15 mars 2017

Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders

Titre original : « Der Himmel über Berlin »

Les ailes du désir A Berlin, les anges Cassiel (Otto Sander) et Damiel (Bruno Ganz) veillent sur les humains et recueillent depuis des siècles leurs monologues intérieurs et tout ce qui chez eux traduit une recherche de sens et de beauté… Les Ailes du désir marque la fin de la période américaine de Wim Wenders. Il revient en Allemagne pour signer un film sur Berlin, y mettant tout ce que la ville représente pour lui. Son film est une fable poétique et philosophique, marquée par la mélancolie et le désir de construire un avenir commun où l’amour universel et la grâce devront avoir une place. C’est aussi une réflexion sur l’Histoire, le poids du passé est très présent, celui de la guerre et de la reconstruction (ce qui a fait dire à certains que Wenders faisait son Allemagne Année Zéro) et celui de la partition de la ville, symbolisée par cette Potsdamer Platz devenue un gigantesque no man’s land entouré de ruines (le mur sera détruit deux ans plus tard). Les Ailes du désir est vraiment enthousiasmant par sa forme, avec une belle utilisation du noir et blanc (la vision des anges) et de la couleur (la vision des humains) et une merveilleuse photographie signée par le grand Henri Alekan. Le film est également plein de trouvailles cinématographiques qui ajoutent à la poésie de l’ensemble. La musique de Nick Cave and the Bad Seeds contribue à restituer l’atmosphère de la ville à la veille de la chute du Mur. Tourné sans scénario formalisé, Les Ailes du Désir apparaît au spectateur comme une véritable œuvre de création.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Bruno Ganz, Solveig Dommartin, Otto Sander, Curt Bois, Peter Falk
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Les Ailes du désir
Solveig Dommartin dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Les Ailes du désir
Bruno Ganz et Solveig Dommartin dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Les Ailes du désir
Peter Falk dans Les Ailes du désir de Wim Wenders.

Remarques :
* Le personnage de Peter Falk a été ajouté à mi tournage.

* Wim Wenders raconte qu’il a inséré la mention « à suivre » en fin de film pour laisser espoir à Otto Sander qu’il pourrait lui-aussi jouer un ange qui devient humain, mais sans savoir du tout s’il ferait un tel film ou non. Il le fit néanmoins sept ans plus tard : Si loin, si proche! (In weiter Ferne, so nah!) (1993).

* Anecdote (racontée par Wenders) : n’ayant pu obtenir l’autorisation de filmer entre les deux murs (Wim Wenders avait pourtant un bon contact avec l’Est mais le fait qu’un ange puisse traverser le mur était inconcevable à leurs yeux), un décor fut reconstitué pour la scène qui s’y déroule. Pour faire plus vrai, une centaine de lapins furent introduits (car l’entre-deux-murs était le paradis des lapins) et ils devinrent un gros problème car ils n’arrêtaient pas de copuler en arrière plan. Seuls quelques-uns sont visibles à l’écran.

11 mars 2017

Top Secret! (1984) de Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker

Top Secret!En Allemagne de l’Est, un général veut réunir les deux Allemagne et en prendre la direction. Il organise un concert pour détourner l’attention et fait venir une vedette américaine de rock and roll… Top Secret est écrit et réalisé par Jim Abrahams, David et Jerry Zucker, les trois compères qui avaient créé Y a-t-il un pilote dans l’avion? en 1980. C’est une satire des films sur la Seconde Guerre mondiale. L’histoire est totalement farfelue, pleine d’anachronismes de lieux (il y a des taxis londoniens en Allemagne et la Résistance est française) et de temps (musicalement, nous sommes dans les années cinquante voire soixante alors que les allemands sont habillés comme des nazis et on peut voir des véhicules de plusieurs époques). Il y a de bons et même de très bons gags, avec beaucoup de détournements de poncifs. Cela n’arrête pas. En outre, les clins d’œil ou pastiches de films sont très nombreux. Val Kilmer se révèle très convaincant en star de rock’n roll, l’acteur chantant lui-même les morceaux avec beaucoup d’énergie. Moins connu que Y a-t-il un pilote dans l’avion? et incontestablement bien plus réussi que ses suites, Top Secret! est un vrai plaisir à regarder.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Val Kilmer, Lucy Gutteridge, Peter Cushing, Jeremy Kemp, Omar Sharif
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Listes des films pastichés ou évoqués :
Le magicien d’Oz (1939), Autant en emporte le vent (1939), Casablanca (1942), Les conspirateurs (1944), Espions sur la Tamise (1944), Tendre symphonie (1944), Cape et poignard (1946), Amour frénétique (1957), Frankenstein s’est échappé! (1957), La grande évasion (1963), Goldfinger (1964), La mélodie du bonheur (1965), Le crâne maléfique (1965), Les dents de la mer (1975), Une poignée de salopards (1978), Le lagon bleu (1980), Les aventuriers de l’arche perdue (1981), E.T., l’extra-terrestre (1982).

