24 août 2015

Prête à tout (1995) de Gus Van Sant

Titre original : « To Die For »

Prête à toutSuzanne Stone est une jeune femme qui sait exactement ce qu’elle veut : être présentatrice de télévision. Elle montre une grande détermination pour atteindre son but, bien décidée à balayer tout ce qui se trouvera en travers de sa route… Adapté d’un roman de Joyce Maynard (lui-même basé sur une histoire vraie), Prête à tout a beau être une oeuvre de commande pour Gus Van Sant, elle ne manque pas d’attraits. Cette comédie noire sur l’arrivisme et le rêve américain est assez surprenante par sa construction : elle a le mérite d’être originale mais le défaut de nous indiquer d’emblée le dénouement. Presque tout le film est un flashback, raconté à la façon d’un reportage-enquête ; certains plans ne feront sens qu’à la fin toutefois. Prête à tout sera un révélateur pour Nicole Kidman qui est particulièrement mise en valeur : l’actrice, qui était auparavant surtout vue comme la femme de Tom Cruise, va à partir de ce film devenir une actrice de premier plan. Extrêmement photogénique, elle a ici une présence à l’écran rare et Gus Van Sant ne se prive pas de la filmer en très gros plan. On remarquera aussi le petit rôle tenu par le réalisateur David Cronenberg (l’homme avec lequel elle a rendez-vous au lac à la fin du film).
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Nicole Kidman, Matt Dillon, Joaquin Phoenix, Casey Affleck, Illeana Douglas, Alison Folland
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Prête à tout
Nicole Kidman dans Prête à tout de Gus Van Sant.

 

22 mars 2015

L’impitoyable (1948) de Edgar G. Ulmer

Titre original : « Ruthless »

L'impitoyableVic Lambdin se rend avec sa femme Mallory à la résidence de son ami d’enfance, Horace Vendig, devenu l’un des plus riches financiers de New York. Celui-ci annonce qu’il se retire des affaires, laissant la plus grande partie de sa fortune à une fondation. Les deux amis qui ont fini par se détester se remémorent le passé… La construction de Ruthless en flashbacks successifs a parfois conduit le surnommer le « Citizen Kane de série B ». C’est à la fois flatteur et sévère car, s’il n’a pas toutes les qualités du film de Welles, ce n’est pas non plus un film mineur. Certes, Edgar G. Ulmer a été souvent cantonné à la série B mais il a parfois bénéficié de budgets un peu plus importants et de meilleurs castings, montrant alors ses qualités. C’est ici le cas. Ruthless est une fable morale sur l’ambition au service d’un individualisme forcené. Le portrait psychologique est assez profond car, en réalité, il nous montre que ce n’est ni l’ambition seule, ni même le désir de s’enrichir qui meut le financier mais l’angoisse d’être privé de que les autres ont. Il a ainsi bâti sa fortune en prenant quelque chose aux personnes qu’il côtoie, aussi bien amis qu’ennemis, à commencer par les femmes. Cet arrivisme déshumanisé n’a pas vraiment de ligne directrice ni de dessein, le propos passe même par une certaine démonstration de l’absence de libre arbitre (1). Zachary Scott est très crédible dans son rôle (avec, de façon amusante pour nous, spectateur français, une certaine ressemblance physique avec Bernard Arnault). Malgré quelques lourdeurs occasionnelles, la réalisation d’Edgar G. Ulmer sait donner une certaine ampleur à ce portrait psychologique.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Zachary Scott, Louis Hayward, Diana Lynn, Sydney Greenstreet, Lucille Bremer, Martha Vickers
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Ruthless
Louis Hayward, Diana Lynn et Zachary Scott dans L’impitoyable (Ruthless) de Edgar G. Ulmer

Remarque :
* Ruthless est adapté d’un roman de Dayton Stoddart : Prelude to Night.

(1) Le propos se place donc à l’opposé du libertarisme prôné par Ayn Rand dans Le Rebelle de King Vidor qui sortira l’année suivante et qui place l’individualisme en tant que qualité motrice et le lie à la liberté individuelle et au libre arbitre.

