États-Unis, état de Géorgie. Alors que sa femme subit une grossesse à risque proche de son terme, Justin Kemp est appelé comme juré dans une affaire d’homicide. Dès l’exposé des faits, le jeune mari et futur père de famille se retrouve aux prises d’un grave dilemme moral… Juré n° 2 est un film de procès américain écrit par Jonathan Abrams et réalisé par Clint Eastwood. A l’âge de 94 ans, il nous offre son 42e film. Si l’on peut trouver quelques similitudes avec Douze hommes en colère de Sidney Lumet, il se place sur un terrain différent. L’histoire met en relief les faiblesses de la justice et traduit l’état d’esprit assez désabusé de Clint Eastwood vis-à-vis des institutions et aussi un idéalisme naïf (s’il suffisait de regarder un accusé droit dans les yeux pour savoir s’il ment ou pas, les choses seraient certainement plus simples !) La réalisation est d’un beau classicisme et l’ensemble est très prenant. Le film n’a pas fait d’étincelles aux États-Unis, c’est en France qu’il a le mieux marché. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Ce documentaire réalisé par Frederick Wiseman s’intéresse au rôle et au fonctionnement du tribunal pour enfants de Memphis, et à son intégration dans le système éducatif et judiciaire américain. Sans commentaire ni interview, de nombreux cas passent devant nos yeux, montrés à un moment différent de la procédure : confrontations, interrogatoires, tentative de conciliation, tribunal, … Si le juge est toujours le même, les cas sont tous différents, allant du simple vol à l’étalage jusqu’au vol à main armée, avec quelques cas de maltraitance. Frank Wiseman ne cherche pas à provoquer des sentiments, il décrit le fonctionnement des institutions et la démarche suivie pour parvenir à prononcer un jugement dans le cadre de la Loi (certains cas sont vraiment problématiques). Ce jugement hésite toujours entre punition et réhabilitation. De nombreuses personnes sont impliqués dans le processus, travailleurs sociaux, officiers judiciaires, avocats. Sur une période deux mois, Frederick Wiseman a tourné en 16 mm et personne ne semble prêter attention à la caméra. Une mine d’or pour les ethnologues du futur ! Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque : • L’américain Frederick Wiseman est l’un des plus grands réalisateurs de documentaires. Il a contribué à donner au « cinéma direct » ses titres de noblesse. Le « cinéma direct » (un temps appelé « cinéma-vérité » en France) est un style de cinéma documentaire marqué par la recherche de capter le réel, sans intervention (pas de commentaires, pas d’interviews). Dans tous ses films, Frederick Wiseman a cherché ainsi à décrire le fonctionnement des institutions. Il a signé 50 films depuis 1967. Il a inspiré de nombreux cinéastes : en France, on peut citer, entre autres, Raymond Depardon et Nicolas Philibert.
• En regardant Juvenile Court, il est difficile de ne pas penser au film documentaire Délits Flagrants (1994) de Raymond Depardon qui reprend le même principe pour décrire le fonctionnement d’un Palais de Justice à Paris.
Juvenile Court de Frederick Wiseman.
Homonyme : Juvenile Court (1938) de D. Ross Lederman, film de fiction avec Paul Kelly et la toute jeune Rita Hayworth (20 ans).
Dans les derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, un jeune soldat allemand est condamné à mort pour avoir volé deux boites de chocolat. Il parvient à s’échapper le jour de son exécution. Dix ans plus tard, il se retrouve par hasard face au procureur militaire qui l’a condamné. Celui-ci est devenu procureur civil après avoir caché son passé nazi… Des roses pour le procureur est un film ouest-allemand de Wolfgang Staudte, réalisateur est-allemand passé à l’ouest en 1956. Il a signé après-guerre des films sur la culpabilité allemande et anti-nazis. Celui-ci pointe les imperfections de la dénazification et dresse un portrait satirique de la justice. Assez étonnamment, le ton est assez léger, proche de la comédie, une condition imposée au réalisateur pour bénéficier du budget nécessaire. Le dosage entre tragédie et comédie est réussi et la force du propos n’est aucunement diminuée par les nombreuses notes d’humour. En outre, le film bénéficie d’une solide interprétation qui contribue à le rendre assez remarquable. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Wolfgang Staudte chroniqués sur ce blog…
Martin Held et Walter Giller dans Des roses pour le procureur (Rosen für den Staatsanwalt) de Wolfgang Staudte.