Top Secret!
Lucy Gutteridge et Val Kilmer dans Top Secret! de Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker.

Top Secret!
Ian McNeice et Omar Sharif dans Top Secret! de Jim Abrahams, David Zucker et Jerry Zucker.

9 mars 2017

Un monde sans pitié (1989) de Eric Rochant

Un monde sans pitiéHippo est un trentenaire désabusé : face à un monde dominé par la crise économique, il vit au jour le jour, sans faire de plan. Seul l’amour reste véritable et salutaire à ses yeux. Il rencontre Nathalie, étudiante studieuse à l’École normale supérieure, tout à l’opposé de lui donc… Premier long métrage d’Eric Rochant (alors âgé de 28 ans), Un monde sans pitié fait partie de ces films que l’on qualifie de « générationnel » : toute une génération en manque de repères s’est reconnue dans cette semi-errance. Quand tous les idéaux sont morts, que nous reste t-il ? Hippo ne cherche pas à changer le monde, il ne s’intéresse à rien, il se contente de vivre aux crochets de ses parents et de son jeune frère lycéen, revendeur de cannabis, sur lequel il est censé veiller. Hippo ne construit rien, n’attend rien, sauf de l’amour qu’il conçoit assez égoïstement comme une relation possessive. Le film ne propose donc pas de modèle, nous ne sommes pas ici dans le « comment vivre ? » ; Eric Rochant fait seulement un constat, il porte un regard presque sociologique sur sa génération. C’est le premier grand rôle pour Hippolyte Girardot (qui, rappelons-le, n’a aucun lien de parenté avec Annie Girardot). Le succès du film le desservira quelque peu en l’enfermant dans un certain style de personnage. Eric Rochant, quant à lui, fait une entrée remarquée dans le monde du cinéma français, tout comme le fera son ami Arnaud Desplechins deux ans plus tard.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Hippolyte Girardot, Mireille Perrier, Yvan Attal, Jean-Marie Rollin
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Un monde sans pitié
Hippolyte Girardot et Yavn Attal dans Un monde sans pitié de Eric Rochant.

Un monde sans pitié
Jean-Marie Rollin et Hippolyte Girardot dans Un monde sans pitié de Eric Rochant.

23 février 2017

Les cadavres ne portent pas de costard (1982) de Carl Reiner

Titre original : « Dead Men Don’t Wear Plaid »

