21 avril 2013

Oncle Boonmee (2010) de Apichatpong Weerasethakul

Titre original : « Loong Boonmee raleuk chat »
Titre complet : « Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) »

Oncle BoonmeeBoonmee, un apiculteur thaïlandais d’une soixantaine d’années, sent la mort approcher. Un soir, sa femme défunte et son fils disparu depuis des années font une apparition à la table du dîner. Le fils a pris l’apparence d’un grand singe aux yeux rouges brillants. Boonmee a la faculté de se souvenir de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il va traverser la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie… Inspiré du livre « A Man Who Can Recall Past Lives » du moine thaïlandais Phra Sripariyattiweti, livre qui serait basé sur une histoire vraie, Oncle Boonmee a pour thème central la réincarnation et c’est un film que l’on peut ressentir différemment selon ses attirances vers une certaine spiritualité de l’existence. Il n’est pas ici question que de vies antérieures mais aussi d’une certaine superposition (ou entrelacement) de différents degrés de réalités, dans lesquels des créatures fantastiques (et/ou imaginaires) peuvent apparaître. Le film est particulièrement lent mais certaines scènes sont très belles et pleines de douceur. C’est en tous cas un film qui a le mérite d’être différent. Oncle Boonmee a été primé à Cannes en 2010, l’année où Tim Burton était président du jury.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas
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19 avril 2013

Carnage (2011) de Roman Polanski

CarnageDans un square de Brooklyn, un enfant de 11 ans blesse l’un de ses camarades de jeu lors d’une bagarre. Les parents se retrouvent peu après, avec l’intention de régler l’incident de manière civilisée. La rencontre va prendre un tour inattendu… Sa filmographie le prouve, Roman Polanski a une prédilection pour les huis clos, particulièrement ceux où la tension devient si forte qu’elle révèle des traits de la personnalité normalement cachés. Carnage est adapté d’une pièce de Yasmina Reza qui en a coécrit l’adaptation avec le cinéaste. Unité de lieu, un appartement newyorkais, et unité de temps, le film se déroule sans ellipse, en temps réel donc, sur 1h15 de temps. La situation évolue sans cesse, les échanges très urbains du début ne résistent pas à la tension qui s’installe, nous glissons d’une situation à une autre de façon assez subtile, des rapports de force se créent et s’évanouissent tout aussi rapidement. Carnage est assez remarquable par son écriture, d’autant plus que l’humour est assez présent, c’est une comédie. De nombreux passages sont même jubilatoires. Sous le vernis d’une civilité plus ou moins forcée, des sentiments resurgissent, plus triviaux, empreints d’un certain cynisme. Nul doute qu’après son assignation à résidence, l’adaptation de cette pièce qui fustige les bien-pensants d’une fausse largeur d’esprit n’était pas pour déplaire à Roman Polanski. C’est en tout cas très brillant.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jodie Foster, Kate Winslet, Christoph Waltz, John C. Reilly
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Voir les autres films de Roman Polanski chroniqués sur ce blog…

Remarque :
La pièce de Yasmina Reza Le Dieu du Carnage a d’abord été jouée en France en 2008 (avec Isabelle Huppert) puis à Broadway en 2009.

5 avril 2013

Les Infidèles (2012) de Jean Dujardin & 7 réalisateurs

Les infidèlesSur une idée de départ de Jean Dujardin et Gilles Lellouche, Les Infidèles est composé d’une petite dizaine de sketches ayant tous pour personnages principaux deux quadras immatures et dragueurs. De façon surprenante pour une comédie, le ton général n’est pas si enjoué que cela, certaines histoires étant même assez déprimantes. Nous sommes donc loin des films à sketches italiens qui étaient, eux, si réjouissants. Les histoires sont assez prévisibles et manquent souvent d’originalité, le meilleur sketch, et le plus amusant, étant à mes yeux celui de la réunion des « Infidèles Anonymes » où Sandrine Kiberlain tente de mener une thérapie de groupe. L’ensemble donne l’impression d’avoir été écrit à la hâte. Le marketing d’un tel film est facile…
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain, Alexandra Lamy, Manu Payet
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Les sketches :
Le Prologue réalisé par Fred Cavayé
Bernard réalisé par Alexandre Courtes
La Bonne Conscience réalisé par Michel Hazanavicius
Lolita réalisé par Éric Lartigau
Thibault réalisé par Alexandre Courtes
La Question réalisé par Emmanuelle Bercot
Simon réalisé par Alexandre Courtes
Les Infidèles Anonymes réalisé par Alexandre Courtes
Las Vegas réalisé par Jean Dujardin et Gilles Lellouche

