, de son côté, joue avec sa propre image, à la fois sur plan du coureur de jupons et du chanteur un peu sur le déclin qui résiste à la déferlante d’une nouvelle vague musicale.
* Certes, il n’y a pas de village nommé Climax au Nevada mais, aussi étonnant que cela puisse paraître, il existe une localité nommée « Climax » dans dix autres états américains (rappelons que « Climax » en anglais, comme en français d’ailleurs mais le mot est moins usité, peut désigner un orgasme).

Homonyme :
Embrasse-moi, idiot! (A fool there was) de Frank Powell (1915) avec Theda Bara.

23 octobre 2011

Jack le magnifique (1979) de Peter Bogdanovich

Titre original : « Saint Jack »

Jack le magnifiqueA Singapour, un américain, sociable et charmeur, tient une maison close… Jack le magnifique est un film assez à part. Il oscille entre le film policier, la chronique sociale ou le genre parodique sans jamais vraiment tomber franchement dans une de ces catégories. De plus, l’histoire est assez réduite… Et pourtant, on ne s’ennuie à aucun moment, nous sommes nous aussi sous le charme du personnage joué par Ben Gazzara. Ce monde post-colonialiste où la prostitution règne en maître est merveilleusement mis en scène par Bogdanovich, avec une large utilisation du plan-séquence et une belle construction. La photographie de Robby Müller est assez remarquable. Aux côtés de Ben Gazzara, il y a une foule de personnages secondaires, toujours bien définis, qui donne une forte tonalité de chronique sociale, d’autant que le film a été tourné en décors réels à Singapour. Jack le magnifique est un film qui peut dérouter si on persiste à se demander où Bogdanovich veut en venir. Il faut plutôt se laisser submerger par son atmosphère chaleureuse pour en apprécier toute la force.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Ben Gazzara, Denholm Elliott, James Villiers, Joss Ackland
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Remarques :
* Adaptation d’un roman de Paul Théroux
* Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon font le rapprochement entre Jack le magnifique et le cinéma de John Cassavetes, particulièrement Meurtre d’un bookmaker chinois (1976) (The Killing of a Chinese Bookie). On peut effectivement trouver certaines similitudes d’approche (et il y a, bien entendu, la présence de Ben Gazzara dans les deux films). Peter Bogdanovich semble avoir été inspiré par le cinéma de Cassavetes (sur ce film seulement).
* Peter Bogdanovich avait proposé à Orson Welles, qui avait manisfesté son intérêt pour cette adaptation, de tourner le film avant de décider de le tourner lui-même. Ce revirement engendra une brouille durable entre les deux réalisateurs.