Pascal, un crieur de journaux parisien au tempérament bourru et candide, sauve un homme de la noyade. Celui-ci raconte qu’il est victime d’un complot ourdi par sa femme qui cherche à s’emparer de ses biens en le faisant passer pour fou… 125 rue Montmartre est un film policier français réalisé par Gilles Grangier. Le scénario est l’adaptation du roman d’André Gillois (1), prix du Quai des Orfèvres 1958. Le film est peu connu mais il mérite le détour : une bonne intrigue, une excellente interprétation relevée de Lino Ventura qui personnifie à merveille l’homme simple très « brave garçon » et des dialogues de Michel Audiard avec de belles réparties. Tout est vu à travers les yeux du personnage principal et nous sommes aussi perdu que lui. Gilles Granger a su inclure de nombreuses scènes de vie qui sonnent très authentiques. Un film à découvrir. Elle: – Lui :
Michelle, une grand-mère bien sous tous rapports, vit sa retraite paisible dans un petit village de Bourgogne, pas loin de sa meilleure amie Marie-Claude. A la Toussaint, sa fille Valérie vient lui rendre visite et déposer son fils Lucas pour la semaine de vacances. Mais rien ne se passe comme prévu… Quand vient l’automne est un film français écrit et réalisé par François Ozon. Le scénario est particulièrement bien écrit. Les personnages sont à la fois particuliers tout en restant ordinaires et François Ozon réussit à trouver un bel équilibre pour finalement nous intriguer et jeter le trouble. En outre, il installe une atmosphère assez plaisante, où la nature et la vie à la campagne tiennent une bonne place, servie par une belle photographie. Le regard qu’il porte sur la vieillesse semble très juste. Une petite pointe d’amoralité vient pimenter l’ensemble. Le film fut plutôt bien reçu par la critique et le public. Elle: Lui :
Hélène Vincent et Josiane Balasko dans Quand vient l’automne de François Ozon.Pierre Lottin et Hélène Vincent dans Quand vient l’automne de François Ozon.
Paul Dorgères, un riche industriel qui s’est fait beaucoup d’ennemis, est retrouvé assassiné. L’inspecteur principal Bonnardel, efficacement secondé par les inspecteurs Richard et Sylvestre, mène l’enquête. Sa maitresse du moment est rapidement suspectée… Ouvert contre X… est un film français réalisé par Richard Pottier. Le film est surprenant car il est d’excellente facture malgré l’absence de noms de premier plan. Le scénario est signé par l’un des grands avocats français : René Floriot. Il ne montre des faiblesses que dans son dénouement, un peu trop rapide. Les dialogues sont l’œuvre de Marc-Gilbert Sauvajon. Ils distillent un humour discret mais bien présent, avec de belles réparties dans la bouche des policiers. La qualité de l’interprétation est indéniable même si les acteurs sont de second plan. Le film se regarde comme un Maigret, sans déplaisir. Elle: – Lui :
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Anecdote: « Il ne faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages » dit en substance l’un des personnages, preuve que l’expression, que beaucoup pensent avoir été inventée par Michel Audiard pour son film daté de 1968, existait bien avant cela… En réalité, l’expression a été rendue populaire par Antoine Blondin avec son roman Les Enfants du Bon Dieu paru en 1952 (mais il n’est pas certain que l’écrivain soit le créateur de l’expression).
Yves Vincent et Yves Deniaud dans Ouvert contre X… de Richard Pottier.
