Dans un petit village isolé du Liban, les femmes chrétiennes et musulmanes s’unissent pour éloigner le spectre de la guerre toute proche et empêcher les hommes de s’enflammer pour un oui ou pour un non. Pour ce faire, elles font preuve d’une grande ingéniosité et sont prêtes à aller très loin… Et maintenant on va où? traite avec humour d’un sujet grave, mettant en relief l’absurdité de cette spirale de violence dans laquelle beaucoup se retrouvent enfermés. Nadine Labaki joue sur plusieurs registres, mêlant habilement les genres, mais garde toujours un ton très juste. La réalisation est assez travaillée avec une caméra très mobile, très près des personnages, souvent au milieu de l’action. Et maintenant on va où? est ainsi très enlevé. Elle: – Lui :
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Titre original : « Awdat al ibn al dal »
Autre titre français : « Le retour du fils prodigue »
Dans un village égyptien vit une grande famille. Le fils aîné fait tourner un pressoir où il emploie une partie du village alors que le fils cadet est parti depuis douze ans au Caire à la conquête de nouveaux horizons. Tout le monde, sauf son frère, le voit comme un « Mehdi » par qui le bonheur arrive et espère donc son retour… Ecrit par Youssef Chahine et le poète caricaturiste Salah Jahine, Le retour de l’enfant prodigue est un film assez difficile à cerner. Que ce soit sur le fond ou sur la forme, il offre de multiples facettes, souvent contradictoires, qui obscurcissent quelque les peu les intentions de Chahine. Le propos n’est de ce fait pas très clair. S’agirait-il d’une simple bouffonnerie ? Après tout, le générique de début est un clown qui se grime et la dernière image deux clowns dansant. La présence des parties musicales et de ballets assez saugrenus irait également dans ce sens. La seule chose certaine est que le film brocarde les croyances, les mythes, en premier celui du fils prodigue qui se révèle ici n’être en aucun point à la hauteur de son image. Elle: – Lui :
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La gare centrale du Caire abrite un petit monde de vendeurs et de porteurs. Un vendeur de journaux boiteux est amoureux fou d’une belle et provocante vendeuse à la sauvette de sodas… Gare centrale est l’un des films les plus intéressants de Youssef Chahine. Si la forme générale est celle du néo-réalisme à l’italienne, le film mêle brillamment plusieurs genres : documentaire (la vie à l’intérieur de la gare), le film social (les porteurs qui veulent être indépendants), le film policier. C’est surtout un film très humaniste qui nous place très près des personnages. Chahine interprète lui-même le personnage principal qu’il a dit être le reflet de ses propres frustrations de petit bourgeois. Dans l’Egypte de Nasser, Gare centrale est un film qui brisait certains tabous, notamment dans sa façon de montrer les femmes. Le film fut longtemps interdit dans son pays. Elle: – Lui :
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Dans l’Egypte des années trente, les paysans d’un village du delta du Nil voient leurs permis d’irriguer arbitrairement réduits alors que les champs de coton souffrent de la sécheresse. Abou Suelam est l’un d’eux, il est aussi le père d’une jolie jeune fille que plusieurs hommes voudraient épouser… C’est avec La terre que l’Europe a découvert le cinéma égyptien lors de sa présentation au Festival de Cannes 1969. Youssef Chahine réalise là une épopée paysanne puissante qui nous plonge au cœur d’un petit village agricole pauvre : il met en relief sa vie sociale, les rapports de force avec les autorités et la place de l’individu dans cette société. A la brutalité des autorités répond la rudesse et même la cruauté du monde des paysans. L’individualisme s’oppose à la nécessaire solidarité pour assurer la survie. La terre est un film très authentique, empreint d’une force et d’un humanisme qui sait laisser naître l’émotion. Elle: Lui :
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Remarque :
Chahine parle de son film La terre comme d’un tournant dans sa filmographie, un changement radical dans sa conception du cinéma : « Mettre en lumière la force de vivre d’un peuple »
Homonymes : La terre d’André Antoine (1921) d’après Emile Zola La terre (Zemlya) d’ Alexandre Dovjenko (1930)
