19 juin 2020

Chacal (1973) de Fred Zinnemann

Titre original : « The Day of the Jackal »

Chacal (The Day of the Jackal)En 1963, après l’échec de l’attentat du Petit-Clamart, trois dirigeants de l’OAS engagent un tueur professionnel pour assassiner le président Charles de Gaulle. Totalement inconnu des services de police, son nom de code est Chacal et pour payer ses services, l’OAS commet une série de braquages qui éveille l’attention de la police française. Mais comment trouver un homme dont on ne sait rien ? …
Chacal est un film franco-britannique tiré d’un best-seller de Frederick Forsyth, journaliste anglais qui avait suivi le Général de Gaulle lors du putsch d’Alger. Précisons tout de suite que ces évènements n’ont jamais eu lieu mais la bonne connaissance du sujet rend l’ensemble très crédible. Le récit est en effet particulièrement documenté, nous suivons pas à pas l’enquête dont tous les mécanismes sont détaillés. Cette précision est au prix d’une indéniable froideur et aussi d’une certaine longueur (2h23) mais le film se révèle être vraiment très prenant (bien que nous connaissions d’avance l’issue puisque nous savons que le Général n’a pas été assassiné). Tourné en grande partie en France, sa distribution compte beaucoup d’acteurs français. La superbe musique est signée Georges Delerue.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Edward Fox, Michael Lonsdale, Terence Alexander, Michel Auclair, Delphine Seyrig
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Remarques :
* On peut remarquer dans de petits rôles Jean Sorel (Jean-Marie Bastien-Thiry), Jacques François (Pascal), Philippe Léotard (policier qui contrôle Chacal à la fin), Andréa Ferréol (femme de ménage à l’Hôtel « La Bastide de Tourtour »), Féodor Atkine (un des tireurs de l’OAS dans l’Attentat du Petit Clamart)
* Remake américain :
Le Chacal (The Jackal) de Michael Caton-Jones avec Bruce Willis, Richard Gere et Sidney Poitier, l’histoire étant transposée aux Etats-Unis.

 Chacal (The Day of the Jackal)Edward Fox et Delphine Seyrig dans Chacal (The Day of the Jackal) de Fred Zinnemann.

7 juin 2020

Le Mystère Henri Pick (2019) de Rémi Bezançon

Le Mystère Henri PickDans une bibliothèque de Bretagne abritant des manuscrits refusés, une jeune éditrice découvre un texte brillant. L’auteur, Henri Pick, un pizzaïolo (1) breton décédé deux ans plus tôt, écrivait en cachette de sa famille. Le roman devient un best-seller. Persuadé qu’il s’agit d’une imposture, un critique littéraire décide de mener l’enquête…
Adapté du roman homonyme de David Foenkinos (publié en 2016), Le Mystère Henri Pick est une plaisante comédie qui se tient dans le monde de l’édition. Le déroulement se situe en grande partie sur la presqu’île de Crozon. Le cheminement suivi dans cette enquête peut évoquer certains romans d’Agatha Christie. Les dialogues sont assez savoureux, l’ensemble est enlevé avec une belle prestation du duo Camille Cottin et Fabrice Luchini. Un peu conventionnel, mais très bien fait et bien dosé, Le Mystère Henri Pick est un excellent divertissement.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Fabrice Luchini, Camille Cottin, Alice Isaaz, Bastien Bouillon, Hanna Schygulla
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Remarques :
* Le personnage de Fred Koskas, auteur de La Baignoire, est inspiré de l’écrivain Jean-Philippe Toussaint, et de son roman La Salle de bain, où un personnage vit dans sa baignoire.
* Le superbe pont que l’on voit plusieurs fois pour symboliser les allers-retours entre Paris et Crozon est le pont de Térénez (Finistère) mis en service en 2011.

(1) Un pizzaïolo est un cuisinier qui prépare les pizzas dans une pizzeria.

Le Mystère Henri PickFabrice Luchini et Camille Cottin dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon.

