Naples, début des années 1980. La famille que forment Aldo, animateur culturel à la radio, son épouse Vanda, institutrice et leur deux enfants semble harmonieuse. Tout bascule lorsque Aldo avoue à Vanda qu’il a une liaison avec une autre femme. Il part vivre à Rome et le divorce est bientôt prononcé… Les Liens qui nous unissent est un film italien coécrit et réalisé par Daniele Luchetti. C’est l’adaptation du roman Les Liens de Domenico Starnone publié en 2014. Il décrit une séparation qui engendre de fortes rancoeurs et montre sa surprenante évolution sur une période de plusieurs décennies. La structure du récit est originale, un peu déroutante mais finalement habile et élégante (surtout lorsque l’on ne connait pas l’histoire à priori… méfiance : les critiques et commentateurs ont toujours à trop dévoiler). Tout prend un sens différent au fur et à mesure que le film se déroule et la dernière scène est une surprise. L’ensemble évoque un peu le cinéma de Nanni Moretti. Il y a de nombreuses belles scènes et les dialogues sont bien écrits. Une réussite. Le film n’est pas sorti en salles en France, on se demande bien pourquoi. Elle: Lui :
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Giula De Luca, Luigi Lo Cascio, Joshua Francesco Louis Cerciello et Alba Rohrwacher dans Lacci de Daniele Luchetti.Laura Morante et Silvio Orlando dans Lacci de Daniele Luchetti.
Un riche industriel milanais engage un détective privé pour connaître le passé de sa jeune épouse. Alerté de l’enquête, son ancien amant entre de nouveau en contact avec elle. Ils s’étaient quittés après le décès accidentel d’une de ses meilleures amies… Chronique d’un amour est un film italien co-écrit et réalisé par Michelangelo Antonioni. Il s’agit de son premier long métrage. L’histoire peut par moments évoquer Les amants diaboliques (Ossessione, 1943), le premier film de Visconti, mais il est en réalité très différent. Plus qu’une histoire de meurtre, Antonioni nous offre un portrait de femme qui cherche à reprendre sa vie en main. Le scénario est habile : les deux anciens amants se retrouvent du fait de la méfiance du mari, c’est en effet l’enquête qui fait renaître une passion éteinte, et l’issue est plutôt inattendue. C’est aussi le portrait d’une classe sociale aisée dont les membres, et particulièrement les femmes car c’est sur elles qu’Antonioni porte son attention, ont une existence oisive et vide de sens. Il est tentant d’y voir les prémices des « grands » Antonioni qui viendront quelque dix ans plus tard mais l’ensemble reste très classique. Belle interprétation de Lucia Bosé, qui n’avait alors que dix-neuf ans alors que son personnage en a dix de plus. Elle: Lui :
Titre original : « Ercole alla conquista di Atlantide »
Le devin Tirésias révèle au roi de Thèbes, Androclès, que de terribles malheurs vont s’abattre sur la Grèce à cause d’un ennemi inconnu venu d’au-delà les mers. Hercule et Androclès s’embarquent sur une galère avec Hyllos et le nain Timotéo vers une destination inconnue, qui se révèle être l’Atlantide… Hercule à la conquête de l’Atlantide est un péplum franco-italien réalisé par Vittorio Cottafavi. Dans la série des Hercule, il passe pour être l’un des plus réussis. Bien entendu, le film paraîtra kitsch à de nombreux spectateurs actuels mais l’ensemble est plaisant. Les situations sont nombreuses, le Technicolor est éclatant et les décors en carton-pâte font bien leur effet. De plus, l’humour et la dérision sont très présents. On se laisse volontiers happer par ces aventures spectaculaires, sans s’offusquer des petites lourdeurs de la mise en scène. Le demi-dieu de la mythologie grecque est interprété pour la première fois par le culturiste anglais Reg Park. À noter, une des premières apparitions de Gian Maria Volonté, dans un petit rôle. Elle: – Lui :
Reg Park dans Hercule à la conquête de l’Atlantide (Ercole alla conquista di Atlantide) de Vittorio Cottafavi.Mimmo Palmara et Fay Spain (la reine Antinéa) dans Hercule à la conquête de l’Atlantide (Ercole alla conquista di Atlantide) de Vittorio Cottafavi.Gian Maria Volonté dans Hercule à la conquête de l’Atlantide (Ercole alla conquista di Atlantide) de Vittorio Cottafavi.
