Un modeste psychiatre voit débarquer dans son cabinet un parrain de la mafia de New York. Celui-ci est en proie à des attaques de panique soudaines et n’arrive plus à assurer correctement sa charge de chef. Pour le psychiatre, il va rapidement devenir un patient encombrant… Mafia Blues (Analyze This) est un film américain réalisé par Harold Ramis. Il s’agit d’une comédie qui prend à revers l’image traditionnelle du mafioso, personnage si souvent idéalisé par le cinéma. Le fait que ce parrain soit interprété par De Niro lui donne encore plus d’envergure, car on ne doute jamais de sa position. Plusieurs passages sont de très bons niveaux avec des dialogues savoureux. Bien entendu, il ne faut pas demander à l’histoire d’être crédible, ce n’est pas le but du film qui est, avant tout, un agréable divertissement. Elle: Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Au début du XXème siècle en Oklahoma, le pétrole a apporté la fortune au peuple Osage qui, du jour au lendemain, est devenu l’un des plus riches du monde. La richesse de ces Amérindiens attire aussitôt la convoitise de Blancs peu recommandables qui intriguent, soutirent et volent autant d’argent Osage que possible avant de recourir au meurtre… Killers of the Flower Moon est un film américain réalisé par Martin Scorsese. Il en a écrit le scénario avec Eric Roth en se basant sur le roman non fictionnel du même nom (La Note américaine en français) de David Grann, paru en 2017. L’histoire est hélas véridique. Contrairement au livre, Martin Scorsese centre son récit non pas sur l’enquête mais sur les méfaits de deux des protagonistes : l’un est machiavélique et cupide, l’autre est imbécile, capable de tout détruire sans penser à mal. Le film a été doté d’un très gros budget, 200 millions, le plus gros pour le réalisateur. La mise en scène de Scorsese est parfaite, sans aucun défaut si ce n’est la longueur : c’est beaucoup, beaucoup, trop long (3h30). Il a réuni ses deux acteurs fétiches et on reste sans voix devant la performance de Leonardo DiCaprio : vraiment un très grand acteur. Et Martin Scorsese prouve, à 80 ans, qu’il est toujours l’un des plus grands. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Leonardo DiCaprio et Robert De Niro dans Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese.
Remarque : • Explication du titre : la « Lune des fleurs » (Flower Moon) est une fleur qui pousse dans les prairies des terres de la tribu Osage en Oklahoma, là où se sont déroulés les meurtres d’amérindiens dans les années 1920.
New York, 1933. Burt Berendsen, vétéran de la guerre partiellement mutilé, est un docteur aux méthodes aventureuses et peu reconnues. Son ami Harold Woodsman, un avocat afro-américain rencontré au front, lui demande de réaliser de manière officieuse l’autopsie de Bill Meekins, un sénateur qui était leur commandant de régiment. Sans le savoir, ils vont se retrouver au centre d’une énigme extraordinaire… Amsterdam est un film américain écrit et réalisé par David O. Russell qui s’est inspiré de faits réels (1). Hormis les quelques notes gores heureusement ponctuelles (toujours cette attirance des réalisateurs pour les autopsies…), le récit oscille entre drame et comédie sans parvenir à trouver le bon équilibre. Il faut dire que le sujet se prête difficilement à l’humour et son propos social ou politique est complètement noyé. Christian Bale semble s’être beaucoup amusé à jouer ce rôle de docteur instable et hors du commun et il semble souvent sur-jouer son personnage. Hélas, le spectateur s’amuse moins et aucun suspense ne nous retient. Le scénario est rendu d’abord artificiellement opaque pour nous l’expliquer laborieusement ensuite plusieurs fois. Le casting était pourtant prestigieux et la reconstitution soignée. Gros échec commercial. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de David O. Russell chroniqués sur ce blog…
(1) NE LISEZ PAS CETTE PETITE NOTE SI VOUS AVEZ L’INTENTION DE VOIR CE FILM. L’histoire s’inspire d’une affaire appelée « Business Plot », un projet de complot politique, de quelques grands industriels, en 1933 aux États-Unis, qui avait pour but de renverser le gouvernement du président Franklin D. Roosevelt et d’installer un dictateur d’inspiration fasciste. Le général contacté pour prendre la tête de l’insurrection refusa le rôle et dévoila l’affaire. Lire sur Wikipédia (la version en anglais est la plus complète).
