23 octobre 2010

Le mystère des roches de Kador (1912) de Léonce Perret

Le mystère des roches de KadorLui :
(Muet, 45 minutes) Le mystère des roches de Kador fait partie des films les plus remarquables de Léonce Perret, réalisateur de plus de 300 films pour Gaumont entre 1910 et 1916. Le film montre en effet un degré de qualité technique et scénaristique assez unique pour un film de 1912. Il s’agit d’une intrigue où un homme (joué par Léonce Perret lui-même) tente de se débarrasser de sa cousine (la toute jeune Suzanne Grandais) afin de toucher son héritage. Le drame se déroule en Bretagne au bord de la mer et c’est là la première nouveauté du film : de nombreuses scènes sont tournées en extérieurs et, malgré quelques approximations (les scènes censées être de nuit en haute mer ont de toute évidence été tournées en plein jour au bord de la plage), le résultat est remarquable. La photographie est d’une qualité rare pour l’époque, qualité d’autant plus évidente aujourd’hui que le film a été merveilleusement restauré. Ce même niveau de qualité se retrouve au niveau du scénario et surtout du découpage et du montage. A noter également, une utilisation originale du « film dans le film » qui nous permet de voir une petite caméra de l’époque à l’œuvre.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Suzanne Grandais, Léonce Perret, Max Dhartigny
Voir la fiche du film et la filmographie de Léonce Perret sur le site IMDB.

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Un commentaire sur « Le mystère des roches de Kador (1912) de Léonce Perret »

  1. SUZANNE A LA PLAGE
    Le mystère des roches de Kador : Derrière ce titre qui pourrait faire songer à une série B d’aventures exotiques qui n’aurait pas déplu à Fritz Lang se cache une pépite qu’on découvre à l’occasion des expos fleurissant actuellement chez la marguerite Gaumont pour ses 120 bougies. En 1912, le cinéma français est encore pour quelque temps, jusqu’à la guerre de 14-18 le 1er du monde; les Américains prendront le relais.
    Tandis que Fantômas comme on l’a vu fait les beaux soirs frissonnants du Gaumont palace place Clichy, le 1er décembre 1912 sort ce film de Léonce Perret, parmi ses tous premiers et pour lequel, comme Orson Welles plus tard, il écrit le scénario, réalise et joue le rôle du méchant.
    On sait que cinéma (tographe) et psychanalyse (freudienne) sont quasiment nés ensemble et ici, sans doute pour la première fois, ils s’associent dans un mariage à l’essai en opérant par projection interposée (film dans le film) la résolution d’un gros problème rencontré par l’héroîne Suzanne rendue amnésique suite à un forfait commis envers sa personne, à la plage, sur la presqu’île de Crozon. Ce qui empêche – littéralement fait écran – à notre chaste Suzanne de retrouver mémoire et guérison. On voit le nombre de variations qui en découleront ensuite poussées plus loin chez Pabst, Hitchcock, Lang, Huston, Manckiewicz, rappelons nous ce qui arriva soudain à Elizabeth Taylor l’été dernier.
    Ici, et c’est là le coeur de notre pépite, grâce à un docteur aux méthodes révolutionnaires, la projection à une Suzanne zombie d’un film qui reconstitue les faits passés à l’aide de doublures va procéder à la catharsis – le cinéma comme thérapie – une cure analytique en quelque sorte. Cette originale mise en abîme fait revivre à Suzanne son traumatisme et l’en guérit (Ah! le « revivre » si cher ensuite à l’Actor’s studio). Mais ce n’est pas la fin de ce court film qu’on peut voir sur you tube. Retournera t’elle à la plage?
    « The trouble is over » comme il est écrit à la fin d’un film de Minnelli
    Suzanne Grandais, qui joue Suzanne, se tuera à 27 ans (elle en a 19 ici) dans un accident de voiture lors d’un tournage. l’écrivain Didier Blonde lui a consacré un roman – enquête
    * le décorateur du film, le même que pour Fantômas, s’appelle Garnier

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