6 août 2014

The Housemaid (2010) de Im Sang-soo

Titre original : « Hanyo »

The HousemaidUne jeune femme se fait embaucher comme aide-gouvernante dans une riche maison bourgeoise. Elle doit céder aux avances du maitre de maison… Im Sang-soo devait certainement tirer un avantage de présenter The Housemaid comme un remake de La Servante de Kim Ki-young car, en réalité, les histoires n’ont que bien peu de points communs ! Disons plutôt qu’il s’agit d’une variation sur le même thème, à savoir une jeune servante embauchée par une famille. Plus qu’une intrigue psychologique, The Housemaid est un film qui désire explorer les rapports de classe entre riches et pauvres. L’histoire est simple et (hélas) prévisible, Im Sang-soo se focalisant sur le thème du sentiment de supériorité (le mari) et de l’arrivisme (la femme et sa mère). Plusieurs éléments ne sont pas crédibles et la fin est quelque peu outrancière. En fait, si le film se révèle plaisant à regarder, c’est surtout grâce à sa forme élégante : une superbe photographie, une composition des plans qui frise la perfection. Im Sang-soo joue beaucoup avec les symétries, les cadres. C’est un délice pour les yeux. Quel dommage que le contenu ne soit pas de la même qualité !
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jeon Do-yeon, Lee Jung-Jae, Yoon Yeo-jeong
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Voir sur ce blog : La Servante de Kim Ki-Young (1960)…

Remarque :
Im Sang-soo poursuivra son exploration très critique de l’univers des ultrariches avec son film suivant L’Ivresse de l’argent (2012).

13 mai 2014

L’aveu (1944) de Douglas Sirk

Titre original : « Summer Storm »

L'aveuDans la Russie de 1912, peu avant la Révolution, le jeune juge de province Fedor Petroff est fiancé à Nadena Kalenine. Il est également ami avec le riche comte Volsky et c’est chez ce dernier qu’il fait la connaissance de la fille du bucheron du domaine, Olga, et tombe sous le charme… Summer Storm est inspiré d’une nouvelle de Tchekhov, La Partie de chasse. Deuxième film américain de Douglas Sirk, il fait partie de ce que l’on a coutume d’appeler « la première période américaine » du réalisateur, celle où il n’était pas encore totalement entré dans le moule d’Hollywood. Effectivement, Summer Storm est bien plus un film européen dans l’âme qu’un film américain. Douglas Sirk dit avoir bénéficié d’une totale liberté artistique pour tourner ce projet qui lui tenait à coeur, avec peu de moyens certes mais sans contrainte. Il brosse avec talent le portrait d’un lâche et d’une arriviste dans un monde sur le point de basculer. Le style est sobre, le déroulement du scénario est remarquable. Si Linda Darnell n’est pas toujours parfaitement crédible en paysanne, George Sanders est parfait dans ce type de rôle de personnage assez veule mais le plus surprenant est le choix d’Edward Everett Horton pour interpréter le comte, l’acteur apportant une pointe comique dans un registre tragique. Cela donne à cette adaptation une note assez personnelle et ajoute à cette impression d’être en équilibre entre deux mondes.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Linda Darnell, George Sanders, Edward Everett Horton, Anna Lee, Hugo Haas
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Homonyme :
L’aveu de Costa-Gavras (1970) avec Yves Montand et Simone Signoret.

26 mars 2013

La Banque Nemo (1934) de Marguerite Viel

La banque NemoVendeur de journaux, Gustave Labrèche se fait embaucher comme commis à la banque Nemo. A force d’intrigues et d’escroqueries, il parvient à devenir fondé de pouvoir de la banque… La Banque Nemo est sorti à une époque troublée par l’Affaire Stavisky. Le film est toutefois adapté d’une pièce de théâtre de Louis Verneuil qui était jouée deux ans avant l’affaire. Le film eut des soucis avec la censure, principalement à cause de la scène du conseil des ministres qui montre très crument comment les politiques préfèrent étouffer une affaire lorsqu’elle pourrait les éclabousser. Cette scène fut purement et simplement coupée à la sortie du film. Elle est pourtant l’un des plus remarquables du film. Acteur de théâtre de boulevard très connu à l’époque, Victor Boucher reprend le rôle qu’il tenait sur les planches, comme plusieurs des seconds rôles d’ailleurs. L’ensemble manque quelque peu de brillance et de panache mais il y a de bonnes répliques. On notera que Marguerite Viel est l’une des rares réalisatrices des années trente (1). Sa mise en scène est, il faut bien l’avouer, un peu terne. La Banque Nemo est un film assez rare car il fut rapidement retiré des circuits.
Elle: 2 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Victor Boucher, Mona Goya, Charles Fallot
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(1) Marguerite Viel a réalisé trois longs métrages :
La Jungle d’une grande ville (1930), film franco-tchécoslovaque co-réalisé avec Leo Marten
Occupe-toi d’Amélie (1932) co-réalisé avec Richard Weisbach
La Banque Nemo (1934) qu’elle a réalisé seule.
Les réalisatrices françaises dans les années trente sont très rares. Outre Marguerite Viel, on peut citer Marie Epstein (la soeur de Jean Epstein), Solange Térac (ou Solange Bussi). Les réalisatrices de documentaires ne sont guère plus nombreuses : Lucie Derain, Claudine Lenoir, Lucette Gaudard.

