En 1925, à l’époque de la Prohibition aux Etats-Unis, un capitaine aventurier et trafiquant d’alcool tombe amoureux fou d’une actrice de cinéma muet. Il la rencontre fortuitement et n’a alors plus qu’un seul désir : ne plus la quitter… Boulevard du Rhum est un film français réalisé par Robert Enrico, basé sur le roman éponyme d’un certain Jacques Percheral paru en 1964. Le film a de toute évidence été conçu pour exploiter l’image de sex-symbol de Brigitte Bardot. En revanche, ses talents d’actrice ne paraissent toujours pas évidents. Lino Ventura est bien entendu un niveau au-dessus mais reste dans un registre simple pour composer un personnage rustre et bagarreur. Le scénario n’est pas très évolué. Tout cela est très mauvais. Il est étonnant de lire ici et là que ce film est un hommage aux films muets : il y a effectivement des faux extraits de film muets où joue le personnage interprété par Brigitte Bardot mais ce sont ostensiblement de (très) gros navets. Donc cela rend le cinéma muet ridicule plutôt qu’autre chose… Boulevard du Rhum est un bel exemple du mauvais cinéma commercial des années 70. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
• Le Boulevard du Rhum (Rhum Row) désignait la limite des eaux territoriales américaines où croisaient des bateaux chargés d’alcool, des « rum-runners », attendant que des canots rapides viennent prendre livraison.
Brigitte Bardot et Lino Ventura dans Boulevard du Rhum de Robert Enrico.
Titre original : « The Rise and Fall of Legs Diamond »
Dans les années 1920, un petit voleur ambitieux, Jack Diamond, arrive à New York avec son frère. Grâce à son charme et à son culot, il parvient à séduire une jeune professeure de danse et à se faire embaucher comme garde du corps d’un gangster célèbre. Quand ce dernier meurt assassiné, il se met à rançonner les principaux associés de son ancien patron… La Chute d’un caïd est un film américain réalisé par Budd Boetticher. Tourné en vingt quatre jours, il s’agit d’une petite production mais le réalisateur, ici dans ses ultimes créations (1), est l’un des meilleurs réalisateurs de séries B. Le scénario s’inspire de la vie du véritable Legs Diamond. L’histoire débute sur un ton assez léger, presque de comédie, jouant sur un mélange d’attraction et de répulsion. Nous sommes stupéfaits par le culot de son personnage, brillant et charmeur mais aussi scandalisés par son absence de scrupules. Peu à peu, le ton change et les mauvais côtés du personnage prennent le dessus. Boetticher ne cherche pas à approfondir ses personnages (2). Il manie avec brio les ellipses ce qui donne au récit une grande concision. Il se montre un peu plus faible dans la dernière partie qui sombre presque dans le pathos. Sur la forme, Boetticher tourne le dos aux codes du film noir, son film se situerait plutôt dans la lignée des films de gangster du début des années trente (Little Caesar ou Public Enemy par exemple). L’ensemble est assez billant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Après le tournage de The Rise and Fall of Legs Diamond, Budd Boetticher s’installera au Mexique pour un projet qui l’obsède : un documentaire sur la vie d’un matador qu’il mettra dix ans à finaliser. (2) « Pour La Chute d’un caïd, j’ai longuement enquêté dans les milieux du gangstérisme pour savoir qui était vraiment Jack Legs Diamond, quelles étaient sa vie et ses ambitions. C’est indispensable et cela évite de faire de la psychologie là où il n’y en a pas. » Budd Boetticher
Ray Danton et Karen Steele dans La Chute d’un caïd (The Rise and Fall of Legs Diamond) de Budd Boetticher.
