Ayant quitté son Wisconsin natal, Pete Hammond Jr débarque à la gare routière de New York, en pleine canicule. Plein d’ambitions, le jeune saxophoniste se rend directement à Broadway, la Mecque des musiciens de jazz. Avec difficulté, il trouve un logement bon marché, qu’il offre de partager avec Peggy Brown, une jeune danseuse qui vient d’en être expulsée… Les Pièges de Broadway est un film américain réalisé par Robert Mulligan. Il s’agit de l’adaptation de la pièce homonyme de Garson Kanin. Il n’y a hélas pas grand-chose à retenir de cette comédie sentimentale, même si elle dresse un portrait un assez réaliste de la difficulté à percer dans le milieu des musiciens. Musicalement, les courts solos de saxophone de Tony Curtis (en réalité joués par Gerry Mulligan, excusez du peu…) ne sont pas assez nombreux pour générer un attrait. L’histoire est très conventionnelle et donc trop prévisible. Elle: – Lui :
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A New York, une quinzaine de jeunes actrices habitent dans une pension un peu miteuse. Toutes attendent de se faire remarquer par un producteur de Broadway. C’est là que décide d’habiter Terry Randall qui souhaite démarrer une carrière d’actrice. La jeune femme a des manières plus sophistiquées que les autres pensionnaires mais se trouve dans la même situation qu’elles… Pension d’artistes est une comédie américaine réalisée par Gregory La Cava. Il s’agit de l’adaptation d’une pièce à succès homonyme mais des ré-écritures successives ont rendu le film très éloigné de son modèle. Le réalisateur en a fait bien plus qu’une comédie car le récit donne une idée assez précise de la situation des aspirantes-actrices de cette époque. Pour mieux coller à la réalité, La Cava avait envoyé une assistante dans un foyer d’actrices à Hollywood prendre en note leurs conversations (1). Pour ne pas céder au découragement et à l’apitoiement, les jeunes femmes manient avec grande vivacité l’ironie vacharde. Les petites piques et réparties d’humour s’enchaînent à une vitesse phénoménale (à tel point que les sous-titres n’arrivent pas toujours à suivre). C’est vraiment étonnant. La caméra est elle-même très vive pour renforcer l’impression de polyphonie. C’est un film plus complexe qu’il ne paraît car La Cava mêle habilement le mélodrame et le burlesque. En outre, il témoigne des avances que devaient subir les actrices débutantes de la part d’hommes abusant de leur position. Le film fut bien reçu à sa sortie ; assez remarqué, il connut un succès modéré. Elle: – Lui :
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Voir les autres films de Gregory La Cava chroniqués sur ce blog…
(1) L’assistante se faisait passer pour une actrice désillusionnée qui apprenait la sténo dans le but de se reconvertir. Sous le prétexte d’entrainement, elle pouvait ainsi noter toutes les conversations sans éveiller les soupçons.
Katharine Hepburn et Ginger Rogers dans Pension d’artistes (Stage Door) de Gregory La Cava.
Remarque :
* On remarquera la présence de plusieurs actrices en début de carrière : Eve Arden, Ann Miller, Lucille Ball, …
* Aussi incroyable que cela puisse paraître (ne serait-ce qu’au vu de sa grande taille), Ann Miller n’avait que 14 ans au moment du tournage ; elle avait d’ailleurs menti sur son âge pour obtenir le rôle et fourni un faux certificat de naissance. Lorsqu’elle danse avec Ginger Rodgers, il est impossible de deviner que 12 ans d’âge séparent les deux actrices.
Ann Miller, Ginger Rogers et Lucille Ball dans Pension d’artistes (Stage Door) de Gregory La Cava.
