24 avril 2020

Les Camarades (1963) de Mario Monicelli

Titre original : « I compagni »

Les camarades (I compagni)Turin, 1900. Dans une usine textile, les ouvriers travaillent 14 heures par jour, de 6 heures à 20 heures 30, avec un seul arrêt d’une demi-heure le midi. A la suite d’un accident, dû à la fatigue en fin de journée, un comité est formé pour réclamer une journée plus courte. Un ex-professeur, militant socialiste recherché venu se réfugier chez un ami, va les convaincre d’aller plus loin…
Mario Monicelli est un cinéaste plutôt réputé pour ses comédies. On lui doit aussi ce premier grand film politique italien sur la condition ouvrière, basé sur des faits réels. Il en a écrit le scénario avec l’aide de l’excellent duo Age & Scarpelli. Le film débute de façon descriptive des conditions de travail au sein de l’usine et des conditions de vie des familles à cette époque qu’il a reconstituée avec beaucoup d’attention. Ensuite dans le récit, Monicelli introduit des éléments d’humour dans la tragédie, sans altérer la puissance du propos. Le film a beaucoup été comparé aux grands films soviétiques avec lesquels il présente une nette différence d’approche : point de lyrisme, ni d’envolées épiques exaltantes, mais de petits éléments de comédie qui renforcent le caractère humaniste du récit. En revanche, Monicelli est plus proche des grand maîtres russes dans ses travellings et grands mouvements de caméra. On remarque la présence de trois acteurs français, Annie Girardot, Bernard Blier et François Périer, le film étant une coproduction franco-italienne.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Marcello Mastroianni, Renato Salvatori, Gabriella Giorgelli, Folco Lulli, Bernard Blier, Annie Girardot
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Mario Monicelli

Remarques :
* Monicelli a raconté que le schéma de la harangue de Marcello Mastroianni face aux ouvriers est emprunté au discours de Marc Antoine dans le Jules César de Shakespeare : il semble d’abord donner raison à ses adversaires avant retourner leur raisonnement en sa faveur.

* Dans son Dictionnaire du cinéma italien, Dominique Sabourdin nous fait remarquer que les trois grands responsables de la direction artistique (costumes, décors, photo) sont des collaborateurs habituels de Visconti, qui ont travaillé sur Rocco et ses frères, ce qui peut expliquer « une telle magnificence réaliste, dont on ne retrouve aucune trace dans aucun autre film de Monicelli ».

 Les camarades (I compagni)Bernard Blier, Renato Salvatori et Marcello Mastroianni dans Les camarades (I compagni) de Mario Monicelli.

15 novembre 2019

La Grande Guerre (1959) de Mario Monicelli

Titre original : « La grande guerra »

La Grande guerre (La grande guerra)Enrôlés dans l’armée italienne, un milanais et un romain sont envoyés en 1917 sur le front des Alpes…
Sur un sujet écrit par Luciano Vincenzoni après le succès des Sentiers de la Gloire, La Grande Guerre de Mario Monicelli se montre très différent du film de Kubrick : il mélange la comédie au film de guerre. Les moments les plus comiques sont souvent stoppés nets par un élément tragique par un habile entrelacement des genres qui nécessite tout l’art de scénaristes tels que Age et Scarpelli pour être réussi. Initialement, Monicelli voulait filmer un groupe de soldats dont émergeait de temps à autre un personnage. Mais la présence de Vittorio Gassman et Alberto Sordi a logiquement recentré l’histoire sur ces deux soldats, deux anti-héros qui ne sont pas vraiment lâches mais qui veulent surtout sauver leur peau. Et ironiquement, leur grand moment d’héroïsme ne sera connu de personne. L’histoire souligne l’absurdité de la guerre et montre de façon très réaliste la vie quotidienne des soldats. Même si le déroulement du scénario manque un peu de suivi, sautant d’un évènement à un autre, La Grande Guerre est autant l’un des films les plus remarquables sur la Première Guerre mondiale que l’un des plus remarquables de la comédie italienne.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Vittorio Gassman, Silvana Mangano, Bernard Blier, Folco Lulli, Vittorio Sanipoli, Romolo Valli
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur Mario Monicelli

La Grande guerre (La grande guerra)Vittorio Gassman et Alberto Sordi dans La Grande guerre (La grande guerra) de Mario Monicelli.

