11 août 2013

Dimanche d’août (1950) de Luciano Emmer

Titre original : « Domenica d’agosto »

Dimanche d'aoûtPar un dimanche ensoleillé d’août 1949, les habitants de Rome se rendent en masse vers la plage d’Ostie. Nous suivons certains d’entre eux : une famille nombreuse, un veuf accompagné de sa petite fille et de sa nouvelle compagne, un groupe d’adolescents à vélo, une jeune fille qui se laisse emmener dans une luxueuse voiture, un jeune policier amoureux d’une bonne, etc. … Dimanche d’août est le premier long métrage de Luciano Emmer qui n’avait auparavant réalisé que des courts métrages documentaires d’art. L’idée de base a été écrite par Sergio Amidei, scénariste (entre autres) de Rome, ville ouverte de Rossellini. Dimanche d’août s’inscrit pleinement dans le courant du néoréalisme italien, il nous immerge dans cet univers populaire romain de l’Après-guerre, un monde plein de vie où l’amour reprend ses droits alors que les restes de la guerre sont toujours bien présents, une redécouverte de l’insouciance en quelque sorte. Plutôt que de nous les faire suivre l’une après l’autre, Luciano Emmer a préféré entremêler plusieurs petites histoires, nous faisant sauter de l’une à l’autre. Ce procédé narratif, aujourd’hui bien connu, était à l’époque extrêmement original. Il donne en tous cas encore plus de vie et de rythme à l’ensemble. Sous jacent, le contexte social est bien là car la hiérarchie des classes est reproduite au bord de l’eau : il y a la plage privée et la plage publique. Dimanche d'août S’il n’y a pas d’acteurs de premier plan, on remarque que la jeune Anna Baldini a beaucoup de présence (on pourrait la décrire physiquement comme une Ingrid Bergman très jeune). Assez étonnamment, ce sera son seul film. Et le film marque la première apparition à l’écran dans un rôle un tant soit peu important du jeune Marcello Mastroianni (25 ans). Dimanche d’août est un film humaniste, plein de vie et haut en couleur, qui se double d’un témoignage sur l’Italie de l’Après-guerre, un monde où chacun, à sa façon, oeuvre pour atteindre une vie meilleure.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anna Baldini, Vera Carmi, Emilio Cigoli, Marcello Mastroianni, Massimo Serato
Voir la fiche du film et la filmographie de Luciano Emmer sur le site IMDB.

Remarques :
*  Dimanche d’août a été post-synchronisé en studio. C’est ainsi que Marcello Mastroianni est doublé par Alberto Sordi.
* L’assistant-réalisateur Giulio Macchi a démissionné après une semaine de tournage, accusant le réalisateur Luciano Emmer de n’avoir aucune compétence technique. Il fut remplacé par le jeune Francesco Rosi (Dimanche d’août est son troisième film comme assistant).
* A sa sortie, le film a été malmené par la Critique italienne. De son côté, le Centre Catholique du Cinéma (Centro Cattolico Cinematografico) a dénoncé son « exhibitionnisme dégoûtant ».

8 août 2013

Roxie Hart (1942) de William A. Wellman

Titre en Belgique : « La Folle Histoire de Roxie Hart »

Roxie HartUn journaliste raconte à ses compagnons de bar l’affaire Roxie Hart qui eut lieu à la fin des années vingt : une jeune danseuse s’était laissée accuser d’un meurtre qu’elle n’avait pas commis, juste pour profiter de la publicité que lui ferait cette affaire… Roxie Hart est la deuxième des trois adaptations de la pièce Chicago de Maurine Dallas Watkins. L’adaptation est ici signée Nunally Johnson. Il s’agit d’une comédie fort bien faite, une satire des média, en l’occurrence les journaux, qui ne font que rechercher le sensationnel. La mise en place est assez lente mais rapidement l’histoire dérive vers le loufoque. Les scènes de prison sont assez farfelues mais c’est lorsqu’arrive le procès que le film de William Wellman prend une toute autre dimension : on est alors largement dans le loufoque, on se croirait presque dans un film des Marx Brothers. Ainsi, en plus d’une satire des media, Roxie Hart est également une satire de la justice. Adolphe Menjou et surtout Ginger Rodgers sont excellents, l’actrice montrant dans ce type de rôle de comédie une aisance au moins égale à celle dont elle fait preuve dans ses rôles dramatiques. De plus, elle nous gratifie de deux courts numéros de danse. Malgré un épilogue assez ridicule (plus ou moins imposé par la censure), l’ensemble est réussi et très amusant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Ginger Rogers, Adolphe Menjou, George Montgomery, Lynne Overman, Nigel Bruce, Phil Silvers
Voir la fiche du film et la filmographie de William A. Wellman sur le site IMDB.

