En 1999, Wilbur Tennant, un éleveur de Parkersburg en Virginie-Occidentale, prend contact avec un avocat d’un influent cabinet de Cincinnati : depuis qu’un site appartenant à l’entreprise de produits chimiques DuPont s’est installé à côté de sa ferme, son troupeau de vaches a été décimé et les animaux encore en vie présentent de lourdes séquelles… Dark Waters est un film américain réalisé par Todd Haynes. Il relate le long combat de l’avocat Robert Bilott pour faire reconnaitre les effets catastrophiques d’une substance de synthèse, le APFO, alias C8, utilisé pour la fabrication du téflon. C’est l’acteur Mark Ruffalo, également producteur, qui est à la base du projet. Todd Haynes parvient à rendre passionnant son récit et maintient tension et suspense durant les deux heures de film. La photographie reste en permanence assez sombre, presque glauque, accroissant l’impression d’une nature rendue malsaine. Un film édifiant. Elle: Lui :
Dans un village au pied des Alpes, Vicky, petite fille étrange et solitaire, a un don : elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif. Un jour Julia, la sœur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence… Les Cinq Diables est un film français coécrit et réalisé par Léa Mysius. C’est le second long métrage de cette réalisatrice de 33 ans qui a été scénariste de Desplechin, Jacques Audiard, Téchiné et Claire Denis. Il s’agit d’un conte fantastique dont je dois avouer avoir eu bien du mal à percevoir la finalité. L’histoire part dans plusieurs directions, se montre souvent proche de la sorcellerie avant de dévier vers les amours contrariés. Elle aborde aussi le racisme, le lesbianisme, le harcèlement scolaire. Cela fait un peu beaucoup. Et tout se mélange dans une grande confusion tandis que notre intérêt s’étiole. Une partie de la critique a apprécié. Elle: – Lui :
Rie découvre que son mari disparu n’est pas celui qu’il prétendait être. Elle engage un avocat pour connaître la véritable identité de celui qu’elle aimait… A Man (traduction littérale du titre original = « Un certain homme ») est un film japonais réalisé par Kei Ishikawa, son premier long métrage. Il s’agit de l’adaptation du roman homonyme de Keiichirō Hirano. Le récit traite du phénomène des « évaporés » au Japon, communément dénommés « jōhatsu ». Chaque année, on estime que cent mille personnes disparaissent volontairement au pays du Soleil-Levant, abandonnant leur famille et leurs proches derrière elles (la démarche est facilitée par l’existence d’entreprises tout à fait légales qui aident leurs clients à disparaître en leur proposant une assistance logistique, ou juste grâce à des guides vendus en librairie qui expliquent comment devenir jōhatsu). Le film prend donc la forme d’un film d’enquête, le cinéaste cite le magnifique Entre le ciel et l’enfer d’Akira Kurosawa (1963) ou Le Détroit de la faim de Tomu Uchida (1965) comme modèle. Il tient également à montrer certaines réalités sociales souvent tues, comme les mères célibataires qui se remarient et le racisme anti-coréens. La réalisation est parfaite et déroulement du scénario est bien maitrisé. Une réussite. Elle: – Lui :
Passionné de voile, Jean-Paul traverse une passe difficile. Criblé de dettes, sombrant dans l’alcoolisme et s’éloignant des siens, il décide de reprendre sa vie en main. Il s’inscrit à Virtual Regatta, la course virtuelle du Vendée Globe mais se met dans les conditions d’un vrai skipper en s’isolant pendant 3 mois sur son bateau dans son jardin… La Vallée des fous est un film français co-écrit et réalisé par Xavier Beauvois. L’idée de base a le mérite d’être originale mais il est difficile d’y croire. Le scénario manque singulièrement de substance. La mise en place paraît interminable et la suite de l’histoire est très prévisible. Jean-Paul Rouve fait une assez bonne prestation mais ne parvient pas à donner de dimension supplémentaire à son personnage. L’accueil critique fut mitigé. Elle: Lui :
Titre original : « The Prince and the Pauper » Titre USA : « Crossed Swords »
XVIe siècle. Pour un bal costumé, le jeune Prince de Galles, héritier d’Angleterre, a échangé ses vêtements avec un jeune garçon pauvre qui lui ressemble trait pour trait. Pris pour un voleur, il est aussitôt jeté dehors. Le garçon pauvre se retrouve forcé de prendre sa place alors que le roi Henri VIII est sur le point de mourir… Le Prince et le pauvre est un film britannique réalisé par Richard Fleischer. Il s’agit d’une libre adaptation du roman de Mark Twain déjà adapté plusieurs fois au cinéma, notamment par William Keighley en 1937 avec Errol Flynn. Le succès des Trois Mousquetaires (1973) de Richard Lester avait ravivé l’intérêt pour les films de capes et d’épées. Le scénario de cette histoire d’échange d’identité est riche en péripéties avec des seconds rôles pittoresques. Un peu fade, Mark Lester (aucune relation avec les deux réalisateurs du même patronyme) joue les deux rôles (alors que de vrais jumeaux avaient utilisés dans la version de 1937). L’ensemble est bien plaisant et divertissant même si la distribution tourne quelque peu au défilé d’acteurs. Elle: – Lui :
Raquel Welch, Mark Lester et Oliver Reed dans Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper) de Richard Fleischer.
