25 avril 2012

Le brasier ardent (1923) de Ivan Mosjoukine

Le brasier ardent (Film muet) Une femme fait un cauchemar où elle est comme poursuivie par un même homme dans différents déguisements et dans d’étranges situations. Au réveil, elle se rend compte que cet homme est le détective Z dont elle a lu une histoire avant s’endormir. Parisienne, amoureuse de sa ville, elle vit une vie de plaisirs au grand dam de son mari… Acteur russe le plus célèbre en son pays, Ivan Mosjoukine et sa femme Nathalie Lissenko font partie d’un groupe d’acteurs et de cinéastes qui émigrèrent en France après la Révolution de 1917 (1). Mosjoukine est principalement un acteur mais il a aussi réalisé deux films, dont Le brasier ardent. C’est un film étonnant tout à fait dans le ton de l’Avant Garde française du début des années 20. Il en a écrit le scénario et en interprète lui-même le rôle principal. L’acteur est le spécialiste des expressions faciales (2), sa présence à l’écran est absolument énorme. Le brasier ardent est enthousiasmant par sa créativité, son imagination débordante, Le brasier ardent ses effets graphiques, ses gadgets plein d’humour, le remarquable travail sur la lumière (3)… Avec ces images, Mosjoukine parvient à fondre le réel et l’imaginaire. Son film est aussi très russe dans l’esprit : c’est sur la profondeur de l’âme de la femme volage que le détective promet d’agir. Le brasier ardent n’eut aucun succès à l’époque (4). Presque un siècle plus tard, il est pourtant toujours capable de nous surprendre et de nous enchanter, d’autant plus qu’il est magnifiquement restauré. C’est une merveille.
Elle: –
Lui : 5 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Ivan Mosjoukine, Nathalie Lissenko, Nicolas Koline, Camille Bardou
Voir la fiche du film et la filmographie de Ivan Mosjoukine sur le site IMDB.

Le brasier ardent(1) Outre Ivan Mosjoukine (de son vrai nom, Ivan Ilyitch Mozzhukhin) et Nathalie Lissenko, on peut compter dans ce groupe Volkoff, Protazanov, Viktor Tourjansky, Starevitch, Nicolas Koline, Nathalie Kovanko et le producteur Joseph Ermoliev. Au sein de la compagnie Albatros, le groupe travaillait plutôt en circuit fermé. Certains, comme Protazanov retourneront ensuite en Russie. Ivan Mosjoukine, quant à lui, sera appelé par Hollywood en 1926 qui ne saura pas l’utiliser et détruira son personnage en tentant de l’américaniser.
Pour en savoir plus, voir la section sur les films Albatros du site de Cinémathèque Française…

(2) C’est en utilisant des plans de l’acteur Mosjoukine que Lev Kulechov a fait sa fameuse démonstration de l’importance du montage pour générer des sentiments différents.

(3) Le directeur de la photographie est le français Joseph-Louis Mundwiller qui a débuté sa carrière en Russie sous le nom de George Meyer. On le retrouvera ensuite sur le Napoléon d’Abel Gance.

(4) Ecoutons Jean Renoir : « Un jour, au cinéma du Colisée, je vis Le brasier ardent mis en scène par Mosjoukine et produit par le courageux Alexandre Kamenka des films Albatros.  La salle hurlait et sifflait, choquée de ce spectacle si différent de sa pâture habituelle. J’étais ravi. Enfin, j’avais devant les yeux un bon film en France. Bien sûr, il était fait par des Russes, mais à Montreuil, dans une ambiance française, sous notre climat ; le film sortait dans une bonne salle, sans succès, mais il sortait. Je décidai d’abandonner mon métier qui était la céramique, et d’essayer de faire du cinéma. »
Jean Renoir, Mes années d’apprentissage, extrait de Écrits (1926-1971).