Les cadavres ne portent pas de costardLes affaires sont calmes pour le détective John Forrest lorsqu’une cliente frappe à sa porte. Il s’agit de la fille d’un scientifique renommé (et fabriquant de fromages) qui vient de périr dans un accident automobile. Elle pense qu’il a été assassiné… L’idée a germé dans les esprits de Carl Reiner, George Gipe et Steve Martin : faire un film parodique qui incorporerait des extraits de films noirs des années quarante. Bien évidemment, il fallait que le film soit en noir et blanc et c’est grâce à l’usage subtil des champs-contrechamps que l’illusion est créée :  nous avons l’impression que ces acteurs des années quarante donnent la réplique à Steve Martin. L’histoire est totalement farfelue, elle est surtout un prétexte non seulement pour inclure les différents extraits mais aussi pour placer une multitude de clins d’œil qu’il est impossible de tous repérer tant il y en a. Les scénaristes ont toutefois réussi à introduire de très bons gags, le plus célèbre étant cette méthode si particulière  de Rachel Ward pour extraire les balles. La voix off contribue à recréer l’atmosphère des films de détective privé. Steve Martin ressemble plus que jamais à Dana Andrews mais l’acteur a pris soin de ne pas calquer son jeu sur tel ou tel acteur pour éviter le mimétisme (par exemple, il aurait pu se gratter l’oreille et on se serait tous pâmé… mais non, il ne le fait pas). Face à lui, Rachel Ward ne présente aucune ressemblance particulière ; par ailleurs, on peut se demander pourquoi il a été choisi de lui laisser une coupe de cheveux typique des années soixante-dix. Même si on ne peut nier que Les cadavres ne portent pas de costard est un film pour cinéphiles (si on ne reconnait pas les acteurs, l’humour tombe, c’est inévitable), il est au final très amusant et unique en son genre.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Steve Martin, Rachel Ward, Carl Reiner
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Remarques :
* L’humour du titre ne passe pas vraiment dans la traduction : « plaid » (morceau de tissu écossais porté) peut être un costume, certes, mais un costume en tissu écossais (qu’il faut être américain pour porter, soit-dit en passant !) Or, les cadavres sont toujours habillés à la morgue avec un costume plus habillé qu’un « plaid ». Une meilleure traduction aurait pu être « Les cadavres ne portent pas de blouson vert » ou  même « Les cadavres portent toujours un costard ». 🙂
* Ceci dit, le titre n’a pas de sens particulier (même si Steve Martin arrive à le placer dans une scène). C’est une parodie des titres de romans policiers.
* La série Dream On a repris un peu le principe dans les années 90 mais différemment : les extraits de films servent à exprimer les pensées intérieures du personnage principal.

Les cadavres ne portent pas de costard
Rachel Ward et Steve Martin dans Les cadavres ne portent pas de costard de Carl Reiner.

Les cadavres ne portent pas de costard
Steve Martin censé faire face à Ingrid Bergman dans Les cadavres ne portent pas de costard de Carl Reiner.

Acteurs /extraits de films :
– Alan Ladd dans Tueur à gages (This Gun for Hire) de Frank Tuttle
– Barbara Stanwyck dans Raccrochez, c’est une erreur (Sorry, wrong number) d’Anatole Litvak et Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder
– Ray Milland dans Le Poison (The Lost Weekend) de Billy Wilder
– Ava Gardner dans Les tueurs (The killers) de Robert Siodmak et L’Île au complot (The Bribe) de Robert Z. Léonard
– Burt Lancaster dans Les tueurs (The killers) de Robert Siodmak
– Humphrey Bogart dans Le Grand Sommeil (The Big Sleep), Le Violent (In a Lonely Place) et Les Passagers de la nuit (Dark Passage)
– Cary Grant dans Soupçons (Suspicion) d’Alfred Hitchcock
– Ingrid Bergman dans Les Enchaînés (Notorious) d’Alfred Hitchcock
– Veronica Lake dans La Clé de verre (The Glass Key) de Stuart Heisler
– Bette Davis dans Jalousie (Deception) d’Irving Rapper
– Lana Turner dans Johnny, roi des gangsters (Johnny Eager) de Mervyn LeRoy et Le facteur sonne toujours deux fois (The Postman Always Rings Twice) de Tay Garnett
– Edward Arnold dans Johnny, roi des gangsters (Johnny Eager) de Mervyn LeRoy
– Kirk Douglas dans L’Homme aux abois (I Walk Alone) de Byron Haskin
– Fred MacMurray dans Assurance sur la mort (Double Indemnity) de Billy Wilder
– James Cagney dans L’enfer est à lui (White Heat) de Raoul Walsh
– Joan Crawford dans Humoresque de Jean Negulesco
– Charles Laughton et Vincent Price dans  L’Île au complot (The Bribe) de Robert Z. Léonard

Les cadavres ne portent pas de costard
A gauche : Dana Andrews dans Laura (1944). A droite : Steve Martin dans Les cadavres ne portent pas de costard de Carl Reiner. Je suis étonné que personne ne mentionne cette ressemblance vraiment frappante (que Carl Reiner a certainement cultivée).