Voir les autres films de William A. Wellman chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Stanley Kubrick aurait listé ce film parmi ses dix films préférés.
* Le film n’est jamais sorti en France.
* Maurine Dallas Watkins, l’auteur de la pièce Chicago écrite en 1926, était elle-même journaliste.
* Roxie Hart est basé sur une histoire vraie, celle de Beulah Annan dont le procès eut lieu en 1924. Le scénario de Nunally Johnson s’en éloigne toutefois pour se conformer au Code Hays : dans cette version, Roxie n’a pas réellement tué.

Les autres versions :
Chicago de Frank Urson (1927) avec Phyllis Haver (produit par Cecil B. DeMille)
Et après la transformation en comédie musicale à Broadway en 1975 :
Chicago de Rob Marshall (2002) avec Renée Zellweger et Catherine Zeta-Jones (comédie musicale)

3 août 2013

L’école des facteurs (1947) de Jacques Tati

L'école des facteurs(Court métrage de 15 minutes) Pour pouvoir remettre le courrier à un avion de l’aéropostale, François le facteur doit impérativement réduire le temps de sa tournée. Après une rapide formation, il entame sa tournée, ne prenant plus guère le temps de s’arrêter (ou presque)… Tourné et diffusé en 1947, L’école des facteurs est le dernier des courts-métrages de Jacques Tati (1) et c’est celui qui servira de base à Jour de Fête. Il est intéressant d’ailleurs de les comparer car si pratiquement tous les gags de L’école des facteurs se retrouvent dans Jour de Fête, le résultat est fort différent. Entre les deux, Jacques Tati a perfectionné son art du mouvement et les gags dans le long métrage sont mieux enchaînés et plus rythmés. Même s’il ne marmonne pas encore (on comprend ici tout ce qu’il dit), le personnage du facteur est déjà bien en place avec sa silhouette inoubliable sur sa bicyclette. Les trouvailles de gags sont vraiment très nombreuses, il y a une remarquable inventivité dans l’humour de Jacques Tati.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Jacques Tati, Paul Demange
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Tati sur le site IMDB.

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(1) C’est le dernier des courts-métrages avant qu’il ne passe aux longs métrages car, pour être exact, il faut préciser Tati réalisera encore un autre court-métrage en 1967, Cours du soir, pendant le tournage de Playtime.

1 août 2013

La Pêche au trésor (1949) de David Miller

Titre original : « Love Happy »

La pêche au trésorPour aider une jeune troupe sans le sou qui répète un spectacle à Broadway, Harpo vole de la nourriture dans la réserve d’un grand magasin. Sans le savoir, il s’empare d’une boîte de sardines dans laquelle est caché le fameux collier de diamants des Romanoff. Il va avoir à ses trousses l’intrigante Madame Egelichi et ses sbires… Love Happy est le dernier film des Marx Brothers. En réalité, il est plus souvent évoqué pour la (très) courte apparition de la jeune Marilyn Monroe, l’une de ses toutes premières à l’écran (1). Les Marx Brothers étaient alors sur le point de séparer. L’idée de base du scénario vient de Harpo et fut ensuite développée par Ben Hecht. Harpo avait souvent été comparé à Chaplin pour sa faculté à générer un humour teinté de sentimentalité et il souhaitait poursuivre sa carrière dans cette voie de comique au grand coeur. Love Happy était donc prévu initialement pour mettre en valeur Harpo seul mais la production fut plus facile à mettre en place en écrivant Marx Brothers sur l’affiche. Chico a ainsi un rôle mineur (mais nous gratifie tout de même d’un superbe numéro de piano) et Groucho fait office de narrateur, un détective privé qui raconte l’affaire. Si certains gags sont très bons, l’ensemble est très nettement en deçà des films précédents des trois frères. La partie la plus inventive est probablement celle se déroulant sur les toits avec un jeu amusant avec de gigantesques publicités lumineuses (2).
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Harpo Marx, Chico Marx, Ilona Massey, Vera-Ellen, Groucho Marx, Marilyn Monroe, Raymond Burr
Voir la fiche du film et la filmographie de David Miller sur le site IMDB.

Remarques :
* Groucho Marx a écrit dans ses mémoires qu’il considérait Une nuit à Casablanca (1946) comme étant son dernier film avec les Marx Brothers, montrant ainsi son mépris pour Love Happy.
* Détail révélateur : les trois frères n’apparaissent ensemble dans aucune des scènes du film (deux à la fois, oui, mais les trois réunis, non).
* C’est le seul film des Marx Brothers où Groucho porte une vraie moustache et non une moustache peinte.

