Le monde fait face à une épidémie de mutations qui transforment les humains en animaux. François doit déménager dans le sud de la France pour se rapprocher de sa femme Lana, touchée par ce mal mystérieux et envoyée dans un centre spécialisé. Sur place, lui et son fils Émile doivent se réinventer dans un monde qui se peuple de créatures d’un nouveau genre… Le Règne animal est un film fantastique français coécrit et réalisé par Thomas Cailley, son second long métrage après Les Combattants (2014). Je n’ai pas du tout accroché à cette histoire où tout sonne faux à mes yeux. Dès les premières minutes, on ne croit pas au jeu emprunté des acteurs et les dialogues sont bien pauvres. Les meilleurs moments sont les scènes de forêt où (heureusement) personne ne parle. Les effets spéciaux sont plutôt réussis et beaucoup de critiques ont salué l’émergence d’une nouvelle direction pour le cinéma français. Mon opinion est minoritaire : le film a été très bien accueilli par le public et la critique qui y a vu une fable écologique, ou même politique, écho à notre aspiration de se reconnecter avec la nature. Gros succès avec plusieurs Césars à la clef. Elle: – Lui :
Walid, 40 ans, Palestinien vivant à Haïfa avec sa femme et ses deux enfants, cultive sa dépression et ses velléités littéraires. L’emménagement d’un nouveau voisin, Jalal, bouleverse son quotidien. Exubérant et optimiste, le nouveau venu suscite l’agacement, puis, peu à peu, la fascination de Walid car il trempe de toute évidence dans des histoires louches… Fièvre méditerranéenne est une comédie noire écrite et réalisée par la réalisatrice arabo-israélienne, mais qui se définit comme palestinienne, Maha Haj. Il s’agit de son second long métrage après Personal Affairs (2016). Le film est une coproduction entre la Palestine, le Qatar, Chypre, l’Allemagne et la France. C’est une comédie noire qui joue avec l’absurde et l’ironie. Le conflit israélo-arabe n’est pas loin mais reste en toile de fond. Il est certainement l’une des causes du caractère dépressif du personnage principal qui ne parvient pas à définir son mal-être, pas même à sa psychiatre. La réalisatrice précise : « Par le biais de ce personnage, j’ai poussé à leurs extrêmes des pensées qui peuvent m’être familières. Je connais intimement sa personnalité et son caractère. J’ai ainsi tourné en dérision mon propre côté sombre à travers un homme qui me ressemble sur certains points, tout en étant différent de moi. » Un peu lent à évoluer dans sa deuxième partie, son film se situe dans le style d’Elia Suleiman. Prix du meilleur scénario dans la sélection Un certain regard de Cannes 2022. Elle: Lui :
En 1917, dans un petit village du Sénégal, Bakary Diallo voit son fils Thierno enrôlé de force par l’armée française. Il se porte volontaire pour partir avec son fils dans le but de l’aider à déserter. Mais leur première tentative est un échec et le père et son fils sont envoyés au front dans l’est de la France. Là, les choses évoluent différemment car le fils ne se conduit pas selon la volonté de son père… Tirailleurs est un film français co-écrit et réalisé par Mathieu Vadepied, son second long métrage. S’il dénonce l’enrôlement de force pratiqué dans les colonies françaises, le récit est surtout centré sur une relation entre un père et son fils qui se révèlent avoir des aspirations très différentes. Indéniablement, le film est tout sauf manichéen : il montre sans chercher à démontrer. Si le film a des défauts, ils sont surtout du côté de la rapidité d’enchaînement des évènements qui enlève de la crédibilité à l’ensemble, et sur l’aspect trop simple (ou trop sage) des scènes. Omar Sy s’est beaucoup impliqué dans ce film, coproduisant et tenant brillamment le rôle principal du père. Le film n’a reçu qu’un accueil mitigé. Elle: – Lui :
