25 février 2017

Le Montreur d’ombres (1923) de Arthur Robison

Titre original : « Schatten – Eine nächtliche Halluzination »

Le Montreur d'ombresAux alentours de 1800, un bourgeois et sa femme reçoivent pour un dîner. La femme se complait à se laisse désirer par les invités, le mari est jaloux. Un montreur d’ombres parvient à s’introduire pour montrer son spectacle. Il va dévoiler à tous les conséquences de leur attitude et cela va leur glacer le sang… Le Montreur d’ombres est considéré comme l’un des films majeurs de l’expressionnisme allemand. Plutôt rare, il fait partie de ces films dont on entend parler mais qui restent difficiles à voir. Hormis dans un prologue qui nous présente de façon plutôt fastidieuse les personnages, le film ne comporte aucun intertitre, ce qui donne d’autant plus d’importance à l’image. Les personnages ne parlent pas d’ailleurs. L’histoire est assez simple mais joue avec subtilité sur les éclairages et les ombres dont on voit toutes les formes et toutes les fonctions : l’ombre qui trahit, l’ombre qui effraie, l’ombre qui trompe, l’ombre qui dévoile, l’ombre qui amuse et même l’ombre qui se substitue aux vivants devenus simples spectateurs de leur destin. Le sous-titre allemand est bien choisi : « Une hallucination nocturne ». Ce sont les ombres qui agissent sur le déroulement de l’histoire, faisant prendre telle ou telle tournure aux évènements. L’image de Fritz Arno Wagner est superbe, les décors sont simples pour mieux jouer avec la lumière et il faut noter également l’utilisation étonnante des miroirs. L’atmosphère est très forte, intrigante, angoissante. Le jeu des acteurs est typique de l’expressionnisme allemand, un jeu assez théâtral aux mouvements saccadés. Les ombres ont toujours une grande importance dans les films muets allemands mais Le Montreur d’ombres va plus loin que tous les autres et, en ce sens, il est un film assez unique en son genre.
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Alexander Granach, Fritz Kortner, Gustav von Wangenheim, Ruth Weyher, Rudolf Klein-Rogge
Voir la fiche du film et la filmographie de Arthur Robison sur le site IMDB.

Voir les livres sur l’expressionnisme allemand…

Remarques :
* Arthur Robison est américain de naissance mais a grandi et fait ses études en Allemagne. Hormis Le Montreur d’ombres, il a réalisé une vingtaine de films jugés de peu d’intérêt, y compris sa première version de The Informer en 1929 (six ans avant John Ford). Georges Sadoul a ainsi dit de lui qu’il était « l’homme d’un seul film ».

* Le film restauré est accompagné par une musique très contemporaine que, personnellement, je suis incapable d’écouter. J’avais heureusement la possibilité de couper le son mais il faut faire attention à ce point pour une vision en salles.

le Montreur d'ombres
le Montreur d'ombresFritz Kortner dans Le Montreur d’ombres de Arthur Robison.

17 janvier 2017

Anna Karenine (1927) de Edmund Goulding

Titre original : « Love »

Anna KarenineUn soir de tempête de neige, dans une auberge isolée, le comte russe Vronsky fait la connaissance d’une femme à la fois mystérieuse et très belle qu’il tente de séduire de force. Elle le repousse. Quelque temps plus tard, lors d’une réception organisée par le député Karénine, Vronsky est présenté à l’épouse de celui-ci, Anna… Au cours de sa trop courte carrière, Greta Garbo a interprété par deux fois Anna Karenine. Ce film muet d’Edmund Goulding est la première. Il s’agit d’une version très simplifiée du roman de Tolstoï, avec même une fin en happy-end (une version avec une fin dramatique sera toutefois distribuée à l’international). Le film est bien entendu surtout remarquable par la présence du couple Greta Garbo / John Gilbert. Ce dernier fait un Vronsky très séduisant, très prévenant. Greta Garbo, qui sortait d’un bras de fer de plusieurs mois avec la MGM pour obtenir un meilleur contrat, est magnifique, remarquablement filmée par la caméra de William Daniels. Lorsqu’elle soulève sa voilette pour la première fois, nous sommes, à l’instar de Vronsky, nous aussi suffoqués par sa beauté. Garbo est unique. Il lui suffit d’esquisser un demi-sourire pour exprimer une quinzaine de sentiments. En revanche, elle moins convaincante quand elle joue beaucoup : sa crise de nerfs lorsque Vronsky chute de cheval est à la limite du grotesque. Malgré la simplification de l’histoire qui perd beaucoup de son caractère dramatique, cet Anna Karenine montre une certaine intensité grâce à ses deux interprètes. (Film muet)
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: John Gilbert, Greta Garbo, George Fawcett, Brandon Hurst
Voir la fiche du film et la filmographie de Edmund Goulding sur le site IMDB.

Voir les autres films de Edmund Goulding chroniqués sur ce blog…

Love
Greta Garbo et John Gilbert dans Anna Karenine de Edmund Goulding.

Remarques :
* Le titre américain fut choisi pour donner « John Gilbert et Greta Garbo in love » sur les affiches, une trouvaille du service des relations publiques de la M.G.M.