Célèbre chorégraphe et metteur en scène drogué aux amphétamines et fumeur invétéré, Joe Gideon ne vit que pour le spectacle : ses journées sont bien remplies entre les répétitions d’un nouveau show qu’il monte à Broadway et le montage difficile d’un film sur un comique stand-up… Bien que ce ne soit pas vraiment son ultime réalisation (1), All That Jazz est le film-testament de Bob Fosse, celui où il prévoit sa mort prochaine (qui surviendra en réalité en 1987). Le chorégraphe ne fait pas la différence entre sa vie et le show au point de dire que, pour lui, la seule réalité, c’est la mort. Et sa propre mort, il va la transformer en spectacle vulgaire et racoleur après s’être interrogé sur sa vie dans des conversations avec un personnage angélique (Jessica Lange… dont le nom semble prédestiné). Roy Scheider, qui a à peu près l’âge de Bob Fosse c’est à dire la cinquantaine, est maquillé pour lui ressembler parfaitement. La chorégraphie de tous les numéros musicaux est bien entendu signée Bob Fosse, chorégraphie particulièrement brillante dans les deux premiers tiers mais qui sombre dans le mauvais goût dans la mise en scène de sa mort. Certes, cette vulgarité est un parti-pris volontaire mais, pour le spectateur, toute cette dernière partie est assez détestable et paraît bien longue. Elle: – Lui :
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Remarque :
* Le film qu’il est en train de monter est de toute évidence Lenny, film sur le comique Lenny Bruce que Bob Fosse a réalisé en 1975 avec Dustin Hoffman dans le rôle-titre.
(1) Le dernier film de Bob Fosse sera Star 80 (1983).
« It’s show time, folks ! » : tous les matins, Joe Gideon prononce rituellement cette phrase devant sa glace lorsqu’il s’est remis à neuf. Roy Scheider dans Que le spectacle commence de Bob Fosse.
Roy Scheider et Jessica Lange dans Que le spectacle commence de Bob Fosse.
La star d’un show de Broadway en pleine répétition quitte la troupe sur un caprice. Pour la remplacer, le compositeur, le metteur en scène et son jeune assistant ont chacun leur danseuse préférée… Basé sur une histoire de Vera Caspary, Give a Girl a Break (Donnez-lui une chance) était prévu pour être une grande production. Lorsque les Judy Garland, Fred Astaire, Gene Kelly et autres Ann Miller déclinèrent la proposition, le film est devenu soudain bien plus modeste dans ses ambitions. En matière de comédie musicale de cette période, c’est même l’un des plus petits budgets, le tournage prenant place sur les décors d’un autre film. L’attrait principal de Give a Girl a Break n’est pas à chercher du côté du scénario qui est d’une grande banalité, ni des chansons qui sont au mieux assez moyennes mais plutôt du côté des chorégraphies. Le couple Marge et Gower Champion (mari et femme dans la vie réelle) est le plus remarquable, leur numéro sur les toits est superbe. Le jeune Bob Fosse a également un ou deux beaux numéros avec Debbie Reynolds (qu’il dit avoir lui-même chorégraphiés) où il montre des qualités athlétiques étonnantes, n’hésitant pas à faire un joli saut périlleux arrière. Dommage que ces numéros soient encapsulés dans une histoire si convenue et sans intérêt. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Gower Champion sera plus tard metteur en scène de show à Broadway et Bob Fosse sera le réalisateur de Cabaret (1972), Lenny (1974), Que le spectacle commence (1979)…
* D’après Martin Gottfried (dans son livre All his Jazz : The life and death of Bob Fosse), Stanley Donen a insisté auprès de Bob Fosse pour qu’il fasse ce superbe saut périlleux arrière dans le numéro avec Debbie Reynolds, l’entrainant pour cela pendant des heures. La première prise fut la bonne. Ce que Stanley Donen n’a pas su, c’est que Bob Fosse avait pris l’avion pour New York afin de travailler le saut arrière avec un entraineur professionnel pendant deux jours entiers juste avant de tourner la scène.