(1) Marilyn, vêtue d’une affriolante robe de soirée, vient demander de l’aide au détective privé (Groucho) :
« Il y a des hommes qui me suivent. »
Groucho la regarde marcher et dit :
« Vraiment ? On se demande bien pourquoi ! »

(2) Cette scène est aussi étonnante pour ses « placements de produits », source de financement devenue hélas assez courante par la suite mais qui, à cette époque, était rarissime. Ces publicités témoignent sans doute des difficultés financières de la production.

24 juillet 2013

Jour de fête (1949) de Jacques Tati

Jour de fêtePour la fête du village de Follainville, des forains installent manège et attractions dont un petit cinéma qui projette un documentaire sur la poste en Amérique. Après l’avoir vu, François, le facteur, entreprend d’accomplir sa tournée « à l’américaine »…
Premier long métrage de Jacques Tati, Jour de fête a été tourné patiemment, avec un petit budget, avec les habitants du village de Sainte-Sévère-sur-Indre et une douzaine d’acteurs. C’est le film qui fit éclater au grand jour le génie comique de Tati. Très visuel, utilisant peu les paroles qui sont même parfois inaudibles, son humour se situe dans la droite ligne des grands du burlesque comme Keaton ou Chaplin. Le plus étonnant est la densité cet humour, il est même parfois sidérant de voir comment Jacques Tati arrive à tirer de multiples gags d’une seule et même situation. Son personnage de grand dégingandé ahuri est inénarrable. Jacques Tati oppose de façon amusante la ruralité et la modernité. Le film eut un grand succès dès sa sortie, il apporta une grande bouffée de bonne humeur et de fraîcheur. C’est encore le cas aujourd’hui où ressort restauré dans une version que la plupart d’entre nous n’avons jamais vue : la version originale de 1949 en noir et blanc.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jacques Tati, Guy Decomble, Paul Frankeur
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Tati sur le site IMDB.

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Remarques :
* Le personnage de François le facteur apparaît déjà dans le court métrage de 15 minutes L’Ecole des facteurs de Jacques Tati (1947) qui comportait déjà bon nombre des gags de Jour de fête.  Quelques scènes ont été reprises telles quelles (par exemple le slalom entre les vaches au début, toute la scène du sacristain, …) mais la plupart ont été tournés de nouveau pour être plus efficaces.
* Le film a été tourné à Sainte-Sévère-sur-Indre (Indre, 36), village que Tati connaissait bien puisqu’il y avait trouvé refuge pendant la guerre en 1943. Certaines scènes additionnelles ont été tournées à Charleval (Bouches-du-Rhône, 13).

Les versions :
– La version de 1949 en noir et blanc qui est restée longtemps invisible. C’est cette version qui ressort magnifiquement restaurée en ce 24 juillet 2013.
– La version de 1964, la plus répandue, qui comprend des scènes additionnelles tournées par Jacques Tati avec le personnage du jeune peintre. Quelques plans ont été coloriés au pochoir.
– La version en couleurs sortie en 1995. Jour de fête a en effet été tourné avec deux jeux de caméras, noir et blanc et couleurs. Le procédé français Thomsoncolor n’a hélas jamais été finalisé et la pellicule ne put être utilisée. En 1988, Sophie Tatischeff, la fille de Jacques Tati, montre la pellicule originale couleurs qu’elle a conservée à  Claude Ventura (producteur de l’émission Cinéma, Cinémas). Après une délicate récupération, Sophie Tatischeff effectue un montage identique à la version de 1949 avec toutefois quelques courtes séquences en moins (celles qui étaient reprises telles quelles de L’Ecole des facteurs).

Jour de fête

Jour de fête

Jour de fête

16 juillet 2013

La Rose du crime (1947) de Gregory Ratoff

Titre original : « Moss Rose »

La rose du crimeA Londres, à l’époque victorienne, Belle Adair est une jeune danseuse qui rêve de devenir « une dame ». Lorsque sa colocataire est retrouvée assassinée, elle recherche elle-même l’homme bien habillé qu’elle a vu sortir de la chambre mais ce n’est pas pour le livrer à la police… La Rose du crime est basé sur un roman de Joseph Shearing (1). L’adaptation est signée Niven Bush et le scénario montre une grande qualité dans la progression de l’intrigue. L’ensemble fonctionne donc parfaitement et l’atmosphère victorienne londonienne ajoute au mystère. Sur le plan de l’interprétation, on remarque surtout la belle prestation de Peggy Cummings, mélange de charme et fausse naïveté, un personnage finalement assez complexe. Face à elle, Victor Mature est certes un peu rigide comme souvent mais cela colle parfaitement à son personnage. On se laisse volontiers captiver par l’ensemble, tout au plus peut-on regretter que la mise en scène manque un peu de personnalité.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Peggy Cummins, Victor Mature, Ethel Barrymore, Vincent Price, Patricia Medina
Voir la fiche du film et la filmographie de Gregory Ratoff sur le site IMDB.