Les adaptations de Le Prince et le Pauvre au cinéma : 1909 : The Prince and the Pauper, film américain court de J. Searle Dawley 1920 : Prinz und Bettelknabe, film autrichien réalisé par Alexander Korda 1937 : Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper), film américain de William Keighley, avec Errol Flynn 1972 : Le Prince et le pauvre (URSS) réalisé par Vadim Dmitrievitch Gaouzner 1977 : Le Prince et le pauvre (Crossed Swords), film américain de Richard Fleischer 1990 : Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper), film d’animation de George Scribner (Disney) 2012 : I Am the King (Naneun Wangirosoida), film sud-coréen de Jang Gyu-seong, avec Ju Ji-hoon 2012 : Masquerade (Gwanghae, Wangyidoen namja), film sud-coréen de Choo Chang-min, avec Lee Byung-hun
En ce 31 juillet, jour des grands départs sur les routes, Juliette Delors (Carole Laure) prend la voiture pour rejoindre son ami dont elle est sans nouvelles. De son côté, Albert retire son véhicule non révisé du garage, pressé d’arriver à sa location en bord de mer avec sa famille et des copains… Asphalte est un film français écrit par Jean-Pierre Petrolacci et réalisé par Denis Amar. C’est un premier long métrage. Il s’agit d’un film choral (même si le mot n’était pas encore employé à l’époque) qui nous montre à l’envi les conséquences des accidents de la route : des vies détruites ou brisées, une surcharge de travail pour les chirurgiens et pour les casses automobiles. Nous suivons en parallèle plusieurs histoires qui ne se rejoignent pas, celle mettant en scène Carole Laure étant la plus longuement décrite et la plus intrigante. Hélas, il y a des passages bien faibles, le réalisateur faisant notamment quelques incursions peu réussies dans le bizarre. Les scènes d’accident, réglées par Rémy Julienne, sont courtes mais spectaculaires. Une curiosité (plutôt rare d’ailleurs). Elle: – Lui :
Carole Laure et Jean Yanne dans Asphalte de Denis Amar.
Homonymes : Asphalte (Asphalt), film allemand de Joe May sorti en 1929 Asphalte, film français d’Hervé Bromberger, sorti en 1959 Asphalte, court métrage de Pierre Meunier, sorti en 2005 Asphalte, film français de Samuel Benchetrit, sorti en 2015.
