30 novembre 2011

Sommaire de novembre 2011

RegenerationL'homme en grisLes liaisons coupablesGerminalLady LouMovie CrazyL'esprit s'amuseVers sa destinée

Regeneration

(1915) de Raoul Walsh

L’homme en gris

(1943) de Leslie Arliss

Les liaisons coupables

(1962) de George Cukor

Germinal

(1913) de Albert Capellani

Lady Lou

(1933) de Lowell Sherman

Movie Crazy

(1932) de Clyde Bruckman

L’esprit s’amuse

(1945) de David Lean

Vers sa destinée

(1939) de John Ford

L'argentAutour de l'argentL'assassinat du Père NoëlAfter hours – Quelle nuit de galèreToute la ville danseGirlfriend experienceLe messagerLes herbes folles

L’argent

(1928) de Marcel L’Herbier

Autour de l’argent

(1928) de Jean Dréville

L’assassinat du Père Noël

(1941) de Christian-Jaque

After hours – Quelle nuit de galère

(1985) de Martin Scorsese

Toute la ville danse

(1938) de Julien Duvivier

Girlfriend experience

(2009) de Steven Soderbergh

Le messager

(1970) de Joseph Losey

Les herbes folles

(2009) d’ Alain Resnais

Le mur du sonThe Social NetworkFatty cabotinBromo and JulietRépulsionLa proieLa merditude des chosesL'argent des autres

Le mur du son

(1952) de David Lean

The Social Network

(2010) de David Fincher

Fatty cabotin

(1919) de Roscoe Arbuckle

Bromo and Juliet

(1926) de Leo McCarey

Répulsion

(1965) de Roman Polanski

La proie

(1948) de Robert Siodmak

La merditude des choses

(2009) de Felix Van Groeningen

L’argent des autres

(1978) de Christian de Chalonge

Le baiserEn cas de malheurThe killer inside meL'école des contribuablesLa dame de tout le mondeLà-haut

Le baiser

(1929) de Jacques Feyder

En cas de malheur

(1958) de Claude Autant-Lara

The killer inside me

(2010) de Michael Winterbottom

L’école des contribuables

(1934) de René Guissart

La dame de tout le monde

(1934) de Max Ophüls

Là-haut

(2009) de Pete Docter et Bob Peterson

Nombre de billets : 30

30 novembre 2011

Regeneration (1915) de Raoul Walsh

Regeneration (Film muet) Orphelin à 10 ans, le jeune Owen grandit à Bowery, quartier pauvre de New York où il apprend la dure loi de la rue. Devenu chef d’une petite bande à 25 ans, il fait la rencontre de Marie qui tente d’apporter un peu d’humanité et d’éducation dans le quartier… Regeneration fait partie des premiers longs métrages de Raoul Walsh qui avait alors 28 ans et qui venait de signer à la toute jeune Fox (1). Il a joui d’une totale liberté pour adapter l’autobiographie d’Owen Kildare. C’est ainsi l’un des premiers longs métrages montrant des gangsters (2). L’histoire est très conventionnelle mais Walsh adopte une approche très réaliste, il va filmer sur les lieux même de l’action, dans Bowery, et utilise les habitants du quartier pour faire de la figuration. Son film en paraît ainsi très authentique. La grande scène de l’incendie du bateau sur l’Hudson lui valut de se retrouver sous les verrous. L’incident ayant attiré plus de 20 000 badauds sur les rives (3), William Fox pressa Walsh de terminer en 5 jours pour profiter de cette publicité gratuite (4). Ce qu’il fit. Sa façon de filmer est assez moderne, avec une bonne utilisation des gros plans et des changements de plan, ce qui donne du rythme à l’ensemble. Raoul Walsh montre ainsi son talent dès le début de sa carrière.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Rockliffe Fellowes, Anna Q. Nilsson
Voir la fiche du film et la filmographie de Raoul Walsh sur le site IMDB.