A Clermont-Ferrand, Médéric tombe amoureux d’Isadora, une prostituée de 50 ans, mais elle est mariée. Alors que le centre-ville est le théâtre d’une attaque terroriste, Selim, un jeune sans-abri se réfugie dans l’immeuble de Médéric provoquant une paranoïa collective. Tout se complique dans la vie de Médéric, tiraillé entre son empathie pour Sélim et son désir de vivre une liaison avec Isadora… Viens je t’emmène est un film français coécrit et réalisé par Alain Guiraudie. Le récit oscille entre drame et comédie, le propos de l’auteur étant de fustiger les préjugés, du moins peut-on le supposer car il est difficile de voir la finalité de l’ensemble. L’humour ne passe pas bien la plupart du temps et l’on est souvent plutôt accablé. Au mieux, on peut trouver cela un peu loufoque. L’interprétation n’est de toute évidence pas le point fort du film. Les avis de la critique et du public sont partagés. Elle: Lui :
Ellias est le nouveau directeur artistique d’une célèbre maison de haute couture française. Quand il apprend que son père, qu’il ne voit plus depuis de nombreuses années, vient de mourir d’une crise cardiaque, il se rend au Québec pour régler la succession… Le Successeur est un film français écrit et réalisé par Xavier Legrand, son second long métrage après le remarqué Jusqu’à la garde (2017). Le scénario est très librement inspiré d’un roman d’Alexandre Postel, L’Ascendant publié en 2015. Le cinéaste reste dans le thème de la famille. La mise en place est très longue avant que le réalisateur change brusquement de registre pour installer une atmosphère anxiogène, avec une bande-son exagérément angoissante. Il y a presque deux films en un, deux films qui semblent refuser de se mêler. Mais le problème principal est certainement l’invraisemblance du scénario. Les réactions de son personnage sont trop absurdes pour que l’on accroche et on est pressé que cela finisse. Le réalisateur dit avoir voulu traiter le thème du patriarcat mais le résultat n’est guère convaincant. C’est plutôt un film de genre un peu bancal. Les avis et critiques ont été très partagés. Elle: – Lui :
En 1976, la jeune Éliane, sensuelle et aguicheuse, emménage dans un petit village de Provence avec Gabriel, son père adoptif paralytique et sa mère allemande. La jeune femme fait alors la rencontre d’un pompier volontaire du village, surnommé Pin Pon, dont elle finit par tomber amoureuse… L’Été meurtrier est un film français réalisé par Jean Becker (fils de Jacques Becker). Il est basé sur un roman de Sébastien Japrisot qui en a écrit l’adaptation. Le scénario est d’ailleurs le point fort du film, les informations n’étant dévoilées que petit à petit, nous mettant constamment dans l’envie d’en savoir plus. Isabelle Adjani a beaucoup hésité avant d’accepter le rôle qui, avec ce personnage à la sensualité provocante et les scènes de nudité, était loin des rôles d’héroïnes romantiques qu’elle avait interprétés jusque-là. Méprisé par la critique à sa sortie, jugé « archétype du film commercial », le film connut malgré tout un très grand succès. Personnellement, je gardais un bête apriori négatif de cette époque (sans l’avoir vu) et j’ai été agréablement surpris. Elle: – Lui :
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Remarque : • Le film précédent de Jean Becker date de 1966 (Tendre Voyou avec Belmondo). Entre ces deux films, il a réalisé d’innombrables films publicitaires. Il y retournera après ce succès. Son film suivant sera Élisa… en 1995. • Le personnage d’Éliane à neuf ans est interprété par Maïween (ce n’est pas son premier film, c’est son deuxième…) • 4 Césars (1984) : Meilleure actrice pour Isabelle Adjani, Meilleur second rôle féminin pour Suzanne Flon, Meilleur scénario d’adaptation pour Sébastien Japrisot et Meilleur montage pour Jacques Witta.
Alain Souchon et Isabelle Adjani dans L’été meurtrier de Jean Becker.
Dans un village au pied des Alpes, Vicky, petite fille étrange et solitaire, a un don : elle peut sentir et reproduire toutes les odeurs de son choix qu’elle collectionne dans des bocaux étiquetés avec soin. Elle a extrait en secret l’odeur de sa mère, Joanne, à qui elle voue un amour fou et exclusif. Un jour Julia, la sœur de son père, fait irruption dans leur vie. Vicky se lance dans l’élaboration de son odeur. Elle est alors transportée dans des souvenirs obscurs et magiques où elle découvrira les secrets de son village, de sa famille et de sa propre existence… Les Cinq Diables est un film français coécrit et réalisé par Léa Mysius. C’est le second long métrage de cette réalisatrice de 33 ans qui a été scénariste de Desplechin, Jacques Audiard, Téchiné et Claire Denis. Il s’agit d’un conte fantastique dont je dois avouer avoir eu bien du mal à percevoir la finalité. L’histoire part dans plusieurs directions, se montre souvent proche de la sorcellerie avant de dévier vers les amours contrariés. Elle aborde aussi le racisme, le lesbianisme, le harcèlement scolaire. Cela fait un peu beaucoup. Et tout se mélange dans une grande confusion tandis que notre intérêt s’étiole. Une partie de la critique a apprécié. Elle: – Lui :