* La version avec la fin Tolstoïenne (dramatique donc) fut distribuée à l’étranger. Aux Etats-Unis, les exploitants avaient le choix et il semble que les exploitants de la Côte Est et californiens choisirent souvent la fin dramatique, alors que les exploitants de l’Amérique profonde choisirent la fin heureuse.

Anna Karenine* Actuellement, la version la plus courante de ce film est l’enregistrement d’une projection publique à l’Université de Los Angeles dans les années 2000 avec un grand orchestre accompagnant en direct. Le seul problème est que l’on entend parfois les réactions du (vaste) public, des ricanements ou gloussements qui surviennent, et c’est là le plus étonnant, à des moments vraiment inattendus, parfois dramatiques même. Le public était sans doute très jeune. C’est assez gênant parce que cela déconcentre mais la solution est facile à trouver : il suffit de baisser la musique… A noter que cette version est celle qui se termine bien (les enfants ont dû être contents).

* Certaines affiches du film Love utilisent une photo du film précédent du couple Garbo/Gilbert : La Chair et le Diable ! (voir exemple ci-contre) Il est vrai que John Gilbert porte le même costume dans les deux films.

* John Gilbert peut être considéré comme co-réalisateur car Greta Garbo refusait de passer à la scène suivante tant que la précédente n’avait pas été validée par John Gilbert.

* En 1935, Garbo jouera de nouveau Anna Karenine, sous la direction de Clarence Brown, avec Fredric March dans le rôle de Vronsky.

Love
Photo de tournage : Edmund Goulding, Greta Garbo et John Gilbert dans Anna Karenine de Edmund Goulding.

Love
Photo de tournage plus étonnante : l’acteur aux côtés de Greta Garbo est n’est pas John Gilbert, c’est Ricardo Cortez, le caméraman est Merritt B. Gerstad, le réalisateur au centre est Dimitri Buchowetzki. La MGM débuta en effet le tournage de Anna Karenine avec Ricardo Cortez dans le rôle de Vronsky. Mécontent du résultat, Irving Thalberg changea toute l’équipe.

Adaptations du roman de Tolstoï :
Love de Edmund Goulding (1927) avec Greta Garbo et John Gilbert
Anna Karénine de Clarence Brown (1927) avec Greta Garbo et Fredric March
Anna Karénine de Julien Duvivier  (1948) avec Vivien Leigh
Anna Karénine de Aleksandr Zarkhi (1967) avec Tatyana Samojlova
Anna Karénine de Bernard Rose (1997) avec Sophie Marceau
Anna Karénine de Joe Wright (2012) avec Keira Knightley

2 janvier 2017

Dynamite Doggie (1925) de Roscoe Arbuckle

Dynamite Doggie(2 bobines, 18 mn) Un jeune homme rend visite à sa bien-aimée alors que son père est de sortie. Plus que le père, c’est le chien qu’il redoute… Après que sa carrière d’acteur eut été (injustement) ruinée par un scandale en 1921, Roscoe Fatty Arbuckle a réalisé des petits films comiques sous le pseudonyme William Goodrich (Buster Keaton lui avait suggéré de prendre le nom de Will B. Good, c’est-à-dire phonétiquement « je vais bien me tenir »). A défaut de pouvoir jouer lui-même, il a ainsi dirigé ses anciens acolytes et quelques autres. Si l’histoire de Dynamite Doggie est classique (elle est d’ailleurs proche de celle de Love dont on retrouve certains gags), l’originalité vient de l’utilisation du chien pour créer l’humour, chien qui joue remarquablement bien ! Pete The Dog (c’est son nom) est ici dans un de ses premiers films : il jouera dans près de cent films entre 1924 et 1935 ! Côté humain, c’est le neveu de Fatty, Al St. John, qui tient la vedette. Il a un jeu assez acrobatique, il montre notamment ses talents d’acrobate cycliste qui remontent à son début de carrière. Assez amusant à défaut d’être franchement remarquable, Dynamite Doggie a été redécouvert très récemment.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Al St. John
Voir la fiche du film et la filmographie de Roscoe Arbuckle sur le site IMDB.

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Al St. John et Pete the Dog dans  Dynamite Doggie de Roscoe Arbuckle.

16 novembre 2016

Un cottage dans le Dartmoor (1929) de Anthony Asquith

Titre original : « A Cottage on Dartmoor »

