31 juillet 2016

Sommaire de juillet 2016

Le ChatLe Capitaine FracasseAimer, boire et chanterApollo 13Toute la mémoire du mondeSusie et les Baker BoysRouges et blancsLes Sans-espoir

Le Chat

(1971) de Pierre Granier-Deferre

Le Capitaine Fracasse

(1943) de Abel Gance

Aimer, boire et chanter

(2014) de Alain Resnais

Apollo 13

(1995) de Ron Howard

Toute la mémoire du monde

(1956) de Alain Resnais

Susie et les Baker Boys

(1989) de Steve Kloves

Rouges et blancs

(1967) de Miklós Jancsó

Les Sans-espoir

(1966) de Miklós Jancsó

Buffet froidLa Femme aux maléficesMata Hari, agent H21Under 18The Doorway to HellL'Extravagant Mr DeedsThe ImmigrantGuêpier pour trois abeilles

Buffet froid

(1979) de Bertrand Blier

La Femme aux maléfices

(1950) de Nicholas Ray

Mata Hari, agent H21

(1964) de Jean-Louis Richard

Under 18

(1931) de Archie Mayo

The Doorway to Hell

(1930) de Archie Mayo

L’Extravagant Mr Deeds

(1936) de Frank Capra

The Immigrant

(2013) de James Gray

Guêpier pour trois abeilles

(1967) de Joseph L. Mankiewicz

Cría cuervosLes Douze SalopardsLa Planète des singes: L'affrontement

Cría cuervos

(1976) de Carlos Saura

Les Douze Salopards

(1967) de Robert Aldrich

La Planète des singes: L’affrontement

(2014) de Matt Reeves

Nombre de billets : 19

30 juillet 2016

Le Chat (1971) de Pierre Granier-Deferre

Le ChatA Courbevoie, dans un quartier en pleine transformation, un couple de retraités vit ensemble dans une atmosphère pesante, une cohabitation désormais plus forcée que souhaitée. L’homme a recueilli un chat perdu… Adaptation fidèle d’un roman de Simenon, Le Chat est un film dur, cruel, effroyablement déprimant. Il est d’usage de le présenter comme étant l’histoire d’un couple qui ne se supporte plus mais il est plus exact de dire que c’est un couple de deux personnes qui ne supportent plus elles-mêmes. Chacun ne peut accepter de voir ce qu’il est devenu, l’homme notamment qui ne peut accepter de ne plus avoir « le cœur qui bat » (pour quelque chose ou quelqu’un) et a tout reporté sur un chat. Granier-Deferre fait un parallèle un peu facile et très appuyé entre les bâtiments que l’on démolit méthodiquement tout autour de la maison (pour laisser la place au futur quartier de la Défense) et ce couple qui se délite. Tout le film repose sur l’affrontement de ces deux monstres sacrés du cinéma français que sont Simone Signoret et Jean Gabin. Le face à face se révèle effectivement puissant : chacun parvient à exprimer beaucoup sans prononcer de paroles et donne une prestation hors du commun. La construction est rendue un peu confuse par différents niveaux de flashback.
Elle: 3 étoiles
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jean Gabin, Simone Signoret, Annie Cordy
Voir la fiche du film et la filmographie de Pierre Granier-Deferre sur le site IMDB.

Voir les autres films de Pierre Granier-Deferre chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Pierre Granier-Deferre

Remarques :
* Jean Gabin et Simone Signoret ont respectivement 67 ans et 50 ans au moment du tournage.
* Pierre Granier-Deferre a introduit un aspect normatif-social au livre de Simenon dans lequel le couple s’était marié la cinquantaine passée. Dans le film, le couple est ensemble depuis plus de 30 ans et leur mésentente est en partie attribuée à l’absence d’enfants.

 

Le Chat
Simone Signoret et Jean Gabin dans Le Chat de Pierre Granier-Deferre.

27 juillet 2016

Livre : Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939

De Isabelle Champion et Laurent Mannoni – Editions Le Passage 2010 – relié 215 pages – 39 €

Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939Tournages Paris-Berlin-Hollywood 1910-1939 n’est pas exactement une parution récente, il est paru en 2010, mais il est n’est est pas moins remarquable : c’est sans conteste l’un des plus beaux recueils de photographies de plateau. Publié en coédition avec La Cinémathèque Française, il nous offre des clichés assez rares regroupés en chapitres thématiques, dédiés soit à un aspect technique (les lumières, les décors, les caméras, le son, …) soit à l’un des grands réalisateurs de cette époque (Griffith, DeMille, Vidor, Murnau, Lang, Lubitsch, Gance, Renoir, Clair, Stroheim). Ces vintages uniques proviennent de la collection de la Cinémathèque française et d’une collection privée, le fonds Isabelle Champion.