En instance de divorce, Simin quitte son mari Nader qui doit embaucher une personne pour veiller son père malade… Telle est la situation de départ de ce brillant film de l’iranien Asghar Farhadi, Une séparation, qui voit ensuite se développer une intrigue forte où la tension reste à son niveau maximal jusqu’à la fin. C’est un conflit entre deux couples de niveau social différent, complexifié par les tensions internes à chacun des couples. La situation est assez universelle, il n’y a que peu de spécificités à la société iranienne si ce n’est l’importance de la religion. Ce qui est remarquable dans l’approche d’Asghar Farhadi, c’est la façon avec laquelle il évite de prendre parti. Il sème l’incertitude et nous laisse la liberté de jugement et d’interprétation. La mise en scène est parfaitement maitrisée, de nombreuses scènes ont pourtant été tournées sur les lieux réels. L’interprétation est elle aussi remarquable. Une séparation est un drame humain intense. Elle: Lui :
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Lui :
Le troisième long métrage d’Elia Suleiman est un récit historique et semi-autobiographique se concentrant sur quatre périodes importantes. Palestinien vivant en Israël, c’est une page de l’Histoire de son pays qu’il illustre ici. La forme est très personnelle : Elia Suleiman introduit partout de l’humour, y compris dans les situations les plus dramatiques, un humour qui met en relief l’incongru, l’absurde. Dans ce face à face entre la population palestinienne et l’armée israélienne, la violence est constamment présente mais de façon très subtile, jamais de façon trop ostentatoire. Il n’y a que peu de paroles, les silences mettant mieux en relief les situations, les rapports entre les personnes. Le rythme est important aussi : Suleiman fait très souvent des cassures de rythme en milieu de scène ce qui amplifie l’impact de certaines actions. Il réussit également de très beaux plans graphiques. Le temps qu’il reste est un film original, personnel et très travaillé. On ne peut que regretter qu’Elia Suleiman ne tourne pas plus souvent.
Note :
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Lui :
Une petite fanfare de la police égyptienne arrive en Israël pour jouer lors de la cérémonie d’inauguration d’un centre culturel arabe. A leur arrivée à l’aéroport, ils tentent de se rendre par eux-mêmes à destination mais se retrouvent par erreur dans une petite ville sans âme, isolée au beau milieu du désert. La Visite de la Fanfare est un film aussi original par son sujet que par son traitement. Pour son premier long métrage, le jeune réalisateur israélien Eran Kolirin a choisit une approche minimaliste pour traiter cette histoire. Avec douceur et délicatesse, par petites touches, il nous montre ces rencontres improbables marquées par la difficulté de communication, des rencontres qui auraient besoin de temps pour vraiment éclore. Graphiquement, Eran Kolirin joue avec le cadre large et l’alignement des musiciens, les rues vides, les personnages perdus dans des lieux publics immenses, les tons ocre. Il parsème son film de petites notes d’un humour alimenté par le saugrenu des situations. L’ensemble est réussi, on peut juste regretter qu’il ne soit pas allé plus loin dans le développement, qu’il n’y ait pas cette petite étincelle qui aurait porté le film beaucoup plus haut.
Note :
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Lui :
Menahem est un jeune garçon qui porte un regard plein de curiosité sur le monde qui l’entoure. Il ne trouve pas toutes les réponses auprès de son père, rabbin qui a dédié sa vie à l’étude et l’enseignement de la Torah, ni de sa mère qui le chérit fortement tout en restant, elle aussi, dans le cadre strict du respect de la religion. My Father, My Lord est le premier film de l’israélien David Volach qui connaît très bien le milieu ultra-orthodoxe qu’il décrit puisqu’il a grandi en son sein. Il porte un regard à la fois hautement critique mais aussi plein de tendresse et c’est cet équilibre qui rend son film attachant. Il ne condamne pas mais critique l’obéissance aveugle. Plus que le drame qui clôt le film, c’est la scène du précepte du « renvoi du nid » qui résume bien tout le film, l’application d’un précepte qui, vu de l’extérieur, semble tout à fait gratuit : le père l’applique mais peine à en expliquer les fondements, le fils ne comprend pas, la mère arrondit les angles en tentant de réintroduire un peu d’humanité. La mise en scène de David Volach est très épurée ; centrée sur l’essentiel, elle donne beaucoup de présence à ses trois personnages centraux. A noter également, la très belle musique de Michael Hope et Martin Tillman. Un premier film très réussi.
