À la fin des années 90, Nevenka Fernández est élue à 25 ans conseillère municipale auprès du maire de Ponferrada, le charismatique et populaire Ismael Alvarez. Après une brève relation forcée, Nevenka rompt. C’est le début d’une descente aux enfers pour Nevenka, manipulée et harcelée pendant des mois par le maire… L’affaire Nevenka est un film espagnol coécrit et réalisé par Icíar Bollaín. Le film est inspiré de faits réels qui se situent bien avant le mouvement MeToo puisque le procès a eu lieu en 2001. La réalisatrice est très investie dans la défense du droit des femmes. Le récit décrit bien les mécanismes du harcèlement, les alternances de célébration et d’abaissement, la constante insistance et, surtout, l’isolement, l’absence de soutien et la difficulté de la parole. La mise en scène et le déroulement sont assez classiques, sans effet, ce qui rend la démonstration plus probante encore. Le film est un bel hommage au courage de cette femme. Elle: Lui :
Don José est un sergent de dragons à Séville. Il tombe éperdument amoureux de Carmen, une belle gitane… Carmen est un film muet allemand réalisé par Ernst Lubitsch. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée, ou plus exactement de l’opéra de Bizet qu’elle inspira. Quand Lubitsch se voit confier ce grand projet par la toute nouvelle UFA créée dans une Allemagne au bord de la défaite, Carmen a déjà été porté plusieurs fois à l’écran. Les versions plus notables furent les moyens métrages des jeunes Cecil B. DeMille et Raoul Walsh, tous deux sortis en 1915 avec grand succès (plus une satire des deux réalisée par Chaplin l’année suivante). Ernst Lubitsch avait surtout tourné des comédies avant ce grand drame. Pola Negri, fraichement arrivée de Hongrie pour faire carrière à Berlin, campe une Carmen plus naturelle et sauvage que ses homologues américaines. Elle apporte une spontanéité et une fraicheur à une époque qui en avait bien besoin : ce film (son deuxième avec Lubitsch) finit de la propulser au rang de star. Le jeu de Harry Liedtke est plus théâtral et rend l’ensemble daté à nos yeux modernes. L’adaptation est bien réalisée, certaines scènes de foule ou de montagnes sont même impressionnantes pour l’époque, mais il est difficile d’y déceler la patte de Lubitsch. Le film ne manque toutefois pas d’intérêt et il a été récemment restauré à partir de plusieurs négatifs pour approcher le plus possible de la version initiale. Le film sortit trois ans plus tard aux Etats-Unis sous le titre Gypsy Blood. Elle: – Lui :
Harry Liedtke et Pola Negri dans Carmen de Ernst Lubitsch.
Carmen au cinéma : 1907 : Carmen, film anglais muet d’Arthur Gilbert 1909 : Carmen, film italien muet de Gerolamo Lo Savio 1911 : Carmen, film français muet de Jean Durand, avec Gaston Modot 1912 : Carmen, film anglais muet de Theo Frenkel 1915 : Carmen, film muet de Cecil B. DeMille, avec Geraldine Farrar 1915 : Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Theda Bara 1916 : Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen), film muet de Charlie Chaplin, avec Charles Chaplin et Edna Purviance 1918 : Carmen, film allemand muet d’Ernst Lubitsch, avec Pola Negri 1926 : Carmen, film français muet de Jacques Feyder, avec Raquel Meller 1927 : The Loves of Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Dolores del Río 1945 : Carmen, film français de Christian-Jaque, avec Jean Marais et Viviane Romance 1948 : Les Amours de Carmen (The Loves of Carmen), film de Charles Vidor, avec Rita Hayworth et Glenn Ford 1954 : Carmen Jones film américain d’Otto Preminger 1963 : Carmen 63 film franco-italien de Carmine Gallone 1968 : L’Homme, l’Orgueil et la Vengeance film italien de Luigi Bazzoni 1983 : Carmen, adaptation flamenco de Carlos Saura 1983 : Prénom Carmen de Jean-Luc Godard 1984 : Carmen, film d’opéra de Francesco Rosi, avec Julia Migenes et Plácido Domingo 1984 : La Tragédie de Carmen, trois films de Peter Brook 1985 : Carmen nue d’Albert Lopez 2004 : Carmen de Khayelitsha (U-Carmen e-Khayelitsha), film sud-africain de Mark Dornford-May 2001 : Karmen Geï de Joseph Gaï Ramaka, adaptation sénégalaise en français et en wolof. 2003 : Carmen, film espagnol de Vicente Aranda, avec Paz Vega et Leonardo Sbaraglia. 2022 : Carmen, film franco-australien de Benjamin Millepied, avec Paul Mescal, Melissa Barrera et Rossy de Palma.