29 mai 2020

Une intime conviction (2018) de Antoine Raimbault

Une intime convictionDepuis que Nora a assisté au procès de Jacques Viguier, accusé du meurtre de sa femme qui a disparu, elle est persuadée de son innocence. Craignant une erreur judiciaire, elle convainc un ténor du barreau, l’avocat Eric Dupond-Moretti, de le défendre pour son second procès en appel…
Directement inspiré de l’affaire Viguier, Une intime conviction est le premier long métrage d’Antoine Raimbault. Celui-ci avait déjà montré son intérêt pour le fonctionnement de la justice avec son court métrage Vos violences (2014) dans lequel Eric Dupond-Moretti lui-même jouait le rôle d’un avocat. Ici, c’est Olivier Gourmet qui interprète son rôle et, comme on pouvait s’y attendre, il le fait merveilleusement bien. Le film a gardé les noms réels des protagonistes de l’affaire, seul le personnage de Nora, parfaitement incarné par Marina Foïs, a été ajouté. Le récit retrace le second procès sans effets de manche et nous montre le fonctionnement de la justice en France, un éclairage bienvenu car il est notoire que, par le cinéma, nous connaissons bien mieux les rouages de la justice américaine (le fameux « objection, votre Honneur ! ») Le film de procès est en effet un genre peu couru en France mais Antoine Raimbault nous prouve ici que, intelligemment fait, un tel film peut captiver ses spectateurs.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marina Foïs, Olivier Gourmet, Laurent Lucas, Philippe Uchan, Jean Benguigui
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Remarque :
* Largement impliqué dans l’affaire, Olivier Durandet a tenté de faire interdire le film pour « atteinte à la vie privée ». Le tribunal de grande instance de Paris a débouté sa demande, estimant que les faits traités étaient notoires.

Une intime convictionMarina Foïs et Olivier Gourmet dans Une intime conviction de Antoine Raimbault.

4 mai 2020

Le Crime de l’Orient-Express (2017) de Kenneth Branagh

Titre original : « Murder on the Orient Express »

Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express)Le célèbre détective belge Hercule Poirot prend l’Orient-Express pour rentrer d’Istanbul à Londres. Mais alors que le train se retrouve bloqué par la neige dans les montagnes yougoslaves, Samuel Ratchett, un riche Américain, est assassiné dans son compartiment. Poirot se met à enquêter pour découvrir le meurtrier parmi les passagers…
Quarante-trois ans après la version de Sydney Lumet, l’un des plus célèbres romans d’Agatha Christie, Le Crime de l’Orient-Express, est de nouveau porté à l’écran. Kenneth Branagh réalise et interprète le détective belge avec brio. Il parle anglais avec un accent belge remarquable, noeud de cravate et moustache sont irréprochables (1). Il trouve en outre toujours le ton juste, évitant tout excès tout en restant très pittoresque. La reconstitution du train est assez magnifique et particulièrement soignée. Le déroulement de l’enquête est un peu moins détaillé que dans la version précédente, privilégiant le rythme qui est enlevé. La distribution est prestigieuse. Indéniablement, cette version donne une vision plus moderne de cette énigme, qui reste toujours aussi passionnante (même lorsque l’on connaît d’avance le dénouement).
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Kenneth Branagh, Penelope Cruz, Johnny Depp, Willem Dafoe, Judi Dench, Michelle Pfeiffer, Daisy Ridley, Derek Jacobi
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Remarques :
* Le Crime de l’Orient-Express a été tourné en 65 mm, format rare qui offre une haute netteté et un rendu des couleurs plus proche de la vision humaine.
* Précédente version :
Le crime de l’Orient-Express (1974) de Sidney Lumet avec Albert Finney.

(1) Agatha Christie avait déclaré être déçue de la moustache d’Albert Finney dans la version de Sydney Lumet : elle n’était pas aussi superbe qu’elle avait imaginé.

Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express)Kenneth Branagh dans Le Crime de l’Orient-Express (Murder on the Orient Express) de Kenneth Branagh.

Le Crime de l'Orient-Express (Murder on the Orient Express)Kenneth Branagh dans Le Crime de l’Orient-Express (Murder on the Orient Express) de Kenneth Branagh.

