27 juillet 2017

Le Navire blanc (1941) de Roberto Rossellini

Titre original : « La Nave bianca »

Le Navire blancSur un navire de guerre italien, un groupe de jeunes marins est affecté à la surveillance des chaudières. Les jeunes recrues sont aussi très occupés par la correspondance avec leur « marraine de guerre ». Le navire est engagé dans une bataille marine… Premier long métrage de Roberto Rossellini, Le Navire blanc est présenté dans son générique de début comme ayant été « imaginé et dirigé par le centre cinématographique du ministère de la Marine ». Le film a en outre reçu la Coupe du Parti national fasciste à Venise. Il s’agit d’un film de propagande nationaliste qui exalte le sentiment de puissance militaire et fait l’éloge du sacrifice (le navire blanc du titre désigne le navire-hôpital). Le plus intéressant du film est son indéniable côté précurseur du néoréalisme : il n’y a aucun acteur professionnel, chacun tient son propre rôle (marins, officiers, infirmières), et le film a été entièrement tourné sur de véritables navires engagés dans des combats réels. Rossellini nous met très près de ses personnages, nous faisant partager leurs sentiments et aspirations, « de pauvres êtres recrutés dans les campagnes, entrainés à manœuvrer des machines qu’ils ne comprennent pas » déclarera plus tard le réalisateur. Pour le reste, Rossellini laisse entrevoir l’influence de grands maitres comme Eisenstein et Renoir.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs:
Voir la fiche du film et la filmographie de Roberto Rossellini sur le site IMDB.

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Remarques :
* Le nom de Roberto Rossellini n’apparaît pas au générique. Le film fut longtemps attribué à Francesco De Robertis, qui est en fait scénariste et superviseur de la réalisation.
* Mario Bava est assistant-cameraman.
* La musique est signée Renzo Rossellini, frère du réalisateur.

* La trilogie de guerre de Rossellini (parfois nommée « trilogie fasciste ») :
Le Navire blanc (La nave bianca, 1941) sur la Marine
Un pilote revient (Un pilota ritorna, 1942) sur l’Armée de l’air
L’Homme à la croix (L’Uomo dala croce, 1943) sur l’Armée de terre.

Le Navire blanc

Le Navire blanc
Roberto Rossellini (au centre) sur le tournage de Le Navire blanc de Roberto Rossellini.

23 juillet 2017

Le Défunt récalcitrant (1941) de Alexander Hall

Titre original : « Here Comes Mr. Jordan »

Le Défunt récalcitrantEn route pour un combat majeur, le boxeur Joe Pendleton est victime d’un accident d’avion. Emporté par un messager céleste un peu prématurément, il apparaît qu’il n’était pas prévu qu’il décède. Hélas, il ne peut réintégrer son corps, déjà incinéré. On lui accorde donc d’utiliser le corps d’un autre homme, en l’occurence un jeune banquier connu, sur le point d’être assassiné par sa femme… Adapté de la pièce d’Harry Segall, Heaven can wait, par Sidney Buchman et Seton I. Miller, Here Comes Mr. Jordan est une merveilleuse comédie fantastique. Tout en ne montrant aucune faille, la réalisation n’est sans doute pas exceptionnelle mais le scénario est un véritable petit bijou d’écriture. Les rebondissements sont un délice pour le spectateur et l’ensemble est très amusant. Sidney Buchman et Seton I. Miller furent Oscarisés pour ce brillant scénario. Tous les seconds rôles sont très bien tenus avec une mention spéciale pour James Gleason. Here Comes Mr. Jordan a connu suites et remakes mais rien d’aussi réussi.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Robert Montgomery, Evelyn Keyes, Claude Rains, Rita Johnson, Edward Everett Horton, James Gleason
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Remarques :
* Alexander Hall a donné une suite, Down to Earth (L’étoile des étoiles), en 1947, bien moins réussie.
* Remakes :
Heaven Can Wait (Le ciel peut attendre)(ne pas confondre avec le film de Lubitsch) de Warren Beatty et Buck Henry (1978)
Down to earth (Les pieds sur terre) de Chris Weitz, Paul Weitz (2001) avec Chris Rock

Here comes Mr Jordan
Edward Everett Horton, Robert Montgomery et Claude Rains dans Le Défunt récalcitrant de Alexander Hall.

Here comes Mr Jordan
Robert Montgomery, James Gleason et Claude Rains dans Le Défunt récalcitrant de Alexander Hall.