1 avril 2013

L’Arnacoeur (2010) de Pascal Chaumeil

L'arnacoeurAlex est briseur de couples professionnel. Un de ses riches clients lui donne pour mission d’empêcher le mariage de sa fille qui a lieu dans une semaine… L’Arnacoeur est une comédie qui a rencontré un franc succès, tant auprès des critiques que du public. Il s’agit du premier film de Pascal Chaumeil. Le scénario est savamment dosé avec une pointe d’impertinence, une pointe de vulgarité et une bonne dose de charme. Le film repose sur un duo d’acteurs, chacun restant conforme à son image. Le meilleur est certainement à chercher du côté des seconds rôles où l’inventivité est bien plus grande. Il faut sans doute que le cinéma français soit capable de faire de tels films à recette (dans les deux sens du terme) mais on a le droit de trouver le résultat ennuyeux…
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Romain Duris, Vanessa Paradis, Julie Ferrier, François Damiens
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28 mars 2013

Take Shelter (2011) de Jeff Nichols

Take ShelterCurtis vit paisiblement avec sa femme et sa fille de cinq ans sourde et muette dans l’Ohio. Peu à peu, il devient obsédé par la menace d’un cataclysme et voit des menaces de tempête dans le ciel. Il veut se préparer pour pouvoir mettre sa famille à l’abri… Take Shelter est le second métrage de Jeff Nichols qui en a écrit lui-même le scénario. Avec cette histoire d’homme gagné par la schizophrénie, il a voulu dresser le portrait de son époque, une époque où l’on se génère des angoisses, des terreurs, où on se laisse gagner par la peur de son environnement. Pour appuyer son propos, il parvient à créer une atmosphère troublante et même angoissante, sur un rythme lent mais particulièrement insidieux car son caractère paisible est trompeur. La photographie est assez belle, contribuant à apporter une douceur (elle aussi trompeuse) à l’ensemble. Seule la fin paraît plus faible : Jeff Nichols la laisse ambigüe et ouverte à différentes interprétations, ce qui paraît bien inutile.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Michael Shannon, Jessica Chastain, Shea Whigham
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Remarque sur la fin :
(Ne lisez pas ce paragraphe si vous n’avez pas vu le film)
Si la scène finale de Take Shelter était réelle (ce qui détruirait tout le propos et ferait tomber le film dans le paranormal), le réalisateur aurait placé d’autres personnages dans la scène, des affolements, des cris, pour bien montrer sa réalité… Cela pourrait être un rêve, mais placer un rêve de plus en dernière scène n’apporterait rien… Non, le sens de cette scène finale est, à mes yeux, plus large que cela : Curtis a réussi à communiquer ses angoisses et ses phobies à sa famille et maintenant, au lieu d’être seul à avoir ces visions d’apocalypse, ils sont deux (voire trois avec la fillette). Une manière de souligner le caractère contagieux de l’angoisse.

1 mars 2013

Le Cochon de Gaza (2011) de Sylvain Estibal

Titre anglais : « When Pigs Have Wings »

Le cochon de GazaLe lendemain d’une tempête, Jafaar, un pêcheur palestinien de Gaza, trouve dans ses filets un cochon vivant. Il ne sait comment faire pour se débarrasser de cet animal impur. Il tente tout d’abord de le proposer discrètement aux observateurs des Nations-Unies mais sans succès… Cette comédie qui se déroule à Gaza est le premier long métrage d’un journaliste et romancier français né en Uruguay, Sylvain Estibal. Il en a écrit lui-même le scénario. Le sujet a beau être délicat, surtout quand il s’agit de faire de l’humour, il sait trouver le ton juste. Son humour n’est jamais méchant ni même trop caustique et il est difficile de ne pas adhérer au fond du propos qui prône le rapprochement des peuples. Sylvain Estibal joue beaucoup avec le côté saugrenu et même ubuesque de certaines situations. Il y a vraiment de belles trouvailles d’humour et de belles réparties. Le Cochon de Gaza est une réussite.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Sasson Gabai, Baya Belal, Myriam Tekaïa, Khalifa Natour, Ulrich Tukur
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18 février 2013

Mission: Impossible – Protocole fantôme (2011) de Brad Bird

Titre original : « Mission: Impossible – Ghost Protocol »