14 mars 2013

La fin d’une douce nuit (1961) de Yoshishige Yoshida

Titre original : « Amai yoru no hate »

La fin d'une douce nuitHumilié de devoir rompre avec sa fiancée qui a choisi un meilleur parti, le jeune Jirô n’a dès lors qu’une idée en tête : épouser une femme riche et gravir ainsi l’échelle sociale. Il utilise une jeune fille pour mieux s’introduire auprès de la fille de son patron qui tient un club… La fin d’une douce nuit est le troisième film réalisé par Yoshida. Pour en écrire le scénario, il dit s’être inspiré du Le Rouge et le Noir de Stendhal et son personnage est donc, dans son esprit, un Julien Sorel moderne. On pourrait ajouter qu’il évoque aussi le Valmont des Liaison Dangereuses, quoiqu’en moins élégant. Arriviste et cruel, Jirô n’a pour lui qu’une grande soif de vivre mais il est attiré par ce qui brille et rêve de vie facile. C’est un pur produit de la société où l’argent domine les rapports humains. Cet argent ne semble pas pourtant  apporter de bien-être pour autant car les personnages riches de cette histoire sont bien seuls ;  notons que ce sont les personnages féminins qui tirent le mieux leur épingle du jeu, même si la fin qu’a choisie Yoshida pour la jeune fille est quelque peu surprenante. Le film de Yoshida montre une belle énergie, nourrie de la vitalité des deux jeunes personnages. La fin d’une douce nuit est un très beau film.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Masahiko Tsugawa, Michiko Saga, Teruyo Yamagami, Sumiko Hidaka
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13 octobre 2012

Ève (1950) de Joseph L. Mankiewicz

Titre original : « All about Eve »

ÈveAlors que l’actrice de théâtre Eve Harrington reçoit une récompense lors d’une soirée, plusieurs personnes se remémore sa rapide ascension… L’un des plus célèbres films de Joseph Mankiewicz, All about Eve fait partie de ces films qui semblent approcher une certaine perfection. Tout est brillant, à commencer par le scénario très intelligemment écrit par Mankiewicz sur la base d’une nouvelle de Mary Orr. La construction repose sur un flashback raconté par plusieurs personnages, une construction élégante que le réalisateur reprendra encore plus brillamment pour La comtesse aux pieds nus. Les dialogues sont d’une grande richesse avec de nombreuses répliques mémorables. La mise en scène est très maitrisée et l’interprétation admirable : c’est bien entendu Bette Davis qui est la plus remarquable dans son rôle d’actrice hantée par son âge avec ses accès d’humeur et son penchant pour l’alcool mais tous les rôles de premier et second plans sont parfaitement tenus. Cette peinture du monde du spectacle n’est pas dénuée d’acidité, c’est un monde où le mensonge côtoie l’arrivisme et le cynisme, même quand le talent est là. Film presque parfait, All about Eve connut un très grand succès et reçut de nombreux prix.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Bette Davis, Anne Baxter, George Sanders, Celeste Holm, Gary Merrill, Hugh Marlowe, Gregory Ratoff, Thelma Ritter, Marilyn Monroe
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Remarques :
* Mankiewicz a dit s’être inspiré de son ami Elian Kazan pour le personnage de Bill, le metteur en scène.
* La Sarah Siddons Society n’existait pas encore au moment du tournage de Eve. C’est une pure création de Mankiewicz. Du fait du succès du film, des amateurs de théâtre créèrent la vraie Sarah Siddons Society en 1952 et commencèrent à décerner un prix à une actrice particulièrement remarquée au cours de la saison passée. C’est maintenant l’un des prix les plus importants dans le monde du théâtre. Et la statuette remise est identique à celle du film!