Sophia, professeure d’université à la vie confortable et vivant une relation stable mais peu excitante avec Xavier depuis une dizaine d’années, voit sa vie bouleversée lorsqu’elle rencontre Sylvain, un ouvrier du bâtiment que le couple engage pour rénover leur chalet d’été… Simple comme Sylvain est un film québécois écrit et réalisé par Monia Chokri, actrice devenue réalisatrice. Elle signe là son troisième long métrage après La Femme de mon frère (2019) et Babysitter (2022). Sur le thème du « heurt » de deux milieux différents, le scénario n’est pas franchement original mais il a un certain charme québécois. Que le personnage principal soit un professeur de philosophie est une idée amusante : en effet, Sophia expose les différentes conceptions de l’amour à son auditoire tandis qu’elle-même est emportée dans une histoire irraisonnée d’amour physique. Hélas, Monia Chokri ne parvient pas à donner de l’ampleur à son récit qui reste une simple opposition sous de multiples visages. L’histoire tourne rapidement en rond et la fin est bâclée. L’humour semble pointer de temps à autre sans s’installer durablement. Magalie Lépine Blondeau fait montre de beaucoup de naturel dans son interprétation. Un film que j’aurais aimé plus apprécier car il a un certain charme. Heureusement pour lui, il a été mieux reçu par la critique et le public. Elle: – Lui :
Titre original : « Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii »
Assistante indépendante de production, Angela parcourt la ville de Bucarest pour le casting d’une publicité sur la sécurité au travail commandée par une multinationale : elle doit aller filmer des accidentés du travail avant que le choix final ne soit fait et le tournage effectué. Elle en profite pour mettre en scène son avatar digital, un sombre crétin, dans de petites vidéos humoristiques… N’attendez pas trop de la fin du monde est un film roumain écrit et réalisé par Radu Jude. Le moins que l’on puisse dire est que ce film ne ressemble à aucun autre, « un collage chaotique » comme le définit son créateur. Son principal défaut est d’être un peu hermétique : on pourrait penser qu’il ne s’agit là que d’une fable corrosive, prétexte à un défoulement tous azimuts mais le propos du réalisateur est plus que cela. Il a voulu dresser un parallèle entre le portrait d’une femme chauffeur de taxi sous la dictature communiste et celui d’une jeune femme désinhibée, elle aussi au volant d’une voiture, dans la société post-totalitaire d’aujourd’hui. Il a donc entremêlé un film de 1981 dans les scènes actuelles (avec des ralentis dont on ne voit pas le sens au premier abord mais il y en a bien un (1)). Il y a beaucoup d’humour, une vulgarité outrancière, et aussi hélas de sérieuses longueurs. La scène du tournage de la publicité vaut le détour, dans le genre humour absurde, un plan-séquence en caméra fixe de plus de 30 minutes assez ubuesque qui clôt le film. Pas banal… Elle: – Lui :
(1) Le film intégré est un long-métrage roumain de 1981, Angela merge mai departe, réalisé par Lucian Bratu. Il met en scène une femme chauffeur de taxi et son quotidien sous la dictature communiste. « En y regardant de plus près, j’ai découvert que ce film regorgeait d’éléments subversifs, lancés comme des bouteilles à la mer. Par exemple, il est tourné dans les beaux quartiers de Bucarest. Mais comme on est aussi dans du cinéma direct, on y voit parfois brièvement des choses qui ne devraient pas y figurer: des pauvres aux vêtements miteux qui attendent le bus, des gens qui font la queue pour de la nourriture, des murs délabrés, etc. Ce sont de brefs instants, quelques secondes maximum. […] C’est pourquoi j’ai ralenti ces moments qui ont échappé à la censure, pour les rendre visibles aux spectateurs d’aujourd’hui et permettre leur analyse. »
Ilinca Manolache dans N’attendez pas trop de la fin du monde (Nu astepta prea mult de la sfârsitul lumii) de Radu Jude.