Un Cottage dans le DartmoorDans les landes du Devon, un homme court dans la pénombre. Il vient de s’évader de la prison voisine et va tout droit jusqu’à un petit cottage où une jeune femme berce un enfant. Apeurée, elle le reconnaît. Ils étaient employés dans le même salon de coiffure et il était éperdument amoureux d’elle. Elle revoit leur histoire… Un Cottage dans le Dartmoor est l’un des derniers films muets britanniques. Dans son quatrième long métrage, le jeune Anthony Asquith (26 ans) intègre d’ingénieuses recherches techniques et fait preuve d’une grande virtuosité. Il va indéniablement plus loin que son compatriote Hitchcock (le film peut être comparé à Blackmail, sorti à la même époque). Non seulement Anthony Asquith soigne ses éclairages à l’extrême mais il montre une inventivité de tous les instants. C’est un festival : il joue avec la profondeur de champ, multiplie les angles de vues étonnants, insère des scènes surréalistes de suggestion, pratique un montage audacieux. La scène la plus impressionnante dans sa perfection est celle de la tentative de meurtre où tout se met idéalement en place. On peut regretter que cette beauté formelle place le récit au second plan ; Asquith ne l’oublie pas toutefois, mais il se situe plutôt sur un plan intimiste (et en ce sens, il se démarque des grands cinéastes russes qu’il évoque immanquablement, Eisenstein, Poudovkine, … qui sont plus au service d’une certaine grandeur). Le film marque la fin d’une époque, celle du muet. Asquith n’y croyait pas. Dans une longue et étonnante scène dans un cinéma, sa condamnation du parlant est sans appel. Contrairement à Blackmail d’Hitchcock, Un Cottage dans le Dartmoor se révèlera impossible à transformer en film sonore. Cela lui sera fatal. On le redécouvre avec bonheur aujourd’hui. Le film a été restauré en 2016 par le British Film Institute (BFI). La qualité de la restauration est impressionnante et sa très grande beauté n’en est que plus séduisante.
Elle: –
Lui : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Hans Adalbert Schlettow, Uno Henning, Norah Baring
Voir la fiche du film et la filmographie de Anthony Asquith sur le site IMDB.

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Un cottage dans le Dartmoor
Uno Henning et Hans Adalbert Schlettow dans Un cottage dans le Dartmoor de Anthony Asquith.

Remarques :
* La longue scène du cinéma montre la réaction des spectateurs (l’écran est hors champ) face à un film muet puis face à un film parlant. La première partie est un film muet accompagné par un orchestre dans la fosse. Les spectateurs s’esclaffent, réagissent abondamment (on peut supposer qu’il s’agit d’un film avec Harold Lloyd puisque deux gamins se moquent d’un spectateur qui a les mêmes lunettes). La seconde partie est un film parlant, les musiciens ne jouent plus et boivent une bière pendant que les spectateurs prennent une attitude cataleptique, ils semblent atterrés, totalement amorphes.

* Un Cottage dans le Dartmoor a très peu d’intertitres car Anthony Asquith multiplie les trouvailles pour ne pas en avoir besoin. Par exemple, dans le salon de coiffure, il insère quelques secondes d’un match de cricket au milieu d’un plan sur le garçon-coiffeur pour montrer qu’il parle de sport au client qu’il est en train de coiffer.

* Norah Baring est anglaise, Uno Henning est suédois, Hans Schlettow est allemand.

Un cottage dans le Dartmoor

Un cottage dans le Dartmoor
Jeux de miroir : Norah Baring dans Un cottage dans le Dartmoor de Anthony Asquith.

Un cottage dans le Darmoor
Plan aussi efficace que brillant : deux employées du salon de coiffure cancanent en champ-contrechamp au sujet de sa bien aimée alors que le futur meurtrier, placé entre les deux, affute son rasoir. Superbe scène de Un cottage dans le Dartmoor de Anthony Asquith.

18 juin 2016

Le Droit d’aimer (1929) de John S. Robertson

Titre original : The Single Standard

The Single Standard(Film muet) Arden Stuart est la fille d’une famille en vue de la haute société de San Francisco. Elle s’ennuie et déplore que les femmes ne puissent se permettre de faire les mêmes choses que les hommes. Elle refuse les avances de Tommy Hewlett qui est éperdument amoureux d’elle. Elle rêve d’un amour sincère et va le trouver en la personne d’un séduisant peintre… Adapté d’un roman d’Adela Rogers St. Johns, The Single Standard est un mélodrame qui semble se placer dans une optique féministe. Un texte en exergue nous rappelle que « depuis des générations, les hommes font ce qu’ils veulent alors que les femmes font ce que les hommes veulent ». C’est justement le sens du Single Standard, expression de l’époque signifiant qu’un même code de conduite, un même standard, devrait s’appliquer aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Ceci étant dit, il semble bien que le propos soit ici de démontrer que c’est impossible car la suite de cette histoire est assez conventionnelle et marquée d’un certain conservatisme. On peut y voir l’effet de l’influence grandissante des codes moraux imposés au cinéma. Greta Garbo est une fois de plus assez merveilleuse, même si son jeu peut sembler un peu moins enthousiasmant. Décrite par la publicité comme étant pour la première fois dans un personnage « 100% américain », elle porte des tenues très contemporaines, toujours conçues par le couturier Adrian. Son partenaire est de nouveau Nils Asther qui montre une très belle présence à l’écran : il a une grande puissance dans le regard. Les scènes entre Garbo et lui sont empreintes de passion. Le chef-opérateur n’est pas cette fois William Daniels, le chef-op attitré de Garbo étant probablement pris sur un autre tournage, mais Oliver T. Marsh. Cela se sent, la photographie est moins remarquable. Comme les autres films de Greta Garbo, The Single Standard fut un grand succès à sa sortie.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Greta Garbo, Nils Asther, Johnny Mack Brown
Voir la fiche du film et la filmographie de John S. Robertson sur le site IMDB.

