20 avril 2020

Voyage à deux (1967) de Stanley Donen

Titre original : « Two for the Road »

Voyage à deux (Two for the Road)Après douze ans de mariage, Joanna et Mark forment un « vieux » couple. Lassés, se disputant de plus en plus, ils songent au divorce. En voyage sur la Côte d’Azur, ils se remémorent plusieurs de leurs voyages passés…
Sur un scénario de Frederic Raphael, Two for the Road nous montre le lent délitement d’un couple. Il mêle les récits de plusieurs voyages successifs que le couple a faits au même endroit depuis qu’ils se connaissent. La construction est très originale car elle ne repose pas sur des flashbacks formalisés ; nous sautons brusquement d’une période à l’autre soit du fait du lieu (ils sont passés au même endroit lors d’un voyage précédent), soit du fait d’une similitude de situation. Il arrive même que les personnages d’une période voient passer devant eux les personnages d’un autre voyage! Le principal indice pour savoir à quelle période nous sommes est le moyen de locomotion (qui va de l’auto-stop au luxueux coupé Mercedes), et accessoirement les habits que porte Joanna (qui vont du plus simple au Paco Rabanne). Il faut avouer que ce type de construction est plus amusant que pratique pour discerner l’évolution de leur relation. Il permet toutefois d’évoquer, de façon un peu pêle-mêle, un ensemble de bons souvenirs qui vient contrebalancer la forte amertume qui marque leur vie actuelle. La vision sur le mariage n’a finalement rien de bien original mais le film est plaisant  du fait de ses constantes surprises. Bonne interprétation d’Albert Finney (devenu particulièrement amer et odieux) et d’Audrey Hepburn.
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Audrey Hepburn, Albert Finney, Eleanor Bron, William Daniels, Claude Dauphin, Georges Descrières, Jacqueline Bisset
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Voyage à deux (Two for the Road)Albert Finney et Audrey Hepburn dans Voyage à deux (Two for the Road) de Stanley Donen.

18 avril 2020

La Lutte des classes (2019) de Michel Leclerc

La Lutte des classesSofia et Paul emménagent dans une petite maison de banlieue. Sofia est avocate d’origine magrébine, et Paul est batteur punk-rock d’un groupe sans ambition et anar dans l’âme. Lorsque tous les copains de leur fils partent de l’école publique pour l’institution catholique proche, ils tiennent par principe à rester fidèles à l’école républicaine…
Ecrit par Michel Leclerc et Baya Kasmi, La Lutte des classes est une comédie basée sur des questions bien réelles que certains spectateurs se sont certainement posées. L’idée de Michel Leclerc dans plusieurs de ses films est de mettre en évidence les contradictions des « gens de gauche » et de la difficulté de chacun à concilier ses idées avec la réalité. Le problème dans sa démarche est qu’il grossit le trait et ses personnages paraissent souvent bien trop caricaturaux. On peut se focaliser sur les clichés et autres lieux communs qui parsèment le film mais le propos soulève néanmoins indirectement de vraies questions, autant sociales que philosophiques. Edouard Baer campe merveilleusement un personnage qui provoque aussi bien l’hilarité que la tendresse, un personnage que son aveuglement rend désemparé. Malgré des faiblesses dans la seconde moitié du film, l’ensemble reste assez amusant.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Leïla Bekhti, Edouard Baer, Ramzy Bedia, Tom Lévy
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La Lutte des classesEdouard Baer et Leïla Bekhti dans La Lutte des classes de Michel Leclerc.