Remarque :
* En marge du récit principal, quelques scènes (et les roses du titre) évoquent l’affaire Zind, du nom d’un professeur qui avait réussi à fuir le pays en 1957 après des propos antisémites justifiant le gazage des Juifs.
Allemagne, Francfort-sur-le-Main, 1958. Interpellé par un journaliste, le jeune procureur Johann Radmann commence à enquêter sur les camps de la mort d’Auschwitz. Il découvre l’horreur et rassemble des pièces décisives pour inculper de nombreuses personnes… Le Labyrinthe du silence est un film historique allemand coécrit et réalisé par Giulio Ricciarelli dont c’est le premier long métrage (Giulio Ricciarelli est italien mais vit en Allemagne). Le film s’inspire de ce que l’on a appelé le « Second procès d’Auschwitz », procès visant 22 membres de la direction du camp, qui s’est déroulé en 1964-65, c’est-à-dire 16 ans après le Procès de Nuremberg. Le film ne montre pas le procès mais retrace la recherche de preuves par un jeune procureur (personnage composite puisque dans la réalité ils furent trois). Le réalisateur s’attache à montrer la difficile prise de conscience d’une société qui avait évacué ces souvenirs encombrants : c’était un sujet dont on ne parlait pas et, pour les plus jeunes à la fin des années cinquante, le nom d’« Auschwitz » n’évoquait rien. Le réalisateur a su choisir une approche intelligente du sujet, évitant tout effet, sans reconstitution de scènes du camp. Il ne cherche pas non plus à donner des leçons mais plutôt à susciter une réflexion sur la responsabilité individuelle, sujet qui reste (et restera certainement toujours) d’actualité. Elle: – Lui :
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Rusty Sabich est un brillant procureur, bras droit du Procureur général Raymond Hogan. Lorsqu’une de ses collègues est retrouvée assassinée à son domicile, il est chargé de l’enquête. Ayant eu une relation avec elle, il est accusé du meurtre par un procureur concurrent car plusieurs indices le désignent comme coupable… Présumé innocent est un film américain réalisé par Alan J. Pakula, adaptation du roman homonyme de Scott Turow dont les droits, très disputés, ont été achetés une petite fortune par Sydney Pollack avant même sa parution en 1987. Dans la catégorie des films de procès, il tient une place particulière car il est rare qu’un procureur se retrouve ainsi sur le banc des accusés. L’enquête en elle-même est ainsi doublée d’une réflexion sur la justice qui devient de plus en plus centrale en cours de récit. Le scénario est solide et les pistes sont nombreuses jusqu’au dénouement très surprenant. Interprétant un personnage intériorisé et peu expansif, Harrison Ford n’est pas tout à fait dans son registre habituel mais sa présence à l’écran est d’autant plus grande qu’il est de presque tous les plans. Le film connut un beau succès en salles. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
1987. Fraîchement diplômé de Harvard, le jeune avocat Bryan Stevenson décide d’officier en Alabama pour défendre des personnes condamnées à mort. L’une de ses premières affaires est celle de Walter McMillian condamné pour le meurtre très médiatisé d’une jeune fille de 18 ans. Il découvre rapidement que l’accusation ne repose que sur un témoignage fragile et que l’instruction n’a pris en compte aucun des témoignages qui l’innocentaient… La Voie de la justice (Just Mercy) est un film américain réalisé par Destin Daniel Cretton. Il s’agit d’un film biographique sur Bryan Stevenson, brillant avocat qui a dédié sa carrière à la défense des droits des pauvres et des minorités. Le scénario est adapté de son livre autobiographique paru en 2014. Le cas raconté ici est (hélas) réel et permet de mesurer l’ampleur des préjugés racistes dans certains états du sud des Etats-Unis. Avoir les preuves de son innocence ne suffit pas. Un homme peut ainsi se retrouver accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis alors que sa présence ailleurs peut être attestée par de nombreuses personnes. On aimerait croire que le réalisateur a grossi le trait mais, hélas, la lecture sur Wikipédia des informations sur l’affaire montre qu’il n’en est rien. La réalisation est classique mais de bonne qualité. L’interprétation de Michael B. Jordan est excellente, il donne beaucoup de dignité à son personnage. Elle: – Lui :