Etre découvert par le célèbre créateur de spectacles Florenz Ziegfeld est le rêve de nombreuses jeunes femmes. Trois d’entre elles entrent ainsi dans la troupe. L’irruption de cette gloire soudaine dans leur vie va avoir des conséquences bien différentes… Ziegfeld Girl est l’un des nombreux films mettant en scène les célèbres Follies de Ziegfeld (1) qui marquèrent le Broadway des années dix et vingt. Robert Z. Leonard avait déjà réalisé Le Grand Ziegfeld (1936) qui avait connu un énorme succès. Assez logiquement, la M.G.M. lui confie donc la direction de cette superproduction, en tandem avec Busby Berkeley qui dirige les numéros musicaux et ballets. Le scénario est assez lénifiant, énième variation sur le conte de fées du succès, avec ses avantages mais aussi ses dangers. Des trois girls, c’est Lana Turner qui a la plus belle présence ; Hedy Lamarr est peu mise en valeur tout comme Judy Garland, mais cette dernière fait montre comme toujours d’une belle énergie. Même les ballets musicaux ne sont pas à la hauteur des grandes créations de Busby Berkeley : il charge ici beaucoup, mais il est vrai qu’il est ainsi dans la droite ligne de Ziegfeld. Le morceau musical le plus notable est probablement Minnie from Trinidad chanté par Judy Garland. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Dans la scène finale, l’un des décors reproduit celui du numéro le plus célèbre de Le Grand Ziegfeld : A Pretty Gil is like a Melody avec son grand gâteau.
* Originellement, le film devait être tourné en 1938 avec Eleanor Powell, Joan Crawford, Virginia Bruce et Walter Pidgeon.
(1) Florenz Ziegfeld Jr. (1867-1932) est sans aucun doute la plus grande personnalité de l’univers de Broadway. A partir de 1909, ses Follies devinrent vite le spectacle le plus célèbre de l’époque. Ses ballets et numéros musicaux alliaient fantaisie et reconstitution et faisaient rêver les spectateurs. Il n’hésitait pas à mêler les influences les plus diverses, pour un résultat d’assez mauvais goût mais toujours grandiose et spectaculaire.
Lorsque Danny Miller met en scène un show sur le thème de la mythologie grecque, cela ne plait guère aux vraies muses qui se trouvent représentées de façon trop vulgaire. Terpsichore, muse de la danse, obtient de pouvoir descendre sur la Terre, bien décidée à se faire engager comme danseuse afin de modifier le contenu de la pièce… Down to Earth est presque une suite de l’excellent Here comes Mr Jordan du même Alexander Hall : on y retrouve certains des personnages dans un contexte similaire (1). La forme est toutefois bien différente puisqu’il s’agit ici d’une comédie musicale ; la qualité aussi est différente car il faut bien avouer que l’ensemble est assez fade. Le scénario, pourtant original, n’est guère développé, la musique est sans originalité et même les chorégraphies de Jack Cole ne sont pas franchement remarquables (2). Il reste bien entendu le charme et la présence de Rita Hayworth, particulièrement rayonnante, qui sauve le film de l’oubli. Down to Earth eut beaucoup de succès à l’époque. Elle: – Lui :
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Remarques :
* Quand elle chante, Rita Hayworth est doublée par Anita Ellis. Larry Parks est quant à lui doublé par Hal Derwin.
* Dans la filmographie de Rita Hayworth, Down to Earth s’inscrit juste entre Gilda et La Dame de Shanghai, probablement ses deux plus grands films. Nous ne sommes pas ici au même niveau, hélas…
* Clin d’oeil : l’objet que lance Kitty dans le miroir est la même boule à neige que laisse tomber Charles Forster Kane en mourant dans Citizen Kane. C’est un clin d’oeil à Orson Welles qui était alors le mari de Rita Hayworth.
(1) Du film Here comes Mr Jordan (1941), on retrouve le personnage de Mr Jordan, interprété non plus par Claude Rains mais par Roland Culver (physiquement assez proche). Son adjoint, le Messager 7013 est interprété dans les deux films par le même acteur, Edward Everett Morton, tout comme l’agent sportif/artistique, par James Gleason.
(2) Jack Cole deviendra plus célèbre par la suite pour ses chorégraphies (citons par exemple Les hommes préfèrent les blondes ).