13 février 2017

Les Favoris de la lune (1984) de Otar Iosseliani

Les favoris de la luneA Paris, de nos jours, des personnages se croisent et s’entrecroisent… Ecrit par le géorgien Otar Iosseliani et Gérard Brach, Les Favoris de la lune est un film qui déroute un peu : l’ensemble paraît disparate de prime abord car il faut un certain temps pour percevoir les liens entre les différents personnages et réaliser que l’ensemble forme bien un tout. En outre, deux objets apparaissent régulièrement : un service en porcelaine du XVIIe siècle et un portrait de nu du XIXe. La construction évoque les films de Buñuel sur le mode des « cadavres exquis » cher aux surréalistes. La rareté des dialogues et le jeu avec les objets évoque Tati. L’atmosphère générale évoque le réalisme poétique du cinéma français des années trente (René Clair notamment). S’il déroute au début, Les Favoris de la lune finit par être attachant, au point que l’on se surprend à vouloir le revisionner aussitôt. C’est le premier film français d’Otar Iosseliani.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Katja Rupé, Pascal Aubier, Bernard Eisenschitz, Mathieu Amalric
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Remarques :
* Phrase en exergue : « Pourquoi nous appelle t-on les voleurs ? Nous qui sommes les gardiens du corps de Diane dans les forêts, les chevaliers des ténèbres, Les favoris de la lune. »

* Les favoris de la lune marque la première apparition à l’écran de Mathieu Amalric (19 ans). Il ne tournera à nouveau dans un long métrage que 8 ans plus tard, un petit rôle dans La Sentinelle de Desplechin (1992).

* Bernard Eisenschitz, qui interprète le spécialiste des serrures et concepteur de bombes artisanales, est un historien du cinéma, auteur de nombreux livres. Voir la liste de ses livres

Les Favoris de la lune
Les Favoris de la luneMathieu Amalric dans Les favoris de la lune de Otar Iosseliani.

Les Favoris de laluneCe cheval blanc égaré qui (si j’ai bien compris) symbolise le passage de la Première Guerre mondiale pourrait être un hommage à Georges Franju et à son Thomas l’imposteur (1965).

5 février 2017

Police (1985) de Maurice Pialat

PoliceL’inspecteur Mangin enquête sur une affaire de drogue et parvient à arrêter l’un des frères Slimane et son amie Noria. Mais il lui faudrait des preuves ou des aveux et ni l’un ni l’autre ne semble décidé à reconnaître les faits… Si la trame de l’histoire peut sembler à priori classique, le traitement qu’en fait Pialat donne à Police un caractère assez unique : loin des standards du cinéma policiers, il nous place très près des personnages, imprimant ainsi une forte sensation de réalisme. Pour ce faire, la scénariste Catherine Breillat est allée s’immerger dans un commissariat de Belleville et a suivi une brigade. L’autre point remarquable est que Pialat évite le manichéisme et ne montre aucune complaisance que ce soit envers les enquêteurs ou envers les milieux tunisiens du trafic de drogue. Sophie Marceau et Gérard Depardieu font tous deux une belle performance. A noter que certains policiers jouent leur propre rôle. le film connut un certain succès, Police fut le plus gros succès du réalisateur.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gérard Depardieu, Sophie Marceau, Richard Anconina, Sandrine Bonnaire
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Remarques :
* Comme toujours avec Pialat, l’enfantement s’est fait dans la douleur et les conflits. Cela a commencé dès l’écriture : les mauvaises relations entre Catherine Breillat et Pialat se sont terminées devant la justice et c’est Sylvie Danton (future Madame Pialat) qui a pris la relève avec Jacques Fieschi.
Côté acteurs, si Pialat s’est réconcilié avec Depardieu qu’il avait précédemment décrit comme « une Rolls-Royce avec un moteur de Solex », sa protégée Sandrine Bonnaire est reléguée dans un petit rôle pour laisser la place à Sophie Marceau. La jeune actrice (18 ans), que Pialat avec sa délicatesse habituelle a qualifiée de « grosse conne » lors de la promotion du film, a dû en voir de toutes les couleurs avec ces deux gros machos. Elle a encaissé mais a soigneusement évité ensuite de tourner à nouveau avec Pialat ou Depardieu. Et l’actrice n’a pas oublié les mauvais traitements puisqu’à Cannes, trente ans plus tard en 2015, elle a qualifié Depardieu de prédateur (Depardieu a alors reconnu qu’à l’époque il était « un peu con » tout en ajoutant une grossièreté pour faire bonne mesure).
Mais le pire a été pour Richard Anconina : maltraité et humilié en permanence par Pialat, il en est venu presque aux mains, a quitté le tournage et n’est revenu qu’après lecture en public d’une lettre d’excuses du réalisateur. Résultat : sa performance est épouvantable. Maltraiter les acteurs pour qu’ils donnent le meilleur d’eux-mêmes, cela ne marche pas avec tout le monde…

Police
Gérard Depardieu et Sophie Marceau dans Police de Maurice Pialat.