30 mars 2012

L’Atlantide (1921) de Jacques Feyder

L'AtlantideDans le désert profond, un officier est retrouvé à l’agonie. Remis sur pied après plusieurs jours de délire, il semble refuser de raconter ce qu’il lui est arrivé… L’Atlantide de Jacques Feyder est la première adaptation cinématographique du roman de Pierre Benoît paru quelques mois plus tôt. Le succès du livre fut immédiat, le thème du continent englouti dirigé par la reine Antinéa enflammant les imaginations, surtout en ce lendemain de Première Guerre mondiale. L’attente était donc immense de le voir mis en images. Le budget fut très important. Jacques Feyder insista pour tourner sur place en Algérie (plutôt que dans la Mer de Sable d’Ermenonville) et L’Atlantide est ainsi le premier long métrage tourné à l’étranger en décors naturels. L'Atlantide Le tournage dura plus d’un an et coûta trois fois plus que prévu. Le résultat fut à la hauteur des attentes avec plus de 3 heures de projection (1). L’adaptation est assez fidèle avec une atmosphère puissante ; les scènes de désert paraissent particulièrement authentiques et nous plongent dans un autre monde. Vu aujourd’hui, il faut toutefois reconnaitre que le film semble avoir quelque peu vieilli, cette impression tenant à la qualité des copies mais aussi au personnage d’Antinéa : L'Atlantideles formes généreuses de l’actrice Stacia Napierkowska étaient déjà critiquées à l’époque, elles attirent encore moins aujourd’hui! (2) Le film reste très intéressant à visionner : c’est une belle mise en images du roman, un dépaysement total, un film d’une grande capacité d’évocation.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Jean Angelo, Stacia Napierkowska, Georges Melchior, Marie-Louise Iribe
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Feyder sur le site IMDB.
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Remarques :
Le roman de Pierre Benoît a pour source deux ouvrages de Platon : Timée et surtout Critias.

(1) La version de L’Atlantide de Jacques Feyder que nous pouvons voir aujourd’hui est toutefois d’une durée quelque peu réduite.
(2) Le film a toutefois suscité des réactions indignées devant ces « scènes de frénésie sensuelle ».

A lire : une très intéressante analyse du film sur le site L’Atlantide au cinéma qui expose bien les raisons du succès du roman de Pierre Benoît et analyse le film en soulignant une différence importante par rapport au roman dans les motivations d’Antinéa : dans le film de Feyder, elle fait tuer le capitaine Morhange par vengeance mesquine alors que dans le roman elle le tue car elle est menacée par lui. C’est une différence de taille car cela rabaisse son personnage, probablement faut-il y voir une réaction bien masculine…

L’Atlantide au cinéma (adaptations directes du roman de Pierre Benoît uniquement) :
L’Atlantide de Jacques Feyder (1921)
L’Atlantide de Georg Wilhelm Pabst (1932) (3 versions : allemande, française et anglaise)
L’Atlantide de Gregg C. Tallas (1949) avec Maria Montes et Jean-Pierre Aumont
L’Atlantide de Giuseppe Masini et Edgar G. Ulmer (1961) avec Jean-Louis Trintignant
Atlantis, le continent perdu (Atlantis, the Lost Continent) de George Pal (1961)
L’Atlantide de Bob Swaim (1992) avec Tchéky Karyo

2 mars 2012

Feu Mathias Pascal (1924) de Marcel L’Herbier

Feu Mathias PascalFils oisif d’une famille italienne ruinée, Mathias Pascal ne rêve que d’une chose : la liberté. Il épouse sans conviction une jeune fille qui est amoureuse de lui. Fuyant une belle-mère acariâtre et une femme devenue indifférente, il s’enfuit à Monte Carlo. Un évènement inattendu va lui donner l’occasion de passer pour mort. Va-t-il ainsi atteindre son idéal de liberté ? Feu Mathias Pascal est adapté d’un roman de Luigi Pirandello par Marcel L’Herbier lui-même. C’est un film assez inclassable : il semble osciller entre le burlesque et le drame. L’acteur russe Ivan Mosjoukine donne au film une dimension exceptionnelle, avec un jeu original et très complet, parfois très léger mais aussi très intense. Marcel L’Herbier a tourné les extérieurs à San Gimignano et à Rome, profitant même des fêtes locales pour filmer des scènes de foule. Pour les intérieurs, la première partie fait la part belle aux éclairages assez sombres pour exprimer l’enfermement alors que la seconde partie est plus lumineuse. Il y a alors de très belles scènes, notamment dans la pension de famille où il joue beaucoup avec les persiennes. Il joue aussi avec les volumes intérieurs, les pièces sont immenses. Marcel L’Herbier a bien entendu quelques effets visuels très originaux, surimpressions, incrustations. Feu Mathias Pascal Le rythme varie, il est le plus souvent enlevé, avec un montage très vif. Le compositeur américain Timothy Brock a composé une partition orchestrale pour Feu Mathias Pascal lors du Festival de Bologne en 2009. Elle est admirable car elle colle parfaitement à l’image et au rythme des scènes. Elle enrichit le film d’une dimension supplémentaire. Le jeune Michel Simon et Pauline carton apparaissent brièvement dans des seconds rôles. (Film muet de 170 mn)
Elle: –
Lui : 4 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Ivan Mosjoukine, Marcelle Pradot, Lois Moran, Michel Simon, Pauline Carton
Voir la fiche du film et la filmographie de Marcel L’Herbier sur le site IMDB.