23 janvier 2020

Soleil battant (2017) de Clara Laperrousaz et Laura Laperrousaz

Soleil battantIris et Gabriel reviennent dans une maison de famille au Portugal pour passer l’été avec leurs jumelles Emma et Zoé qui ont 6 ans. En découvrant la photo d’une petite fille inconnue, puis une poupée, Emma questionne sa maman qui lui dévoile alors un lourd secret…
Les deux sœurs Clara et Laura Laperrousaz ont écrit et réalisé Soleil battant, un film lumineux sur un sujet douloureux. Une grande place est donnée à la vision des enfants, deux jumelles admirablement interprétées et vraiment adorables. Les deux réalisatrices ont cherché la spontanéité des enfants, évitant de leur faire apprendre du texte et le résultat est ainsi d’un grand naturel. La photographie est superbe, les grands espaces du Portugal sont filmés à la manière des westerns avec un beau travail sur les accords de couleurs. Il faut aussi mentionner la musique de Giani Caserotto dont la guitare langoureuse semble entrer en fusion avec ces vastes étendues. La seule ombre au tableau se situerait plutôt du côté du scénario, qui semble parfois tourner en rond et appuie un peu trop quelques effets ou symboles. Mais au final, Soleil battant apparaît comme un film assez remarquable.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Ana Girardot, Clément Roussier, Océane Le Caoussin, Margaux Le Caoussin, Agathe Bonitzer
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Soleil battantAna Girardot, Margaux et Océane Le Caoussin et Clément Roussier dans Soleil battant de Clara et Laura Laperrousaz.

Soleil battantMargaux Le Caoussin et Océane Le Caoussin dans Soleil battant de Clara et Laura Laperrousaz.

2 janvier 2020

L’Amour flou (2018) de Romane Bohringer et Philippe Rebbot

L'amour flouAprès dix ans de vie commune et deux enfants, Romane et Philippe envisagent de se séparer. Comme ils ne sont pas très surs de vouloir tout casser, ils décident de déménager dans deux appartements contigus, communiquant par la chambre de leurs enfants…
L’amour flou est la vraie histoire du couple Romane Bohringer et Philippe Rebbot. Même si elle est plus rare au cinéma qu’en littérature, l’autofiction est un genre prisé des acteurs/réalisateurs qui ont souvent ce petit travers narcissique. Ils  ont eu l’idée d’en faire un film qu’ils contrôlent entièrement, sans aucune contrainte. Ils se sont donc filmés, ont fait jouer leurs familles et certains personnages (par exemple le promoteur immobilier) jouent leur propre rôle. Si l’observation des voies alternatives n’est jamais inintéressant, le manque de rigueur dans l’écriture plombe le film. La comédie est un genre exigeant et l’humour ne fonctionne ici pas très bien, les bonnes idées sont très mal exploitées. De plus, les acteurs surjouent la plupart du temps, y compris Romane Bohringer. L’amour flou a toutefois connu un certain succès, autant auprès de la critique que du public qui semble l’avoir trouvé sympathique.
Elle: 2 étoiles
Lui : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Romane Bohringer, Philippe Rebbot
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L'amour flouPhilippe Rebbot et Romane Bohringer dans L’amour flou de Romane Bohringer et Philippe Rebbot.

7 décembre 2019

My Lady (2017) de Richard Eyre

Titre original : « The Children Act »

My Lady (The Children Act)Fiona Maye est juge aux affaires familiales à la Haute Cour de justice d’Angleterre. Accaparée par son métier, elle délaisse son mari qui lui annonce qu’il va la tromper. Dans le même temps, elle doit décider si elle autorise la réalisation d’une transfusion sanguine à un adolescent de 17 ans hospitalisé pour une grave leucémie. Les parents sont des témoins de Jéhovah farouchement opposés à cette intervention nécessaire pour qu’il ait la vie sauve…
Le romancier anglais Ian McEwan a lui-même écrit l’adaptation de son roman L’Intérêt de l’enfant publié en 2014. Le récit est mené assez délicatement par Richard Eyre sans effets ni dramatisation excessive. Emma Thompson donne au film toute son intensité, exprimant de façon harmonieuse puissance et faculté d’écoute et nous laisse percevoir toute la force d’une éthique sous-jacente. Face à elle, la passion perturbatrice et mal définie du jeune et ardent Fionn Whitehead offre un beau contraste. My Lady est un film qui n’est pas spectaculaire mais qui enchante par la qualité du récit et de l’interprétation.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Emma Thompson, Stanley Tucci, Fionn Whitehead, Jason Watkins
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Remarques :
* Le titre original The Children Act (qui est aussi le titre original du roman) fait référence à la loi de 1989 qui a révolutionné le droit de l’enfance en plaçant l’intérêt de l’enfant au-dessus de toute considération, dans le cas d’un conflit familial.
* La production a eu le droit très rarement accordé de filmer à l’entrée et dans le grand hall de la Cour royale de justice (Royal Courts of Justice), imposant édifice de l’époque victorienne, situé sur le Strand dans la cité de Westminster à Londres.