Remarque : * Le réalisateur de séries Z Uwe Boll fait une petite apparition dans son propre rôle. Souvent qualifié de « nouvel Ed Wood », il a tourné de nombreux films. En 2008, une pétition sur internet a été lancée pour le supplier d’arrêter le cinéma. Elle a obtenu plus de trois cent mille signatures (dixit Wikipédia). Le fait qu’il ait boxé des critiques est apparemment véridique, tout comme sa phrase : « Un poing dans la gueule, c’est le meilleur moyen d’aimer mes films! »
La vie de Napoléon, depuis 1793 jusqu’à sa mort sur l’île de Sainte-Hélène… Napoléon est un film américain réalisé par Ridley Scott. Sur le plan historique, le film n’a que peu d’intérêt car il dresse un portrait très partiel de l’homme. Il ne raconte que quelques moments de la vie de Napoléon en insistant sur ses relations avec Joséphine de Beauharnais, un grand amour contrarié par les nécessités de la France. Il met en scène, de façon précipitée, quelques faits militaires : Austerlitz est ainsi réduit à un festival de chutes mortelles dans un lac gelé (en réalité, la toute dernière phase de cette bataille). En revanche, on ne le voit jamais gouverner la France, les réformes profondes accomplies ne sont pas évoquées : quand il est en France, il ne fait qu’aller voir Joséphine. Beaucoup de choses surprennent, à commencer par le caractère du personnage, montré sombre et indolent, apathique (alors qu’en réalité Napoléon était une boule d’énergie). Toute cette imprécision pourrait n’être secondaire si le récit était intéressant. Mais, hélas, on s’ennuie assez rapidement, surtout lors des scènes avec son grand amour (1). Et, malgré un budget conséquent, l’ensemble n’est pas très spectaculaire. Le film n’a pas été très apprécié, ni par la critique, ni par le public. Elle: – Lui :
(1) Pour les courageux, le réalisateur Ridley Scott a promis une version longue du film, d’une durée de 4 heures avec de nombreuses scènes coupées autour de Joséphine de Beauharnais.
Vanessa Kirby et Joaquin Phoenix dans Napoléon (Napoleon) de Ridley Scott.
Les grands films sur Napoléon : (nota : très peu de films couvrent toute sa vie) Napoléon (1927) d’Abel Gance Napoléon (1955) de Sacha Guitry Guerre et paix (1956) de King Vidor Austerlitz (1960) d’Abel Gance Waterloo (1970) de Sergeuï Bondartchouk Monsieur N. (2003) de Antoine de Caunes … sans parler du projet que Stanley Kubrick n’a jamais tourné.
Wikipédia consacre un article à Napoléon 1er au cinéma listant plus de 100 films où Napoléon apparaît. Selon l’historien et critique de cinéma Antoine de Baecque, « avec plus de 700 apparitions de Napoléon sur le grand écran […] et à peu près 350 à la télévision, l’Empereur est l’un des personnages historiques les plus représentés sur les écrans ». A noter également un ouvrage signé Hervé Dumont « Napoléon, l’épopée en 1 000 films » (Editions Ides et Calendes, 2015)
Paris, 1985. Vanessa a treize ans lorsqu’elle rencontre Gabriel Matzneff, écrivain quinquagénaire de renom. La jeune adolescente devient l’amante et la muse de cet homme célébré par le monde culturel et politique. Se perdant dans la relation, elle subit de plus en plus violemment l’emprise destructrice que ce prédateur exerce sur elle… Le Consentement est un film français réalisé par Vanessa Filho. Il s’agit de l’adaptation fidèle du récit autobiographique de Vanessa Springora qui a créé une onde de choc à sa parution en 2020. Sans complaisance et sans effet facile, le récit montre parfaitement par quels mécanismes une jeune fille de quinze ans a pu tomber sous l’emprise de ce quinquagénaire charmeur, aimé de tous et doté d’une fort charisme. Il montre comment, avec son ardeur d’adolescente, elle s’est jetée à corps perdu dans ce qu’elle pensait être une grande histoire d’amour. Le déséquilibre est évident. Le film montre également que Gabriel Matzneff a toujours bénéficié d’une forte aura dans les milieux littéraires qui s’amusaient de ses « transgressions », ne voyant là qu’entorse à la morale et plaçant la création littéraire au dessus de toute autre considération. Tout comme le livre de Vanessa Springora, le film a ainsi créé un certain embarras et les critiques « officielles » ont été réservées voire négatives. Le film mérite pourtant d’être vu, c’est un témoignage utile. Nul doute qu’il aura une valeur sociologique dans quelques décennies. Jean-Paul Rouve est vraiment étonnant dans son interprétation et Kim Higelin, bien qu’un peu âgée pour le rôle (on comprend aisément pourquoi), est tout aussi remarquable. Elle: Lui :