La démarche claudicante, Joe Parkson (Robert Ryan) traverse tout le pays en bus pour arriver dans la paisible ville où vit le respectable Franck Enley (Van Heflin) avec sa femme (Janet Leigh) et son fils. Pistolet en poche, il le poursuit avec ardeur et une détermination qui semble à toute épreuve. A sa vue, Enley se terre dans sa maison puis cherche à le fuir… Acte de violence est un film américain réalisé par Fred Zinnemann. Le titre peut laisser penser qu’il s’agit d’un film noir de série B mais il n’en est rien. Il s’agit d’un suspense psychologique avec une interprétation de haut niveau. Certes, il peut être assimilé à la famille des films noirs, ne serait-ce que par ses ambiances nocturnes remarquablement photographiées par Robert Surtees et la traque qui génère une tension qui monte et ne faiblit jamais. Mais c’est aussi plus que cela car Zinnemann dresse sans en avoir l’air le portrait de l’Amérique de l’Après-guerre et renvoie dos à dos culpabilité et désir de vengeance. Ses deux personnages s’entrainent mutuellement dans une spirale de violence. Le réalisateur, qui n’avait pas encore signé ses grands films, montre là des qualités étonnantes en propulsant cette série B en classe A. Elle: – Lui :
Comme chaque dimanche de cette année 1912, un peintre septuagénaire veuf accueille son fils Gonzague, rangé et un peu terne, avec sa femme et ses enfants dans sa grande maison à la campagne. Ce jour-là, Irène, la sœur de Gonzague, arrive à l’improviste. Jeune femme moderne et pleine de vie, elle vient bousculer le paisible rituel, remettant même en question les choix artistiques de son père… Un dimanche à la campagne est un film français réalisé par Bertrand Tavernier. Il a écrit cette adaptation du roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir, avec sa femme, Colo Tavernier. C’est le récit d’une journée ordinaire, avec ses discussions banales et ses distractions futiles, où il ne se passe finalement rien mais ce récit laisse transparaître une vision, une philosophie pourrait-on dire, sur la vie, notamment pour le vieux peintre qui se sent au crépuscule de sa vie. Ses deux enfants ont donné des directions très différentes à leur vie, presque opposées. Il ressent finalement sa solitude, son besoin de s’effacer. Un peu aigri, il aurait aimé vivre comme sa fille. Visuellement, le film est très beau avec une photographie très picturale. Bertrand Tavernier voulait retrouver certaines des qualités de netteté et de couleurs des autochromes des frères Lumière, manière pour lui de ne pas copier les peintres impressionnistes (1). Et il y a ces superbes travellings qui magnifient les scènes. Les mouvements de caméra paraissent toujours fluides. Un très beau film. Elle: Lui :
Remarque : * La voix-off du narrateur est celle de Bertrand Tavernier. * C’est hélas sur ce film que s’achèvent les Mémoires interrompus de Bertrand Tavernier (Institut Lumière / Actes Sud 2024). * Le photographe de plateau pour ce film fut Robert Doisneau.
(1) Bertrand Tavernier et son directeur de la photographie, Bruno de Keyser, se mirent en tête de supprimer le bain de blanchiment de la pellicule (qui a pour effet de supprimer l’argent de la pellicule) : les couleurs sont ainsi magnifiées et l’image garde une grande profondeur de champ, tout à l’opposé du flou des peintres impressionnistes. Cela n’empêchera pas *tous* les critiques de parler de l’influence des impressionnistes sur la photographie du film… « À croire qu’ils n’ont jamais regardé une toile de Renoir, Degas ou de Monet » s’agace le réalisateur dans ses mémoires.
Louis Ducreux et Sabine Azéma dans Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier.
Juin 1944, la France est toujours sous l’Occupation allemande. L’écrivain Robert Antelme, membre de la Résistance, est arrêté. Sa jeune épouse Marguerite Duras (Mélanie Thierry), écrivaine et résistante, est tiraillée par l’angoisse de ne pas avoir de ses nouvelles et sa liaison secrète avec son camarade Dionys (Benjamin Biolay). Elle rencontre un agent français (Benoît Magimel) travaillant à la Gestapo… La Douleur est un film français réalisé par Emmanuel Finkiel. Il s’agit de l’adaptation du récit autobiographique homonyme écrit par Marguerite Duras en 1985 d’après ses cahiers rédigés pendant la guerre. Le film en reprend les deux premiers chapitres, le premier relatant l’attente du retour de son mari déporté et le second relatant sa relation ambiguë avec un agent français de la Gestapo afin d’obtenir des informations sur son mari. Emmanuel Finkiel réussit une belle adaptation car il parvient à restituer la force du texte, à conserver sa nature littéraire et à utiliser judicieusement des effets de flous et de profondeur de champ pour exprimer des sentiments. L’interprétation de Mélanie Thierry est puissante, l’actrice est de toutes les scènes et sonne toujours très juste. Un très beau film qui a été justement bien apprécié par la critique. Elle: Lui :
Mélanie Thierry dans La Douleur de Emmanuel Finkiel.Benoît Magimel et Mélanie Thierry dans La Douleur de Emmanuel Finkiel.Benjamin Biolay et Mélanie Thierry dans La Douleur de Emmanuel Finkiel.