Au début des années 1930, durant la Prohibition, Al Capone, puissant parrain de la pègre, règne en maître sur la ville de Chicago. Soudoyant élus municipaux et forces de l’ordre, il contrôle en toute impunité le trafic et la vente d’alcool. Un agent fédéral déterminé et intègre, Eliot Ness, est dépêché sur place avec pour mission d’arrêter ses agissements… Les Incorruptibles est un film américain réalisé par Brian De Palma, librement inspiré par les mémoires de l’agent Eliot Ness, dont l’adaptation la plus remarquée auparavant est une série télévisée immensément populaire des années soixante avec Robert Stack dans le rôle principal. Le scénario est signé David Mamet. Si ce n’est pas le film le plus personnel de De Palma, le cinéaste y appose sa marque. Sur la forme, il pousse très loin la recherche de plans, c’est un festival de plongées et de contre-plongées. Le scénario est parfaitement rythmé et certaines scènes, telle l’attaque du convoi sur le pont, sont vraiment remarquables. Sur le fond, il introduit un flou sur la frontière entre le bien le mal, « Jusqu’où êtes-vous prêt à aller ? » demande plusieurs fois Malone à Eliot Ness. De Palma aime à brouiller les cartes, à inverser les codes. Et il insère des références ou hommages, la plus évidente étant celle du landau dans la gare qui phagocyte entièrement une scène d’action et la détourne ; le processus est assez fascinant. De Palma est un réalisateur maniériste. L’interprétation est parfaite. Les Incorruptibles connut un très grand succès. Le film a révélé Andy Garcia et donné à Kevin Costner son premier grand rôle populaire. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Andy Garcia, Sean Connery, Kevin Costner et Charles Martin Smith dans Les Incorruptibles (The Untouchables) de Brian De Palma.
Remarque :
* Différences avec la réalité : Les Untouchables étaient au moins onze et non quatre, les personnages de Jim Malone et Guiseppe Stone ont été inventés, Frank Nitti n’est pas mort puisqu’il a pris la suite d’Al Capone mis en prison.
Les Incorruptibles (The Untouchables) de Brian De Palma.
Etonnant plan tourné avec une double focale (une demi-lentille ajoutée à l’objectif, afin d’avoir premier plan et arrière plan nets. La limite verticale entre les deux est nettement visible).
Au tout début du XXe siècle, un ex-colonel de l’armée élève ses trois fils dans un ranch isolé du Montana avec ses amis indiens. Le plus jeune des trois qui vient de finir ses études dans l’Est revient au ranch avec sa jeune fiancée… Adapté d’une nouvelle de Jim Harrison, Légendes d’automne est une des ces grandes sagas familiales dont les américains ont le secret. Amour impossible, drames familiaux, trahisons, bravoure, tous les éléments sont réunis pour un cocktail savamment dosé d’émotions intenses. Les yeux s’humectent effectivement à plusieurs reprises mais le déroulement du récit montre vite une certaine artificialité : tout semble trop bien réglé, terriblement prévisible. Le film commence alors à paraître bien long (2h15, c’est pourtant à peine supérieur au minimum syndical des sagas familiales). La photographie est superbe, utilisant parfaitement les belles étendues du Montana (ce fut filmé un peu plus au nord, au Canada). Brad Pitt chevauchant avec ses longs cheveux blonds au vent est terriblement photogénique. En revanche, son jeu ne se montre pas vraiment convainquant, c’est également le cas des autres acteurs qui ne se montrent guère concernés. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
1929. Pour avoir assisté par hasard au Massacre de la Saint-Valentin, deux musiciens fauchés sont recherchés par une bande de gangsters appartenant à la Mafia. Pour leur échapper, ils se déguisent en femmes et rejoignent un groupe musical féminin en partance pour la Floride… Dans Certains l’aiment chaud, Billy Wilder est incontestablement au sommet de son art. En alliant un propos subversif à un équilibre parfait, il approche l’état de grâce et signe le mètre-étalon de la comédie réussie. L’entreprise était pourtant périlleuse. Sur le thème délicat du travestissement et les multiples connotations sexuelles qui en découlent, il eut été facile de déraper vers la vulgarité. Ce n’est à aucun moment le cas et Billy Wilder sait même lui donner une indéniable profondeur. Plutôt de faire des plaisanteries grivoises, il utilise le travestissement sexuel comme un révélateur de la vraie personnalité de chacun des deux protagonistes : ils nous apparaissent au final fort différents l’un de l’autre. De l’autre côté, le caractère de « ravissante idiote » de Marilyn est, plutôt que d’être induit, pleinement revendiqué par le personnage lui-même, ce qui nous la fait apparaître encore plus vulnérable. Tout cela est nimbé d’un humour permanent, jamais gênant, d’une élégance folle. Jack Lemmon est absolument fabuleux, exubérant mais sans excès, toujours au plus juste pour servir le burlesque. Et, cerise sur le gâteau, nous avons cette réplique finale, devenue rapidement ultra-célèbre et qui est bien plus profonde qu’elle ne paraît (elle résume même, en un sens, tout le propos du film). Oui, Certains l’aiment chaud est bien extrêmement proche de la perfection. Du grand art. Elle: Lui :
Lecteurs : (1 notes, moyenne : 5,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Tony Curtis au saxophone, Jack Lemmon à la contrebasse et Marilyn Monroe à l’ukulele dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder.