Note :
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Elle :
Cette chronique qui porte sur plusieurs générations de femmes au coeur de Beyrouth est pleine de sensualité, d’espoir et d’humour. Ces femmes, des plus jeunes aux plus âgées, gravitent autour d’un salon de beauté qui devient un cocon à l’écart des hommes et le réceptacle de leurs angoisses et de leurs joies. Elles étouffent dans le carcan des hommes qui régentent et surveillent leur vie amoureuse. Elles sont pleines d’hésitation dans le choix de la vie à mener. Le culte de l’apparence et de la jeunesse, l’attrait pour l’occident éblouissent ces femmes en perte de repères. Doivent-elles garder une part de vérité et de pudeur ou exaucer leurs désirs de séduction à tout prix? La jeune réalisatrice trace des portraits sensibles et pleins de vie.
Note :
Lui :
Avec pour lieu central un salon de beauté un peu défraîchi de Beyrouth, Caramel nous fait partager les sentiments de plusieurs femmes libanaises, leurs aspirations, leurs déceptions… Pour son premier long métrage, la réalisatrice libanaise Nadine Labaki tient elle-même le rôle principal et parvient à dresser des portraits très authentiques. Ces femmes d’âges différents ont en commun d’être en quête affective. Certaines recherchent une certaine assurance dans une exubérance certaine mais elles se montrent très fragiles. Elles paraissent comme écartelées entre la pesanteur d’une société et des modèles occidentaux édulcorés. Loin de tout manichéisme ou de simplification, le propos de la réalisatrice semble être plus de décrire que d’accuser. Son film est au final assez attachant. Son authenticité est certainement nourrie par le fait que tous ses acteurs sont amateurs.
Note :
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Elle :
Ce film poignant livre un regard lucide sur l’incompréhension et l’absence de communication entre deux voisins, un ministre israélien et une veuve palestinienne. Un simple champ de citronniers entre leur maison respective finit par devenir un enjeu politique national. Miradors, barbelés, gardes du corps… la phobie d’une attaque conduit le ministre à vouloir éliminer ces vieux arbres qui pourraient abriter des terroristes. Un scénario bien construit à partir du symbole fort de l’arbre qui nourrit, une histoire d’amour émouvante entre Salma et son jeune avocat, une analyse intéressante sur la peur permanente qui animent les deux parties, sur la brutalité de la riche société israélienne et le conservatisme des hommes palestiniens… tous ces éléments créent un bel équilibre qui apporte beaucoup d’intensité et d’émotion.
Note :
Lui :
A l’instar de son film précédent La fiancée syrienne, le nouveau long métrage du réalisateur israélien Eran Riklis met en relief les conséquences absurdes d’une situation auto-génératrice de conflits. En territoire occupé, une veuve palestinienne, à la tête d’un florissant verger de citronniers, a comme nouveau voisin un ministre israélien. Le service de sécurité estime que ce verger est potentiellement dangereux et en ordonne l’arrachage. La femme veut se défendre et l’attaque au tribunal. Le sujet du film d’Eran Riklis est centré sur les hommes. Le film évolue en un face à face de deux femmes : la femme palestinienne aux citronniers et l’épouse du ministre israélien. Toutes deux ont des trajectoires parallèles qui ne rencontreront jamais, elles sont toutes deux prisonnières d’un carcan qui mène à des situations sans issue où la communication entre les êtres n’a plus de place. Eran Riklis n’aborde pas les sources du conflit israélo-palestinien, il s’attache surtout à montrer que, humainement, la situation ne peut mener qu’à un mur… La fin du film est sans illusion : même si en apparence, les deux parties semblent à demi-gagnantes, sur le plan humain, tout le monde a perdu et la situation a évolué d’un cran supplémentaire vers l’absurde. Bien soutenu par la belle interprétation des deux femmes, Les Citronniers est un beau film profondément humain.
Note :
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Acteurs: Hiam Abbass, Doron Tavory, Ali Suliman, Rona Lipaz-Michael, Tarik Kopty
Voir la fiche du film et la filmographie de Eran Riklis sur le site IMDB.
Voir les autres films de Eran Riklis chroniqués sur ce blog…