Christian Bale, Margot Robbie et John David Washington dans Amsterdam de David O. Russell.
Los Angeles. Neil McCauley (Robert De Niro) est un braqueur méthodique qui a de l’expérience, il veille à ne pas commettre d’impairs. A la suite d’un triple meurtre commis par un complice occasionnel, il va trouver sur sa route le lieutenant Hanna (Al Pacino), officier opiniâtre bien décidé à le faire tomber… Heat (titre qu’il faut comprendre dans le sens de « Tension ») est un film policier américain écrit et réalisé par Michael Mann. Il s’agit du remake du téléfilm L.A. Takedown du même réalisateur. L’intrigue s’inspire, en partie, d’une affaire criminelle s’étant déroulée à Chicago au début des années 1960. Heat fait partie de ces films qui forgent un style ; à sa sortie, il ne ressemblait à nul autre. Il ne repose pas sur une succession de scènes d’actions même s’il comporte une scène de fusillade unique en son genre par son intensité et son réalisme. C’est plutôt le récit d’une traque obsessionnelle, le jeu du chat et de la souris culminant dans une scène superbe, la plus forte du film : la rencontre entre les deux hommes qui s’expliquent devant une tasse de café. Michael Mann donne beaucoup d’importance à ses deux personnages principaux, deux hommes sont dotés d’une grande droiture, assez austère. Il se dégage un fort sentiment de mélancolie de l’ensemble. La virtuosité de la mise en scène est visible dans de nombreuses séquences. Le film est toutefois un peu long (2h50). Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarque : Michael Mann a écrit un roman, Heat 2 sorti en 2022, roman qu’il décrit comme une préquelle à Heat mais aussi une suite. Il a affirmé lors d’une interview vouloir « absolument faire un film de la préquelle de Heat »
Al Pacino dans Heat de Michael Mann.Robert De Niro et Val Kilmer dans Heat de Michael Mann.
Au début des années 1930, durant la Prohibition, Al Capone, puissant parrain de la pègre, règne en maître sur la ville de Chicago. Soudoyant élus municipaux et forces de l’ordre, il contrôle en toute impunité le trafic et la vente d’alcool. Un agent fédéral déterminé et intègre, Eliot Ness, est dépêché sur place avec pour mission d’arrêter ses agissements… Les Incorruptibles est un film américain réalisé par Brian De Palma, librement inspiré par les mémoires de l’agent Eliot Ness, dont l’adaptation la plus remarquée auparavant est une série télévisée immensément populaire des années soixante avec Robert Stack dans le rôle principal. Le scénario est signé David Mamet. Si ce n’est pas le film le plus personnel de De Palma, le cinéaste y appose sa marque. Sur la forme, il pousse très loin la recherche de plans, c’est un festival de plongées et de contre-plongées. Le scénario est parfaitement rythmé et certaines scènes, telle l’attaque du convoi sur le pont, sont vraiment remarquables. Sur le fond, il introduit un flou sur la frontière entre le bien le mal, « Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? » demande plusieurs fois Malone à Eliot Ness. De Palma aime à brouiller les cartes, à inverser les codes. Et il insère des références ou hommages, la plus évidente étant celle du landau dans la gare qui phagocyte entièrement une scène d’action et la détourne ; le processus est assez fascinant. De Palma est un réalisateur maniériste. L’interprétation est parfaite. Les Incorruptibles connut un très grand succès. Le film a révélé Andy Garcia et donné à Kevin Costner son premier grand rôle populaire. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Andy Garcia, Sean Connery, Kevin Costner et Charles Martin Smith dans Les Incorruptibles (The Untouchables) de Brian De Palma.
Remarque :
* Différences avec la réalité : Les Untouchables étaient au moins onze et non quatre, les personnages de Jim Malone et Guiseppe Stone ont été inventés, Frank Nitti n’est pas mort puisqu’il a pris la suite d’Al Capone mis en prison.
Les Incorruptibles (The Untouchables) de Brian De Palma.
Etonnant plan tourné avec une double focale (une demi-lentille ajoutée à l’objectif, afin d’avoir premier plan et arrière plan nets. La limite verticale entre les deux est nettement visible).