28 avril 2020

Un grand voyage vers la nuit (2018) de Bi Gan

Titre original : « Di Qiu Zui Hou De Ye Wan »

Un grand voyage vers la nuit (Di Qiu Zui Hou De Ye Wan)Luo revient dans sa ville natale et se met à la recherche d’une femme qu’il a jadis brièvement aimée. Durant sa quête, les souvenirs remontent à la surface…
Après Kaili Blues en 2015, Un grand voyage vers la nuit (la traduction littérale du titre original serait « La dernière nuit de la terre ») est le second long métrage de Bi Gan. Le réalisateur chinois va encore plus loin dans sa démarche artistique, s’éloignant encore plus du réel pour offrir une variation hypnotique et sombre sur le rêve et la représentation du passé. Le récit en lui-même reste assez obscur, des lambeaux de souvenirs et de rêves venant s’entremêler au présent. Il n’est sans doute pas nécessaire de tout appréhender, il est préférable de se laisser doucement envahir par la dimension poétique du film et la beauté de ses plans. Bi Gan travaille beaucoup ses images, cadrages et éclairages sont souvent remarquables, tout au plus peut-on reprocher que ce travail soit un peu trop visible à l’écran. De même, la lenteur de ses travelings finit par paraître artificielle. Sa recherche de la virtuosité culmine dans le plan-séquence onirique d’une heure (et en 3D) qui clôt le film(1). Un grand voyage vers la nuit a souvent été décrit comme un croisement entre le cinéma de Tarkovski et de David Lynch. On peut effectivement trouver une certaine similitude avec Stalker par exemple, mais il n’en a pas toutefois la profondeur.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Tang Wei, Huang Jue, Sylvia Chang, Lee Hong-Chi
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Remarques :
* Bi Gan précise : « J’ai été fasciné depuis longtemps par la peinture de Chagall et les romans de Modiano. Je voulais faire un film proche de leurs œuvres, proche des sentiments et des sensations qu’on y trouve. »
* Le film est articulé en deux parties : « La première partie est intitulée : Mémoire, la deuxième : Pavot, comme dans le titre du poème de Paul Celan : Pavot et mémoire. »

(1) Le plan-séquence débute après 1 heure de film environ, au moment où Luo est (seul) dans un cinéma et chausse des lunettes 3D.

Un grand voyage vers la nuit (Di Qiu Zui Hou De Ye Wan)Huang Jue dans Un grand voyage vers la nuit (Di Qiu Zui Hou De Ye Wan) de Bi Gan.

8 avril 2020

Une pluie sans fin (2017) de Dong Yue

Titre original : « Bao xue jiang zhi »

Une pluie sans fin (Bao xue jiang zhi)En 1997, dans le sud de la Chine, un crime est commis près d’une grande usine sidérurgique. Yu Guowei, zélé chef de la sécurité décoré comme employé modèle, se met en tête de trouver le tueur en série avant la police. Cette enquête devient pour lui une véritable obsession…
Une pluie sans fin est écrit et réalisé par le chinois Dong Yue qui montre un style très personnel dès son premier long métrage. Ce récit d’une enquête qui tourne à l’obsession est marquée par son environnement social. Le réalisateur explique que 1997, l’année de la restitution de Hong Kong à la Chine, marque aussi un tournant entre deux époques, une période qui a vu la fermeture des grandes usines étatiques, datant de plusieurs décennies et jugées plus assez productives. C’est une époque de dégâts humains importants, de désenchantements, de perte d’idéaux. A tout cela, vient se greffer une histoire d’amour aussi compliquée qu’inexprimée. Dong Yue renforce ces sentiments par une image monochromatique, légèrement désaturée et une pluie omniprésente et incessante. L’atmosphère créée est très forte. La mise en scène est parfaitement maitrisée. Dong Yue est un cinéaste chinois à suivre.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Duan Yihong, Jiang Yiyan, Du Yuan
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Remarque :
* La traduction du titre original est « La tempête qui arrive ». Le titre international, The Looming Storm, va dans le même sens. Le titre français, purement descriptif, est plus fade.

Une pluie sans fin (Bao xue jiang zhi)Duan Yihong dans Une pluie sans fin (Bao xue jiang zhi) de Dong Yue.