 My Lady (The Children Act)Fionn Whitehead et Emma Thompson dans My Lady (The Children Act) de Richard Eyre.

 My Lady (The Children Act)Emma Thompson et Stanley Tucci dans My Lady (The Children Act) de Richard Eyre.

26 novembre 2019

Nos batailles (2018) de Guillaume Senez

Nos bataillesOlivier est marié avec Laura. Il est chef d’équipe dans le vaste dépôt d’une entreprise de vente en ligne où il fait tout pour défendre les salariés qu’il supervise. Un jour, sa femme quitte le domicile sans rien dire, le laissant seul face à ses deux enfants…
Coécrit par Guillaume Senez et Raphaëlle Valbrune-Desplechin (sœur d’Arnaud Desplechin), Nos batailles est le deuxième long métrage de ce réalisateur franco-belge. Son personnage principal se retrouve soudainement dans une situation de rupture et doit batailler pour trouver un nouvel équilibre entre son investissement personnel dans le domaine professionnel et ses imépratifs familiaux. Le cinéaste n’a pas donné de dialogues aux acteurs qui doivent les improviser et les peaufiner au cours des différentes prises. Même si le prix à payer est d’avoir des dialogues moins travaillés, cette technique donne beaucoup de naturel et d’authenticité, et nous place plus près des personnages. Romain Duris est assez remarquable, loin de ses rôles simples de séducteur où il ne peut montrer autant de qualité. Nos batailles est un beau film qui réussit à mêler étroitement drame intime et drame social.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Romain Duris, Lucie Debay, Laure Calamy, Laetitia Dosch
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Nos batailles
Romain Duris, Lena Girard Voss et Basile Grunberger dans Nos batailles de Guillaume Senez.

Nos bataillesRomain Duris et Laetitia Dosch dans Nos batailles de Guillaume Senez.

23 août 2019

Foxtrot (2017) de Samuel Maoz

FoxtrotUne famille israélienne doit affronter une terrible nouvelle à propos de leur fils en poste sur un check-point isolé…
Foxtrot est le second long métrage du réalisateur israélien Samuel Maoz qui en a écrit le scénario. Contrairement à son film précédent Lebanon, cette histoire n’est pas autobiographique. Le réalisateur porte un regard sur son pays et surtout sur la  présence toujours forte de la Shoah dans la mémoire collective. Ainsi, certaines circonstances vont révéler des fêlures, des faiblesses profondes qui trouvent leurs origines dans ce « legs » lourd et générateur de culpabilité. La forme est originale, surtout par les cadrages et le placement de la caméra : le plus spectaculaire sont ces vues de haut, à la verticale, qui donne le sentiment que les personnages sont de petits pions sur un vaste échiquier. Dans la partie dans le désert, le cinéaste utilise des éléments oniriques ou surréalistes pour souligner l’absurdité de la situation. Finalement, il joue plus avec la forme qu’il n’étoffe son contenu, c’est sans doute le reproche que l’on peut lui faire mais son film mérite d’être remarqué.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Lior Ashkenazi, Sarah Adler, Yonaton Shiray
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Remarque :
* La ministre israélienne de la Culture, Miri Regev, a fortement critiqué le film en proclamant qu’il donnait une mauvaise image de l’armée israélienne. Comme souvent en pareil cas, ces attaques ont apporté au film une publicité inespérée et Foxtrot a connu un fort succès commercial en Israël.

FoxtrotLior Ashkenazi et Sarah Adler dans Foxtrot de Samuel Maoz.

FoxtrotLior Ashkenazi dans Foxtrot de Samuel Maoz.

