Mack est le père très protecteur d’une famille de canards colvert, vivant sur une petite mare de la Nouvelle-Angleterre. Mais sa femme Pam voudrait changer ses habitudes et faire découvrir le monde à leurs deux enfants Dax et Gwen. Quand un soir, la mare accueille une famille de canards migrateurs en route vers la Jamaïque, Pam saute sur l’occasion et persuade son mari de partir… Migration est un film d’animation américain réalisé par les français Benjamin Renner (réalisateur d’Ernest et Célestine) et Guylo Homsy. Il a été créé par le studio d’animation « Illumination Paris » (Les Minions, Moi moche et méchant, etc.) Bien que ciblée pour un très jeune public, l’histoire est très amusante, les situations sont variées et il y a de bonnes trouvailles. L’humour se niche souvent dans les détails. Le dessin est assez beau. Une réussite. Elle: – Lui :
Jason Dessen est un physicien, professeur et père de famille. Une nuit, alors qu’il rentre à pied dans les rues de Chicago, il est enlevé, drogué et se réveille dans un laboratoire mystérieux, acclamé par tous les employés. Dès lors, il n’y qu’une idée en tête, retrouver sa famille et sa vie, mais ne sait pas encore que le chemin sera très long… Dark Matter est une série télévisée américaine de science-fiction en 9 épisodes, créée par Blake Crouch. Peu attiré par les séries, j’ai choisi de regarder celle-ci car j’avais beaucoup aimé le roman de Blake Crouch, paru en 2016, qui exploite assez joliment le fameux paradoxe de la superposition des états quantiques ; il l’exploite en tous cas différemment du Multivers Marvel et d’une façon qui semble plus « réaliste » (si tant est que l’on peut utiliser ce mot dans ce cas). Puisque le créateur de la série est l’auteur lui-même, il n’est pas étonnant que le roman ne soit pas dénaturé lors de son passage à l’écran. On peut juste noter un inévitable étirement mais il ne se produit jamais par dramatisation artificielle. Il faut reconnaître que la structure du roman se prête bien à une adaptation en épisodes ; il me semble que certains évènements ont été ajoutés. La fin est un peu simplifiée. Je ne suis pas certain qu’une adaptation plus compacte en film n’aurait pas été préférable mais cela se regarde avec intérêt. Elle: – Lui :
Remarques : * Blake Crouch a écrit le scénario mais n’a pas réalisé, 5 réalisateurs se sont succédés. * Sur le plan de la physique quantique, il est amusant de voir l’expérience du « chat de Schrödinger » mentionnée à deux ou trois reprises pour valider la théorie de superposition des états quantiques alors que Schrödinger a conçu cette « expérience » (qui est purement théorique, rappelons-le) pour la mettre à mal.
Joel Edgerton dans Dark Matter de Blake CrouchDark Matter de Blake Crouch.
Samet est un jeune enseignant dans un village reculé d’Anatolie. Alors qu’il attend depuis plusieurs années sa mutation à Istanbul, une série d’événements lui fait perdre tout espoir. Jusqu’au jour où il rencontre Nuray, jeune professeure comme lui… Les Herbes sèches est un film turc réalisé par Nuri Bilge Ceylan, son neuvième long métrage. Une nouvelle fois, il en a écrit le scénario avec son épouse Ebru et Akın Aksu. D’une durée de plus de trois heures, son film aborde plusieurs thèmes en profondeur par de longues discussions qui ne sont jamais lassantes, et à travers la vie morne d’un jeune professeur désillusionné : ses propres convictions sont ébranlées quand il rencontre une jeune collègue qui a gardé une forte pulsion d’engagement, alimentée d’espérances utopiques. Le lieu et le climat tiennent une grande place dans le récit, ils enferment et réduisent les volontés. La photographie est belle en extérieurs, parfois même très belle, plus sombre en intérieurs. La mise en scène est assez dépouillée. Le film séduit par sa portée philosophique (surtout dans sa seconde moitié) même s’il peut paraître globalement un peu long. Elle: Lui :
Deniz Celiloglu et Musab Ekici dans Les herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne) de Nuri Bilge Ceylan.Merve Dizdar, Deniz Celiloglu et Musab Ekici dans Les herbes sèches (Kuru Otlar Üstüne) de Nuri Bilge Ceylan.