Caprice à l’italienne est un film à sketches italien réalisé par Mario Monicelli, Pier Paolo Pasolini, Mauro Bolognini, Steno, Pino Zac et Franco Rossi. Hélas, le résultat n’est pas à la hauteur de ces signatures prestigieuses. Souvent, seule l’idée de départ est amusante. Très moyen, le sketch de Steno n’est sauvé que par les nombreux déguisements de Totò. Celui de Pino Zac/Franco Rossi est mauvais et un poil raciste. Insignifiant, celui de Monicelli est heureusement très court. Les plus intéressants sont les deux sketches signés Bolognini qui s’amuse avec des traits de caractères (mais ils sont tous deux passablement misogynes) et le sketch de Pasolini (« C’est quoi les nuages ? ») qui apparaît un peu hors-classe et d’une indéniable profondeur. Le cinéaste propose une réflexion sur la notion de spectacle : notre vie est un spectacle où nous sommes des marionnettes tirées par des ficelles invisibles, impuissants à comprendre les idéologies que ceux qui les tirent. La vraie vie intervient finalement par une révolte des spectateurs qui changent l’issue de la pièce. L’épilogue est joliment poétique. Le défaut de Pasolini est toutefois de ne pas être toujours facilement accessible (1). Ce court film de Pasolini est la dernière apparition de Totò à l’écran qui décèdera peu après le tournage. Elle: – Lui :
(1) Un exemple : Le générique de son sketch s’inscrit sur une reproduction des « Ménines », le tableau de Velasquez. Or, ce tableau a été analysé en profondeur par Michel Foucault deux ans plus tôt : tous les regards convergent vers le hors champ, vers le spectateur, c’est-à-dire dans le cas de Velasquez, vers le Roi et la Reine. Ainsi, ce n’est pas le spectacle de la cour qui est diégétisé mais celui de la vie dans laquelle nous ne serions que des pantins. (Explication donnée par Martine Boyer et Muriel Tinel dans leur ouvrage « Les films de Pier Paolo Pasolini », Dark Star 2002.)
Ninetto Davoli et Totò dans le sketch de Pasolini de Caprice à l’italienne (Capriccio all’italiana)
Les sketches : 1) Il mostro della domenica (Le monstre du dimanche), réalisé par Steno. Importuné par les hippies, un riche bourgeois les enlève pour leur raser le crâne. 2) Perchè? (Pourquoi ?), réalisé par Mauro Bolognini. Dans un embouteillage, une femme pousse son mari à se faufiler entre les voitures. 3) Che cosa sono le nuvole? (C’est quoi les nuages ?) (22 min), réalisé par Pier Paolo Pasolini, assisté de Sergio Citti. Des marionettes interprètent Othello avant que le public n’intervienne. 4) Viaggio di lavoro (Voyage d’affaires), réalisé par Pino Zac et Franco Rossi. Lors d’une tournée en Afrique, la reine d’un pays européen se trompe de discours et fait l’éloge du pays ennemi. 5) La bambinaia (La nourrice), réalisé par Mario Monicelli. Une gouvernante interdit aux enfants les bandes dessinées supposées violentes et leur raconte des contes de Perrault encore plus terrifiants. 6) La gelosa (La jalouse), réalisé par Mauro Bolognini. Une femme montre une jalousie maladive et suit partout son mari.