À Garrison, dans le New Jersey, les policiers de New York se retrouvent pour vivre entre eux et contrôlent cette ville de banlieue de façon mafieuse. Freddy Heflin, le shérif local, a toujours rêvé d’être des leurs, mais il est sourd de l’oreille droite et tous le méprisent. Mais lorsqu’il s’agit de faire disparaître un policier ayant commis une bavure et annoncé mort, la tension monte d’un cran… Copland est un film policier américain écrit et réalisé par James Mangold, son deuxième long métrage. Il est assez remarquable par son scénario assez original et sa belle distribution malgré un budget réduit. Il montre un Sylvester Stallone à l’opposé de son image habituelle, l’acteur ayant même accepté un cachet réduit et de prendre vingt kilos pour prouver qu’il pouvait jouer dans autre chose que des films d’action. La démonstration n’est toutefois pas flagrante car il reste assez monolithique dans son jeu. Tous les seconds rôles sont solidement tenus. Copland a connu un certain succès mais pas autant qu’attendu. Stallone a déclaré par la suite que ce film avait plutôt fait du mal à carrière. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de James Mangold chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* A la fin du générique, on peut lire la mention : « Ce film est une fiction. Il est actuellement illégal pour un policier de la ville de New York de vivre en dehors de l’État de New York. »
Sylvester Stallone et Ray Liotta dans Copland (Cop Land) de James Mangold.
En 1955, à New York, Louis Cyphre engage un enquêteur privé de seconde zone, Harold Angel, pour retrouver un ancien crooner qui est revenu amnésique de la guerre. Cyphre dit avoir signé avec lui un contrat dont certaines clauses ne deviennent exécutoires qu’à la mort du crooner. Cyphre soupçonne l’hôpital privé où le crooner reçoit un traitement psychiatrique d’émettre de faux rapports… Angel Heart : Aux portes de l’enfer est un film américano-canado-britannique écrit et réalisé par Alan Parker, basé sur le roman Falling Angel de l’américain William Hjortsberg. Assez mystérieuse, la mise en place de l’intrigue est prometteuse. Alan Parker joue avec les genres, oscillant en permanence entre plusieurs, sans perdre la maitrise de l’ensemble. Peu à peu, l’atmosphère devient de plus en plus glauque et étouffante, mettant le spectateur plutôt mal à l’aise. Hélas, le dernier tiers, qui nous révèle tout, est trop démonstratif et utilise un symbolique assez pesante. Les amateurs d’histoires de sorcellerie portent Angel Heart en très haute estime. Personnellement, je suis plus mitigé… A noter que Mickey Rourke a un jeu bien contrôlé, ce qui est d’autant plus appréciable que c’est chez lui plutôt inhabituel. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Wayne Dobie, surnommé par dérision Mad Dog (« flingueur ») alors qu’il n’a jamais tiré avec son arme, est un photographe de la police de Chicago. Présent lors d’un hold-up, il sauve la vie d’un parrain du crime, Frank Milo. En signe de gratitude, celui-ci veut montrer son amitié à Wayne en lui offrant Glory, l’une de ses « employées », avec pour mission de ne pas revenir trop vite ce qui serait signe d’échec de cette offre…
Produit par Martin Scorsese, Mad Dog and Glory est un film américain écrit par Richard Price et réalisé par John McNaughton. Il est plutôt à classer parmi les comédies sans toutefois que le ton général soit particulièrement léger. L’histoire n’est pas bien passionnante et les touches de dérision semées ici et là ne sauvent pas la mise. Avec un peu de bonne volonté, on peut y voir un polar humaniste abordant la notion de bonheur forcé et de la confiance. Mais le plus notable est probablement de voir Robert De Niro et Bill Murray utilisés à contre-emploi, leurs personnages étant à l’exact opposé de leurs rôles habituels. Cela a le mérite de prendre le spectateur à contre-pied mais aurait demandé une histoire un peu plus forte. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Dans les années 1750, le prêtre jésuite espagnol Père Gabriel pénètre dans la jungle aux confins de l’Argentine, du Paraguay et du Brésil dans le but de convertir la communauté Guarani au christianisme. Il gagne leur confiance grâce à la musique. Il est rejoint par un ancien mercenaire et marchand d’esclave qui cherche à se racheter d’avoir tué son frère. Mais un traité signé en Europe a établi le partage entre portugais et espagnols sur ces territoires; De plus, les gouvernements cherchent à diminuer l’influence des Jésuites…
Sur un scénario de l’anglais Robert Bolt (qui a beaucoup écrit pour David Lean), The Mission relate de façon très condensée les quelque 150 ans d’histoire des missions catholiques guaranies (1). Le britannique Roland Joffé, souvent décrit comme un cinéaste engagé (qualificatif qui peut convenir à la première moitié de sa filmographie), montre la réalité de la conquête du Nouveau Monde par les espagnols et les portugais, et surtout le dilemme moral des hommes d’église partagés entre humanisme et obéissance aux autorités de tutelle. Mais, dans ce film, ce ne sont pas les intentions qui posent problème mais la volonté évidente de créer un film commercial à grand spectacle, avec force effets de caméra, utilisation de décors naturels grandioses (les chutes d’Iguazú) et une musique tonitruante et grandiloquente d’Ennio Morricone. Tout cela est bien trop visible et donne un caractère artificiel à l’ensemble qui nous éloigne du récit. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Roland Joffé chroniqués sur ce blog…
Remarque :
* Palme d’Or au Festival de Cannes 1986. Ce choix surprenant a été d’autant plus critiqué que la sélection cette année-là était de grande qualité.