Remarque :
D’origine russe, Gregory Ratoff est certainement plus connu comme acteur que comme réalisateur mais il a tout de même dirigé trente films entre 1936 et 1960.

(1) Joseph Shearing est l’un des pseudonymes utilisés par Gabrielle Margaret Vere Long qui a beaucoup écrit sous le nom de Marjorie Bowen. Ses romans sont souvent des histoires où intervient le surnaturel ou les fantômes ou alors des romans policiers.

18 juin 2013

Madame Bovary (1949) de Vincente Minnelli

Madame BovaryAccusé d’avoir publié un roman immoral, Gustave Flaubert prend la défense de son personnage devant le tribunal et raconte l’histoire d’Emma Bovary… Pour cette adaptation littéraire, Vincente Minnelli refaçonne le personnage de Madame Bovary en accentuant son côté sentimental. Il doit aussi composer avec la censure qui est très méfiante envers cette histoire d’adultère. Pour cette raison, il doit renoncer à Lana Turner dont les précédents rôles ont été trop connotés sexuellement et opte pour la sage Jennifer Jones, actrice romantique par excellence qui saura attirer la sympathie de tous. Entre les mains de Minnelli, le roman de Gustave Flaubert devient ainsi le récit élégant d’une jeune femme victime de ses rêves d’adolescente. La scène du bal est à ce titre représentative : elle forme un éblouissant sommet à la fois pour le film et dans la vie de son héroïne. Il y a une très belle scène, très symbolique, où Emma se voit dans un miroir, entourée de prétendants. Minnelli joue d’ailleurs avec les miroirs tout au long de son récit, l’image qu’Emma se renvoie à elle-même.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jennifer Jones, James Mason, Van Heflin, Louis Jourdan, Alf Kjellin, Gene Lockhart
Voir la fiche du film et la filmographie de Vincente Minnelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Vincente Minnelli chroniqués sur ce blog…

Les adaptations du roman de Gustave Flaubert :
Madame Bovary par Jean Renoir (1933) avec Valentine Tessier
Madame Bovary par Gerhard Lamprecht (1937) avec Pola Negri
Madame Bovary par Vincente Minnelli (1949) avec Jennifer Jones
Madame Bovary par Claude Chabrol (1991) avec Isabelle Huppert

13 juin 2013

Riz amer (1949) de Giuseppe De Santis

Titre original : « Riso amaro »

Riz amerPour échapper à la police, un voleur de petite envergure demande à sa complice Francesca de se joindre à un convoi de « mondines », ces ouvrières saisonnières qui viennent chaque année dans les rizières de la plaine du Pô (1). Elle y fait la connaissance de Silvana… Riz amer est à la fois un film policier, un film d’amour et un film néoréaliste. C’est ce dernier aspect qui est de loin le plus réussi (et le plus novateur en 1949), le film nous faisant découvrir les dures conditions de travail des mondines ; Giuseppe De Santis nous gratifie de quelques superbes plans d’ensemble et de beaux mouvements de caméra. Avec la jeune Silvana, il nous montre aussi comment ces jeunes femmes pouvaient rêver d’une vie facile, abreuvées des images factices des fumetti (romans-photos populaires). Riz amer est un film de femmes (2), les deux personnages masculins sont fades, caricaturaux et sans intérêt. Les intrigues secondaires où ils jouent un rôle sont d’ailleurs bâclées. Riz amer
Doris Dowling montre une belle présence à l’écran mais c’est bien entendu la jeune Silvana Mangano (19 ans, Miss Rome 1946) en short et en cuissardes qui a beaucoup marqué les esprits. A ce titre, la démarche de De Santis fut souvent, et à juste titre, jugée plutôt ambigüe car, tout en critiquant la génération dévoreuse de fumetti, il joue avec l’érotisme pour s’attirer un large public. Riz amer fut un énorme succès. Le film paraît plutôt surestimé, encore aujourd’hui, mais il reste assez unique par le monde qu’il décrit.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Silvana Mangano, Doris Dowling, Vittorio Gassman, Raf Vallone
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Remarques :
* Riz amer fait partie des tous premiers films produits par Dino De Laurentiis (alors âgé d’à peine 30 ans). Il épousera Silvana Mangano à la fin du tournage.
* Actrice américaine, Doris Dowling est doublée par Andreina Pagnani.
* Plus surprenant : Silvana Mangano est également doublée (par Lydia Simoneschi).