Voir les livres sur Greta Garbo…

Remarques :
* Craignant que l’accent suédois de Greta Garbo soit un problème, la M.G.M. continuait à lui faire tourner des films muets. Son premier film parlant sera Anna Christie en 1930.
* Un intertitre est resté célèbre. A un importun dans la rue qui tente de l’aborder, elle lance « I walking alone because I want to walk alone » (= je marche seule parce je veux marcher seule), phrase qui préfigure son célèbre (« I want to be alone ») de Grand Hotel (1932) et de son désir dans la vraie vie.
* Deux figurants, futurs acteurs de premier plan : Joel McCrea (l’un des trois maris coureurs au début du film) et Robert Montgomery (l’un des danseurs à la réception ?)

The Single Standard
Fred Solm, Greta Garbo et Johnny Mack Brown dans The Single Standard de John S. Robertson.

The Single Standard
Greta Garbo et Nils Asther dans The Single Standard de John S. Robertson.

The Single Standard
Greta Garbo et Nils Asther dans The Single Standard de John S. Robertson.

17 juin 2016

Terre de volupté (1929) de Sidney Franklin

Titre original : Wild Orchids

Wild Orchids(Film muet) Lili Sterling est mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle. Ils partent ensemble pour un voyage d’affaires à Java. Sur le bateau, ils font la rencontre du troublant Prince De Gace, originaire de Java et propriétaire d’une vaste plantation de thé. L’homme tente de séduire Lili et parvient à inviter le couple à séjourner chez lui… Basé sur une histoire écrite par John Colton (l’auteur de Shanghai Gesture), Wild Orchids est un de ces films à l’atmosphère exotique où l’homme étranger se révèle être un danger pour la femme occidentale (genre prolifique initié par The Sheik). Cette fois, Greta Garbo n’est donc plus une croqueuse d’hommes mais une femme vertueuse qui va tout faire pour ne pas succomber. Le scénario est simple, assez étiré (entre autres, les danses javanaises sont un peu longuettes), sans grand rebondissement. On notera que la fin est, cette fois, un happy-end ; on peut y voir là l’influence grandissante de la censure qui exigeait des fins morales. Outre le jeu de Greta Garbo (c’est toujours stupéfiant de voir comment elle parvient à « dire » tant de choses par des mouvements presque imperceptibles de son visage) et sa formidable présence à l’écran, Wild Orchids retient l’attention par le soin porté aux éclairages. Une fois de plus, c’est le talentueux William H. Daniels qui est derrière la caméra, chef-opérateur attitré de Miss Garbo. Le film fut un succès à sa sortie mais il n’est pas à classer parmi les films les plus intéressants de la période muette de Greta Garbo.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Greta Garbo, Lewis Stone, Nils Asther
Voir la fiche du film et la filmographie de Sidney Franklin sur le site IMDB.

Voir les autres films de Sidney Franklin chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Greta Garbo…

Remarques :
* John Colton avait titré son histoire « Heat » ce qui avait « l’avantage » de donner sur les affiches Greta Garbo in Heat (= Greta Garbo en chaleur… quelle élégance !) Au dernier moment, les producteurs ont décidé de ne pas utiliser ce procédé passablement grossier et ont changé le titre en Wild Orchids (= orchidée sauvage, la fleur portée par Greta Garbo sur le bateau). Il faut rappeler qu’un an aupararavant, la MGM avait renommé Anna Karenine en Love pour donner John Gilbert and Greta Garbo in Love … Voir…

* Greta Garbo a 23 ans au moment du tournage, Lewis Stone 49 et le danois Nils Aster 32. Ce dernier est arrivé à Hollywood en 1927 après avoir travaillé avec Victor Sjöström en Suède et avec Michael Curtiz en Allemagne. Wild Orchids est le 13e film de Greta Garbo, le 8e à Hollywood.

* Sur le tournage, Greta Garbo a appris le décès prématuré de son mentor Mauritz Stiller, le réalisateur suédois qui l’avait découverte et dont elle se sentait très proche. A la fin du tournage, en décembre 1928, Greta Garbo rentrera en Suède pour quelques mois. Après le décès de Stiller, l’actrice ne sera plus tout à fait la même et aura tendance à s’isoler de plus en plus.

Wild Orchids
Lewis Stone, Greta Garbo at Nils Asther dans Wild Orchids de Sidney Franklin.

Wild Orchids
Greta Garbo at Nils Asther dans Wild Orchids de Sidney Franklin.

Wild Orchids
Même si c’est plutôt téléphoné, pas question pour les producteurs de se priver d’une scène avec Greta Garbo en robe exotique… Greta Garbo dans Wild Orchids de Sidney Franklin.

Wild Orchids
Greta Garbo, Lewis Stone, William Daniels (caméra) et Sidney Franklin (assis) sur le tournage de Wild Orchids de Sidney Franklin.