25 janvier 2020

Philomena (2013) de Stephen Frears

PhilomenaLe journaliste de la BBC Martin Sixsmith vient de perdre son emploi de conseiller du gouvernement travailliste de Tony Blair. Aigri et désabusé, il ne sait quelle orientation donner à sa carrière jusqu’à ce qu’il rencontre Philomena Lee, une femme irlandaise qui désire retrouver son fils qu’elle a été forcée d’abandonner il y a cinquante ans alors qu’elle avait été placée par sa famille dans un couvent…
Philomena est l’adaptation du roman Philomena: The True Story of a Mother and the Son She Had to Give Away (= Philomena : L’histoire vraie d’une mère et du fils qu’elle a dû abandonner) écrit par Martin Sixsmith, basé sur sa propre enquête. Il s’agit donc d’une histoire vraie qui met au grand jour les pratiques révoltantes de la société et de l’Eglise irlandaise vis-à-vis des filles-mères. Mais tout l’art de Stephen Frears est d’avoir introduit un soupçon de comédie dans ce drame en exploitant l’opposition entre ses deux personnages principaux : Philomena est une femme simple qui n’a pas beaucoup étudié mais qui a le contact facile alors que Martin, le journaliste, sort d’Oxford et se montre plutôt méprisant (ou au moins condescendant) envers ses semblables. Il est rare de voir un film mêler si subtilement le drame et la comédie. Le film n’est absolument pas un « tire-larmes ». Il est même assez léger, mais sans que soit entamée la force de la dénonciation. Le film a décuplé l’impact du livre.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Judi Dench, Steve Coogan
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Remarques :
* L’adaptation a été co-écrite par Steve Coogan, qui joue le rôle de Martin Sixsmith dans le film, un acteur qui officie habituellement dans le genre comique. Il n’est certainement pas étranger à l’introduction des éléments de comédie.
* Les noms réels des personnages principaux ont été gardés mais l’adaptation a bien entendu pris quelques libertés. Dans la réalité, l’enquête de Martin Sixsmith et Philomena s’est étalée sur plusieurs années et Philomena n’est jamais allé aux Etats Unis. Le compagnon de Michael Hess a affirmé que le livre Philomena était vrai à 30%, tandis que, dans l’esprit, le film était vrai à 100%.
* Le programme des adoptions contraintes géré par les autorités catholiques en Irlande durant les années 1950 a soulevé des débats houleux et le cas de Philomena y a joué un rôle proéminent. La plupart des documents concernant ces enfants ayant été détruits, l’accès aux archives est impossible.

PhilomenaJudi Dench et Steve Coogan dans Philomena de Stephen Frears.

21 novembre 2019

L’enquête (1965) de Gordon Douglas

Titre original : « Sylvia »

L'enquête (Sylvia)Un millionnaire engage un détective privé pour enquêter sur le passé de la femme qu’il va épouser…
Adaptation d’un roman d’E.V. Cunningham (pseudonyme de l’écrivain black-listé Howard Fast), L’enquête est un film américain peu connu. Si cette histoire était certainement inconvenante dans les années soixante, ce n’est plus le cas aujourd’hui, elle paraît même très classique dans son déroulement. Le chemin de piste suivi par le détective nous fait rencontrer des personnalités diverses et le meilleur du film est dans ces nombreux seconds rôles fort bien interprétés. On ne retrouve pas hélas ces qualités dans les deux rôles principaux, Carroll Baker est vraiment très belle mais ne donne pas de profondeur à son personnage et George Maharis est bien fade et étonnamment raide. La photographie en noir et blanc, signée par le quadruple-oscarisé Joseph Ruttenberg, est plutôt belle.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Carroll Baker, George Maharis, Joanne Dru, Viveca Lindfors, Edmond O’Brien, Ann Sothern
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L'enquête (Sylvia)Carroll Baker, Paul Gilbert (en travesti) et ? dans L’enquête (Sylvia) de Gordon Douglas.

SylviaAnn Sothern et George Maharis dans L’enquête (Sylvia) de Gordon Douglas.

Homonyme (sans relation) :
Sylvia de l’anglaise Christine Jeffs (2003) avec Gwyneth Paltrow et Daniel Craig.