Les photographies, il y en a plus de 200, sont le plus souvent reproduites pleine page et la qualité d’impression est absolument parfaite. Ce qui est remarquable dans cet ouvrage, c’est qu’il n’y a aucun cliché mineur : tous sont fascinants à plus d’un titre, à commencer par celui de la couverture où Myrna Loy et Clark Gable se sont amusés à prendre la place des opérateurs sur le tournage de Too Hot to handle de jack Conway (1938). Une fabuleuse collection.

Je me demande pourquoi diable j’ai tant attendu pour l’acheter…

Voir la fiche du livre sur Livres-cinema.info
Le livre sur le site de l’éditeur … (qui propose de feuilleter quelques pages…)

Tournages

Note : 5 étoiles

.

25 juillet 2016

Le Capitaine Fracasse (1943) de Abel Gance

Le Capitaine FracasseSous Louis XIII, le désargenté baron de Sigognac vit très pauvrement dans son château poussiéreux. Par une nuit d’orage, il héberge une troupe de comédien et tombe amoureux de la belle Isabelle. Au matin, il décide de partir avec eux sans savoir qu’il va rapidement être amené à la protéger de divers dangers… Librement adapté du roman homonyme de Théophile Gautier, Le Capitaine Fracasse est un projet assez ambitieux d’Abel Gance qui fit des essais de pictographe (voir ci-dessous) sur le tournage pour créer des décors de grande taille. Si le soin dans la mise en scène est évident, ce sont hélas les défauts qui monopolisent notre attention, tout particulièrement le jeu outré des comédiens, une certaine lourdeur dans la démonstration et la voix insupportable de Vina Bovy, cantatrice de l’Opéra. La scène la plus marquante est celle d’un duel dans le cimetière de Poitiers avec un dialogue en vers à la manière d’Edmond Rostand. La version initialement montée par Abel Gance durait trois heures, ce sont les producteurs qui la réduisirent de moitié. Malgré le succès public de ce Capitaine Fracasse, Abel Gance ne tournera plus un film avant une dizaine d’années.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Fernand Gravey, Assia Noris, Jean Weber, Roland Toutain, Alice Tissot
Voir la fiche du film et la filmographie de Abel Gance sur le site IMDB.

Voir les autres films de Abel Gance chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Abel Gance

Remarques :
* Le pictographe est un procédé mis au point en 1937 par Pierre Angénieux, Abel Gance et Roger Hubert permettant d’obtenir à la fois l’image nette d’un décor situé à distance et celle d’un élément de taille réduite situé très près. C’est un système à lentille fractionnée, les lentilles pouvant être faites sur mesure selon le partage désiré (dérivés ultérieurs : pictoscope, magigraphe, électronigraphe, …) Cela permet par exemple d’utiliser une petite maquette et de l’inclure dans un décor naturel.
* Le jeune Jacques François (22 ans) est ici dans son deuxième rôle à l’écran.

Principales autres versions :
Le Capitaine Fracasse de Alberto Cavalcanti (1929) avec Pierre Blanchar et Charles Boyer
Le Capitaine Fracasse de Pierre Gaspard-Huit (1961) avec Jean Marais (la plus connue)
Le Voyage du Capitaine Fracasse (Il viaggio di Capitan Fracassa) de Ettore Scola (1990) avec Vincent Perez.

La Capitaine Fracasse
Fernand Gravey et Assia Noris dans Le Capitaine Fracasse de Abel Gance.

24 juillet 2016

Aimer, boire et chanter (2014) de Alain Resnais

Aimer, boire et chanterDans le centre de l’Angleterre, trois couples qui se préparent à jouer une pièce de théâtre sont bouleversés lorsqu’ils apprennent que leur ami Georges n’a plus que six mois à vivre. Il a en effet tenu une grande place dans leur vie et va la perturber encore plus… C’est hélas une certitude : Aimer, boire et chanter restera à jamais le dernier film d’Alain Resnais, décédé trois semaines avant la sortie du film en France. Le film est tout à fait représentatif de l’univers du réalisateur, notamment de sa prédilection à mêler cinéma et théâtre. Il s’agit d’une nouvelle adaptation d’une pièce du dramaturge britannique Alan Ayckbourn, après Smoking/No smoking (1993) et Cœurs (2006). Alain Resnais y pratique une épure stylisée sur les décors avec des murs faits de grandes bandes de plastique (?) et une surprenante absence de porte. Encore plus inattendu, il utilise un fond unique pour les quelques très gros plans, un fond toilé gris neutre qui n’a aucun rapport avec le décor. Cette épuration des décors met très joliment en valeur les personnages qui sont ainsi l’objet de toute notre attention. Resnais les filme en longs plans-séquences, de manière très frontale, sans champ-contrechamp. Les caractères sont assez typés mais sans excès, les dialogues sont savoureux. L’ensemble est léger et très plaisant. Aimer, boire et chanter est un beau dernier film pour Alain Resnais.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Sabine Azéma, Sandrine Kiberlain, Caroline Silhol, André Dussollier, Hippolyte Girardot, Michel Vuillermoz
Voir la fiche du film et la filmographie de Alain Resnais sur le site IMDB.