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Remakes :
L’homme de nulle part de Pierre Chenal (1937) avec Pierre Blanchar
Le due vite di Mattia Pascal de Mario Monicelli (1985) avec Marcello Mastroianni

20 février 2012

Les grades et les hommes (1929) de Yakov Protazanov

Titre original : « Chiny i lyudi »

Les grades et les hommes (Film muet) Adaptation de trois nouvelles de Tchekhov, Les grades et les hommes traite avec humour de l’influence de la hiérarchie sociale sur les comportements. La première histoire est la plus longue : La croix de Sainte Anne met en scène une jeune femme qui se marie sans amour à un riche bourgeois dans l’espoir de pouvoir aider sa famille dans la misère. Hélas son mari se révèle être un homme strict et avare. Mais un évènement va bouleverser leur vie… La seconde histoire La mort d’un fonctionnaire est celle d’un homme qui, après avoir éternué malencontreusement sur un général, n’aura de cesse que de vouloir s’excuser… La troisième, Le caméléon, montre un policier cherchant à verbaliser le propriétaire d’un chien qui a mordu un habitant. Lorsqu’il découvre que le chien appartient à un général, il change d’attitude… Le point commun de ces trois histoires est l’influence des grades sociaux sur nos comportements, comment ils peuvent modifier notre degré d’acceptation de certaines situations ou nos jugements. Après un début assez sombre, le ton devient soudainement léger, puis l’humour est de plus en plus présent ; la dernière histoire est une véritable pantalonnade. C’est tout à fait le genre de sujet qui convient à Protazanov qui a toujours été un cinéaste un peu à part.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Mikhail Tarkhanov, Mariya Strelkova, Ivan Moskvin, Vladimir Popov
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11 février 2012

That Certain Thing (1928) de Frank Capra

That Certain Thing (film muet) Molly est une jeune vendeuse de cigares dans un hôtel. Elle rêve de rencontrer un millionnaire. Son souhait va être exaucé quand elle tombe sur le fils d’un riche propriétaire d’une chaine de restaurants… That Certain Thing est un film qui a une certaine valeur historique car il marque un tournant à la fois dans la carrière de Frank Capra et dans la percée de la jeune compagnie Columbia. Quand, en 1927, Harry Cohn demande à un jeune réalisateur qui avait tourné des comédies slapstick, notamment deux bons films avec Harry Langdon (1), de réaliser un long métrage,  il ne sait pas que ce Frank Capra va donner un formidable élan à sa compagnie et hisser Columbia parmi les grands. Fait avec moins de 20 000 dollars, That Certain Thing est le premier d’une longue série de succès. Viola Dana Les bases du scénario ne sont guère originales (2), certes, mais son développement et son aboutissement sont plus surprenants. C’est l’un des très rares films encore visibles avec Viola Dana, actrice encore plus petite que Mary Pickford (3) et qui avait débuté sa carrière en 1914 à l’âge de 17 ans. L’actrice cessera de tourner à l’arrivée du parlant. That Certain Thing n’est pas encore du grand Frank Capra : c’est un début modeste pour un futur grand maitre de la comédie.
Elle: –
Lui : 2 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Viola Dana, Ralph Graves
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(1) Frank Capra avait tourné deux longs métrages avec Harry Langdon : The Strong Man (1926) et The Long Pants (1927). Frank Capra avait en outre tourné juste avant That Certain Thing  une comédie avec Claudette Colbert (alors inconnue, c’est son premier film) : For the love of Mike (1927), film qui avait été un échec (film aujourd’hui perdu, mais Frank Capra l’a qualifié comme étant le plus mauvais de sa carrière).

(2) On peut noter certains points communs avec La Petite Vendeuse (1927) de Sam Taylor avec Mary Pickford.

(3) Viola Dana mesurait 1m51, soit la même taille que Veronica Lake (qui était à peine née à l’époque, soit dit en passant). Mary Pickford mesurait 1m54.