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En pleine réunion, un industriel est interrompu par un coup de fil personnel urgent. Sa jeune maitresse l’informe qu’elle vient de retrouver son bébé assassiné dans son appartement. Désemparée, elle va chercher refuge chez un ancien amant. Quand la police arrive sur les lieux, la mère est tout de suite soupçonnée du crime… Le Dernier Témoin est un film allemand réalisé par Wolfgang Staudte. Il est basé sur un livre de Maximilian Vernberg qui mettait en cause le fonctionnement de la justice allemande de l’époque, critiquant les enquêtes préliminaires expéditives, les conditions primitives de la détention provisoire et les partis-pris moraux des tribunaux. Son livre ne trouvera un éditeur qu’après son adaptation en film. Les scénaristes Robert A. Stemmle et Thomas Keck ont créé un scénario pour illustrer le propos. Nous assistons aux interrogatoires qui ne ménagent guère les suspects, puis à l’enquête de l’avocat de la défense. L’ensemble est prenant même si l’on peut être déçu après la projection de réaliser qu’il est entaché de nombreuses incohérences. Toutefois, le but initial de critiquer le système judiciaire allemand est bien atteint. Le film a connu un certain succès en Allemagne à sa sortie. Elle: – Lui :
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Harlem, dans les années 70. Tish et Fonny se connaissent depuis qu’ils sont enfants. Arrivés à l’âge adulte, ils entament une relation amoureuse et envisagent de se marier. Accusé d’un viol, le jeune homme est arrêté et incarcéré malgré les impossibilités évidentes. Avec l’aide de sa famille, Tish s’engage dans un combat acharné pour prouver l’innocence de Fonny et le faire libérer…
Ecrit en 1974 par James Baldwin, le roman Si Beale Street pouvait parler avait déjà été adapté très librement en 1998 par Robert Guédiguian qui en avait transposé l’action à Marseille. Ce film de Barry Jenkins est donc la première adaptation assez fidèle d’une œuvre de ce grand romancier du peuple noir. La construction du récit est bâtie sur des flashbacks successifs ; ce qui nous apparaît au départ être une histoire d’amour se transforme en une dénonciation du racisme dans l’accès à une justice équitable. Il est bien entendu difficile de ne pas adhérer au propos qui est, hélas, toujours actuel cinquante ans plus tard. En revanche, la forme pourra rebuter : le film est beaucoup trop long, Barry Jenkins étire ses scènes et semble se perdre dans une recherche d’esthétisme au risque d’amoindrir son sujet. L’ensemble pourra ainsi paraître un peu mièvre alors qu’il devrait être plutôt révoltant. Elle: Lui :
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Remarque :
* « Beale Street est une rue de la Nouvelle-Orléans, où mon père, où Louis Armstrong et le jazz sont nés… »
Cette citation en ouverture peut surprendre : si Beale Street est célèbre pour être le « Berceau du blues » (c’est même entériné par une loi votée par le Congrès), cette rue est située à Memphis et non à la Nouvelle-Orléans. Une simple vérification avec Google Maps permet de vérifier qu’il n’y a d’ailleurs aucune rue du nom de Beale Street à la Nouvelle-Orléans. Pourtant, la citation de James Baldwin est retranscrite sans erreur. En fait, l’écrivain l’utilise comme symbole. La suite de la citation nous l’indique clairement : « Chaque personne noire née en Amérique est née sur Beale Street, née dans le quartier arrière d’une ville américaine, que ce soit à Jackson, Mississippi, ou à Harlem, New York. Beale Street est notre héritage. Ce roman traite de l’impossibilité et de la possibilité, une nécessité absolue, de pouvoir exprimer cet héritage. »
KiKi Layne et Stephan James dans Si Beale Street pouvait parler (If Beale Street Could Talk) de Barry Jenkins.