Here Comes Mr Jordan
Robert Montgomery et Evelyn Keyes dans Le Défunt récalcitrant de Alexander Hall.

16 juillet 2017

Fumerie d’opium (1947) de Raffaello Matarazzo

Titre original : « La fumeria d’oppio »

Fumerie d'opiumLe Maestro est à la tête d’une organisation criminelle qui a transformé sa villa en fumerie d’opium. Ses hommes ayant tué une femme pour la voler, il fait accuser un toxicomane du meurtre. Mais la sœur du jeune homme veut tout faire pour le disculper et elle reçoit l’aide d’un mystérieux Za-la-Mort… Avant de se spécialiser dans les mélodrames, Raffaello Matarazzo a surtout réalisé des comédies et ce film policier constitue presque une transition entre ces deux périodes. L’histoire est en effet fortement teintée de mélodrame, celui d’une jeune femme qui tente de sauver son frère des griffes de la drogue. Elle reçoit l’aide d’une sorte de Robin des Bois qui a maille à partir avec la justice. La réalisation est loin d’être remarquable mais le plus gênant est l’interprétation outrée de la jeune femme qui, finalement, nous agace plus qu’elle nous apitoie. Et face à elle, son chevalier blanc manque singulièrement de charisme. L’ensemble n’est, il faut bien l’avouer, guère convaincant. Fumerie d’opium est un film particulièrement rare.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Emilio Ghione Jr., Mariella Lotti, Paolo Stoppa, Emilio Cigoli
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Remarque :
* Les quatre scénaristes sont Ettore Maria Margadonna, Raffaello Matarazzo, Mario Monicelli et Tullio Pinelli.

Fumerie d'opium
Emilio Ghione Jr. et Mariella Lotti dans Fumerie d’opium de Raffaello Matarazzo.

Fumerie d'opium
Emilio Cigoli et Adriana de Roberto dans Fumerie d’opium de Raffaello Matarazzo.

9 juin 2017

Rome ville libre (1946) de Marcello Pagliero

Titre original : « Roma città libera »

Rome ville librePrêt à se suicider pour avoir été ruiné puis abandonné par une femme, un jeune homme est sauvé par un monte-en-l’air qui le prend sous son aile. Ils font la connaissance d’une jeune femme sur le point de se prostituer… C’est Rossellini qui a encouragé Marcello Pagliero, acteur dans son Rome ville ouverte, à tourner cette comédie néoréaliste aux accents dramatiques. L’action se passe en une seule nuit, dans Rome récemment libérée, tentant de retrouver une vie normale mais en proie à de multiples petits trafics. Les personnages se croisent et se recroisent, il y a un peu de tout, on passe du cocasse au dramatique en quelques secondes et inversement. Le pessimisme doit laisser la place à la vie et à l’amour mais le chemin est difficile. Le personnage interprété par De Sica est le plus étonnant : il apporte une note presqu’irréelle ou onirique à l’ensemble. Le film n’est pas sans petites maladresses mais ne déçoit pas. C’est un film méconnu, qui mérite d’être découvert.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Andrea Checchi, Valentina Cortese, Nando Bruno, Vittorio De Sica
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Remarques :
* La base de l’histoire a été écrite par Ennio Flaiano, grand scénariste italien qui a travaillé pour Antonioni, Monicelli et surtout Fellini (il est au générique de tous les films de Fellini de 1950 à 1965). Rome ville libre est l’un de ses premiers films.

* Parmi les scénaristes qui ont adapté l’histoire se trouvent deux des plus grands scénaristes italiens : Cesare Zavattini (futur auteur du Voleur de bicyclette) et la grande Suso Cecchi d’Amico, alors au tout début de sa longue et impressionnante carrière.

Rome Ville Libre
Vittorio De Sica, Valentina Cortese et Andrea Checchi dans Rome ville libre (alias La nuit porte conseil) de Marcello Pagliero.