Le professeur Antonio Mombelli enseigne dans une école primaire de Vigevano. Sa femme Ana est profondément insatisfaite du modeste train de vie que son mari peut lui offrir. Antonio est fier d’appartenir à la classe intellectuelle : il considère comme une honte pour lui et sa famille que sa femme veuille travailler à l’usine pour compléter ses revenus et que son jeune fils, poussé par sa mère, travaille occasionnellement comme garçon de courses… Il maestro di Vigevano, parfois francisé L’Instituteur de Vigevano, est un film italien réalisé par Elio Petri, son deuxième long métrage. Age et Scarpelli ont signé le scénario d’après un roman de Lucio Mastronardi. Cette histoire dresse le portrait d’un homme ordinaire qui fait excessivement attention à sa position sociale bien que très modeste. Il rejette l’esprit d’entreprise et ceux que sa femme considère comme « arrivés ». Il ne voit que de l’arrivisme autour de lui. Le récit est largement parsemé de touches d’humour, mais il s’agit d’un humour plutôt amer. Le personnage fait pitié à voir, obséquieux face à son directeur qui lui fait subir des humiliations farfelues. Assez sombre, ce mini-portrait de la société italienne fustige les conventions sociales et le désir de trop se soucier de sa position. Sans vraiment démériter, le film n’est pas remarquable dans la (courte) filmographie d’Elio Petri. Il est d’ailleurs très méconnu. Elle: – Lui :
Ayant terminé son service militaire, Antonio revient dans son village natal dans les environs de Naples. Il cherche un métier lui permettant de faire vivre sa mère et ses sœurs. La très jeune Carmela s’amourache de lui malgré l’interdiction de son père qui le trouve trop pauvre… Deux sous d’espoir est un film italien coécrit et réalisé par Renato Castellani. Utilisant des comédiens non professionnels majoritairement issus du village où il fut tourné, le film s’inscrit dans la vague du néoréalisme mais il le dé-dramatise : il montre bien la très grande pauvreté des habitants mais ce portrait social du quotidien génère de l’humour, alimenté par l’exubérance méridionale, les commérages permanents et surtout la débrouillardise et la vitalité de son personnage principal qui enchaîne des petits boulots pittoresques. Cet humour n’est jamais au détriment des personnages, le regard est empreint de tendresse. Le film est remarquablement construit et équilibré. Malgré son Grand Prix (ancêtre de la Palme d’or) à Cannes, Renato Castellani fut ici et là accusé de dénaturer le néoréalisme de la première heure, créant ainsi le « néoréalisme rose » qui explosera avec Pain, amour et fantaisie de Luigi Comencini (1953). Avec le recul, il semble plus juste de replacer Deux sous d’espoir dans la grande tradition de la comédie italienne dont il pose les jalons. Un film très attachant. Elle: – Lui :
Dans la Rome des années 1970, une jeune adolescente ressent toutes les tensions dans le couple de ses parents. Mal dans sa peau, elle voudrait s’affirmer en tant que garçon. Sa mère compense les infidélités de son mari en ayant une relation fusionnelle avec ses enfants… L’immensità est un film italien co-écrit et réalisé par Emanuele Crialese. Le cinéaste précise qu’il s’agit d’un film personnel qu’il souhaitait faire depuis de nombreuses années. Contrairement à ce que la mise en place nous laisse supposer, le sujet principal n’est pas la transidentité. Le metteur en scène explique : « c’est une enquête sur un type de famille qui ne parvient pas à offrir une protection, où les enfants ne trouvent pas la sécurité, où manque l’amour conjugal, la complicité et la maturité des figures de référence. » L’ajout de la question de l’identité de genre est probablement opportuniste. Le problème principal du film est son manque de direction claire, les scènes paraissant juxtaposées sans but précis. La belle prestation de Penelope Cruz ne suffit pas, l’ensemble peine à nous intéresser. Elle: Lui :
Remarque : L’immensità est le titre d’une chanson de variétés italiennes datant de 1967 et qui fut un gros succès. Est-ce celle qui est chantée sur scène par l’adolescente dans la longue scène finale (scène dont la présence n’est pas expliquée d’ailleurs) ? Probablement mais pas sûr… (Je pourrais mais n’ai pas vraiment envie de vérifier car ces chansons de variétés des années 70 sont assez insupportables.)
Penélope Cruz et Vincenzo Amato et Luana Giuliani dans L’immensità de Emanuele Crialese.
Trinita et Bambino sont deux demi-frères aux physiques et caractères diamétralement opposés. L’un est longiligne et séducteur, l’autre massif et bougon. Ensemble, ils repoussent les assauts de bandits qui voulaient attaquer une colonie de pacifiques mormons… On l’appelle Trinita est un film italien écrit et réalisé par Enzo Barboni. Il s’agit d’un western spaghetti totalement atypique, on peut même parler de parodie burlesque. Contrairement au cliché du justicier taciturne et impitoyable, les personnages sont ici plutôt bavards. Les duels et confrontations se terminent souvent de façon comique, les plus gros problèmes se règlent avec les poings plutôt qu’au révolver. L’ensemble est amusant. Le film fut tourné avec un tout petit budget dans les environs de Rome. Le succès au box-office fut très important, apportant la notoriété aux acteurs italiens Terence Hill et Bud Spencer (respectivement Mario Girotti et Carlo Pedersoli de leur vrai nom) qui avaient précédemment plusieurs fois tournés ensemble dans de petites productions. Elle: – Lui :
Remarque : Le film ne connut qu’une suite On continue à l’appeler Trinita (…continuavano a chiamarlo Trinità) en 1971 mais les distributeurs français ont ressorti les anciens films de Terence Hill et Bud Spencer en changeant leur titre pour y placer le mot « Trinita » : * Dieu pardonne… moi pas ! de Giuseppe Colizzi (1967) est devenu Trinita ne pardonne pas. * La Colline des bottes de Giuseppe Colizzi (1969) est devenu Trinita va tout casser. * La Colère du vent de Maro Camus (1970) est devenu Trinita voit rouge. * Django, prépare ton cercueil ! de Ferdinando Baldi (1968) devient Trinita, prépare ton cercueil ! * Rita nel West de Ferdinando Baldi (1968) devient T’as le bonjour de Trinita.