Précédente adaptation : À la place du cœur de Robert Guédiguian (1998) avec Ariane Ascaride et Jean-Pierre Darroussin.
Les Balkans, septembre 1918. Alors que l’armistice est signé en France, l’armée d’Orient n’est pas démobilisée et reste en état de guerre. En casernes à Bucarest, les soldats sèment le désordre, pillent et tuent. Norbert a la délicate mission de faire condamner les coupables, les hommes du Capitaine Conan, son ami, à qui l’on doit la prise du mont Sokol…
Adaptation du roman homonyme de Roger Vercel, Capitaine Conan de Bertrand Tavernier est un film particulièrement ambitieux et riche. Son ampleur et le soin porté à sa réalisation le rendent remarquable au sein du cinéma français. La qualité de l’interprétation, Philippe Torreton en tête bien entendu mais aussi de tous les seconds rôles, lui donne une intensité qui ne faiblit à aucun moment. Le propos est assez subtil et complexe : il questionne principalement sur les limites que l’on donne à l’héroïsme, sur les règles qui régissent la guerre. Conan se définit comme un « guerrier » et appelle les autres des « soldats », il ne reconnait que ses propres règles et va donc s’opposer à son ami chargé de faire condamner les coupables de méfaits. Nous sommes loin de tout manichéisme et du jugement hâtif. Est-ce pour cette raison que le film n’a pas remporté une adhésion plus large auprès du public ? Capitaine Conan est pourtant l’un des plus grands films de Bertrand Tavernier. C’est un grand film tout court…
Elle: Lui :
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A Londres, en 1949, John Christie habite avec sa femme au rez-de-chaussée du 10 Rillington Place. Un jeune couple, Beryl et Tim Evans, emménage au 2e étage… Une fois de plus, Richard Fleisher se livre à une reconstitution fidèle : c’est ici l’affaire Christie/Evans qui secoua l’Angleterre de l’après-guerre, une affaire qui a contribué à l’abolition de la peine de mort dans ce pays(1). Fleisher est allé tourner sur place, peu avant la démolition du quartier, pour mieux nous faire cerner la personnalité des deux principaux personnages. Car c’est bien à la psychologie des personnages que s’intéresse Richard Fleisher. Le plus terrifiant dans cette affaire est que cet étrangleur n’agit pas de façon particulièrement intelligente, il dissimule bien mal ses crimes et pourtant il a réussi à tromper la justice, même s’il serait plus exact de dire qu’elle s’est bernée elle-même. Cette affaire soulève de nombreuses questions dont, bien entendu, celui de la peine capitale. Belles prestations d’acteurs, notamment de Richard Attenborough et de John Hurt. Elle: – Lui :
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Remarques :
>> Un site pour en savoir plus sur l’affaire : www.10-rillington-place.co.uk (en anglais).
Ce site expose bien les différentes versions, ce qui est vérifié et ce qui ne l’est pas. Il est aussi riche en photographies d’époques. On remarquera d’ailleurs avec quel soin Richard Fleisher a reconstitué certains environnements.
>> L’étrangleur de Rillington Place est basé sur le livre de Ludovic Kennedy (paru en 1961) dont certains points ne sont pas absolument certains. Par exemple, on ne sait toujours pas avec certitude absolue qui a tué la fillette même si la version développée ici semble la plus plausible.
(1) En Grande-Bretagne, la peine de mort a été suspendue en 1965 puis définitivement abolie. C’est en effet dans ces années-là que l’affaire fut re-éxaminée : Timothy Evans fut gracié à titre posthume en 1966 soit 16 ans après son exécution.