Wild Orchids
(de g. à d.) William Daniels (caméra) et Sidney Franklin (assis à sa droite) filment Lewis Stone, Greta Garbo et Nils Asther pendant le tournage de Wild Orchids de Sidney Franklin. On notera l’orchestre à l’arrière-plan, hors champ, pour donner l’ambiance aux acteurs.

16 juin 2016

Intrigues (1928) de Clarence Brown

Titre original : « A Woman of Affairs »

Intrigues(Film muet) Au sein de l’aristocratie britannique, Diana et son frère Jeffrey sont les seuls membres de la famille Merrick. Jeffrey a une grande admiration pour son ami David qui est amoureux de Diana mais celle-ci reste insensible car elle est amoureuse de son ami d’enfance Neville. Hélas, le père de Neville s’oppose à toute idée de mariage car ce serait un déshonneur pour lui de marier son fils à une femme bien plus riche que lui. Il s’arrange pour envoyer Neville au loin… A Woman of Affairs (affairs est à prendre dans le sens de love affair) est le deuxième film de Garbo sous la direction de Clarence Brown, le troisième avec John Gilbert. Le film est basé sur un best-seller à scandales de Michael Arlen dont la censure refusait toute adaptation ; la scénariste Bess Meredyth en a donc modifié de nombreux éléments (1). Bien entendu, on ne peut voir dans cette histoire qu’un mélo assez classique (certains critiques ont même des mots plus durs) mais il est illuminé par Greta Garbo. Dès les premières minutes, on tombe sous le charme de l’actrice qui montre une extraordinaire présence à l’écran. A l’époque du tournage, l’actrice avait repris de la vitalité et cela se sent à l’écran, surtout au début du film où son personnage est radieux. Garbo est de presque toutes les scènes et Clarence Brown la met merveilleusement en valeur. Son jeu est tout aussi fascinant que sa prestance car elle parvient à exprimer tant de choses en faisant si peu : de petits mouvements de son visage, parfois presque imperceptibles. Clarence Brown a dit d’elle qu’il lui suffisait de penser à un sentiment pour l’exprimer. A côté d’elle, tous les autres acteurs paraissent bien fades, même John Gilbert qui était alors le plus grand séducteur d’Hollywood (il faut reconnaître que son personnage n’a pas beaucoup de caractère, on se demande comment l’acteur a pu accepter un tel rôle). Tous les rôles sont toutefois très bien tenus. A Woman of Affairs est donc un film qui mérite plus de considérations qu’il n’en a : c’est un des meilleurs films muets de Greta Garbo.
Elle: –
Lui : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Greta Garbo, John Gilbert, Lewis Stone, Johnny Mack Brown, Douglas Fairbanks Jr., Dorothy Sebastian
Voir la fiche du film et la filmographie de Clarence Brown sur le site IMDB.

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Voir les livres sur Greta Garbo …

Woman of affairs
John Gilbert et Greta Garbo dans A Woman of affairs (Intrigues) de Clarence Brown (dans le cadre : Dorothy Sebastian).

Remarques :
* La censure a imposé que le générique indique simplement « from the novel by Michael Arlen » sans préciser le titre du roman : The Green Hat.

* Pendant le tournage, l’aventure entre Greta Garbo et John Gilbert touchait à sa fin et les deux acteurs se querellaient souvent. Douglas Fairbanks, Jr. (qui avait alors 18 ans) a raconté avoir souvent servi d’intermédiaire pour porter des messages écrits de l’un à l’autre. John Gilbert s’est marié l’année suivante et Greta Garbo ne s’est jamais mariée.

* C’est le premier film où Garbo est habillée par le couturier Adrian qui deviendra le couturier attitré de la star. Finies les robes trop tapageuses des films précédents et Greta Garbo n’en est que plus belle.

* Une scène est célèbre par la palette des sentiments que montre Greta Garbo en très peu de temps : c’est celle où elle étreint un bouquet de fleurs à deux reprises dans le couloir de l’hôpital, d’abord comme un amant et ensuite comme un enfant.

(1) Dans le livre, David se suicide parce qu’il est atteint de syphilis, la nuit illicite de Diana chez Neville est plus explicitement décrite, Diana est hospitalisée parce qu’elle a donnée naissance à un fils illégitime. De plus, certains personnages consomment de l’héroïne, autant d’éléments totalement interdits par la censure de l’époque. Seul l’alcool est resté (malgré la Prohibition) à la condition qu’aucune bouteille ne soit reconnaissable.