12 janvier 2017

La Terrasse (1980) de Ettore Scola

Titre original : « La terrazza »

La TerrasseUne réception sur La Terrasse d’un appartement romain où se retrouvent une vingtaine de personnes. Beaucoup travaillent dans le domaine de la culture. Nous suivons successivement cinq d’entre eux sur les jours qui suivent cette soirée… On ne pourra pas accuser Ettore Scola d’avoir choisi la facilité. Si La Terrasse se présente comme une comédie à sketches, le film est en réalité une profonde réflexion sur l’évolution d’une génération d’intellectuels qui sombre dans le désenchantement en avançant en âge. Et si Scola a réuni une belle brochette d’acteurs très connus, il les a utilisés à contre-emploi prenant ainsi le risque de désarçonner le public tout en se mettant à dos la critique n’appréciant guère ce miroir qu’il leur tend. Ses personnages sont en proie au doute sur ce qu’ils ont fait au cours de leur existence ce qui génère chez eux un fort sentiment d’insatisfaction. Des problèmes amoureux viennent se greffer, car trois de ces cinquantenaires sont mariés ou s’amourachent avec des femmes trentenaires, ce qui met encore plus en évidence leur âge au lieu de le gommer. Ettore Scola montre une grande perfection dans la mise en place de cet ensemble où les personnages se croisent et s’entrecroisent, grâce à la minutie du scénario qu’il a élaboré avec Age et Scarpelli, ces deux grands de la comédie. L’ensemble n’est d’ailleurs pas sans humour mais La Terrasse est avant tout remarquable par l’acuité et la profondeur de son observation et par la réflexion qu’il occasionne chez nous. Son propos est assez atemporel.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vittorio Gassman, Ugo Tognazzi, Jean-Louis Trintignant, Marcello Mastroianni, Stefania Sandrelli, Serge Reggiani, Marie Trintignant
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Remarque :
De façon amusante, pour les cinq personnages principaux, trois acteurs sont nés la même année : Gassman, Tognazzi, Raggiani (1922, soit 58 ans), puis viennent Mastroianni (1924, 56 ans) et Trintignant (1930, 50 ans).

La Terrasse
Marcello Mastroianni, Jean-Louis Trintignant, Ugo Tognazzi et Vittorio Gassman dans La Terrasse de Ettore Scola.

11 janvier 2017

Runaway Train (1985) de Andrei Konchalovsky

Runaway TrainManny, un prisonnier multirécidiviste, et Buck, jeune tête brûlée, s’évadent d’une prison de haute sécurité en Alaska dirigée par un directeur dur et impitoyable. Ils montent à bord d’un train dont le conducteur décède, foudroyé par une crise cardiaque. Le train est hors de contrôle… le scénario original de Runaway Train a été écrit dans les années soixante par Akira Kurosawa qui ne put trouver le financement pour le tourner. Il est repris presque vingt ans plus tard par le russe Andreï Konchalovsky encore auréolé du succès de Maria’s Lovers. Même américanisé, il reste une note japonaise dans le personnage de ce gangster dangereux : son mépris du danger et son jusqu’au-boutisme sont aussi poussés que chez les guerriers samouraï. Le déroulement du scénario est ponctué de brusques envolées lyriques comme si le réalisateur avait voulu donner à son film une autre dimension que celle d’un simple suspense. L’interprétation de Jon Voight est assez spectaculaire, parfois un peu trop, et les autres acteurs paraissent bien ternes à côté. Runaway Train est un film plutôt inégal mais assez spectaculaire, empreint d’une énergie brute.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jon Voight, Eric Roberts, Rebecca De Mornay
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Runaway Train
Le train fou de Runaway Train de Andrei Konchalovsky.