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Remarque :
* Le titre de la pièce d’Alan Ayckbourn est The Life of Riley (2010).

Aimer boire chanter
Caroline Silhol, Sandrine Kiberlain et Sabine Azéma dans Aimer, boire et chanter de Alain Resnais.

23 juillet 2016

Apollo 13 (1995) de Ron Howard

Apollo 13Avril 1970. Un an après avoir été l’un des premiers hommes à faire le tour la lune (Apollo 8 en décembre 1968), Jim Lovell se prépare à nouvelle mission à la NASA : il sera le commandant de la treizième mission Apollo que beaucoup voient comme une mission de routine après le fantastique succès d’Apollo 11 qui a permit à l’homme de marcher sur la lune. Mais rien ne va se passer comme prévu et le pire va arriver… Loin de toute (science-)fiction, le film de Ron Howard relate de façon assez exacte le périlleux déroulement de la mission Apollo 13 qui a tenu en haleine le monde entier pendant plusieurs jours de 1970. Le récit est en grande partie basé sur le livre de Jim Lovell, paru peu avant la sortie du film. Les évènements réels sont si rocambolesques que les scénaristes n’ont eu que peu à rajouter, restant même très discrets sur l’angoisse des familles au sol. Il n’y a aucun excès de dramatisation. Le suspense est intense et l’épilogue (pourtant connu) est une  délivrance…
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Tom Hanks, Bill Paxton, Kevin Bacon, Gary Sinise, Ed Harris, Kathleen Quinlan
Voir la fiche du film et la filmographie de Ron Howard sur le site IMDB.

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Apollo 13
L’équipage : Bill Paxton, Kevin Bacon et Tom Hanks dans Apollo 13 de Ron Howard.

Remarques :
* Les scènes en apesanteur ont été filmées à bord d’un avion en vol parabolique. 600 paraboles ont été nécessaires, chacune permettant d’obtenir 20 à 25 secondes d’apesanteur (dont la moitié en apesanteur presque totale à 0,01 g). L’avion utilisé est celui de la NASA, un KC-135 qui sert à lentrainement des astronautes. L’avion fait couramment 30 à 40 paraboles par vol. Il est surnommé le « Vomit Comet ». Lire …

* Dans la scène finale, le vrai Jim Lovell apparaît en tant que capitaine de navire qui serre la main à Tom Hanks. La vraie Marilyn Lovell apparait dans les gradins au lancement. Le vrai Gene Kranz (le directeur de vol interprété par Ed Harris) apparaît en arrière plan dans la salle de contrôle juste avant la rentrée dans l’atmosphère.

* Le livre de Jim Lovell, co-écrit avec le journaliste scientifique Jeffrey Kluger, est paru en 1994 : Lost Moon: The Perilous Voyage of Apollo 13 (Apollo 13 : Perdus dans l’espace pour l’édition française). On trouve un récit plus court (20 pages) mais très précis dans le chapitre consacré à Apollo 13 du livre Apollo expeditions to the moon, édité par la NASA en 1975 (pas d’édition française, à ma connaissance). Ce récit est visible presque intégralement (seuls quelques graphiques manquent) sur le site de la NASA (on peut y voir notamment la photo prise au moment de la séparation du module de propulsion endommagé).

* La célèbre phrase « Houston, nous avons un problème » n’est pas tout à fait exacte. Prononcée par Swigert puis répétée par Lovell, elle fut en réalité « Houston, nous avons eu un problème » (« Houston, we’ve had a problem »). Il est vrai que la suite a montré que l’emploi du passé n’était pas approprié…

Apollo 13
Tom Hanks et Gary Sinise dans Apollo 13 de Ron Howard.

Apollo 13
La salle de contrôle de la NASA fidèlement reconstituée dans Apollo 13 de Ron Howard.