11 juillet 2019

Thunder Road (2018) de Jim Cummings

Thunder RoadA l’enterrement de sa mère, le policier Jimmy Arnaud prend la parole pour lui rendre hommage mais il a beaucoup de mal à se contrôler…
Thunder Road débute par ce long monologue qui évolue d’une façon pour le moins inattendue. Cette séquence de plus de dix minutes était au départ un court-métrage du comédien-réalisateur Jim Cummings qui avait été récompensé du grand prix du festival de Sundance en 2016. Il en a prolongé l’histoire et étoffé son personnage qui doit, outre le décès de sa mère, affronter la séparation de sa femme et même plus encore. Son effondrement psychologique est dû en grande partie à une difficulté pour gérer ses émotions,  qui le met souvent en décalage avec ce qu’il devrait, et surtout voudrait, faire. Le fait qu’il soit imbibé des valeurs traditionnelles de l’Amérique sur l’héroïsme, la virilité, le respect de l’autorité permet d’y voir aussi un portrait de l’Amérique. A moins d’être capable de le regarder avec un œil détaché, Thunder Road peut mettre très mal à l’aise, voire même se révéler assez éprouvant. C’est en tous cas une performance d’acteur, dans le style « habité par son personnage », genre qui fait toujours fureur dans les festivals. Tout atypique qu’il soit, Thunder Road ne déroge toutefois pas à la règle du happy end : l’épilogue paraît bien utopique. Le film a connu un succès certain en France.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Jim Cummings, Nican Robinson, Jocelyn DeBoer, Chelsea Edmundson
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Remarques :
* Thunder Road est une chanson de Bruce Sprinsteen, publiée sur son troisième album Born to Run en 1975. C’était la chanson préférée de la défunte mère du policier. Contrairement au court métrage initial, le morceau n’a finalement pas été utilisé, il est juste cité.

* Le film a été tourné en quinze jours avec un budget très réduit, estimé proche de 200 000 dollars et en partie issu d’un crowdfunding.

Thunder RoadJim Cummings dans Thunder Road de Jim Cummings.

Homonyme :
Thunder Road d’Arthur Ripley (1958) avec Robert Mitchum (inédit en France).

2 juillet 2019

Baccalauréat (2016) de Cristian Mungiu

Titre original : « Bacalaureat »

BaccalauréatMédecin à l’hôpital d’une petite ville de Roumanie, Roméo n’a qu’une idée en tête : que sa fille Eliza aille finir ses études à l’université de Cambridge en Angleterre, afin qu’elle puisse avoir une vie meilleure à l’étranger. Il a tout réglé, tout prévu, il ne reste plus qu’une étape : que sa fille obtienne son Baccalauréat avec une moyenne élevée. Eliza étant une excellente élève, cela ne devrait pas poser de problème…
Ecrit et réalisé par le roumain Cristian Mungiu, Baccalauréat est tout d’abord une vision de son pays où les changements espérés depuis 1991 (date à laquelle la Roumanie est devenue une république parlementaire) tardent à se concrétiser : la corruption reste omniprésente et continue de fausser les rapports sociaux. Mais le film est aussi une réflexion plus générale sur les décisions que nous devons prendre dans notre vie, avec cette éternelle question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Et c’est enfin un regard sur les rapports parents/enfants car ce père a fait les choix de vie de sa fille en réaction à ses propres contradictions. Le propos de Baccalauréat dépasse donc largement le seul cadre de la situation en Roumanie. Filmé en longs plans-séquences, le récit est admirablement bien construit, les évènements se succèdent sans nous laisser de répit, avec des zones d’ombre qui semblent destinées à rester ainsi. Cristian Mungiu a reçu le Prix de la mise en scène à Cannes en 2016 pour ce film.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Adrian Titieni, Maria Dragus, Lia Bugnar, Mãlina Manovici, Vlad Ivanov
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Maria Dragus et Adrian Titieni dans Baccalauréat de Cristian Mungiu.