(1) Le terme exact pour désigner les missions catholiques en Amérique du Sud des XVIIe et XVIIIe siècles est « réductions » (« réduire » étant à prendre ici dans le sens de « soumettre »). Une réduction est un village autonome administré par un conseil élu uniquement composé d’Indiens. Le territoire lui-même est contrôlé et administré par les Jésuites qui veillent à garder son indépendance vis-à-vis des colonies espagnoles et portugaises voisines.
Robert De Niro et Jeremy Irons dans Mission (The Mission) de Roland Joffé.
Dans les années trente à Hollywood, le trentenaire Monroe Stahr est à la tête d’un grand studio dont il dirige avec brio toutes les productions. Un soir, il aperçoit une jeune femme qui lui rappelle la femme de sa vie, une actrice décédée prématurément. Il cherche à la revoir… Le Dernier nabab est l’ultime réalisation d’Elia Kazan. Il est un peu dommage que la filmographie de ce grand réalisateur se termine avec ce film assez fade. A sa décharge, il faut préciser qu’il ne voulait pas le tourner (1). C’est Harold Pinter qui a écrit l’adaptation de ce roman inachevé de F. Scott Fitzgerald librement basé sur le personnage d’Irving Thalberg alors qu’il était à la tête M.G.M. Si le cinéphile ne peut qu’apprécier la reconstitution du fonctionnement des studios à l’époque, toute la partie inventée sur la romance du producteur avec une mystérieuse inconnue paraît d’autant plus interminable que l’actrice Ingrid Boulting qui interprète cette inconnue n’a vraiment aucune consistance (elle fut imposée à Kazan). En revanche, le reste de la distribution comprend moult grands noms dans les seconds rôles et De Niro fait une prestation tout en retenue. La jeune actrice Theresa Russell est étonnante, pour un premier rôle elle montre une très grande présence à l’écran. Kazan a dit à l’époque que la scène finale (Monroe Stahr s’éloignant dans la pénombre d’un immense hangar) symbolisait son propre adieu au cinéma. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Sources d’inspiration :
* Le studio est la M.G.M.
* Le personnage de Monroe Stahr (Robert De Niro) est inspiré d’Irving Thalberg, le plus brillants des chefs de studios de la période classique. Le style de personnage et sa façon de diriger correspondent bien à son style. En revanche, toute la partie sentimentale est inventée de toutes pièces. Irving Thalberg a bien épousé une star de la MGM en 1927, la québécoise Norma Shearer, mais celle-ci est morte bien après lui (Irving Thalberg est hélas décédé très jeune, en 1936 à l’âge de 37 ans).
* Son associé (Robert Mitchum) est donc Louis B. Mayer.
* Louis B. Mayer avait bien une fille (et même deux) mais elles étaient plus âgées dans les années trente. L’aînée a épousé David O. Selznick en 1930.
* L’actrice (Jeanne Moreau) est probablement inspirée de Greta Garbo et/ou Marlene Dietrich (étrangère et suffisamment populaire pour pouvoir faire virer un metteur en scène, il n’y en avait pas beaucoup à cette époque…)
(1) Elia Kazan, dont les deux films précédents avaient été des échecs commerciaux, n’a accepté le projet qu’en raison de l’état de sa mère malade qu’il put ainsi installer à Los Angeles.
Robert Mitchum et Robert De Niro dans Le Dernier Nabab d’Elia Kazan.
Robert De Niro et Theresa Russell dans Le Dernier Nabab d’Elia Kazan.