Voir les autres films de Raoul Walsh chroniqués sur ce blog…

(1) Précédemment, Raoul Walsh avait tourné surtout des courts métrages pour la Biograph, mais aussi quelques longs métrages, dont The life of General Villa, et également joué dans plusieurs films de Griffith dont Naissance d’une Nation. La Fox a été officiellement créée le 1er février 1915 soit 6 mois avant la sortie de Regeneration.
(2) Un autre film mettant en scène des gangsters était sorti quelques mois plus tôt : Alias Jimmy Valentine (1915) de Maurice Tourneur avec Robert Warwick et Robert Cummings.
(3) La scène de l’incendie sur le bateau renvoie au terrible accident du General Slucum sur l’East River, 10 ans auparavant, qui avait fait plus de 1000 morts. C’est peut-être pour cette raison que l’incident a attiré tant de badauds. (A noter que cet évènement tragique est reconstitué dans le film Manhattan Melodrama (1934) de W.S. Van Dyke)
(4) C’est du moins ce que raconte Raoul Walsh lui-même dans son autobiographie « Un demi-siècle à Hollywood » (1974).

29 novembre 2011

L’homme en gris (1943) de Leslie Arliss

Titre original : « The man in grey »

L'homme en grisA une vente aux enchères pendant la guerre, un pilote et une jeune auxiliaire de l’armée découvrent qu’ils ont en commun une histoire par leur famille. Un flash-back raconte comment, au début du XIXe siècle, Clarissa a épousé sans amour le Marquis de Rohan et les évènements qui ont suivi… Adaptation d’un roman d’Eleanor Smith, L’homme en gris est un film anglais, réalisé pendant la guerre. L’histoire peut paraître assez classique en soi, la mise en scène reste très classique et pourtant le film nous accroche par son charme et une certaine force. Leslie Ardiss as su éviter les clichés et traiter cette histoire avec naturel et délicatesse, et même avec une certaine poésie. Il est servi en outre par trois acteurs remarquables, qui deviendront tous trois bien plus célèbres par la suite : James Mason, Stewart Granger et Margaret Lockwood, cette dernière interprétant dans un ton très juste un personnage effroyablement machiavélique. Le cinéma anglais a souvent montré son talent pour les drames « en costumes » (XIXe notamment) et L’homme en gris est un bel exemple de réussite avec des moyens assez limités.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Margaret Lockwood, James Mason, Stewart Granger, Phyllis Calvert
Voir la fiche du film et la filmographie de Leslie Arliss sur le site IMDB.

28 novembre 2011

Les liaisons coupables (1962) de George Cukor

Titre original : « The Chapman Report »

Les liaisons coupablesLe Dr Chapman et son équipe se rendent à Los Angeles pour réaliser une enquête sur vie sexuelle des femmes américaines… Les liaisons coupables est basé sur un best-seller d’Irving Wallace (1). George Cukor dresse le portrait de quatre femmes qui sont insatisfaites de leur mariage ou de leur vie sexuelle. Ces quatre personnages féminins sont volontairement très typés. Le film provoqua la colère de la Ligue pour la Vertu qui parvint à faire opérer de nombreuses coupes et à faire ajouter une fin, plus morale (2). Cukor est bien servi par quatre actrices de talent, dont la jeune Jane Fonda et l’anglaise Claire Bloom qui fait une belle interprétation de nymphomane névrosée. Les liaisons coupables Les acteurs masculins sont en revanche plus ternes. La photographie est superbe, un très beau Technicolor. Les liaisons coupables est généralement mal considéré. C’est assez injuste car, malgré ses coupes, il ne manque pas de charme, ni d’intérêt. Cukor a su éviter toute vulgarité et a même donné une certaine élégance par sa mise en scène.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Shelley Winters, Jane Fonda, Claire Bloom, Glynis Johns, Efrem Zimbalist Jr., Harold J. Stone
Voir la fiche du film et la filmographie de George Cukor sur le site IMDB.