Pour aider une jeune troupe sans le sou qui répète un spectacle à Broadway, Harpo vole de la nourriture dans la réserve d’un grand magasin. Sans le savoir, il s’empare d’une boîte de sardines dans laquelle est caché le fameux collier de diamants des Romanoff. Il va avoir à ses trousses l’intrigante Madame Egelichi et ses sbires… Love Happy est le dernier film des Marx Brothers. En réalité, il est plus souvent évoqué pour la (très) courte apparition de la jeune Marilyn Monroe, l’une de ses toutes premières à l’écran (1). Les Marx Brothers étaient alors sur le point de séparer. L’idée de base du scénario vient de Harpo et fut ensuite développée par Ben Hecht. Harpo avait souvent été comparé à Chaplin pour sa faculté à générer un humour teinté de sentimentalité et il souhaitait poursuivre sa carrière dans cette voie de comique au grand coeur. Love Happy était donc prévu initialement pour mettre en valeur Harpo seul mais la production fut plus facile à mettre en place en écrivant Marx Brothers sur l’affiche. Chico a ainsi un rôle mineur (mais nous gratifie tout de même d’un superbe numéro de piano) et Groucho fait office de narrateur, un détective privé qui raconte l’affaire. Si certains gags sont très bons, l’ensemble est très nettement en deçà des films précédents des trois frères. La partie la plus inventive est probablement celle se déroulant sur les toits avec un jeu amusant avec de gigantesques publicités lumineuses (2). Elle: – Lui :
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Remarques :
* Groucho Marx a écrit dans ses mémoires qu’il considérait Une nuit à Casablanca (1946) comme étant son dernier film avec les Marx Brothers, montrant ainsi son mépris pour Love Happy.
* Détail révélateur : les trois frères n’apparaissent ensemble dans aucune des scènes du film (deux à la fois, oui, mais les trois réunis, non).
* C’est le seul film des Marx Brothers où Groucho porte une vraie moustache et non une moustache peinte.
(1) Marilyn, vêtue d’une affriolante robe de soirée, vient demander de l’aide au détective privé (Groucho) :
« Il y a des hommes qui me suivent. »
Groucho la regarde marcher et dit :
« Vraiment ? On se demande bien pourquoi ! »
(2) Cette scène est aussi étonnante pour ses « placements de produits », source de financement devenue hélas assez courante par la suite mais qui, à cette époque, était rarissime. Ces publicités témoignent sans doute des difficultés financières de la production.
Dans les années vingt à Broadway, un auteur et metteur en scène peine à trouver un financement pour sa nouvelle pièce. Le seul commanditaire qu’il trouve est un caïd de la pègre qui demande en contrepartie un rôle majeur pour sa petite amie, une danseuse sans talent… Coups de feu sur Broadway est une comédie basée sur le choc de deux mondes qu’à priori tout oppose : le monde du théâtre et les truands. On peut toujours avoir quelques regrets quand Woody Allen ne joue pas lui-même, mais il était assez habile de sa part de laisser le rôle de l’auteur car il l’aurait certainement rendu trop sympathique et trop présent. Ici, le jeu de John Cusack rappelle inévitablement celui de Woody Allen, mais en un peu plus fade ce qui colle parfaitement à l’histoire. Coécrit avec Douglas McGrath (1), le scénario est brillant avec une grande attention portée au détail et beaucoup de subtilité dans les relations de fascination entre l’auteur et deux des personnages. L’humour fonctionne parfaitement et l’homme de main Cheech est un personnage particulièrement réussi et mémorable. Coups de feu sur Broadway est une variation originale et amusante sur les affres de la création. Elle: Lui :
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Voir les autres films de Woody Allen chroniqués sur ce blog…
Remarque :
Woody Allen avait déjà utilisé le milieu des truands dans Broadway Danny Rose (1984), film avec lequel on peut faire certains rapprochements.
(1) Douglas McGrath est ensuite passé à la réalisation avec notamment Emma, l’entremetteuse (1996) d’après Jane Austen, Nicholas Nickleby (2002) d’après Dickens et Scandaleusement célèbre (2006).