16 décembre 2016

L’insoutenable légèreté de l’être (1988) de Philip Kaufman

Titre original : « The Unbearable Lightness of Being »

L'insoutenable légèreté de l'êtrePrague, printemps 1968. Un vent de liberté souffle sur la Tchécoslovaquie. Tomas est un jeune et séduisant chirurgien du cerveau qui multiplie les conquêtes féminines. Il cultive une forme d’amitié érotique avec une artiste, Sabina, et développe un amour plus sérieux pour Tereza, une jeune serveuse rencontrée lors d’un déplacement en province… L’insoutenable légèreté de l’être est un roman à succès de Milan Kundera, adapté ici pour le grand écran par Jean-Claude Carrière. Le thème principal est l’opposition entre légèreté et gravité : comment peut-on être léger et insouciant face à la pesanteur des destinées? Tereza finit par trouver insoutenable la légèreté de Tomas alors qu’ils assistent impuissants à l’écrasement de leur pays. Le récit de Kundera a en effet aussi un aspect historique, par son témoignage de l’irruption des chars et soldats soviétiques à Prague en août 1968 et du processus de « normalisation » qui a suivi. Kundera a orné son récit d’une sensualité érotique que l’on retrouve à l’écran. Elle contribue à l’équilibre général de l’ensemble en lui donnant une plus grande accessibilité (ou bien Kundera aurait-il cherché à privilégier une certaine légèreté ?) Bien qu’un peu trop long (près de 3 heures), le film de Philip Kaufman est une belle adaptation du roman.
Elle: 4 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Daniel Day-Lewis, Juliette Binoche, Lena Olin, Stellan Skarsgård
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Remarques :
* L’insoutenable légèreté de l’être a lancé la carrière internationale de Juliette Binoche.
* Roman (publié en 1984) et film précèdent la chute du Mur de quelques années. Kundera a écrit son roman juste après la mort de Brejnev (qui avait ordonné la « normalisation » de la Tchécoslovaquie en 1968).

 

L'insoutenable légèreté de l'être
Légèreté : Lena Olin et Daniel Day-Lewis dans L’insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman.

L'insoutenable légèreté de l'être
Gravité : Juliette Binoche dans L’insoutenable légèreté de l’être de Philip Kaufman.

28 novembre 2016

Star Trek V – L’ultime frontière (1989) de William Shatner

Titre original : « Star Trek V: The Final Frontier »

Star trek V - L'ultime frontièreSur la planète Nimbus III, trois représentants humains, Klingon et Romulan sont pris en otage par un homme aux desseins obscurs. Le capitaine Kirk et son équipage, alors en permission, sont rappelés d’urgence pour aller résoudre cette nouvelle crise. Hélas, le nouvel Enterprise n’est pas du tout au point… Après Leonard Nimoy, c’est au tour de William Shatner de bénéficier du droit de réaliser un opus de la série des films Star Trek. Il en conçu l’histoire et coécrit le scénario. Cette fois, l’Enterprise va devoir partir à la recherche de Dieu (excusez du peu). Hélas, le résultat  n’est pas à la hauteur des attentes et cette histoire n’apporte que des déceptions au spectateur. Les incohérences sont innombrables et l’ensemble est parsemé d’un humour sans subtilité qui le rend hétéroclite. Plusieurs scènes sont même gênantes tant elles paraissent ridicules. Pour ne rien arranger, les effets spéciaux ne sont guère convaincants (à noter qu’I.L.M. était, cette fois, pris sur d’autres projets). Star Trek V est bien l’un des moins réussis de la franchise.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: William Shatner, Leonard Nimoy, DeForest Kelley, James Doohan, Laurence Luckinbill
Voir la fiche du film et la filmographie de William Shatner sur le site IMDB.

Remarque :
* Le nom de la planète Sha Ka Ree est un jeu de mots avec le nom de Sean Connery (rappelons que le prénom d’origine gaélique « Sean » se prononce « Shawn » en anglais) qui était pressenti pour jouer le rôle de Sybok.

Star Trek 5
Walter Koenig, Laurence Luckinbill et George Takei dans Star Trek V – L’ultime frontière de William Shatner.

Star Trek
La « Grande Barrière » (réputée infranchissable, on a très peur) dans Star Trek V – L’ultime frontière de William Shatner. Inutile de dire que Bran Ferren, responsable des effets visuels, n’a pas eu beaucoup de contrats après ce film…