Voir les autres films de George Cukor chroniqués sur ce blog…

(1) Le roman d’Irving Wallace était basé sur les Kinsey Reports, une vaste enquête dont les résultats furent publiés dans deux livres parus en 1948 et 1953 qui firent scandale.
(2) La dernière scène, où le Dr Chapman et son assistant citent le chiffre de 85% de mariages heureux comme résultat de l’enquête, a été ajoutée sous la pression de la Legion of Decency (Ligue pour la Vertu) afin de montrer que les « déviances » montrées dans le film étaient loin d’être la norme.

27 novembre 2011

Germinal (1913) de Albert Capellani

GerminalRenvoyé pour avoir giflé son contremaître, Etienne Lantier part dans le nord de la France à la recherche d’un nouvel emploi. Il se fait embaucher aux mines de Montsou grâce à une famille de mineurs qui l’héberge. Quand la direction décide de baisser les salaires, il pousse les mineurs à la grève… Lorsqu’il tourne cette adaptation du roman de Zola, Germinal, le réalisateur français Albert Capellani est déjà un spécialiste des adaptations littéraires (1). Il vient d’ailleurs de terminer une adaptation-fleuve (5h) des Misérables. Sans être aussi long, son Germinal dure 2h30, durée inhabituelle à l’époque. Nous sommes à une époque où le cinéma français dominait toujours le cinéma mondial grâce à sa force narrative. C’est bien le cas ici : si l’utilisation de la caméra reste très classique pour l’époque (plans fixes, pas de gros plans, quelques travelings latéraux), Germinal est étonnant de naturel à la fois par la mise en scène et le jeu des acteurs (l’école naturaliste propre au théâtre). On est étonné de voir avec quel naturel se comportent les acteurs ou figurants même quand ils ne sont pas au premier plan : on a vraiment l’impression de voir une scène véritable (2). Henry Krauss (Etienne Lantier) et Sylvie (Catherine Maheu) sont absolument remarquables, Sylvie tout particulièrement par ses nombreuses petites expressions et mimiques qui donnent beaucoup de vie. Le jeu très naturel permet de se passer de dialogues. Les intertitres, peu nombreux, sont utilisés pour décrire la ou plutôt les scènes qui suivent (ce qui correspond à l’usage de l’époque). Parmi toutes les adaptations de Germinal, celle de Capellani est probablement celle qui a le plus de force sur le propos social du roman de Zola.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Henry Krauss, Sylvie, Jean Jacquinet, Paul Escoffier
Voir la fiche du film et la filmographie de Albert Capellani sur le site IMDB.

Remarques :
(1) En 1908, Charles Pathé avait créé la Société Cinématographique des Auteurs et Gens de Lettres (S.C.A.G.L.), filiale de Pathé qui avait pour but de produire des adaptations des œuvres les plus prestigieuses de la littérature française. Il avait placé Albert Capellani à sa tête. Le réalisateur supervisait donc de nombreux films en plus de tourner les siens.
(2) La seule scène qui échappe à la règle est celle de la fête foraine, visiblement tournée au milieu de la foule d’une véritable fête. Résultat : des dizaines de badauds regardent la caméra, jusqu’à venir se planter devant. C’est très amusant à regarder mais on ne regarde que les badauds !

Autres adaptations :
Au pays noir de Ferninand Zecca et Lucien Nonguet (1905) (court métrage de 15 mn)
Germinal d’Albert Capellani (1913)
Germinal d’Yves Allégret (1963) avec Julien Sorel et Claude Brasseur
Germinal de Claude Berri (1993) avec Renaud et Gérard Depardieu

26 novembre 2011

Lady Lou (1933) de Lowell Sherman

Titre original : « She Done Him Wrong »