Bud Spencer et Terence Hill dans On l’appelle Trinita (Lo chiamavano Trinità…) de Enzo Barboni.
Souffrant d’épilepsie, le jeune Alessandro s’est, petit à petit, enfermé dans son monde. Perdu dans l’admiration qu’il a pour son frère Augusto, qui rêve de départ, et l’amour coupable qu’il voue à sa sœur Giulia, Alessandro, entre crises d’épilepsie et débilité congénitale, tente de détruire l’oppression familiale… Les Poings dans les poches est un film italien écrit et réalisé par Marco Bellocchio. Les films du réalisateur sont très souvent des portraits de rebelles assortis d’une critique sociale et politique. Son premier long métrage ne fait pas exception, bien au contraire il préfigure indéniablement ses films ultérieurs et montre une maturité formelle étonnante. Marco Bellocchio met en scène avec grande intensité les pulsions de mort de l’adolescence et attaque l’institution familiale. Son adolescent cherche des justifications à ses faiblesses en les attribuant aux autres et en se réfugiant dans sa différence , dans sa « folie ». Lou Castel campe son personnage de façon remarquable, le rendant assez inoubliable. L’ensemble est bien dosé, sans excès, le réalisateur a su insuffler une certaine tendresse et une touche de poésie. Très belle photographie en noir et blanc malgré un tout petit budget C’est un film un peu dérangeant mais d’une puissance rare, et toujours intacte. Elle: Lui :
Titre original : « Faccia a faccia »
Autre titre français : « Il était une fois en Arizona »
Atteint de tuberculose, Brad Fletcher, un enseignant de la Nouvelle-Angleterre, quitte son travail pour aller s’établir au Texas. Là, il est pris en otage par un hors-la-loi blessé, Solomon Bennet dit Beauregard. Fletcher l’aide à se soigner et tente de lui inculquer quelques principes moraux. Fasciné et intrigué par cette vie de hors-la-loi, il décide de rejoindre la « horde sauvage » de Bennet… Le Dernier Face à face ou Il était une fois en Arizona (bien que l’histoire se déroule au Texas !) est un western spaghetti coécrit et réalisé par Sergio Sollima. Le cinéaste italien est surtout connu pour avoir réalisé trois westerns ; celui-ci est le deuxième, suivant Colorado (1966) et précédant Saludos hombre (1968). Avec Leone et Corbucci, Sergio Sollima fait partie des « trois Sergio du western italien ». Le film utilise beaucoup de clichés, se montre souvent basique et le montage paraît très brouillon. Si le film retient l’attention, c’est principalement du fait de son scénario que le réalisateur a écrit avec Sergio Donati, scénariste qui a travaillé également pour Leone. Ils ont créé une situation originale pour mettre face à face un professeur, qui a une forte éthique et insiste sur l’importance du libre choix entre le bien et le mal, et un bandit rustre qui ne croit qu’en la force mais est impressionné par l’intelligence du professeur. Cette situation peut paraître classique mais c’est son évolution qui réserve des surprises. Gian Maria Volontè, ici à la fin de sa période western, montre une belle présence et donne de l’étoffe à son personnage. William Berger a également beaucoup de présence. Le film n’est pas parfait, loin de là, mais constitue une belle curiosité. Elle: – Lui :
Remarque :
• Le personnage de Charlie Siringo travaillant pour l’Agence Pinkerton a réellement existé.
• Tomas Milian et William Berger sont doublés dans la version italienne.
• Les relations entre Gian Maria Volontè (membre du Parti Communiste italien) et Tomas Milian (cubain qui a fui son pays à l’accession de Fidel Castro au pouvoir) ont été houleuses sur le tournage.
• Une version réduite à 93 minutes a longtemps été la seule visible. La version complète de 112 minutes est maintenant rétablie (dans la version vue ici, les scènes récupérées sont facilement identifiables car la police des sous-titres est différente).
Tomas Milian et Gian Maria Volontè dans Le Dernier Face à face (Faccia a faccia) de Sergio Sollima.