30 mai 2017

Le Carrefour de la mort (1947) de Henry Hathaway

Titre original : « Kiss of Death »

Le Carrefour de la mortA court d’argent, Nick Bianco décide de commettre un hold-up dans une bijouterie. Il est arrêté. Croyant en lui car il ne fait pas partie de la pègre, le procureur lui promet la clémence s’il dénonce ses complices. Nick refuse et est condamné à vingt ans de prison… Sur un scénario écrit par Ben Hecht, Henry Hathaway réalise un film noir à forte connotation sociale. En effet, son personnage principal est présentée d’emblée comme une victime de la société. De plus, comme souvent pour ces films de la Fox, le tournage a eu lieu à New York dans des lieux réels (1). Le film est souvent cité pour être la meilleure interprétation de Victor Mature qui montre, il est vrai, une belle présence. Mais la grande révélation fut Richard Widmark qui se retrouva nominé aux Oscars pour sa première apparition à l’écran. Son petit rire inquiétant, qui n’était pas prévu au scénario (2), transforme son personnage et donne une force décuplée à la scène ultra-célèbre où il jette une femme paraplégique dans l’escalier. Il allait ainsi être abonné aux rôles de tueur sadique et imprévisible mais fait partie de ces acteurs que l’on n’oublie pas. Le scénario montre ses faiblesses dans les passages plutôt sentimentaux, avec la seconde femme de Nick notamment mais cela n’empêche pas Le Carrefour de la mort d’être un film noir assez remarquable.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Victor Mature, Brian Donlevy, Coleen Gray, Richard Widmark, Karl Malden
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Remarques :
* La fin du film n’est pas celle de Ben Hecht. Elle a été réécrite par Philip Dunne. Hathaway n’aimait pas celle de Hecht où Nick Bianco se cachait.
* Une scène a été coupée par la censure, une scène qui montre la femme de Nick Bianco abusée par le fameux Rizzo avant de se suicider. Voilà pourquoi ce passage est assez nébuleux : on ne comprend pas bien pourquoi Nick tient Rizzo responsable de la mort de sa femme. Le nom de l’actrice Patricia Morison qui interprétait la première femme de Nick apparaît ainsi sur l’affiche alors qu’elle n’apparait pas dans le film.

(1) Toute la scène d’ouverture se déroule par exemple à l’intérieur du Chrysler Building. Même l’ascenseur est réel où Hathaway a tourné en 16 mm (gonflé ensuite en 35mm). Les scènes de prison sont dans une vraie prison, etc.
(2) Richard Widmark raconte : « J’avais un trac épouvantable. Quand je ne savais pas quoi faire, je riais. Et le hasard veut que j’aie un rire bizarre. » (Anecdote rapportée par Gene Tierney dans son autobiographie Self PortraitMademoiselle, vous devriez faire du cinéma. Gene Tierney tournera avec Widmark dans le très beau Night and the CityLes Forbans de la nuit de Jules Dassin en 1950)

Kiss of Death
Brian Donlevy, Richard Widmark et Victor Mature dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.

Kiss of Death
Richard Widmark dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.

Kiss Of Death
Brian Donlevy, Karl Malden, Millard Mitchell, Victor Mature + 2 figurants dans Le Carrefour de la mort de Henry Hathaway.

Remakes:
The Fiend Who Walked the West (1958), western de Gordon Douglas
Kiss of Death (1995) de Barbet Schroeder avec David Caruso et Nicolas Cage

23 mai 2017

Mexican Spitfire (1940) de Leslie Goodwins

Mexican SpitfireCarmelita et Dennis sont de retour de leur voyage de noces. Encouragée par la tante de Dennis, l’ex-fiancée Elizabeth a la ferme intention de reconquérir celui qu’elle a perdu… The Mexican Spitfire débute exactement là où The Girl from Mexico s’est terminé. Le ressort de cette comédie est à nouveau le décalage entre l’exubérante mexicaine et le monde guindé new-yorkais agrémenté de la rivalité entre deux femmes. Assez étonnamment, Lupe Velez s’est quelque peu calmée. C’est l’australien Leon Errol, dans le rôle de l’oncle, qui est nettement le vrai pilier du film : dans un double rôle, il fait un beau numéro, même si le scénario ne tire pas tout le potentiel des différents quiproquos. Le scénario est en effet assez pauvre et une impression de précipitation se dégage de l’ensemble. Une fois encore, le succès fut au rendez-vous et six autres suites s’enchaineront en trois ans.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Lupe Velez, Leon Errol, Donald Woods, Linda Hayes
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The Mexican Spitfire
Leon Errol et Lupe Velez dans Mexican Spitfire de Leslie Goodwins.