A Woman of affairs
Sur le tournage de A Woman of affairs (Intrigues) de Clarence Brown. Le chef-opérateur William H. Daniels est à la caméra, juste derrière lui se tient Clarence Brown. Greta Garbo est au volant, John Gilbert est à ses côtés. On peut remarquer tout le travail sur les éclairages : Clarence Brown a fait placer la voiture à l’ombre d’un grand arbre, de plus la lumière venant du dessus est bloquée par un large panneau, un spot avant et un spot arrière constituent l’éclairage. Une lumière générale a été placée en retrait à hauteur d’homme. Résultat :
A Woman of Affairs
La lumière forme un écrin pour Greta Garbo et John Gilbert dans A Woman of affairs (Intrigues) de Clarence Brown. Le spot arrière crée un halo autour du visage de Greta Gabo et contribue à créer une ambiance de fin d’après-midi. C’est du grand art. (Scène à environ 3’50, « There is our tree, Neville. »)

 

A woaman of affairs
Sur le tournage de A Woman of affairs (Intrigues) de Clarence Brown. Dans le couloir de l’hôpital, la femme de John Gilbert attend son mari qui est dans la chambre de Greta Garbo. Lewis Stone la réconforte. Le chef-opérateur  William H. Daniels (sur l’escabeau) filme Lewis Stone et Dorothy Sebastian en plongée (l’homme à gauche pourrait être Charles Dorian, l’assistant-réalisateur).

15 juin 2016

La Chair et le diable (1926) de Clarence Brown

Titre original : « Flesh and the Devil »

La Chair et le diable(Film muet) Leo et Ulrich sont deux inséparables amis d’enfance. De retour d’un entrainement militaire, Leo remarque une très belle femme à la gare. Il la retrouve quelques jours plus tard à un grand bal mondain…
A peine le tournage de La Tentatrice terminé, la MGM impose à Greta Garbo un nouveau scénario qui va encore plus loin dans l’utilisation de son image : cette fois, elle n’est plus une simple vamp mais une envoyée du diable ! Le scénario de La Chair et le diable est épouvantablement mauvais, bigot et misogyne. Il pourrait avoir été écrit par une de ces ligues de vertu qui sévissaient alors. Si le troisième film américain de Greta Garbo est notable, c’est surtout parce qu’il s’agit de son premier film sous la direction de Clarence Brown, avec lequel elle tournera sept fois, et de son premier film avec John Gilbert. La MGM lui avait précédemment opposé des acteurs qui étaient plutôt des latin-lovers alors que John Gilbert (à cette époque, l’acteur le mieux payé d’Hollywood) est un américain pur jus. Il va lui ouvrir de nouveaux horizons, lui donner de l’assurance grâce à une meilleure compréhension de la mentalité américaine. Les deux acteurs vont tout de suite très bien s’entendre, une grande amitié et même plus, au grand bonheur des services de publicité des studios qui vont transformer cette aventure en grande histoire d’amour (1). Si le scénario est affligeant, le film est beaucoup plus beau dans sa forme. Clarence Brown a de belles trouvailles : une scène d’amour dans la pénombre éclairée par la flamme d’une allumette, de superbes reflets de la pluie sur une vitre sur le visage de Greta Garbo et la scène la plus célèbre, la transformation d’une communion en un acte sensuel (il fallait oser !) Toutes les scènes entre Garbo et Gilbert sont belles, y compris leur première rencontre à la gare. La Chair et le diable fut un grand succès qui finit de propulser Greta Garbo au rang de star.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: John Gilbert, Greta Garbo, Lars Hanson, Barbara Kent, William Orlamond, George Fawcett, Marc McDermott
Voir la fiche du film et la filmographie de Clarence Brown sur le site IMDB.

Voir les autres films de Clarence Brown chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Greta Garbo …

La Chair et le diable
Greta Garbo et John Gilbert dans La Chair et le diable de Clarence Brown. Pour simuler l’allumette, Clarence Brown a fait placer une petite lampe à arc dans la main de John Gilbert.

La Chair et le diable
Greta Garbo et John Gilbert dans La Chair et le diable de Clarence Brown.

Remarques :
* La Chair et le diable est adapté d’un roman d’Hermann Sudermann, écrivain et dramaturge allemand, dont les romans et pièces ont servi de base à de nombreux films dont notamment Le Cantique des cantiques de Mamoulian (1933) ou L’Aurore de Murnau (1927).
* Lasse de ce type de rôles, Greta Garbo rentra en Suède à la fin du tournage. Ce n’est qu’après plusieurs mois, et grâce au grand succès de La Chair et le diable sorti entre temps, que Greta Garbo put forcer la main à Louis B. Mayer et obtenir un meilleur contrat.
* On peut remarquer sur l’affiche ci-dessus la différence de taille des lettres pour « John Gilbert » et pour « Greta Garbo ». L’affiche de son film suivant portera son nom en aussi grosses lettres que John Gilbert. Voir…

(1) Ne reculant devant rien, la M.G.M. changera le titre de leur deuxième film ensemble de Anna Karenine en Love afin que sur les affiches cela donne « John Gilbert and Greta Garbo in Love » … ! (voir lien-dessus)

La Chair et le diable
Les reflets de la pluie sur une vitre forment un semblant de larme sur la joue de Greta Garbo dans La Chair et le diable de Clarence Brown.

La Chair et le diable
Clarence Brown (debout derrière Miss Garbo), Greta Garbo et Lars Hanson sur le tournage de La Chair et le diable de Clarence Brown. Le caméraman (debout avec les lunettes) est une fois encore William H. Daniels. Le plan correspondant à cette photographie est le très gros plan sur l’écrin contenant un bracelet.