Lady LouUn saloon du New York des années 1890 est tenu par un politicien véreux mais c’est Lou, tenancière et chanteuse, qui fait tomber tous les hommes qui passent à sa portée… She Done Him Wrong est le second film tourné Mae West mais c’est le premier où elle tient le haut de l’affiche. Le film est adapté de sa propre pièce, Diamond Lil, qui avait eu un grand succès à Broadway. C’est ce film qui va établir son personnage haut en couleur : provocante, aguicheuse et ne parlant que par phrases à double sens (sexuel évidemment). Avec son déhanchement exagéré, son personnage est très proche de la caricature. Ses robes, ultra serrées, étaient cousues directement sur elle. Mais ce sont les dialogues qui forment l’élément le plus savoureux du film, incroyablement chargés de sous-entendus et d’allusions. Nous sommes en 1932 avant la généralisation du Code Hays (règles de censure puritaine) et cela se sent ! Même les chansons sont pleines de doubles sens: “I Wonder Where My Easy Rider’s Gone”, “A Guy What Takes His Time”. Bien entendu, nous ne sommes pas ici dans la petite dentelle, c’est de l’humour assez percussif mais, à condition de ne rien prendre au sérieux, cet humour fonctionne bien. She Done Him Wrong fut un énorme succès, ce dont la Paramount avait bien besoin à l’époque, et lancera le phénomène Mae West. Le film sera également un tremplin pour Cary Grant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Mae West, Cary Grant, Owen Moore, Gilbert Roland, Noah Beery, David Landau
Voir la fiche du film et la filmographie de Lowell Sherman sur le site IMDB.

Remarques :
* Noah Beery est le frère de Wallace Beery.
* C’est Mae West qui a découvert Cary Grant parmi les petits acteurs de la Paramount et qui a poussé pour qu’il ait un rôle de premier plan dans Blonde Venus avec Marlene Dietrich, tourné peu avant Lady Lou (Marlene Dietrich et Mae West étaient en très bon termes).
* Le titre est dérivé des paroles d’une chanson traditionnelle américaine appelée Frankie and Johnny que Mae West chante dans le film (en détournant un peu les paroles).
* Le film a été tourné en 18 jours pour un budget très réduit.

25 novembre 2011

Movie Crazy (1932) de Clyde Bruckman

Autre titre (Belgique) : « Silence, on tourne! »

Movie CrazyA la suite d’une méprise, un provincial qui rêve de faire carrière dans le cinéma est convoqué à Hollywood pour faire des essais… Les grands burlesques du cinéma muet ont souffert du passage au parlant. Sans échapper totalement à la règle, Harold Lloyd est celui qui a le mieux réussi à prendre le virage, avec même quelques belles réussites comme ce Movie Crazy. C’est son premier film vraiment écrit comme un parlant (et non comme un muet sonorisé). L’histoire n’est guère originale en soi et pourtant Harold Lloyd parvient à Movie Crazy éviter les situations les plus faciles et nous livre de très bons gags. Les scènes de la piste de danse et de la bagarre finale sont assez mémorables. Movie Crazy montre un bel équilibre entre l’humour et la romance, avec un personnage féminin (joué par Constance Cummings) assez travaillé. C’est inhabituel pour le burlesque muet et témoigne donc de l’évolution d’Harold Lloyd pour aborder le parlant. Le succès fut au rendez-vous, un succès justifié car Movie Crazy est au niveau de ses meilleurs films.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Harold Lloyd, Constance Cummings
Voir la fiche du film et la filmographie de Clyde Bruckman sur le site IMDB.

Voir les autres films de Clyde Bruckman chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le film fut tourné sans le son, les voix étant ajoutées en post-production.
* Bien que Clyde Bruckman soit crédité comme seul réalisateur, le film a été en grande partie dirigé par Harold Lloyd lui-même du fait de l’alcoolisme chronique de Bruckman.