Mission: Impossible - Protocole fantômeUn dangereux terroriste a réussi à mettre la main sur les codes de lancement des missiles nucléaires et il a l’intention de s’en servir… Quatrième volet de la série, Mission: Impossible – Protocole fantôme a été conçu pour être plus proche de l’esprit de la série télévisée qui a impressionné une génération. L’accent est ainsi mis sur la mission et le travail d’équipe et l’on retrouve même certaines phrases clés et la musique (arrangée). Si la multitude de gadgets lui donne une petite connotation James Bond, il y a de bonnes trouvailles, le scénario jouant avec la technologie pour nous ébahir mais aussi pour nous amuser. Brad Bird vient de chez Pixar et il en a gardé une certaine fraîcheur, ce qui est rare dans les films actuels d’action. L’ensemble est peu long tout de même mais reste un assez bon divertissement.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Tom Cruise, Paula Patton, Simon Pegg, Jeremy Renner, Anil Kapoor, Léa Seydoux
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11 février 2013

L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schöller

L'exercice de l'ÉtatL’Exercice de l’État nous propose une vision d’un monde que l’on connait finalement assez peu. Pierre Schöller nous montre non pas les petites manoeuvres politiciennes, les luttes intestines mais plutôt une image plus réelle, plus quotidienne pourrait-on presque dire, de l’exercice du pouvoir : comment un ministre, doté de convictions et qui, à priori, désire rester intègre, va gérer un projet de réforme importante sur laquelle il va certainement devoir se rétracter et comment la réalité vient s’immiscer par ses évènements, ses imprévus. Assez intelligemment, Pierre Schöller a choisi un ministre de second plan (les transports) et s’arrange pour que le bord politique ne soit pas clairement évident. Il s’est documenté sur les mécanismes de décision, nous montrant bien comment le ministre travaille avec son chef de cabinet et ses proches conseillers. Cet aspect rend le film attrayant car il nous montre de l’intérieur un monde auquel nous n’avons accès. En revanche, le défaut de L’Exercice de l’État est sans doute de ne proposer que cela, la réflexion sur le pouvoir restant finalement assez limitée. La tension est bien créée, elle reste constante tout au long du film. Pierre Schöller fait preuve d’une belle maitrise de la mise en scène et l’interprétation d’Olivier Gourmet est parfaite ; il est soutenu par des seconds rôles fort bien tenus.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Olivier Gourmet, Michel Blanc, Zabou Breitman, Laurent Stocker, Sylvain Deblé, Didier Bezace
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5 février 2013

Habemus Papam (2011) de Nanni Moretti

Habemus PapamUn nouveau pape vient d’être élu. Au moment de faire sa première apparition publique au balcon, il panique et se réfugie dans ses appartements. Il avoue de pas avoir la force d’assumer la charge que ses pairs lui ont confiée… Alors que l’on pouvait attendre un film anticlérical, Habemus Papam est plus une réflexion existentielle sur la direction que nous donnons à notre vie, le contrôle que nous avons sur ces choix, sur l’aboutissement d’une vie consacrée à un idéal. Nanni Moretti aurait certainement pu placer cette situation dans un tout autre cadre mais le fait de la situer au Vatican permet de tout exacerber grâce aux règles très strictes en vigueur (personne ne doit sortir du Vatican tant que le nouveau pape ne s’est pas montré). Cela lui permet d’apporter également une touche d’humour, sans hésiter à forcer un peu le trait avec son tournoi de volley-ball. Moretti place également une réflexion sur le rôle d’acteur : où s’arrête le jeu et où commence la réalité ? Habemus Papam a d’ailleurs un petit côté « réalité suspendue » par le contraste entre le monde extérieur dans l’expectative et le petit monde isolé du Vatican où un semblant de vie s’organise. Moretti maitrise parfaitement la mise en scène, toujours crédible même dans ses scènes les plus vastes. Il a en outre toujours ce talent pour mêler habilement réflexion et dérision, mélange qui rend ses films attachants.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Michel Piccoli, Jerzy Stuhr, Nanni Moretti, Margherita Buy
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Remarque :
Habemus Papam est la phrase latine rituellement prononcée lors de l’élection d’un nouveau pape : « Nous avons un pape ».

30 janvier 2013

Et maintenant on va où? (2011) de Nadine Labaki

Et maintenant on va où?Dans un petit village isolé du Liban, les femmes chrétiennes et musulmanes s’unissent pour éloigner le spectre de la guerre toute proche et empêcher les hommes de s’enflammer pour un oui ou pour un non. Pour ce faire, elles font preuve d’une grande ingéniosité et sont prêtes à aller très loin… Et maintenant on va où? traite avec humour d’un sujet grave, mettant en relief l’absurdité de cette spirale de violence dans laquelle beaucoup se retrouvent enfermés. Nadine Labaki joue sur plusieurs registres, mêlant habilement les genres, mais garde toujours un ton très juste. La réalisation est assez travaillée avec une caméra très mobile, très près des personnages, souvent au milieu de l’action. Et maintenant on va où? est ainsi très enlevé.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Nadine Labaki, Yvonne Maalouf, Claude Baz Moussawbaa
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