13 septembre 2019

Have a Nice Day (2017) de Liu Jian

Titre original : « Hao jile »

Have a Nice DayDans les faubourgs d’une ville en pleine urbanisation du sud de la Chine, Xiao Zhang, simple chauffeur pour le compte d’un mafieux local, dérobe à son patron un sac rempli de billets. Son vol va provoquer des réactions en chaîne inattendues…
Le chinois Liu Jian signe là son second long métrage d’animation avec une histoire qu’il a écrite dans un style empreint d’une bonne dose d’humour noir. Ce sac de billets va changer plusieurs fois de mains dans des circonstances souvent loufoques. De plus, les personnages ont souvent des actions totalement inattendues. Ce style d’humour noir à la limite de l’absurde n’est pas sans évoquer le Pulp Fiction de Tarantino (Liu Jian n’est toutefois pas fasciné par la violence comme lui). Il n’y a pas tant de personnages mais il faut rester attentif pour bien les situer. Graphiquement, le dessin est dans le style de la ligne claire, d’ailleurs le film pourrait se définir plus comme une bande dessinée animée qu’un film d’animation car les animations restent volontairement minimalistes. Un grand soin est accordé aux décors. L’ambiance est nocturne, avec des rues désertes. L’ensemble est particulièrement original.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs:
Voir la fiche du film et la filmographie de Liu Jian sur le site IMDB.

Remarques :
* Liu Jian a réalisé seul toutes les images du film, en animation 2-D traditionnelle. Il dit avoir utilisé Photoshop, After-Effects et quelques autres logiciels courants.
* Have a Nice Day devait initialement être présenté au Festival d’animation d’Annecy 2017 mais il fut retiré de la programmation quelques jours avant le début de l’événement sous la pression des autorités chinoises.

Have a Nice Day

Have a Nice Day

Have a Nice DayHave a Nice Day de Jian Liu.

23 juin 2019

Madame Hyde (2017) de Serge Bozon

Madame HydeMadame Géquil enseigne la physique dans un lycée professionnel de la banlieue de Paris. Peu assurée, elle est chahutée par ses élèves et peu appréciée de ses collègues qui la jugent incompétente. Après avoir été foudroyée un soir d’orage lors d’une expérience dans son laboratoire, elle sent en elle une force nouvelle, mystérieuse et dangereuse…
Ecrit par Serge Bozon et Axelle Ropert, Madame Hyde est une variation du thème créé par Robert Louis Stevenson, Docteur Jekyll et M. Hyde. De façon assez inattendue, les auteurs ont choisi de placer l’histoire dans le milieu de l’enseignement. Ils n’ont pas cherché à rendre leur histoire réaliste : Serge Bozon dit n’être attiré que par la « stylisation », il cherche à traiter des problèmes de la réalité (racisme, école, banlieue…) par la « stylisation ». Il faut sans doute garder cela à l’esprit pour apprécier le film mais, même en sachant cela, ce fut vraiment difficile en ce qui me concerne ; le film ne parvient pas à s’élever pour prendre une autre dimension, quelle qu’elle soit. Le jeu des acteurs est légèrement faussé, certainement volontairement. Finalement, le plus réussi est la pointe d’humour introduite avec le personnage du proviseur (Romain Duris), un jeune loup prétentieux et imbécile, prompt à débiter des fadaises. Le film a été apprécié par une partie de la critique mais, semble t-il, moins par les spectateurs. Il semble faire partie de ces films que l’on aime totalement ou pas du tout… car certains commentaires sont vraiment dithyrambiques.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Isabelle Huppert, Romain Duris, José Garcia, Adda Senani
Voir la fiche du film et la filmographie de Serge Bozon sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

 

Madame Hyde
Romain Duris et Isabelle Huppert dans Madame Hyde de Serge Bozon.

4 décembre 2018

Asphalte (2015) de Samuel Benchetrit

AsphalteUn immeuble dans une cité de la région parisienne. Les locataires se réunissent pour financer la réparation de l’ascenseur qui est tours en panne. Sternkowtiz est le seul à ne pas vouloir payer car il habite au premier. Une décision qu’il va regretter quelques jours plus tard…
Samuel Benchetrit adapte son propre roman, Chroniques de l’asphalte (2005), où il évoquait la banlieue de son enfance. Il se centre sur trois rencontres aussi étranges qu’improbables et nous concocte un film où se mêlent le plus naturellement du monde de la fantaisie, de la comédie et du drame. Il y a beaucoup de tendresse dans le regard de Samuel Benchetrit. La magie opère, on se laisse glisser dans son univers. Ses personnages sont des solitaires, parlent assez peu, la communication n’est pas facile mais il y a un lien qui les lient entre eux, une volonté d’être ensemble. Asphalte est un film surprenant, amusant et très réussi.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Isabelle Huppert, Gustave Kervern, Valeria Bruni Tedeschi, Tassadit Mandi, Jules Benchetrit, Michael Pitt
Voir la fiche du film et la filmographie de Samuel Benchetrit sur le site IMDB.

Voir les autres films de Samuel Benchetrit chroniqués sur ce blog…

Asphalte
Tassadit Mandi et Michael Pitt dans Asphalte de Samuel Benchetrit.

Asphalte
Jules Benchetrit (fils de Samuel Benchetrit) et Isabelle Huppert dans Asphalte de Samuel Benchetrit.

Asphalte
Gustave Kervern et Valeria Bruni Tedeschi dans Asphalte de Samuel Benchetrit.

6 décembre 2012

Gosses de Tokyo (1932) de Yasujirô Ozu

Titre original : « Otona no miru ehon – Umarete wa mita keredo »
Autre titre français : « Et pourtant nous sommes nés »

Gosses de Tokyo (Film muet) Un employé s’est installé avec sa famille dans la banlieue de Tokyo, dans le but d’habiter près de son patron. Ses deux garçons ont du mal à s’intégrer avec les autres enfants du quartier qui forment une petite bande… Alors que l’on pourrait penser qu’il s’agit d’un film traitant de la délinquance juvénile, Gosses de Tokyo est plutôt une comédie qui met en scène le monde des enfants et la confrontation avec le monde des adultes. Ozu (alors âgé de 29 ans) montre déjà la qualité de son regard sur la société japonaise. Les adultes ont des rapports qui reposent sur une certaine duplicité qui est absente du monde des enfants, plus naïf et pur. Ozu parvient remarquablement à faire jouer les enfants avec beaucoup d’humour et de postures amusantes tout en restant dans un registre très naturel qui insuffle une certaine fraîcheur à l’ensemble. Plutôt affranchi de ses influences américaines, Ozu fait montre ici d’un style déjà très personnel qui préfigure celui qu’il développera : caméra assez basse, plans vides de transition, beaucoup de plans fixes, et l’on retrouve certains de ses objets fétiches, les trains qui passent, le linge qui sèche. Très original pour son époque, Gosses de Tokyo est un film vraiment remarquable de la première partie de la filmographie d’Ozu.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Tatsuo Saitô, Tomio Aoki, Mitsuko Yoshikawa, Hideo Sugawara
Voir la fiche du film et la filmographie de Yasujirô Ozu sur le site IMDB.

Voir les autres films de Yasujirô Ozu chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le sous-titre du film est « Un livre d’images pour adultes ». Le film montre en effet le monde des adultes tel que vu par un regard d’enfant.

* Chishû Ryû a déjà un petit rôle : c’est l’un des deux projectionnistes.

* Sur le thème de la confrontation du monde des enfants à celui des adultes, Ozu tournera quelque 25 années plus tard Bonjour (1959).