24 novembre 2011

L’esprit s’amuse (1945) de David Lean

Titre original : « Blithe Spirit »

L'esprit s'amuseUn écrivain organise une séance de spiritisme au cours de laquelle son ex-femme fait sa réapparition. Lui seul peut la voir ce qui crée quelques complications avec sa femme actuelle… L’esprit s’amuse est l’adaptation d’une pièce de Noel Coward qui eut un énorme succès des deux côtes de l’Atlantique. Malgré des offres alléchantes venant d’Hollywood, Coward préféra voir une adaptation bien anglaise de sa pièce. Et effectivement, l’atmosphère de cette comédie est délicieusement ‘british’. L’histoire est simple mais la réussite de l’ensemble repose sur de savoureux dialogues, pleins d’esprit et d’humour subtil, sur un excellent jeu d’acteurs, Rex Harrison avec sa séduisante élégance britannique et Margaret Rutherford déchaînée dans un rôle de medium haut en couleur, et enfin sur une utilisation intelligente de la couleur. L’humour est assez impertinent avec parfois de jolis sous-entendus à caractère sexuels (certaines phrases furent coupées dans les versions américaines). L’esprit s’amuse et nous aussi.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Rex Harrison, Constance Cummings, Kay Hammond, Margaret Rutherford
Voir la fiche du film et la filmographie de David Lean sur le site IMDB.

Voir les autres films de David Lean chroniqués sur ce blog…

22 novembre 2011

Vers sa destinée (1939) de John Ford

Titre original : « Young Mr. Lincoln »

Vers sa destinéeEmployé d’une petite échoppe au fin fond de l’Illinois, le jeune Abe Lincoln troque quelques tissus contre des livres de Droit qu’il étudie longuement. A la mort de la jeune fille qu’il aimait, il décide d’aller à Springfield pour se lancer dans une carrière d’avocat… Vers sa destinée (Young Mr Lincoln) retrace donc les débuts de la carrière publique d’Abraham Lincoln, alors qu’il n’était qu’un simple avocat de province. Abraham Lincoln est unanimement vénéré aux Etats-Unis (nous n’avons pas d’équivalent en France) et donc le sujet n’est pas si facile à traiter. La grande réussite de John Ford est de l’avoir rendu très humain et d’avoir évité toute grandiloquence. Son cinéma est, dans le fond et dans la forme, d’une simplicité qui engendre la perfection, l’harmonie. Le scénario s’inspire de faits historiques tout en gardant une certaine liberté (par exemple, le procès décrit a eu lieu beaucoup plus tard dans sa vie, alors qu’il avait largement débuté sa carrière politique). John Ford fait ici un éloge de la ruralité, des hommes ordinaires qui bâtissent la Nation. Henry Fonda est l’incarnation parfaite du jeune Lincoln, à la fois par sa stature, sa prestance, sa simplicité naturelle et la puissance de son jeu (1). Vers sa destinée (Young Mr Lincoln) a longtemps été considéré comme mineur. Curieusement, c’est Eisenstein qui a relancé sa popularité parmi les critiques en déclarant à la fin des années cinquante que c’était, parmi tous les films américains, celui qu’il aurait aimé avoir fait.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Henry Fonda, Alice Brady, Donald Meek, Marjorie Weaver, Pauline Moore, Ward Bond, Arleen Whelan
Voir la fiche du film et la filmographie de John Ford sur le site IMDB.

Voir les autres films de John Ford chroniqués sur ce blog…

Remarques :
(1) Dans son autobiographie, Henry Fonda raconte que lorsqu’un producteur est venu lui demander s’il connaissait Abraham Lincoln, il a répondu : « Je suis absolument dingue de Lincoln. J’ai lu les trois-quarts des bouquins qui lui ont été consacrés ! » L’acteur refusa néanmoins le rôle, comme par crainte de commettre un crime de lèse-majesté. C’est John Ford qui réussit à le convaincre, plusieurs mois plus tard, en insistant sur le côté « petit avocat de province » du héros de son film.

21 novembre 2011

L’argent (1928) de Marcel L’Herbier

L'argentSaccard, directeur de la Banque Universelle, subit un revers financier important lorsque son ennemi de toujours, le banquier Gunderman, bloque une augmentation de capital d’une filiale stratégique. Il est proche de la ruine. Pour se remettre en selle, il décide de financer l’aviateur Jacques Hamelin qui projette d’aller exploiter des gisements de pétrole en Guyane… Tourné dans les toutes dernières années du cinéma muet, L’argent est une transposition moderne du roman homonyme d’Emile Zola. Marcel L’Herbier, réalisateur qui a fortement contribué à hisser le cinéma au rang d’art véritable au tout début des années vingt, réussit à mettre sur pied cette ambitieuse production dotée de larges moyens (qui seront d’ailleurs dépassés). Composant, parfois difficilement, avec un producteur pointilleux, il a fortement imprimé sa marque sur le film. L’argent est donc bien un film d’auteur.