Sharper est un film américain réalisé par Benjamin Caron, son premier long métrage. Il s’agit d’un thriller où des escrocs déploient de belles manipulations pour dépouiller un milliardaire de Manhattan. Il n’y a rien de vraiment nouveau mais la construction est plaisante : le réalisateur a découpé son récit en parties portant le nom de chacun des personnages. Il raconte alors un aspect différent de l’histoire ce qui permet une bonne progression dans notre compréhension de l’ensemble. Notre intérêt est ainsi bien maintenu du début à la fin. Côté acteurs, c’est bien entendu Julianne Moore qui sort du lot. Divertissant. Elle: – Lui :
1947. Sur une plage de Bretagne, Madeleine, serveuse dans un hôtel-restaurant et mère célibataire d’un petit garçon, fait la connaissance de François, étudiant riche et cultivé. Entre eux, c’est comme une évidence. Si l’on sait ce qu’elle veut laisser derrière elle en suivant ce jeune homme, on découvre avec le temps ce que François tente de fuir en mêlant le destin de Madeleine au sien… Le Temps d’aimer est un film français réalisé par Katell Quillévéré. Il en a coécrit le scénario en s’inspirant de l’histoire de sa grand-mère. Le récit s’étale sur vingt années et explore le thème de la culpabilité. Si l’atmosphère recréée est bien celle des années cinquante, la réalisatrice indique que « le film a été pensé comme un dialogue entre le passé et le présent ». Le scénario est bien écrit, malgré l’impression d’un certain étirement dans la seconde moitié. La sexualité est exposée de façon très crue, notamment dans deux scènes qui paraissent inutilement longues et qui engendrent même une certaine gêne. Anaïs Demoustier et Vincent Lacoste font tous deux une interprétation remarquable. Elle: Lui :
Marie-Line, 20 ans, est une serveuse énergique et bruyante. Sa rencontre avec un juge bougon et déprimé qui l’engage comme chauffeur, va bouleverser leur vie à tous les deux… Marie-Line et son juge est un film français co-écrit et réalisé par Jean-Pierre Améris. Le choc de cultures n’est pas un sujet nouveau au cinéma mais il peut donner d’excellentes comédies lorsqu’il est bien traité. Ici, les deux personnages ont non seulement un bagage intellectuel différent mais aussi, et surtout, des tempéraments opposés. La jeune femme a « une pulsion de vie très forte » (ce sont les mots du réalisateur) alors que le juge est plutôt réservé et fatigué de la vie. Le personnage de Marie-Line est très réussi : plutôt antipathique dans les premières minutes, elle nous conquiert rapidement par sa joie de vivre et son humanisme. On comprend de mieux en mieux les difficultés qu’elle a rencontrées. Il est merveilleusement interprété par la chanteuse et comédienne Louane pour laquelle le réalisateur dit avoir choisi un look « prolétariat à l’anglaise » assez voyant. L’ensemble est bien équilibré (seul le personnage secondaire de la sœur est outrancier), sonne très vrai et se montre assez positif. Le film a été tourné au Havre, ville qui tient une place non négligeable dans cette histoire. Difficile de comprendre pourquoi les critiques ont fait la fine bouche devant cette comédie sociale très réussie. Elle: Lui :
En 1953, à Londres, M. Williams est un fonctionnaire, chef de service à la mairie de cette ville en pleine reconstruction. Cet homme routinier va voir son existence bouleversée quand il découvre qu’il est atteint d’une maladie grave. Il se penche alors sur sa vie qu’il juge morne et sans intérêt et décide de finir plus pleinement, loin de son quotidien banal… Vivre est un film britannique réalisé par le sud-africain Oliver Hermanus. Il s’agit d’un remake du film japonais du même nom (titre original : Ikiru) d’Akira Kurosawa sorti en 1952, lui-même librement inspiré de la nouvelle La Mort d’Ivan Ilitch de Léon Tolstoï. C’est l’écrivain Kazuo Ishiguro qui a eu l’idée du projet et il en a écrit l’adaptation. Celle-ci est vraiment très proche du film de Kurosawa, extrêmement proche pourrait-on dire (1), mais cela ne l’empêche pas de révéler de grandes qualités. L’approche est très délicate et la profondeur du récit séduit : cette réflexion très Tolstoïenne sur le sens de la vie est fort bien écrite. L’image est belle et les cadrages sont soignés. Bill Nighy adopte une grande retenue dans son jeu qui sied bien au personnage. Un remake qui semble (pour une fois) très utile. Elle: – Lui :
(1) Le synopsis du film de Kurosawa est extrêmement détaillé et complet sur sa fiche Wikipédia : Ikiru (ne lire qu’après avoir vu le remake, pas avant…)
Bill Nighy et Aimee Lou Wood dans Vivre (Living) de Oliver Hermanus.