Inspirée par une nouvelle de science-fiction féministe écrite au Bengale en 1905, Inés part à la découverte de l’Inde à la recherche de Ladyland, le pays utopique des femmes… Sultana’s Dream est un film d’animation espagnol coécrit et réalisé par Isabel Herguera. La réalisatrice est une artiste visuelle espagnole qui a déjà réalisé de nombreux courts métrages d’animation expérimentale et Sultana’s Dream est son premier long métrage. Le propos est la présentation d’un ouvrage écrit en anglais par l’écrivaine féministe indienne et musulmane Rokeya Sakhawat Hussain au début du XXe siècle. Ce roman décrit une société dystopique où la place des hommes et celle des femmes sont inversées : les femmes cloîtrent les hommes chez eux et ils restent cantonnés aux tâches du foyer. La forme est très originale : la réalisatrice utilise à la fois des transparents à l’aquarelle et des dessins qui évoquent à la fois de vieilles enluminures par leur absence de perspective et le théâtre d’ombres par le trait et les couleurs. Le résultat est très original, un peu déroutant mais aussi, hélas, un peu abscons ou, du moins, pas très accessible. Elle: Lui :
C’est l’été dans un petit village du sud-est espagnol. Une tempête menace de faire déborder à nouveau la rivière qui le traverse. Une ancienne croyance populaire assure que certaines femmes sont prédestinées à disparaître à chaque nouvelle inondation, car elles ont « l’eau en elles ». Dans cette atmosphère électrique, les adolescents Ana et José vivent une histoire d’amour… El Agua est un film espagnol réalisé par Elena López Riera. Elle a écrit le scénario de son premier long métrage avec l’aide du journaliste et critique de cinéma français Philippe Azoury. La réalisatrice a grandi dans cette région d’Espagne. Elle développe son histoire suivant deux axes qu’elle parvient bien à faire fusionner : Les amours adolescentes de son héroïne et les croyances et légendes liées à l’eau. Si le premier est plutôt réussi grâce à la présence à l’écran de l’actrice non professionnelle Luna Pamies, le volet ésotérique est plus ennuyeux et l’ensemble finit par paraître trop long. L’insertion des images réelles en fin de film s’intègrent fort mal à l’ensemble. Les avis critiques furent partagés. Elle: – Lui :
Madrid, 1959. Six jeunes marginaux forment une bande de voyous désœuvrés vivant de menus larcins. Bientôt, une ambition plus grande les pousse à prendre de plus en plus de risques : l’un d’eux, Juan, veut devenir torero et ses amis décident de l’aider à se procurer l’argent nécessaire à son premier combat… Les Voyous est un film espagnol coécrit et réalisé par Carlos Saura. Dans son premier long métrage, le réalisateur se montre très influencé par le néoréalisme italien. Il est tourné en décors naturels avec des comédiens en grande majorité non professionnels. De nombreuses scènes de rues sont en prise de vues réelles. La réalisation est un peu maladroite mais le récit acquiert aujourd’hui le statut de témoignage sur l’état d’une jeunesse très pauvre dans l’Espagne de 1960. Réalisé sous Franco, Carlos Saura n’utilise pas encore de métaphores pour désigner le pouvoir franquiste. On peut toutefois remarquer qu’il s’écarte de l’idéologie fasciste qui accordait une grande importance à la famille et au patriarcat : les pères sont totalement absents du récit. Le film fut présenté à Cannes en 1960. Elle: – Lui :
En 1990, Julio Arenas, un acteur célèbre, disparaît pendant le tournage d’un film. Son corps n’est jamais retrouvé, la police conclut à un accident. Vingt-deux ans plus tard, en 2012, une émission de télévision consacre une soirée à cette affaire mystérieuse et sollicite le témoignage du meilleur ami de Julio et réalisateur du film, Miguel Garay. En se rendant à Madrid, Miguel va replonger dans son passé… Fermer les yeux est un film espagnol coécrit et réalisé par Víctor Erice. C’est le quatrième long métrage de ce réalisateur espagnol en l’espace de cinquante ans. C’est une histoire très originale qu’il nous propose, avec une tentative de réflexion sur plusieurs thèmes : celui de l’identité, ce qui nous définit en tant qu’être humain et le rôle de notre propre histoire dans cette définition, et d’autre part celui de la mémoire (1). Cet aspect du film est séduisant. Tout serait parfait si l’ensemble n’était pas si long (presque trois heures). Si l’on suit avec plaisir les discussions du personnage principal et ses rencontres, notre intérêt tend à s’étioler lors de scènes assez vides. Cela n’a pas gêné la critique qui s’est emballée comme un seul homme avec un enthousiasme que j’aurais aimé partager! Un film séduisant mais beaucoup trop long… Elle: – Lui :
Voir les autres films de Víctor Erice chroniqués sur ce blog…
(1) Dans sa notre d’intention, Victor Erice dit, en outre, s’être autant nourri de son vécu que de son imagination pour élaborer son film. « En ce sens, Fermer les yeux mettra en relation deux styles différents : celui du cinéma classique, avec son canon illusionniste, tant dans les atmosphères que les personnages ; et un autre, chargé de réel, celui du cinéma moderne. Ou, en d’autres termes, deux types de récit : l’un qui raconte la vie moins comme elle était que comme elle devrait être ; et l’autre, à la dérive, contemporain, sans mémoire ni avenir certains. »
Helena Miquel et Manolo Solo dans Fermer les yeux (Cerrar los ojos) de Víctor Erice.