7 novembre 2019

Murder! (1930) de Alfred Hitchcock

Titre français parfois utilisé : « Meurtre »

Meurtre (Murder!)L’actrice Diana Baring est retrouvée prostrée près du cadavre de sa rivale, un tisonnier à ses pieds. Tout l’accuse mais elle ne se souvient de rien…
Adapté d’une pièce, Murder! est l’un des tous premiers films parlants tournés par Alfred Hitchcock. Il le présente comme l’un des rares whodunits (1) qu’il ait tournés. L’histoire, qui se déroule dans le monde du théâtre, joue beaucoup sur les fausses apparences. Tout est lié au théâtre avec notamment des références à Hamlet. Par petites touches, dans les détails, Hitchcock parvient à y ajouter de l’humour, ce qui tire l’ensemble vers la comédie. Sur la forme, le film ne manque pas de trouvailles ou essais du jeune réalisateur. Murder! est ainsi reconnu pour être le premier film où un personnage se parle à lui-même par un monologue intérieur (la difficulté, à l’époque, résidait dans la prise directe du son. Ainsi le réalisateur raconte que dans cette même scène de la salle de bains, il avait un orchestre de trente musiciens derrière le décor pour simuler la musique à la radio. La voix du monologue intérieur avait, quant à elle, été enregistrée sur un disque). Sans être franchement remarquable, Murder! se regarde sans déplaisir.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Herbert Marshall, Norah Baring, Phyllis Konstam, Edward Chapman
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Remarques :
* Caméo : A 1h00, lorsque le trio ressort de la maison où le crime a été commis, Hitchcock passe au premier plan avec une femme à son bras. Bizarrement, dans cette même scène, un énorme micro sur pied est très visible sur la partie gauche de l’image pendant une bonne demi-minute.
* Une version allemande a été tournée simultanément :  Mary avec Alfred Abel et Olga Tschechowa.

(1) Whodunit (contraction de « Who done it ? » = Qui l’a fait ? ) désigne le style d’intrigue policière où l’identité de l’assassin n’est révélé qu’à la fin du récit (par exemple, les romans d’Agatha Christie sont des whodunits). Alfred Hitchcock dit à leur propos : « J’ai toujours évité les whodunits car généralement l’intérêt réside seulement dans la partie finale. (…) Vous attendez tranquillement la réponse à la question : qui a tué ? Aucune émotion. » (Entretiens avec François Truffaut)

Meurtre (Murder!)Herbert Marshall dans le fameuse scène du monologue intérieur de Murder! de Alfred Hitchcock.

Meurtre (Murder!)Phyllis Konstam, Herbert Marshall et Edward Chapman dans Murder! de Alfred Hitchcock.
Sur la gauche, un microphone sur pied est largement visible.

30 octobre 2019

Boomerang (1947) de Elia Kazan

Boomerang (Boomerang!)Dans une ville du Connecticut aux Etats-Unis, un prêtre, aimé de tous, est assassiné un soir en pleine rue. Les habitants sont scandalisés et réclame des résultats à la police mais l’enquête piétine. L’impatience gagne les autorités de la ville car les élections sont proches. Un suspect est enfin arrêté…
Boomerang est basé sur une histoire vraie (survenue en 1924) et le scénario suit fidèlement les évènements réels en les replaçant à l’époque actuelle. Elia Kazan est allé tourner sur place (1) et certains figurants sont des habitants de la ville. Outre l’intrigue policière, le film dénonce la corruption politique et la dépendance des procureurs aux édiles. Il met en avant l’intégrité d’un procureur qui, malgré les pressions, cherchera avant tout la justice. Kazan filme en grande partie en décors naturels avec une caméra très mobile et donne au film un fort parfum de réalisme (on attribue ce goût pour le réalisme à sa rencontre avec le producteur Louis de Rochemont). L’interprétation est excellente, y compris les seconds rôles. Boomerang est le deuxième long métrage d’Elia Kazan.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs : Dana Andrews, Jane Wyatt, Lee J. Cobb, Cara Williams, Arthur Kennedy, Sam Levene
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Boomerang (Boomerang!)Dana Andrews et Lee J. Cobb dans Boomerang (Boomerang!) de Elia Kazan.

Boomerang (Boomerang!)Arthur Kennedy et Dana Andrews dans Boomerang (Boomerang!) de Elia Kazan.

(1) Les évènements réels se sont déroulés à Bridgeport, Connecticut. Elia Kazan a tourné à quelques kilomètres de là, à Stamford, Ct.