14 juin 2016

La Tentatrice (1926) de Fred Niblo et Mauritz Stiller

Titre original : « The Temptress »

La Tentatrice(film muet) A Paris, lors d’un grand bal masqué, quelques minutes après avoir éconduit un banquier de renom qui désirait l’épouser, Elena rencontre un jeune ingénieur argentin. Ils tombent amoureux l’un de l’autre mais la jeune femme reste mystérieuse et refuse de donner son nom. Lorsque l’ingénieur visite le lendemain l’un de ses amis français, il découvre que la femme de celui-ci n’est autre que celle qu’il a rencontrée…
Adapté d’un roman de Vicente Blasco-Ibanez (l’auteur des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse), The Temptress est le deuxième film américain de Greta Garbo (1) qui avait alors 21 ans. Mauritz Stiller, le réalisateur suédois qui l’a découverte et amenée aux Etats-Unis, devait le diriger mais il fut écarté par la MGM après seulement dix jours de tournage (2) et fut remplacé par Fred Niblo. On doit à Stiller les premières minutes du film, notamment la scène de la rencontre entre Garbo et Moreno, une scène superbe où ils se découvrent l’un l’autre en retirant leur masque dans le jardin. Cette scène est empreinte d’une poésie et d’une beauté renversante, c’est l’une des plus belles scènes du cinéma muet, et on ne peut que regretter que Stiller n’ait pu achever le tournage. Le reste du film sous la direction de Fred Niblo est un peu plus classique mais comporte de belles scènes : le repas chez le banquier, le combat au fouet argentin et la scène quasi-christique qui suit, entre autres. Il est indéniable que Greta Garbo vole la vedette à Antonio Moreno, acteur alors très recherché car considéré comme étant le grand rival (ou successeur) de Valentino. Le plus étonnant dans ces premiers films de Garbo est de voir comment l’actrice avait déjà tout dès le départ : elle a déjà ce mélange subtil de profonde mélancolie et de nonchalance sensuelle qui la rend totalement unique parmi toutes les actrices de cinéma. Elle seule parvient à exprimer en même temps passion, candeur et lassitude par quelques mouvements aussi subtils que naturels, ce côté très naturel de son jeu étant amplifié par une sorte d’indicible maladresse dans sa façon de bouger son corps longiligne (3). Cette énorme présence à l’écran séduisit instantanément le public pendant que la critique était unanime à saluer l’émergence d’une grande star.
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Greta Garbo, Antonio Moreno, Marc McDermott, Lionel Barrymore, Armand Kaliz, Roy D’Arcy
Voir la fiche du film et la filmographie de Fred Niblo sur le site IMDB.

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La tentatriceGreta Garbo et Antonio Moreno dans La Tentatrice de Fred Niblo.

La tentatriceMauritz Stiller (à gauche), Greta Garbo et Antonio Moreno sur le tournage de La Tentatrice. Photo probablement prise pendant les essais : la scène ne correspond à aucune des scènes du film, la robe de Garbo ne correspond à aucune des robes du film et surtout Antonio Moreno n’a pas de moustache. La caméra tenue à la main est étonnante, d’autant plus qu’elle semble être motorisée ; le cameraman Tony Gaudio, qui semble faire un très gros plan sur Moreno, est adossé à un poteau tandis qu’un assistant tient un autre poteau qui sert d’appui à son bras gauche.

Remarques :
* Après Torrent, The Temptress montre bien que la MGM voulait installer Greta Garbo dans cette image de femme fatale, image qui ne plaisait guère à l’actrice. Dès la fin du tournage, Greta Garbo s’est plainte de sa fatigue et des nombreuses robes compliquées à enfiler et à porter.
* Louis B. Mayer trouvait la fin si déprimante qu’il en fit tourner une autre, plus heureuse, et les propriétaires de salles pouvaient choisir la version qu’ils désiraient.

(1) Le premier film américain de Greta Garbo est Torrent de Monta Bell (1926) avec Ricardo Cortez.
(2) Plusieurs raisons à cette éviction brutale : (a) la MGM jugeait Stiller incapable de se plier à la discipline des grands studios et refusait d’accepter les directives (et, après La Veuve joyeuse, la MGM ne tenait pas à avoir un 2e Erich von Stroheim à gérer…), (b)  sa mauvaise connaissance de la langue anglaise rendait difficile ses rapports avec l’équipe qui ne comprenait pas bien ses instructions, (c) Stiller avait rué dans les brancards sur des questions de contrat. A noter que certaines sources parlent de 4 semaines de tournage pour Stiller, d’autres affirment que tout ce que Stiller a tourné a été perdu.
Il est donc un peu délicat de savoir avec précision où s’arrête la partie filmée par Stiller et où commence celle filmée par Niblo. A mon (humble) avis, la scène où ils ôtent leur masque n’est pas dans le style Niblo alors que la suite (et notamment le moment où ils se séparent au petit matin) peut avoir été tourné par Niblo. A noter qu’une scène tournée par Stiller où Garbo monte un cheval blanc destinée à être placée au tout début du film est aujourd’hui perdue mais il reste une photographie.