10 février 2012

Son altesse royale (1929) de Lewis R. Foster

Titre original : « Double whoopee »

Son altesse royale(Muet, 18 minutes) Laurel et Hardy sont engagés comme portier et valet de pied dans un grand hôtel qui attend la visite d’un prince… Assez classique, Double Whoopee comporte de bons gags et deux particularités : d’une part, un personnage de prince qui évoque furieusement Erich von Stroheim (interprété par John Peters, alias Hans Joby, qui a été le double de Stroheim et qui a donc une parfaite connaissance de ses tics et mimiques) et, d’autre part, l’apparition remarquée de Jean Harlow (17 ans) en petite tenue après que sa robe ne soit malencontreusement (!) restée coincée dans la portière du taxi. Bien rythmé, Double Whoopee est plutôt réussi. Laurel et Hardy sont alors dans leur meilleure période.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Jean Harlow, Charlie Hall
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10 février 2012

La bataille du siècle (1927) de Clyde Bruckman

Titre original : « The battle of the century »

La bataille du siècle(Muet 19 minutes) Avec Oliver Hardy comme manager, Stan Laurel affronte un boxeur féroce sur un ring. Le lendemain, les deux compères provoquent une gigantesque bataille de tartes à la crème…
Pendant longtemps, on ne connaissait que la seconde moitié de The Battle of the Century. La première bobine a récemment été retrouvée. Le match de boxe du début ne tient pas toutes ses promesses, il est plutôt décevant. En revanche, la bataille de tartes à la crème est très réussie, surtout dans son enchainement, avec cette façon hilarante d’impliquer de plus en plus de personnes. Rapidement, ce sont des dizaines (centaines ?) de personnes qui y participent. Plus de 3000 tartes à la crème furent utilisées. C’est l’un des premiers films de Laurel et Hardy qui établissent leur style inimitable, avec notamment leur fameuse technique du slow burn (1).
[Ajout 07/07/2026] La version restaurée en 2023 est bien plus complète dans la seconde bobine, celle de la bataille de tartes à la crème. Beaucoup de plans manquaient précédemment et on ne peut être qu’admiratif face à l’enchainement des scènes. La bataille n’en devient que plus savoureuse, du grand art.
Elle: –
Lui : 3 étoiles (10/02/2012) – 3 étoiles (07/07/2026)

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Noah Young, Charlie Hall, Lou Costello
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Remarques :
* Henry Miller aurait décrit The Battle of the Century comme étant le film comique le plus réussi jamais tourné.
* Durant le match de boxe, le comptage interrompu plusieurs fois par l’arbitre fait allusion à un combat réel entre Gene Tunney et Jack Dempsey qui avait fait polémique à l’époque.
* Lou Costello (du duo Abbott et Costello) fait ici l’une de ses premières apparitions à l’écran. C’est l’un des spectateurs tout près du ring.

* Roland Lacourbe le souligne dans son excellent livre sur Laurel et Hardy : « Contrairement à ce que le public a coutume de croire, les vraies batailles de tartes à la crème sont relativement rares dans l’histoire du cinéma. William K. Everson, qui s’est chargé de les compter, prétend qu’on les compte… sur les doigts d’une seule main!
– Behind the Screen (1916) de Chaplin
– The Battle of the Century (1927) de Laurel & Hardy
– The Keystone Hotel (1935) de Ralph Staub
– In the Sweet Pie and Pie (1941) avec les 3 Stooges
– The Great Race (1965) de Blake Edward. »
(Nota : cette liste n’est sans doute pas, ou plus, complète mais l’idée est là.)

(1) Le comique slapstick  des années 10, popularisé notamment par la Keystone, reposait sur une avalanche de gags laissant peu de répit au spectateur. Hal Roach fera tout en revanche pour ralentir afin de laisser aux spectateurs le temps d’absorber les gags et cela deviendra une marque de fabrique pour Laurel & Hardy. Dans Battle of the Century, les protagonistes ne cherchent pas à s’enfuir où à riposter avant leur adversaire… Non, ils attendent avec résignation les projectiles. Le lanceur prend ainsi tout son temps pour viser (l’affiche ci-dessus illustre bien ce principe). Cette lenteur renforce le comique de la situation. Les américains, qui aiment bien mettre un nom sur tout, ont appelé cela la technique du slow burn (=combustion lente).

The battle of the century

9 février 2012

La nouvelle Babylone (1929) de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg

Titre original : « Novyy Vavilon »