22 juillet 2016

Toute la mémoire du monde (1956) de Alain Resnais

Toute la mémoire du mondeTourné par Alain Resnais juste après Nuit et Brouillard, Toute la mémoire du monde est un documentaire de 20 minutes qui nous présente la Bibliothèque Nationale sous un jour nouveau et original. Alain Resnais a une approche presque clinique de cette vénérable institution : il montre le contenant, puis le contenu, avant de décortiquer méthodiquement ses principes de fonctionnement. Il a l’approche ethnologique que pourrait avoir un extra-terrestre. Sa caméra est fluide avec ces superbes travelings lents et majestueux dont il a le secret. On ne s’en lasse pas  ! Bien entendu, la question de fond soulevée, « comment assurer la mémoire », a aujourd’hui de nouveaux outils, informatiques notamment, pour être abordée. Mais elle reste la même bien que, face à l’explosion de la communication, la difficulté soit de nos jours moins sur le « comment sauvegarder » que sur le « quoi sauvegarder ». Sur le plan cinématographique en tous cas, Alain Resnais continue avec ce court métrage d’apporter au ton nouveau au documentaire.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: (voix) Jacques Dumesnil
Voir la fiche du film et la filmographie de Alain Resnais sur le site IMDB.

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Remarques :
* Dans les années cinquante, la Bibliothèque Nationale est en pleine modernisation et extension. Le projet d’un court métrage pour la mettre en valeur est d’abord porté par la RTF, avec le Ministère des affaires étrangères pour co-producteur. Il est ensuite repris et mené à bien par la volonté de Pierre Braunberger.
* La musique est de Maurice Jarre.
* Dans l’équipe d’Alain Resnais, parmi les quelque 25 collaborateurs, on remarque les noms d’Agnès Varda et Chris Marker (… et de François-Régis Bastide).
* Le microphone qui descend dans l’image est sans aucun doute un clin d’œil à Orson Welles.

Toute la mémoire du monde
La Bibliothèque Nationale est l’acteur principal de Toute la mémoire du monde de Alain Resnais.

21 juillet 2016

Susie et les Baker Boys (1989) de Steve Kloves

Titre original : « The Fabulous Baker Boys »

Susie et les Baker BoysLes frères Baker se produisent dans les bars et les hôtels en jouant à deux pianos des grands standards du jazz. Les contrats ayant tendance à se raréfier, ils ont l’idée d’engager une chanteuse… Ecrit et réalisé par Steve Kloves, Susie et les Baker Boys doit sa notoriété à une scène : Michelle Pfeiffer toute de rouge vêtue, chantant lascivement Makin’ Whoopee allongée sur le piano de Jeff Bridges. C’est d’autant plus remarquable que l’actrice démontre des qualités de chanteuse puisqu’elle n’est à aucun moment doublée. Pour le reste, l’histoire n’offre que peu d’intérêt, basée sur l’opposition classique de deux personnalités contraires : l’un des deux frères est terne, marié, pragmatique et sans talent, tandis que l’autre est un solitaire, irresponsable mais talentueux. Les trois personnages principaux n’ont que peu de profondeur, seul le caractère taiseux du personnage interprété par Jeff Bridges laisse supposer quelque chose de plus… mais nous ne l’aurons pas. Steve Kloves reste au niveau des clichés. Malgré la caméra fluide, notamment dans les environnements urbains et nocturne de Seattle, malgré une belle interprétation, Susie et les Baker Boys est plutôt ennuyeux.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Jeff Bridges, Michelle Pfeiffer, Beau Bridges
Voir la fiche du film et la filmographie de Steve Kloves sur le site IMDB.

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Susie et les Baker Boys
Michelle Pfeiffer et Jeff Bridges dans Susie et les Baker Boys de Steve Kloves.

Remarques :
* Susie et les Baker Boys (1989) et Flesh and Bone (1993) sont les deux seules réalisations de Steve Kloves qui sera ensuite scénariste sur la série des Harry Potter.

* Makin’ Whoopee est un standard du jazz écrit en 1928 aux multiples interprétations. Si l’expression argotique signifie littéralement « faire la fête », le sens est ici plutôt sexuel puisque le propos est de mettre en garde les hommes contre le mariage : s’ils vont pouvoir faire whoopee avec leur femme au début, bébés et responsabilités arriveront vite derrière et, là, finis les whoopees… Inutile de dire que, même si elle a été interprétée par des femmes (et non des moindres : Ella Fitzgerald, Dinah Washington, etc.), la chanson a été écrite par un homme…

* Si Michelle Pfeiffer chante réellement, les frères Bridges sont bien évidemment doublés. C’est le pianiste Dave Grusin qui joue. Les deux acteurs ont toutefois beaucoup travaillés pour rendre leur jeu de mains réaliste, ce qui est le cas.