(1) Le riz est cultivé dans la plaine du Pô depuis plusieurs siècles. Les mondines (de l’italien monda : désherbage) sont les travailleuses saisonnières qui venaient au printemps planter les jeunes plants et enlever les mauvaises herbes, toute l’opération se déroulant alors que le champ est inondé afin de protéger les jeunes pousses des écarts de température. Les mondines devaient donc travailler avec de l’eau jusqu’aux cuisses, le dos courbé toute la journée, c’est-à-dire dans des conditions très dures.

(2) Que Riz amer soit un film de femmes est particulièrement net dans la scène finale où les hommes se retrouvent condamnés à l’impuissance ; ce sont les deux femmes qui vont déterminer l’issue.

10 juin 2013

Goupi Mains rouges (1943) de Jacques Becker

Goupi mains rougesAppelé par sa famille, un parisien rejoint la ferme familiale du clan des Goupi. Le jour même de son arrivée, Goupi Tisane, une vieille fille autoritaire qui régentait la famille, est retrouvée assassinée… Tourné pendant l’Occupation, Goupi Mains rouges est l’adaptation d’un roman de Pierre Very. Contrairement à la propagande pétainiste de l’époque qui glorifiait le monde paysan nourricier, ce portrait d’une famille rurale qui forme un clan opaque et règle elle-même ses affaires n’est nullement édulcoré : la cupidité est ici le principal moteur des comportements. Méfiance et médisance sont omniprésentes. Goupi Mains rouges est le deuxième film de Jacques Becker qui montre ici une grande maitrise dans la mise en scène, il insuffle beaucoup de vie dans cette histoire au point que l’intrigue policière passe un peu au second plan. Fernand Ledoux est parfait, comme bien souvent, mais le personnage le plus remarquablement interprété est celui de Goupi Tonkin par Robert Le Vigan. Le film eut beaucoup de succès à l’époque grâce à sa qualité bien entendu mais aussi parce qu’il permettait à une population urbaine, lassée de voir certains paysans s’enrichir au marché noir, de prendre en quelque sorte une revanche. Goupi Mains rouges fait partie des films les plus remarquables tournés sous l’Occupation.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Fernand Ledoux, Georges Rollin, Robert Le Vigan
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7 juin 2013

Arènes sanglantes (1941) de Rouben Mamoulian

Titre original : « Blood and Sand »

Arènes sanglantesDepuis son plus jeune âge, Juan Gallardo rêve d’être un grand torero comme son père et d’épouser la jeune Carmen. Il y parvient mais alors qu’il est au somment de la gloire, il fait connaissance de la belle Dona Sol… Basée sur une livre de Vicente Blasco Ibáñez, cette histoire avait déjà été portée à l’écran au temps du muet par Fred Niblo avec Rudolph Valentino. Si la version de Rouben Mamoulian lui est plutôt supérieure, ce n’est pas tant grâce au scénario, qui reste assez faible et sans surprise aucune, mais plutôt par sa distribution et surtout sa superbe photographie. Tournant pour la première fois en couleurs, Mamoulian a soigné ses images, construisant certains plans comme des tableaux en s’inspirant de peintres tels que Goya, Velasquez ou El Greco. Il utilise également la couleur (des robes) pour souligner l’antagonisme entre les deux femmes. Rita Hayworth, qui n’est à l’époque pas encore très connue (1), montre déjà de belles aptitudes pour interpréter les femmes dévoreuses d’hommes avec une forte présence à l’écran. On notera que Mamoulian ne se prive pas de souligner les aspects sanguinaires des corridas.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Tyrone Power, Linda Darnell, Rita Hayworth, Alla Nazimova, Anthony Quinn, John Carradine
Voir la fiche du film et la filmographie de Rouben Mamoulian sur le site IMDB.

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Remarque :
Alla Nazimova, qui interprète ici la mère du matador, fut une très grande star du muet. Elle a notamment tourné avec Valentino (mais pas dans la première version d’Arènes sanglantes).

Les trois adaptations du roman de Vicente Blasco Ibáñez :
Arènes sanglantes (Blood and Sand) de Fred Niblo (1922) avec Rudolph Valentino
Arènes sanglantes (Blood and Sand) de Rouben Mamoulian (1941) avec Tyrone Power
L’indomptée (Sangre y arena) de Javier Elorrieta (1989) avec Sharon Stone