Le film relate la vie amoureuse d’une jeune barcelonaise de 22 ans, Julia, mère de deux enfants. Il est découpé en trois parties dont chacune porte le nom d’un homme: Oscar, Marcos et Àlex… Les Tournesols sauvages est un film espagnol coécrit et réalisé par Jaime Rosales. Le réalisateur catalan cinquantenaire dresse le portrait d’une jeune femme qui cherche à s’épanouir. Elle a besoin d’avoir un homme à ses côtés pour cela et nous suivons trois de ses essais successifs. Elle n’a pas vraiment la main heureuse, mais elle avance et progresse vers son but. L’histoire n’est pas des plus originales, il faut l’avouer, mais sait éveiller notre intérêt. L’atout principal du film est son actrice Anna Castillo qui fait une belle interprétation et parvient à rendre son personnage attachant. Elle: Lui :
Remarque : • La seconde partie (Marcos) se déroule à Mellila, minuscule enclave espagnole sur la côte nord du Maroc (dont personnellement j’ignorais l’existence). Voir sur Google Maps…
Bruno Morales, Oriol Pla, Anna Castillo et Adriana Medina dans Les tournesols sauvages (Girasoles silvestres) de Jaime Rosales.
Alors qu’ils s’étaient perdus de vue, deux couples se retrouvent lors d’un concert de Chano Dominguez dans un bar de Madrid. Un couple invite l’autre à venir les voir dans leur maison à la campagne, ce qui sera fait six mois plus tard… Venez voir est un film espagnol écrit et réalisé par Jonás Trueba. Il est rare de voir un film avec si peu de consistance. Il ne dure que 64 minutes et ses dix premières minutes sont déjà occupées par d’interminables plans fixes (sans dialogue) sur les quatre personnages. La suite est dans la même veine, de longues scènes vides et parfois quelques dialogues insignifiants. Les deux couples sont à un moment charnière de leur vie mais ce n’est visiblement pas l’objet du film. Le seul contenu un tant soit peu consistant, on le doit à la lecture par un personnage de quelques pages d’un livre du philosophe allemand Peter Sloterdijk. Le cinéaste assume le vide de son film : « Je voulais revendiquer, dans les temps qui courent, qu’on peut avoir envie d’aller au cinéma pour voir un film aussi simple que celui-ci. » Une partie de la Critique semble avoir apprécié cette simplicité. Elle: Lui :
Luis est accroc aux paris sportifs. Sa femme menace de le quitter. Malgré sa promesse d’arrêter de jouer, il se rend « une dernière fois » chez son bookmaker habituel accompagné de ses enfants pour se refaire. Des braqueurs font irruption, la police est rapidement sur les lieux et les clients sont retenus en otage… Fatum est un film espagnol coécrit et réalisé par Juan Galiñanes. L’idée de départ est plutôt bonne ; le cinéaste a visiblement cherché à aller plus loin que la situation classique du hold-up avec otages en y juxtaposant une seconde situation reposant sur la notion de responsabilité et d’attachement (j’emploie des mots très globaux pour ne rien dévoiler). L’idée paraît bonne mais, en pratique, son exploitation fait retomber l’ensemble dans des schémas classiques que l’on a l’impression d’avoir vu mille fois. On peut aussi reprocher à cette histoire d’être hautement improbable. Juan Galiñanes a toutefois réussi à installer une tension qui ne faiblit pas, même si l’issue est trop prévisible. Le film n’est pas sorti en salles en France. Elle: – Lui :
Mort Rifkin, septuagénaire et ancien professeur de cinéma, accompagne son épouse Sue, attachée de presse d’un jeune réalisateur brillant mais prétentieux, au Festival du Film de Saint-Sébastien. Attirances et rapprochements vont bouleverser leur couple… Rifkin’s Festival est un film américain écrit et réalisé par Woody Allen, son 49e (ou 50e) long métrage. On reconnait dans le personnage principal, interprété par Wallace Shawn, tous les traits habituels de la personnalité de Woody Allen : anxieux, hypocondriaque, cinéphile amoureux de Bergman et de la Nouvelle Vague, avec toujours cette verve brillante. On peut, bien entendu, reprocher une impression de déjà-vu mais l’ensemble est joliment relevé et bien interprété. Cela fait d’ailleurs partie du plaisir de voir que le style Woody Allen reste constant. L’originalité vient de l’insertion de pastiches de grands films, des scènes célèbres que l’on reconnait aisément (le nom du réalisateur est d’ailleurs glissé en voix-off), sous la forme de rêves en noir et blanc du personnage principal. Toujours aussi plaisant. Elle: Lui :