Passionné de voile, Jean-Paul traverse une passe difficile. Criblé de dettes, sombrant dans l’alcoolisme et s’éloignant des siens, il décide de reprendre sa vie en main. Il s’inscrit à Virtual Regatta, la course virtuelle du Vendée Globe mais se met dans les conditions d’un vrai skipper en s’isolant pendant 3 mois sur son bateau dans son jardin… La Vallée des fous est un film français co-écrit et réalisé par Xavier Beauvois. L’idée de base a le mérite d’être originale mais il est difficile d’y croire. Le scénario manque singulièrement de substance. La mise en place paraît interminable et la suite de l’histoire est très prévisible. Jean-Paul Rouve fait une assez bonne prestation mais ne parvient pas à donner de dimension supplémentaire à son personnage. L’accueil critique fut mitigé. Elle: Lui :
En ce 31 juillet, jour des grands départs sur les routes, Juliette Delors (Carole Laure) prend la voiture pour rejoindre son ami dont elle est sans nouvelles. De son côté, Albert retire son véhicule non révisé du garage, pressé d’arriver à sa location en bord de mer avec sa famille et des copains… Asphalte est un film français écrit par Jean-Pierre Petrolacci et réalisé par Denis Amar. C’est un premier long métrage. Il s’agit d’un film choral (même si le mot n’était pas encore employé à l’époque) qui nous montre à l’envi les conséquences des accidents de la route : des vies détruites ou brisées, une surcharge de travail pour les chirurgiens et pour les casses automobiles. Nous suivons en parallèle plusieurs histoires qui ne se rejoignent pas, celle mettant en scène Carole Laure étant la plus longuement décrite et la plus intrigante. Hélas, il y a des passages bien faibles, le réalisateur faisant notamment quelques incursions peu réussies dans le bizarre. Les scènes d’accident, réglées par Rémy Julienne, sont courtes mais spectaculaires. Une curiosité (plutôt rare d’ailleurs). Elle: – Lui :
Carole Laure et Jean Yanne dans Asphalte de Denis Amar.
Homonymes : Asphalte (Asphalt), film allemand de Joe May sorti en 1929 Asphalte, film français d’Hervé Bromberger, sorti en 1959 Asphalte, court métrage de Pierre Meunier, sorti en 2005 Asphalte, film français de Samuel Benchetrit, sorti en 2015.
Comme chaque dimanche de cette année 1912, un peintre septuagénaire veuf accueille son fils Gonzague, rangé et un peu terne, avec sa femme et ses enfants dans sa grande maison à la campagne. Ce jour-là, Irène, la sœur de Gonzague, arrive à l’improviste. Jeune femme moderne et pleine de vie, elle vient bousculer le paisible rituel, remettant même en question les choix artistiques de son père… Un dimanche à la campagne est un film français réalisé par Bertrand Tavernier. Il a écrit cette adaptation du roman de Pierre Bost, Monsieur Ladmiral va bientôt mourir, avec sa femme, Colo Tavernier. C’est le récit d’une journée ordinaire, avec ses discussions banales et ses distractions futiles, où il ne se passe finalement rien mais ce récit laisse transparaître une vision, une philosophie pourrait-on dire, sur la vie, notamment pour le vieux peintre qui se sent au crépuscule de sa vie. Ses deux enfants ont donné des directions très différentes à leur vie, presque opposées. Il ressent finalement sa solitude, son besoin de s’effacer. Un peu aigri, il aurait aimé vivre comme sa fille. Visuellement, le film est très beau avec une photographie très picturale. Bertrand Tavernier voulait retrouver certaines des qualités de netteté et de couleurs des autochromes des frères Lumière, manière pour lui de ne pas copier les peintres impressionnistes (1). Et il y a ces superbes travellings qui magnifient les scènes. Les mouvements de caméra paraissent toujours fluides. Un très beau film. Elle: Lui :
Remarque : * La voix-off du narrateur est celle de Bertrand Tavernier. * C’est hélas sur ce film que s’achèvent les Mémoires interrompus de Bertrand Tavernier (Institut Lumière / Actes Sud 2024). * Le photographe de plateau pour ce film fut Robert Doisneau.
(1) Bertrand Tavernier et son directeur de la photographie, Bruno de Keyser, se mirent en tête de supprimer le bain de blanchiment de la pellicule (qui a pour effet de supprimer l’argent de la pellicule) : les couleurs sont ainsi magnifiées et l’image garde une grande profondeur de champ, tout à l’opposé du flou des peintres impressionnistes. Cela n’empêchera pas *tous* les critiques de parler de l’influence des impressionnistes sur la photographie du film… « À croire qu’ils n’ont jamais regardé une toile de Renoir, Degas ou de Monet » s’agace le réalisateur dans ses mémoires.
Louis Ducreux et Sabine Azéma dans Un dimanche à la campagne de Bertrand Tavernier.