19 juillet 2016

Rouges et blancs (1967) de Miklós Jancsó

Titre original : « Csillagosok, katonák »

Rouges et blancsRussie, 1918. Des communistes hongrois sont venus prêter main forte aux bolchéviques en guerre contre l’armée des russes blancs. Dans la campagne des bords de la Volga, les combattants des deux camps se pourchassent et s’entretuent. Les prisonniers sont le plus souvent exécutés sommairement… Le réalisateur hongrois Miklós Jancsó a tourné Rouges et blancs juste après Les Sans-espoir, confirmant ainsi auprès du public international qu’il était bien à compter parmi les plus grands cinéastes. Il s’attache ici à montrer la cruauté de la guerre, notamment par le comportement des vainqueurs envers les vaincus. On ne peut pas dire qu’il prenne parti : il renvoie les deux camps dos à dos, montrant qu’ils sont capables des mêmes actes cruels. Nous n’avons pas le temps de s’attacher à un personnage ; le vainqueur d’un moment peuvent se retrouver vaincu dans les minutes qui suivent avant de reprendre le dessus à la faveur d’un retournement de situation. En écho à cette ronde funeste, le mouvement tournant est omniprésent, que ce soit pour les personnages auxquels on donne sans arrêt des ordres de placement (créant ainsi une sorte de ballet) ou pour la caméra qui les suit (travellings, panotages). Nous sommes dans une spirale sans fin où les représailles succèdent aux représailles. L’image est superbe. Avec un esthétisme certain, Miklós Jancsó nous montre la guerre comme rarement elle a été montrée.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: József Madaras, Tibor Molnár, András Kozák
Voir la fiche du film et la filmographie de Miklós Jancsó sur le site IMDB.

Voir les autres films de Miklós Jancsó chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Miklós Jancsó

Remarque :
* L’un des officiers blancs est interprété par Nikita Mikhalkov (22 ans), futur réalisateur russe, notamment de Soleil trompeur 2, Palme d’Or à Cannes en 2010 (il me semble que c’est celui qui force la jeune fille à se déshabiller avant de la « donner » à deux soldats, mais je n’en suis pas certain).

Rouges et blancs
L’affrontement final dans Rouges et blancs de Miklós Jancsó.

Rouges et blancs

18 juillet 2016

Les Sans-espoir (1966) de Miklós Jancsó

Titre original : « Szegénylegények »

Les sans-espoirDans la Hongrie de 1869, le pouvoir en place cherche à démasquer les « sans-espoir », sorte de bandits d’honneur qui ont pris une part active dans la révolution de 1948 et continué de se rebeller ensuite contre la misère. Le gouverneur Raday a arrêté plus d’une centaine de paysans pauvres et les a enfermés dans un fortin isolé. Les militaires utilisent plusieurs stratagèmes cruels pour que les prisonniers dénoncent les sans-espoir parmi eux… Les Sans-espoir n’est pas le premier film du hongrois Miklós Jancsó mais c’est celui qui l’a fait connaitre sur le plan international : en compétition à Cannes en 1966, il stupéfia le public et la critique. Son contenu est indéniablement politique sans être centré sur un pays ou époque donnés, il s’agit d’une réflexion sur la répression et sur le pouvoir, sur la place de l’homme dans une société en mutation politique. Les sans-espoir Miklós Jancsó n’accorde pas de place à l’émotion, son récit est froid, très descriptif. Mais ce sont l’esthétique et la mise en scène qui étonnent le plus. L’image en noir et blanc très contrasté, légèrement surexposée, donne une dimension particulière aux décors dénudés de ce fortin placé au milieu de nulle part. Le montage est réduit à la juxtaposition de longs plans-séquences où personnages et caméra tournent en permanence, formant une harmonieuse chorégraphie. Les dialogues sont réduits à l’essentiel. Miklós Jancsó crée ainsi un univers esthétique fascinant et envoutant.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: János Görbe, Zoltán Latinovits, Tibor Molnár
Voir la fiche du film et la filmographie de Miklós Jancsó sur le site IMDB.

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Remarques :
* Bien entendu, il est difficile de ne pas voir dans le film une allégorie de la répression qui a suivi l’insurrection de Budapest de 1956 contre l’Union soviétique. Miklós Jancsó a déclaré à Cannes que son film n’avait rien à voir avec les évènements récents de Budapest mais, comme le cinéaste l’a reconnu plus tard, tout le monde savait que cette déclaration n’était pas vraie…

Les Sans-espoir
Miklós Jancsó (au centre) sur le tournage de Les Sans-espoir.