Remarques :
* Le film a été tourné en noir et blanc parce que Billy Wilder craignait que ses deux personnages masculins ne pâtissent de la couleur. Il avait certainement raison. Ils auraient certainement paru, au moins par moment, ridicules en couleurs.
* Le scénario est écrit par Billy Wilder et I.A.L. Diamond. C’est à la base le remake d’un film allemand Fanfaren der Liebe de Kurt Hoffmann (1951), lui-même remake d’un film français encore plus méconnu (film perdu), Fanfare d’amour de Richard Pottier (1935).
* Billy Wilder a déclaré peu après que son banquier et son médecin lui avaient interdit de refaire un film avec Marilyn Monroe. Le tournage fut en effet rendu éprouvant par les retards, absences et caprices de l’actrice et ses « difficultés » à apprendre son texte. En revanche, le réalisateur était enchanté d’avoir travaillé avec Jack Lemmon avec lequel il tournera plusieurs films (La Garçonnière, Irma la Douce, Avanti, Special Première, …)
– (Jerry) Je vais être franc avec vous. Nous ne pouvons pas nous marier.
– (Osgood) Et pourquoi donc ?
– Eh bien, pour commencer, je suis une fausse blonde.
– Aucune importance.
– Je fume, je fume comme un sapeur!
– Ça m’est égal.
– Et j’ai un lourd passé. Je vis avec un joueur de saxophone depuis trois ans.
– Je vous pardonne.
– Je ne pourrai jamais avoir d’enfants.
– Nous pourrons en adopter.
– Mais vous ne comprenez donc pas… Je suis un homme !
– Bof… personne n’est parfait!
(Joe E. Brown et Jack Lemmon dans Certains l’aiment chaud de Billy Wilder).
Dans les montagnes des Appalaches dans les années vingt, de nombreux paysans distillent de l’alcool malgré la prohibition et le revendent à l’entour. C’est la grande spécialité des trois frères Bondurant. Une légende prétend qu’ils sont invincibles… Des Hommes sans loi est adapté d’un roman écrit par l’un des descendants de la famille, Matt Bondurant. Selon ses propres dires certains faits sont réels, d’autres sont inventés. Le scénario a été écrit par Nick Cave (oui, le Nick Cave de Nick Cave & The Bad Seeds) qui signe également la musique, excellente bien entendu. L’originalité de ce film de gangsters est de se dérouler à la campagne, et qui plus est la campagne la plus reculée qui soit. Les Appalaches étaient en effet à cette époque d’une extrême pauvreté. On peut rapprocher Des Hommes sans loi des films de western et la réalisation de l’australien John Hillcoat est d’un beau classicisme. Hélas, le scénario est plutôt réduit, tape-à-l’oeil et se complait à étaler une violence d’une grande sauvagerie. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)