11 juin 2019

Le Détour (1922) de Cecil B. DeMille

Titre original : « Saturday Night »

Le DétourLes riches héritiers Iris Van Suydam et Richard Prentiss viennent d’annoncer leurs fiançailles, plus par convention sociale que par passion. Mais le sort va en décider autrement : Richard tombe amoureux d’une jeune blanchisseuse et l’épouse. De son côté, Iris se marie avec son chauffeur et, déshéritée par son oncle, part vivre chichement chez son mari. Ces deux couples vont-ils pouvoir surmonter leurs différences sociales ?
Le scénario de Saturday Night a été écrit par l’actrice Jeanie Macpherson dont on retrouve la signature sur bon nombre de films de Cecil B. DeMille. L’histoire met en scène la confrontation de deux classes sociales et développe la théorie que, « tout comme l’huile et l’eau », elles ne peuvent se mélanger. Il ne faut pas sombrer dans la facilité de voir là une théorie plutôt réactionnaire, chacun devant rester dans sa classe sociale, car ce serait oublier que bon nombre des films muets de Cecil B. DeMille (ce sont les moins connus, il est vrai) sont naturalistes avant l’heure. Il décrit avec une relative précision la vie des classes populaires et le film a aujourd’hui une indéniable valeur sociologique, à commencer par le titre (1). De plus, à cette époque, le réalisateur accédait, du fait de sa popularité grandissante, à un autre milieu que le sien et il n’est pas impossible qu’il ressentait lui aussi des difficultés à s’insérer parmi les milieux aisés d’Hollywood. Comme le souligne Luc Moulet dans son étude sur le réalisateur (2), DeMille est l’un des premiers cinéastes à traiter des rapports entre maîtres et serviteurs, thème qui deviendra le sujet favori des plus grands (Murnau, Renoir, Stroheim, Buñuel, Losey, Chabrol, Altman … la liste est longue). Saturday Night est assez admirable par la puissance de son récit, du fait d’une mise en scène précise. Il utilise sans excès des décors parfois spectaculaires (la salle de bains de la riche famille vaut le coup d’œil) et des scènes d’une belle ampleur (l’accident, la soirée Halloween, …) Il est vraiment dommage que ce film soit si mal connu car il nous confirme que Cecil B. DeMille est bien plus qu’un simple faiseur de films historiques.
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Leatrice Joy, Conrad Nagel, Edith Roberts, Jack Mower, Julia Faye
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Voir les livres sur Cecil B. DeMille…

Remarques :
* Lors d’un dîner avec la presse au Club 21 de New York en février 1939, Alfred Hitchcock a fait une liste de ses dix films préférés. Saturday Night y figurait en première position (un autre Cecil B. DeMille était en 4e position : Forbidden Fruit de 1921) (3).
* Edith Roberts évoque Mary Pickford à la fois par son jeu et aussi sa taille : elle est même plus petite que Mary Pickford  (1m52 vs. 1m54).

Saturday NightJack Mower, Edith Roberts et Conrad Nagel dans Saturday Night de Cecil B. DeMille.

Saturday NightJack Mower, Cecil B. DeMille et Leatrice Joy sur le tournage de Saturday Night de Cecil B. DeMille.

 

(1) Dans les milieux populaires, on ne prenait un bain qu’une fois par semaine, le samedi juste avant de sortir pour la soirée alors que dans les milieux plus aisés, on prenait un bain tous les jours.
(2) Cecil B. DeMille, l’empereur du mauve de Luc Moullet (Editions Capricci, 2012)
(3) Liste des 10 films préférés d’Alfred Hitchcock, établie en 1939 :
1. Saturday Night (Le Détour) de Cecil B. DeMille, 1923
2. The Isle of Lost Ships (L’Ile des navires perdus) de Maurice Tourneur, 1923
3. Scaramouche de Rex Ingram, 1923
4. Forbidden Fruit (Le Fruit défendu) de Cecil B. DeMille, 1921
5. Sentimental Tommy de John S. Robertson, 1921
6. The Enchanted Cottage de John S. Robertson, 1924
7. Variétés de E.A. Dupont, 1925
8. The Last Command (Crépuscule de gloire) de Josef von Sternberg, 1928
9. The Gold Rush (La Ruée vers l’or) de Charles Chaplin, 1925
10. I Am a Fugitive from a Chain Gang (Je suis un évadé) de Mervyn LeRoy, 1932
… soit 9 films muets et 1 parlant.

Saturday NightAffiche pour Saturday Night de Cecil B. DeMille.
L’affiche illustre bien les oppositions de classe (regards, vêtements, arrière-plans) et le dessinateur a même ajouté des menottes pour exacerber la confrontation (ou pour symboliser le mariage ?)