(3) Greta Garbo était persuadée qu’elle ne savait pas jouer. Dans une lettre qu’elle écrit aux siens à cette époque, elle analyse : « Si je n’apprends pas à jouer, ils vont se lasser de moi. »

La TentatriceGreta Garbo dans La Tentatrice de Fred Niblo (scène probablement tournée par Stiller).

La TentatriceGreta Garbo dans La Tentatrice de Fred Niblo.

La TentatriceAntonio Moreno, Greta Garbo et Armand Kaliz. Photo publicitaire pour la La Tentatrice de Fred Niblo, une photo qui illustre bien l’image de « femme croqueuse d’hommes » que la MGM voulait attacher à Greta Garbo.

The TemptressTournage d’un plan en plongée de La Tentatrice. Fred Niblo est en haut, debout, le plus à droite. L’homme à lunettes à côté de la caméra est William H. Daniels qui va devenir le chef-opérateur attitré de Greta Garbo. Dans le film, la scène alterne des plans en plongée sur le visage de Garbo (simili caméra subjective avec une image floue pour montrer que Moreno n’est pas maître de lui) avec des plans en contre-plongée sur le visage de Moreno. On notera que les acteurs ont été surélevés pour les placer à la bonne distance de la caméra.

30 mai 2016

La Symphonie nuptiale (1928) de Erich von Stroheim

Titre original : « The Wedding March »

La Symphonie nuptialeA Vienne, en 1914, le Prince Nicki von Wildeliebe-Rauffenburg (Erich von Stroheim) est couvert de dettes. Ses parents souhaitent qu’il épouse une jeune femme infirme (Zazu Pitts), fille de très riches commerçants. Mais il tombe entre temps amoureux d’une jeune fille pauvre (Fay Wray) promise à un boucher rustre… La Symphonie nuptiale n’est que la première partie d’une grande fresque en trois parties. C’est hélas la seule qui ait survécu : la seconde partie a bien été tournée, puis montée par la Paramount qui avait racheté la production ; désavouée par Stroheim, elle ne sera montrée qu’en Europe. La seule copie connue à ce jour a péri dans un incendie à la Cinémathèque française en 1959. Quant à la troisième partie, elle ne fut jamais tournée.
Erich von Stroheim a écrit avec Harry Carr cette histoire qui met l’amour au premier plan sur fond de ruine de l’aristocratie. On retrouve globalement ce thème, cher à Stroheim, de l’argent qui se met en travers de l’amour véritable. La noirceur de l’âme humaine s’expose aussi largement avec le personnage du boucher, repoussant à souhait, et de la mère de la belle. Stroheim fait une fois de plus preuve d’un perfectionnisme extrême, notamment dans la qualité de la reconstitution et dans l’authenticité : la cathédrale est précise dans les moindres détails, le carrosse est celui de l’Empereur François-Joseph, la scène du bordel est tournée avec de vraies prostituées et du vrai champagne acheté en contrebande (rappelons que les Etats-Unis sont alors en pleine Prohibition). Une scène est en Two-strip Technicolor. Le budget a bien entendu explosé avant que le tournage ne soit définitivement arrêté au bout de neuf mois et le premier montage de Stroheim donnait six heures de film. De fait, le rythme est assez lent, la scène de la Fête Dieu où le Prince et Mitzi se rencontrent est particulièrement longue. Le rythme s’accélère ensuite progressivement à mesure que la tension monte. En visionnant La Symphonie nuptiale, on ne peut que regretter de ne pouvoir profiter de l’oeuvre dans son ensemble, telle qu’Erich von Stroheim l’avait conçue. (film muet)
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Erich von Stroheim, Fay Wray, Matthew Betz, Zasu Pitts, George Fawcett
Voir la fiche du film et la filmographie de Erich von Stroheim sur le site IMDB.

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Remarques :
* Le film est sorti aux Etats-Unis avec une musique (+ bruitages) synchronisée sur disques Photophone.

* Seconde partie : The Honeymoon (Mariage de Prince) (film perdu)
(ne pas lire ce qui suit avant d’avoir vu la première partie)
Mitzi remplit sa promesse d’épouser le boucher mais, pendant la cérémonie, elle s’évanouit. De rage, le boucher décide de tuer son rival une fois pour toutes et se rend dans le château du Tyrol où le Prince et Cecelia passent une nuit de noces sans amour. Mitzi arrive à temps pour avertir le Prince mais Cecelia est atteinte par la balle du tueur. Alors que les médecins lui ordonnent de rester sans bouger pour guérir, Cecelia, consciente de l’amour du Prince pour Mitzi, se traîne jusqu’à un crucifix géant et y meurt. Nikki rentre à Vienne mais, trouvant l’auberge avec les pommiers fermée, passe son temps au bordel. Lorsque la guerre est déclarée, il est envoyé près de la frontière serbe. Avec sa patrouille, il sauve un couvent attaqué par une bande de renégats dont le boucher fait partie. Or, Mitzi est une novice de ce couvent. Le Prince sauve Mitzi des griffes du boucher. Ils sont mariés à l’autel du couvent.

The Wedding March
Fay Wray et Erich von Stroheim dans La Symphonie nuptiale de Erich von Stroheim.