Au nord-est de l’Angleterre, dans une petite localité marquée la fermeture de la mine de charbon, T.J. Ballantyne est le propriétaire de l’unique pub. Il sert quotidiennement les mêmes habitués désœuvrés pour qui l’endroit est devenu le dernier lieu où se retrouver. L’arrivée de réfugiés syriens va diviser la population… The Old Oak est un film britannique réalisé par Ken Loach. Le scénario a été écrit par son scénariste habituel, Paul Laverty. Le cinéaste situe une fois de plus son récit dans le nord-est de l’Angleterre, une région économiquement sinistrée. Son film est sans surprise, dans la droite ligne de ses précédents. Il n’est pas sans défaut, citons un certain idéalisme manichéen et simplificateur, des tirades militantes et un dénouement gentillet presque fantasmagorique, mais Ken Loach emporte (comme toujours) l’adhésion par l’humanisme de ses personnages, sa foi en la nature humaine, son combat contre la tristesse et l’impuissance. A 87 ans, il signe ce qui devrait être son dernier long métrage de fiction (même si ce n’est pas la première fois qu’il annonce prendre sa retraite). Elle: Lui :
Selma, 15 ans, grandit entre ses deux parents séparés, Michal et Élise. Des nuages de pluies acides et dévastatrices s’abattent sur la France. Dans un monde qui va bientôt sombrer, cette famille fracturée va devoir s’unir pour affronter cette catastrophe climatique et tenter d’y échapper… Acide est un film français coécrit et réalisé par Just Philippot. Il avait déjà réalisé un court métrage du même nom en 2018. Le réalisateur n’a pas cherché à être crédible ou réaliste, il se veut « naturellement irrationnel » et refuse les « explications rationnelles ». Donc, puisque tout est permis, c’est de l’acide quasiment pur qui tombe du ciel. La pluie est capable de trouer les toitures (mais les voitures peuvent rouler… les fabricants de pneus vont être contents de voir leurs produits résister). Mais le plus gros défaut du film est plutôt du côté de la minceur du scénario qui tente de mêler maladroitement crise sociale et crise climatique. Aucun des personnages principaux n’est sympathique, tous trois survoltés, agressifs et insupportables. La relation compliquée père/fille n’engendre aucune émotion ni intérêt. J’avoue avoir regardé en accéléré une bonne partie de la seconde moitié du film. Même les critiques les plus indulgents semblent s’accorder à dire qu’Acide est beaucoup moins réussi que le premier long métrage de Just Philippot, La Nuée (2020) (que je n’ai pas vu). Elle: – Lui :
Dans une quête effrénée pour sauver Constance Bonacieux, enlevée sous ses yeux, D’Artagnan est contraint de s’allier à la mystérieuse Milady de Winter. La guerre contre les anglais étant déclarée, Athos, Porthos et Aramis ont rejoint le front à La Rochelle. Par ailleurs, un terrible secret du passé va briser toutes les anciennes alliances… Les Trois Mousquetaires : Milady est un film français réalisé par Martin Bourboulon. Il fait suite au premier volet Les Trois Mousquetaires : D’Artagnan sorti l’année précédente, librement adapté du roman d’Alexandre Dumas père. Les deux parties ont été tournées dans la foulée, avec la même équipe et les mêmes acteurs. Même s’il est toujours aussi noir, ce second volet m’est apparu plus convaincant que le premier, mieux équilibré entre les scènes d’actions et la psychologie des personnages. En outre, les rôles les plus faibles du premier volet (comme Constance Bonacieux) sont moins présents. Milady bénéficie d’une mise en avant par rapport au roman et les scénaristes lui ont donné une profondeur et une humanité qui engendre l’empathie. L’histoire est hélas un peu plus confuse sur le plan politique. La qualité de la réalisation et de l’interprétation contribue à nous captiver. Le film semble connaitre le succès, non seulement en France mais aussi à l’international. Elle: – Lui :
Remarque : • Le personnage du mousquetaire noir, Hannibal, surprend quelque peu. Il n’est bien entendu pas dans le roman d’Alexandre Dumas, il est librement inspiré de la lecture du roman de Frédéric Couderc Prince ébène, publié en 2003, qui a révélé l’existence d’Aniaba, jeune prince venu d’Afrique, devenu le « filleul » de Louis XIV lors de son baptême célébré par Bossuet. Premier mousquetaire noir de l’Histoire en Europe (et premier officier noir de l’armée française), Aniaba a guerroyé en Flandres avant que sa trace se perde en Afrique. Certes, les périodes ne collent pas (siège de La Rochelle en 1627-1628, arrivée d’Aniaba en France en 1688)… mais l’esprit est là.
• Le producteur Dimitri Rassam (fils de Jean-Pierre Rassam) a annoncé qu’un troisième film est prévu, il devrait sortir d’ici à 2027 et adapter le roman Vingt Ans après.
Eric Ruf et Eva Green dans Les Trois Mousquetaires: Milady de Martin Bourboulon.