Tout en préparant sa thèse en physique, Benjamin accepte un poste de professeur de mathématiques dans un collège de la région parisienne, malgré son inexpérience. Sans avoir reçu de formation, il va découvrir un métier difficile au sein d’une institution fragilisée. Benjamin va cependant faire la connaissance d’un groupe d’enseignants avec lesquels il va tisser des liens étroits… Un métier sérieux est un film français écrit et réalisé par Thomas Lilti. Après avoir dressé le portrait du métier de médecin généraliste, le cinéaste fait découvrir le professorat. Il nous fait vivre de l’intérieur la possible naissance d’une passion, malgré les interrogations et nombreuses difficultés. Il le fait sans effet dramatique artificiel, il sait rendre la banalité intéressante. C’est une situation ordinaire qui correspond à la grande majorité des situations. Le film montre un bel équilibre entre la drôlerie et la gravité. Elle: Lui :
Une jeune femme de 25 ans, née en Corée du Sud et adoptée par un couple français, retourne quelques jours dans son pays d’origine sur un coup de tête. À la suite d’un contact amical avec une coréenne parlant français, elle apprend qu’il est possible de partir à la recherche de ses parents biologiques… Retour à Séoul est un film français écrit et réalisé par le franco-cambodgien Davy Chou, son troisième long métrage. Il s’est inspiré du parcours similaire d’une de ses amies : il a lui-même assisté à la reprise de contact avec son père biologique. C’est un récit assez fort car l’héroïne a un caractère « bien trempé et imprévisible » selon les mots du réalisateur. Cette jeune femme, que nous suivons sur plusieurs années, « ne cesse de se réinventer, se reconstruire et se réaffirmer ». Le réalisateur précise : « Dans les histoires d’adoption, on pourrait penser que la rencontre avec le parent biologique referme la blessure. Or, dans les récits que j’ai pu recueillir, c’est justement le début des problèmes ! » L’actrice Park Ji-Min est une artiste plasticienne qui n’avait jamais joué la comédie mais qui semble s’être pleinement investie dans ce personnage. C’est toute une palette de sentiments qu’elle parvient à exprimer et qui enrichissent le film. Un film émouvant et assez fort, loin des clichés. Elle: – Lui :
En France à la fin du XIXe siècle, Eugénie travaille depuis vingt ans comme cuisinière pour le célèbre gastronome Dodin. Au fil des années, une passion affectueuse s’est développée entre eux. De leur amour commun pour la gastronomie naissent des plats uniques, savoureux et délicats. Eugénie, femme éprise de liberté, n’a cependant jamais voulu épouser Dodin… La Passion de Dodin Bouffant est un film français écrit et réalisé par Trần Anh Hùng (cinéaste français d’origine vietnamienne que l’on a découvert avec L’Odeur de la papaye verte en 1993). C’est l’adaptation assez libre du roman suisse La Vie et la Passion de Dodin-Bouffant gourmet, paru en 1924. Tourné dans un château en Anjou, ce récit simple est une belle ode à la gastronomie française, un film plaisant et réconfortant en ces périodes si anxiogènes. Le chef triplement étoilé Pierre Gagnaire a été consultant sur le tournage et son bras droit, le chef Michel Nave, a réalisé toutes les recettes. Tout est vrai. Le film évoque Le Festin de Babette de Gabriel Axel (1987) mais Trần Anh Hùng se montre plus admirable encore dans sa façon de filmer, avec de mouvements de caméra, amples et doux, qui donnent parfois l’impression de danser autour des personnages. On se délecte de ces images. Le film est une ode au plaisir de vivre. Il est toutefois logique que ce type de film hédoniste ne plaise pas à tous les spectateurs (à commencer par les critiques qui n’ont pas aimé). Prix de la mise en scène à Cannes 2023. Elle: Lui :