6 septembre 2006

« Le deuxième souffle » (1966) de Jean-Pierre Melville

Deuxieme souffleElle :
Belle mise en scène pour ce film en noir et blanc, excellents acteurs dont Lino Ventura qui vient de s’évader de prison et tente de se réhabiliter. Bref, une ambiance de film noir à la Melville. Le réalisateur joue sur l’attente et met à distance le spectateur de ces malfrats pour créer une ambiance pesante. Toutefois, cette lenteur de l’action finit par lasser et me désintéresser des embrouilles minables de ces truands.
Note : 3 étoiles

Lui :
Ce film noir de Melville me paraît plutôt moins réussi. Sans doute est-ce parce que l’on n’éprouve aucune sympathie (ni aucune fascination) envers les protagonistes, que l’on se sent étranger, spectateur, à leurs affaires. De plus, le film est très long (2h30). Néanmoins, la maîtrise de la mise en scène, certains rebondissements et la qualité des acteurs font que le film se laisse regarder avec un certain plaisir.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Lino Ventura, Paul Meurisse, Raymond Pellegrin
Voir la fiche du film et la filmographie de Jean-Pierre Melville sur le site imdb.com.

Voir les autres films de Jean-Pierre Melville chroniqués sur ce blog…

5 réflexions sur « « Le deuxième souffle » (1966) de Jean-Pierre Melville »

  1. A « Elle » : est-ce que justement « la lenteur de l’action » n’est pas la marque de fabrique de Melville? cf. aussi «Le Samouraï»

    A « Lui » : « l’on n’éprouve aucune sympathie pour les protagonistes », là aussi, n’est-ce pas la marque de fabrique de Melville que l’art de la distanciation?

    A part ça, espérons qu’il n’y aura pas un remake du 21 avril 2002 l’an prochain, si vous voulez participer au débat : « A quoi sert Olivier Besancenot? », n’hésitez pas à laisser un commentaire sur fragments.fr© …

    Un souhait : j’aimerais bien lire votre critique du film de Bergmann : «L’œuf du serpent» que j’ai revu en DVD récemment, le film est sorti vers 1977, j’avais été très impressionné à l’époque.

  2. Merci pour ces commentaires.
    Vous avez tout à fait raison de replacer cela dans l’oeuvre de Melville en général. C’est vrai qu’il a toujours manié habilement un certain art de la distanciation. Il y a souvent une certaine beauté glaciale dans ses films (surtout ses films noirs), mais quand l’équilibre est bien trouvé, cela n’empêche pas de susciter un fort intérêt du spectateur. Par exemple, dans le Samouraï, le personnage interprété par Delon ne suscite pas la sympathie, d’accord, mais une indéniable fascination. C’est toute la force du film. Force que l’on retrouve beaucoup moins ici dans le « deuxième souffle ». (Tout cela à mon humble avis, bien-sûr…)

    A propos de Bergman… cela fait longtemps que nous n’avons pas revu un de ses films des années 70. Il faudrait que en revoyions, même si personnellement j’ai un peu peur d’être moins sensible à des films comme « Cris et Chuchotements » ou « Scènes de la vie conjugale » que je ne pouvais l’être à l’époque. 😉
    J’avoue ne pas avoir un souvenir très précis de « L’oeuf du serpent » si ce n’est que c’est un film un peu controversé dans la carrière de Bergman.