11 mai 2017

Lucrezia Borgia (1940) de Hans Hinrich

Lucrezia Borgia1508. Lucrèce Borgia est l’épouse du Duc de Ferrare qui est en permanence suspicieux. Elle ignore pourtant les nombreux prétendants qui l’entourent… Acteur puis metteur en scène de théâtre avant de passer au cinéma, l’allemand Hans Hinrich s’est réfugié en Italie pour fuir le nazisme. Son Lucrezia Borgia se concentre sur la dernière partie de la vie de la fille du pape Alexandre VI, après la mort de son frère César, alors qu’elle devient une protectrice des arts à Ferrare. Le film semble ainsi prendre la suite du film qu’Abel Gance a tourné cinq ans plus tôt et, tout comme ce dernier, la présente plutôt comme une victime qu’une intrigante, victime des passions qu’elle suscite par sa beauté. L’ensemble manque un peu d’intensité, mais la réalisation demeure plus qu’honorable et cette version très peu connue est loin d’être la moins intéressante. Isa Pola est très convaincante dans son rôle. A noter une séquence qui montre en détail la fabrication d’un canon.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Isa Pola, Friedrich Benfer, Carlo Ninchi, Nerio Bernardi
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Lucrezia Borgia
Nerio Bernardi, Guido Lazzarini, Isa Pola et Carlo Ninchi dans Lucrezia Borgia de Hans Hinrich.

Lucrezia Borgia
Friedrich Benfer et Isa Pola dans Lucrezia Borgia de Hans Hinrich.

26 janvier 2017

L’Homme du Sud (1945) de Jean Renoir

Titre original : « The Southerner »

L'homme du SudAu Texas, Sam Tucker, un ramasseur de coton, décide de tenter sa chance en fermier indépendant. Il loue une terre à l’abandon et s’y installe avec sa famille… Jean Renoir a tourné six films à Hollywood entre 1941 et 1947 et L’homme du Sud est généralement considéré comme le meilleur d’entre eux. C’est un film étonnant pour Jean Renoir car on l’imaginerait plutôt signé par un cinéaste comme John Ford tant il est dans le même esprit que Les Raisins de la colère ou La Route au tabac. Nous suivons cette famille de nouveaux fermiers pendant une année, luttant contre la faim, le froid et même la nature, parfois hostile. Jean Renoir a su trouver le ton juste pour nous mettre très près de ses personnages et nous partageons leurs angoisses, leurs espoirs, nous mesurons leur courage et leur opiniâtreté. Sa mise en scène extrêmement sobre convient parfaitement. Il a aussi étonnamment intégré les valeurs américaines, soulignant l’opposition entre la sécurité du travail salarié et le risque d’être son propre patron, ou encore mettant en relief l’importance de la famille. Il est servi par une belle interprétation : Zachary Scott, Betty Field génèrent l’empathie en nous tandis que J. Carrol Naish, en voisin hostile, incarne à lui-seul l’esprit du Sud (même s’il est en réalité new-yorkais). Tout n’est pas parfait : le personnage de la grand-mère acariâtre est plus irritant qu’amusant. Mais cela n’empêche pas L’homme du Sud d’être un très beau film réaliste doté d’une grande énergie vitale. Il est bien trop méconnu.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Zachary Scott, Betty Field, J. Carrol Naish
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Remarques :
* The Southerner a été nominé pour trois Oscars, dont celui de meilleur réalisateur (c’est Billy Wilder qui l’a remporté).
* Cette adaptation d’un roman de George Sessions Perry (Hold Autumn in Your Hand) a été écrite par Hugo Butler et Jean Renoir, avec l’aide amicale (et non créditée) de William Faulkner et Nunnally Johnson.
* L’assistant-réalisateur est le jeune Robert Aldrich (il tournera son premier long métrage neuf ans plus tard)
* Jean Renoir a dû quitter la France début 1941 après avoir reçu la visite de deux émissaires de Vichy l’exhortant à faire des films sur la « Nouvelle France ».
* Le film The Southerner est actuellement libre de droits. C’est pour cette raison qu’il est trouvable facilement à bas prix avec une qualité d’image qui est loin d’être optimale (tout en restant suffisante) et il y a peu de chances qu’il soit restauré.

The Southerner
Jay Gilpin et Jean Vanderwilt (les enfants), Beulah Bondi (la grand-mère), Betty Field et Zachary Scott dans L’homme du Sud de Jean Renoir.