La nouvelle BabyloneEn 1870, la population acclame les soldats qui partent se battre contre les prussiens. A Paris, la vie continue. Louise, une jeune vendeuse du grand magasin Nouvelle Babylone, est invitée au bal par son patron. Mais la fête est interrompue par l’annonce de la défaite. Il faut défendre Paris et une souscription populaire est lancée pour acheter des canons. Quand l’armée capitule et cherche à reprendre ces canons sur la butte Montmartre, cela provoque une insurrection… La nouvelle Babylone est un film russe de la fin du muet, l’un des très rares films qui évoquent la Commune de Paris de 1871. C’est un film assez étonnant, souvent exubérant. Les deux réalisateurs font une grande utilisation du mouvement : les scènes de liesse, de danses, de fête sont tourbillonnantes, frénétiques, excessives même. Les scènes montrant l’ardeur au travail sous la Commune sont superbes (telle cette lavandière qui éclabousse largement tout autour d’elle). Ces scènes de grande agitation contrastent avec des scènes plus calmes, parfois statiques même. Le montage est assez remarquable, les réalisateurs juxtaposent des scènes qui semblent au final former un kaléidoscope énivrant. Le jeu des acteurs peut paraître parfois outré. Sur le plan du contenu, le film ne fait pas un récit vraiment chronologique mais reprend quelques temps forts. L’accent est bien entendu mis sur l’opposition de classes. Chostakovitch (alors âgé de 23 ans) composa sa première musique de film pour La nouvelle Babylone, musique dans laquelle il reprend divers airs révolutionnaires français qu’il mêle à un thème d’Offenbach.
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Yelena Kuzmina, David Gutman, Pyotr Sobolevsky
Voir la fiche du film et la filmographie de Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg sur le site IMDB.

Remarques :
Grigori Kozintsev et Leonid Trauberg ont fondé à Leningrad en 1921 le collectif d’avant-garde théâtral FEKS (La Fabrique de l’Acteur Excentrique) qui s’étendit rapidement au cinéma où il tint un rôle important. En 1921, ils avaient 16 et 19 ans.

Versions :
La version la plus complète est actuellement celle durant 1h33, restaurée en 2004 avec la musique de Chostakovitch. Il existe également une version de 1h15 (version allemande du début des années 80), version tronquée avec réintégration de chutes de montage, accompagnée d’une musique au piano.

4 février 2012

Bien faire et ne rien dire (1926) de Leo McCarey

Titre original : « Mum’s the word »

Mum's the Word(Court métrage muet de 24 minutes) Une femme qui vient se remarier cache à son nouveau mari qu’elle a un grand fils de trente ans. Lorsque celui-ci vient lui rendre une visite impromptue, elle le fait passer pour le nouveau valet de chambre… Réalisé par Leo Mc Carey, Mum’s the Word met en scène Charley Chase, cet excellent comique des années vingt, hélas un peu trop oublié aujourd’hui. La première partie avec notamment une scène de rasage plutôt acrobatique est assez classique mais la seconde est très réussie avec un humour assez subtil jouant avec un couloir et des passages incessants d’une chambre à l’autre. A noter également une variante amusante du gag du miroir de Max Linder (à l’époque, les Marx Brothers n’avaient pas encore tourné la leur) (1).
Elle: –
Lui : 3 étoiles

Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
 

Acteurs: Charley Chase, Virginia Pearson, Martha Sleeper, Anders Randolf
Voir la fiche du film et la filmographie de Leo McCarey sur le site IMDB.

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Remarque :
En anglais, Mum’s the Word est une expression qui signifie « motus et bouche cousue ».

(1) Le gag du miroir, qui consiste à ce qu’un personnage mime exactement les gestes de l’autre pour lui faire croire qu’il est devant un miroir, est apparu pour la première fois à l’écran dans Sept ans de Malheur  (1921) de Max Linder (ce n’est pas lui qui l’a inventé toutefois, il semble que ce gag était apparu en premier à Broadway). Les Marx Brothers en feront une scène très célèbre de La Soupe aux canards (1933) qui sera également réalisé par Leo McCarey. Charley Chase l’avait précédemment tourné dans Sittin’ Pretty en 1924. Ici, la variante consiste à être derrière un rideau-store qui laisse passer les ombres chinoises. Le but est inversé : faire croire à quelqu’un que la personne qu’il a vu passer est en fait son ombre.

Mum's the word

27 janvier 2012

On a gaffé (1928) de Leo McCarey

Titre original : « We Faw Down »

On a gafféLaurel et Hardy sont mariés. Pour aller faire une partie de poker en ville, ils doivent mentir à leurs femmes…
We Faw Down (On a gaffé) n’est pas le plus original des courts métrages de Laurel & Hardy. L’histoire est très classique et son développement n’offre guère de surprise. Le plus amusant est sans doute la façon dont Laurel joue avec son visage. Sorti fin 1928, le film n’est pas totalement muet : un disque Vitaphone était joué pendant la projection pour assurer musique et bruitages. Il y a par exemple des effets de musique et le rire des acteurs est parfaitement synchronisé. Le film préfigure le futur Sons of the desert.
Elle: –
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Stan Laurel, Oliver Hardy, Vivien Oakland, Bess Flowers, Kay Deslys
Voir la fiche du film et la filmographie de Leo McCarey sur le site IMDB.

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