6 mars 2007

La Comtesse aux pieds nus (1954) de Joseph L. Mankiewicz

Titre original : The Barefoot Contessa

La Comtesse aux pieds nus Elle :
La façon de raconter la vie de la belle comtesse aux pieds nus est originale : lors de son enterrement, les proches qui l’ont connue racontent un par un leur relation avec elle. La lumineuse Ava Gardner incarne cette danseuse devenue star de cinéma. Bogart joue sobrement le rôle du metteur en scène protecteur. Le réalisateur dépeint avec cruauté le monde superficiel d’Hollywood et met en avant les valeurs humaines telles la sincérité, l’amitié, la fidélité. Les menteurs, les poseurs et baratineurs sont ridiculisés. Le couple Gardner / Bogart est très touchant d’autant plus que l’actrice a divorcé trois fois et n’a jamais eu d’enfant dans sa vraie vie.
Note : 5 étoiles

Lui :
Barefoot ContessaCe grand classique de Mankiewicz n’a pas pris une ride et c’est toujours un grand plaisir de le revoir. D’une part, le regard quelque peu mordant qu’il porte sur le monde du cinéma et sur une certaine aristocratie s’applique tout aussi bien de nos jours. D’autre part, la magie qui se dégage de son oeuvre, cette ambiance à la limite du conte de fées, semble inaltérable au temps. Ava Gardner resplendit et Humphrey Bogart, tout en retenue, dégage une force rare de son personnage. La construction du film est superbe, sorte d’enquête qui n’est pas sans rappeler Citizen Kane. La Comtesse aux pieds nusC’est l’un des films les plus aboutis, les plus parfaits de Mankiewicz. La Comtesse aux pieds nus est un film qui mérite bien son aura ; il est à classer parmi les plus grands films de toute l’histoire du cinéma.
Note : 5 étoiles

Acteurs: Humphrey Bogart, Ava Gardner, Edmond O’Brien, Marius Goring, Valentina Cortese, Rossano Brazzi
Voir la fiche du film et la filmographie de Joseph L. Mankiewicz sur le site imdb.com.

Voir les autres films de Joseph L. Mankiewicz chroniqués sur ce blog…

2 commentaires sur « La Comtesse aux pieds nus (1954) de Joseph L. Mankiewicz »

  1. Dans un cimetière sous la pluie, une foule compacte rend un dernier hommage à la comédienne Maria d’Armato de son vrai nom Maria Vargas .

    Harry Dawes réalisateur scénariste ami très proche de Maria se souvient…

    Maria remarquée dans une taverne de Madrid est soudainement mise en lumière par les métiers du cinéma. Ceci ne supprime pas une hérédité qui s’exprime par un processus interne tenace et tumultueux dominant les sens de la belle.

    Harry devenu son principal confident gère au mieux la carrière et les manques de rigueurs de cette beauté souffrant intérieurement d’un manque de maturité et d’un besoin de liberté constant que son environnement inexistant a engendré.

    Ses basses origines bloquent un épanouissement nécessaire à l’équilibre entre un monde sordide qu’il fallait fuir et le basculement soudain dans un environnement opposé n’apportant pas la sérénité espérée.

    Les aventures masculines sans lendemain se succèdent. Jusqu’au jour ou un profil idéal se présente, le comte Torlato-Frabrini intervient à bon escient lors d’une querelle. Maria semble apaisée et conquise par la quiétude d’un avenir protecteur mais le destin en décide autrement.

    Ce cas est typique, Maria au départ est une rose sur un tas de fumier. Ses conditions d’existences sont déplorables, délaissée par l’éducation parentale, livrée à elle-même elle se prend en charge en évoluant par un manque de possibilités intellectuelles dans un contexte voyeuriste de bas niveau que sa beauté impose.

    Harry manipulé par les contraintes de son métier est néanmoins un sauveur qui libère un esprit de la torpeur des cabarets madrilènes en lui offrant une chance d’exister par le cinéma.

    La fabrication de Maria Vargas en Maria d’Armato donne naissance à un cheminement tortueux. Dans ce nouveau monde d’aisance une femme à l’origine exposée sur la scène devant des hommes passifs se retrouve dans la possibilité d’assouvir ses besoins amoureux dans un monde de paillettes avec des partenaires beaucoup plus aisés.

    Tout en rêvant au prince charmant Maria assouvit les exigences de son corps.

    Ce besoin charnel volontairement mis en valeur par Maria déchaîne par définition des comportements naturels, irréversibles, donc tragiques.

  2. LOIN DE HOLLYWOOD
    ou PLUS DURE SERA LA CHUTE
    4 ans après le succès d’All about Eve sur le monde du théâtre à Broadway (qu’il connait bien) et 4 films plus tard, Manckiewicz récidive en pointant cette fois le milieu à la fois moralisateur et pourri par le fric du cinéma hollywoodien (qu’il connait bien aussi, et pour cause) qu’il met en scène loin de là, en Europe, à Cinecitta. et par la même occasion il poursuit sa grande galerie de portraits féminins portées par des actrices d’exception. c’est également pour lui l’occasion de s’affranchir de la tutelle des puissants patrons de studios et de fonder sa propre maison de production : Figaro, et de tourner dans la vieille Europe son premier film en couleurs (photo de Jack Cardiff)
    Maria Vargas, danseuse aux pieds nus des cabarets madrilènes, qu’un trio hollywoodien (un producteur milliardaire abject, un chargé de com pathétique et un metteur en scène désabusé sur le retour) en quête de nouvelle tête (qu’on jettera sitôt l’entichement passé) vient essayer de convaincre de partir pour la Mecque du cinéma faire un bout d’essai (qu’elle fera à Rome). Et c’est Ava qui s’y colle. Ah! la beauté d’Ava Gardner, chantée par Souchon, les avatars d’Ava star qui ont alimenté les gazettes! Donc Maria/Ava inconnue devient star du jour au lendemain en un premier film sous le pseudo de Maria d’Amata et tourne trois films sous la houlette de son metteur en scène mentor et Pygmalion (Humphrey / Harry) qui la révèle à elle-même, aux autres du milieu, et au public, le rayonnement d’Ava allant jusqu’à insuffler une nouvelle jeunesse à Humphrey, car on a du mal parfois dans le film à séparer les personnages des acteurs, la vie fictive de la vie réelle (et on peut d’ailleurs s’amuser à coller des portraits d’images réelles comme en écho sur les personnages du film)

    La pettite fleur miséreuse des faubourgs et aux amants de minuit monte au firmament.
    Alors, seule dans un monde pourri par le fric, telle Cendrillon cherchant l’amour d’un prince charmant, un soir dans un casino de la Riviera elle le rencontre sous les traits du comte Torlatto-Favrini, dernier d’une lignée d’aristocrates italiens en chute libre. Voici Maria d’Amata comtesse Torlatto-Favrini : le conte de fées des rêves de son enfance assorti, c’est un bonus, de chaussures de marque et de rêves. Oui mais voilà, sans rien spoiler, tout tournera très mal jusqu’à la fin tragique
    Chaque épisode resserre d’un tour d’écrou la montée et le vertige de notre Cendrillon aux pieds nus, et Manckiewicz, auteur du scénario et des dialogues, reprend la construction d’All about Eve où plusieurs personnages prennent le relais de la narration du récit en voix off à partir d’une séquence let-motif, ici dans un cimetière sous la pluie
    La musique de Mario Nascimbene ajoute à la beauté fatale de l’entreprise

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