  3. Film très long, très bavard ,abusivement compliqué et peu credible(2 évasions du même homme!) eu un mot fastidieux et ceci malgré d excellents acteurs,ventura,constantin,frankeur

  4. Je viens de découvrir votre blog, je suis sidéré par la sévérité de vos critiques, pour moi ce film est un pur chef d’oeuvre (déjà vu 4 fois et à chaque fois avec toujours autant de plaisir)
    les personnages sont magistralement interprétés, l’ambiance du film (comme la photo…le noir et blanc est magnifique sur ce film !!!) est glaciale mais justement ça renforce l’intensité dramatique (si on veut des personnages sympathiques on va plutôt se tourner vers une comédie avec Bourvil … je veux dire ne mélangeons pas tout, un personnage peux être excellent, sans être sympathique !) la scène au début du film avec l’arrivée du commissaire (Paul Meurisse) dans le bar après le règlement de comptes: le ton ultra cynique … des dialogues savoureux ! pour moi c’est une des meilleures de l’histoire du cinéma français tout simplement, la scène du braquage en plein air super, la description des codes de conduite dans le milieu de la pègre, la scène finale pleine de tension avant que ça pète … Lino Ventura égal à lui même, bref chef d’oeuvre !! le meilleur de Melville selon moi … note 19.5 sur 20 !!

  5. CLASSE TOUS RISQUES
    confiné devant la télé, Arte programmait le film de Melville, c’est pas mal!

    Ah!, le noir et blanc avec tous ses gris; le dernier du cinéaste (1966)
    Le deuxième souffle suit une trajectoire minutieusement orchestrée, minutée, date et heure s’affichent progressivement au compteur comme une inéluctable roue du destin qui ne peut que mal se terminer comme dans toute tragédie classique
    Tout commence (après les citations dont Melville orne tous ses films) par l’évasion de Gu d’une centrale (séquence bressonnienne de studio) puis le passage d’un train de marchandises dont on espère que l’évadé (Lino Ventura) va réussir (difficilement) à attraper
    Cette intro tendue, sans parole et sans musique donne de suite le ton que le film va suivre sans relâche dans une maîtrise du cadrage, du détail et du tempo, une épure de 2H30 au rythme lent et intense, alors qu’un écheveau de plusieurs intrigues finissent par se recouper et se resserrer jusqu’au final percutant
    Gu s’est évadé! L’ennemi public numéro 1 qui, il y a dix ans, avait attrapé « le train d’or », la nouvelle circule dans les milieux malfrats et policiers
    Et le film traque la chasse à l’homme et les relations ambigues nouées entre flics et voyous, ils sont habillés pareil, la patience des uns et des autres, et le code d’honneur des gangsters
    Face à Gu qui se planque solitaire (dans une bicoque à Montrouge « Ton royaume pour quelque temps », annonçant la planque de Jeff dans Le samouraî) , qui troque sa canadienne et son béret, se teint les cheveux, change de look, moustache, lunettes, manteau, chapeau, face à Gu, le commissaire Blot d’une intelligence supérieure dirige les opérations : Paul Meurisse y est magistral. son entrée en scène dans un long monologue magnifiquement écrit et filmé tourné en un seul plan séquence est anthologique. Blot manoeuvre comme une mouche autour du pot de miel et sait reconnaître en son pire ennemi un homme de sa trempe même s’il est un assassin cynique
    Je passe sur les nombreuses péripéties et nombreux personnages dont les rapports de certains entre eux restent opaques et qui alimentent la complexité du film de Paris à Marseille. Ainsi par exemple c’est au détour d’une brève conversation banale que nous apprenons que Gu et Manouche (seul personnage féminin de ce monde d’hommes) sont frère et soeur, ce qui change la donne des rapports qu’on imaginait jusque là
    Simone Signoret devait interpréter Manouche dans une précédente préparation du film (qui fut longue et cahotique), c’est Christine Fabrega, ex présentatrice télé du jeu « Des chiffres et des lettres » qui tient le rôle face à Lino. Elle y est laconique et distante, dévouée,
    sur ses gardes, méthodique, dans la ligne générale de l’interprétation « J’ai peur qu’en me déplaçant je fasse bouger quelque chose » (ce qu’attend effectivement Blot)
    Le deuxième souffle fut un grand succès public et critique mérité
    Au-delà de son affiche au design noir et titre rouge sur fond blanc (comme nombre de films de Melville) il ramassa près de 500 000 spectateurs lors de son exclusivité parisienne de 20 semaines

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