23 janvier 2017

Gentleman Jim (1942) de Raoul Walsh

Gentleman JimEmployé de banque, Jim Corbett, un américain d’origine irlandaise, veut s’élever dans la société. De façon assez inattendue, c’est la boxe qui va lui en fournir le moyen… Gentleman Jim raconte l’ascension de James J. Corbett qui est considéré comme étant le père de la boxe moderne, celui qui apporta une certaine noblesse à cet art. A la fin du XIXe siècle, ce boxeur fut une véritable star de son temps, jouant au théâtre en parallèle de sa carrière. Le film de Raoul Walsh le présente comme un mélange de vantardise et de charme. Errol Flynn se révèle parfait dans ce type de rôle. L’acteur s’est beaucoup entraîné physiquement, ce qui ne l’a pas empêché d’avoir un léger arrêt cardiaque sur le tournage d’une scène de boxe. Il reprit le tournage une semaine plus tard, refusant toujours d’être doublé. Le déroulement du scénario est assez rapide et l’ensemble est parsemé d’un humour tapageur assez appuyé. Les scènes de boxe sont fort bien filmées, rendant bien la vélocité des boxeurs par un montage rapide, avec beaucoup de plans sur les spectateurs pour ajouter une note d’humour. On remarquera que, entre les lignes, le thème du rêve américain est omniprésent. On pourrait même dire que c’est le sujet principal du film.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Errol Flynn, Alexis Smith, Jack Carson, Alan Hale, John Loder
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Gentleman Jim
Errol Flynn est Gentleman Jim dans le film de Raoul Walsh (Jack Carson est à sa droite, la main sur son épaule).

Remarques :
* Le scénario est écrit par Vincent Lawrence et Horace McCoy d’après l’autobiographie The Roar of the Crowd de James J. Corbett.
* L’histoire est romancée : dans la réalité, James J. Corbett était un personnage calme et plutôt effacé. Il s’est marié avec une actrice (et non une femme de la haute société) et, ce, bien avant d’être champion du monde. D’autre part, Sullivan haïssait Corbett et donc ne lui remit jamais la fameuse ceinture (qu’il avait d’ailleurs mise au clou des années auparavant).
* Peu après la sortie du film, Errol Flynn fut accusé de viol (il sera finalement acquitté) et sa phrase finale dans le film, « I’m no gentleman », prit ainsi un sens inattendu dans l’esprit des spectateurs.

Gentleman Jim
Rhys Williams, Alexis Smith, Errol Flynn et Minor Watson dans Gentleman Jim de Raoul Walsh.

10 janvier 2017

Une si jolie petite plage (1949) de Yves Allégret

Une si jolie petite plagePar un soir pluvieux, un jeune homme triste arrive dans un village côtier du nord de la France. Il prend une chambre dans l’unique hôtel ouvert, une modeste maison tenue par la nièce de l’ancien propriétaire complètement paralysé et muet. Ce dernier semble reconnaitre le nouvel arrivé… Tout comme Dédé d’Anvers (1948), Une si jolie petite plage est issu de la collaboration entre le scénariste Jacques Sigurd et le réalisateur Yves Allégret (qui, rappelons-le, est le jeune frère de Marc Allégret). C’est à nouveau un film très noir avec ce désenchantement qui marque le cinéma français de l’Après-guerre. Accablé par le lourd poids du destin, les personnages de cette histoire n’espèrent plus, du moins pour eux. Il n’y a pas un seul rayon de soleil à l’horizon, au propre comme au figuré puisqu’il pleut continuellement, une grosse pluie qui détrempe tout et semble vouloir s’insinuer partout. La construction est originale car rien n’est expliqué de prime abord : si on comprend rapidement que ce jeune homme a vécu là par le passé, les indices sont ensuite distillés au compte-goutte et nous ne faisons qu’entrevoir les choses. Ce n’est que vers la fin du film que l’on apprendra de sa bouche toute son histoire. Gérard Philipe est parfait dans ce rôle assez taciturne. L’acteur n’est encore qu’au début de sa carrière, son talent explosera aux yeux du plus grand nombre  peu après au théâtre et, par ricochet, au cinéma. La photographie, signée par le grand Henri Alekan, est superbe.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Madeleine Robinson, Gérard Philipe, Jean Servais, André Valmy, Jane Marken, Julien Carette
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Remarque :
* Yves Allégret se permet une amusante petite prouesse technique sur le plan de fin : un couple marche sur la plage, dit une phrase (« Une si jolie petite plage ! »), s’arrête pour regarder la mer et la caméra recule rapidement jusqu’à qu’ils ne deviennent plus qu’un point. Aucune trace n’est visible dans le sable. Sauf erreur de ma part, la seule façon de faire un tel plan est de le filmer à l’envers, le plus délicat étant la synchronisation de la petite phrase.

Une si jolie petite plage
Gérard Philipe et Madeleine Robinson dans Une si jolie petite plage de Yves Allégret.