L'argent Le plus visible de sa démarche réside dans les audacieux et inventifs mouvements de caméra. Le plus célèbre est un vertigineux traveling vertical au dessus de la Corbeille mais il y a beaucoup d’autres travelings, parfois très rapides, qui apportent beaucoup de mobilité. L’autre aspect le plus visible est l’utilisation des flous, soit pour mieux isoler un personnage, soit pour exprimer un sentiment, un état d’esprit, une situation trouble. Très étonnant. Il faut aussi remarquer le montage avec notamment des plans alternés très efficaces. Toute cette créativité pourrait sembler vaine si elle n’était au service de l’intensité du drame qui se noue devant nos yeux.

L'argentLes décors Art-Déco sont superbes. Star auréolée du succès de Metropolis, Brigitte Helm n’a qu’un second rôle, celui de l’intrigante baronne Sandorf. Lascive et féline, elle distille, dans les scènes où elle apparaît, une forte sensualité qui atteint son paroxysme dans son altercation avec Saccard (1). Pierre Alcover donne beaucoup de corps (!) à son personnage. Ce qui est étonnant à propos de Saccard, c’est l’ambivalence des sentiments qu’il nous inspire : il est à la fois odieux, calculateur, entièrement asservi par l’argent, mais il est parfois sympathique, surtout lorsqu’il laisse transparaître sa fragilité. L’autre banquier, Gundermann, est encore plus machiavélique, un personnage très réussi : froid et inexpressif, il ne cesse de caresser l’un de ses chats à longs L'argentpoils.

Tourné un an avant le krach boursier de 1929, L’argent a été donc assez prophétique dans sa dénonciation du pouvoir extrême de l’argent. Il trouve d’ailleurs un nouvel écho aujourd’hui, 80 ans plus tard. L’argent eut un succès mitigé : à sa sortie, il fut mal considéré par la critique et il faut attendre les années soixante pour le voir réhabilité et remis à sa juste place, c’est-à-dire parmi les 5 ou 10 plus grands films du cinéma muet.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Pierre Alcover, Brigitte Helm, Marie Glory, Alfred Abel, Henry Victor, Antonin Artaud, Jules Berry
Voir la fiche du film et la filmographie de Marcel L’Herbier sur le site IMDB.
Voir les autres films de Marcel L’Herbier chroniqués sur ce blog…

Remarques :
* Le tout jeune et inexpérimenté Jean Dréville a tourné un film de 40 minutes sur le tournage de L’argent : Autour de L’argent. Ce petit film est passionnant, un document précieux.
L'argent * Les scènes de bourse furent réellement tournées à la Bourse (Palais Brongniart à Paris) que Marcel L’Herbier put avoir trois jours à son entière disposition pendant le week-end de l’Ascension. 2000 figurants (dont certains étaient de véritables opérateurs de bourse), une quinzaine de caméras, le réalisateur ne lésina guère sur les moyens. Le résultat est saisissant : l’effervescence de ce temple de la finance est clairement perceptible.  Pour l’un des plans les plus audacieux de toute l’histoire du cinéma, L’Herbier a fait chuter une volumineuse caméra au dessus de la Corbeille depuis la coupole, soit 22 mètres en quasi-chute libre.

(1) Le film/making-of de Jean Dréville nous montre que cette scène (entrevue entre Saccard et la baronne Sandorf) fut la première à être tournée. C’est assez étonnant lorsqu’on voit l’intensité dramatique et sensuelle qu’elle atteint à l’écran.

Remake :
L’argent de Pierre Billon (1936) avec Nicolas Amato et Pierre Richard-Willm (film perdu?)