La Grande guerre (La grande guerra)Vittorio Gassman et Silvana Mangano dans La Grande guerre (La grande guerra) de Mario Monicelli.

9 mars 2018

Mesdames et messieurs bonsoir (1976) de Luigi Comencini, Nanni Loy, Luigi Magni, Mario Monicelli et Ettore Scola

Titre original : « Signore e signori, buonanotte »

Mesdames et messieurs bonsoirDans le spartiate studio du journal télévisé 3TG, le journaliste Paolo Fiume (Marcello Mastroianni) lit les nouvelles du jour que son assistante lui apporte et introduit les différents reportages…
Signore e signori, buonanotte est une œuvre collective produite par la Cooperativa 15 Maggio qui rassemble un bon nombre d’acteurs et d’auteurs de la comédie italienne (1). Le plateau de cette satire de la télévision est donc prestigieux. Le propos est de dénoncer la corruption dans la politique et de pointer plusieurs travers de la société italienne : le travail des enfants, la mainmise de la Mafia, l’hypocrisie d’une politique nataliste, les luttes de pouvoirs au Vatican, etc. Un programme chargé ! L’humour ne donne pas dans la finesse, l’angle choisi est celui de l’exagération. Le manque d’homogénéité est un peu perturbant. Comme trop souvent dans les films à sketches, la réussite est inégale. Les séquences ne sont pas attribuées, donc on ne sait qui a écrit ou réalisé quoi. Le meilleur sketch est à mes yeux celui sur l’élection du pape qui est assez une petite merveille d’écriture. On peut saluer le caractère provocateur du film mais le bilan d’ensemble reste toutefois plutôt décevant.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Senta Berger, Adolfo Celi, Vittorio Gassman, Nino Manfredi, Marcello Mastroianni, Ugo Tognazzi, Andréa Ferréol
Voir la fiche du film sur le site IMDB.

(1) Cooperativa 15 Maggio (Coopérative du 15 mai) = Age & Scarpelli, Ugo Pirro, Ettore Scola, Luigi Magni, Leonardo Benvenuti, Luigi Comencini, Ruggero Maccari, Mario Monicelli, Nanni Loy, Piero De Bernardi, Ugo Tognazzi, Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Nino Manfredi, Aldolfo Celi et Santa Berger.

Mesdames et messieurs, bonsoir
Marcello Mastroianni dans Mesdames et messieurs bonsoir de Luigi Comencini, Nanni Loy, Luigi Magni, Mario Monicelli et Ettore Scola dans un débat avec quatres édiles napolitains (de toute évidence, quatre mafiosi qui se sont bien engraissés sur la bête).

Remarques :
* Les télévisions privées n’étant pas encore apparues à cette époque, c’est donc une critique de la télévision publique. Les journaux télévisés des deux chaines publiques s’appelaient alors TG1 et TG2. La troisième chaîne de télévision publique italienne Rai 3 n’a été créée qu’en 1979 et son journal télévisé a alors naturellement pris pour nom TG3 (TG = Telegiornale).

* Les reportages (sketches) :
– L’enlèvement d’un grand patron qui fait appel à ses travailleurs pour payer l’énorme rançon demandée.
– Interview d’un ministre corrompu qui assume son attitude en évoquant la loi du plus fort.
– Une publicité d’un père heureux sur son vélo avec son fils qui passe la frontière pour aller mettre ses économies en Suisse (il s’agit de la parodie d’une célèbre publicité télévisée italienne d’une compagnie d’assurance bien connue)
– Une classe d’anglais farfelue tenue en fait par deux agents secrets qui en profitent pour assassiner une personnalité.
– Une fiction « La bombe » qui voit un poste de police évacué pour un tic-tac non identifié.
– Un jeune garçon napolitain qui doit s’occuper de ses huit frères et sœurs miséreux, juste après que sa mère a été récompensée par un évêque du grand prix de la fertilité.
– L’entretien avec un sociologue qui dit le plus sérieusement du monde vouloir résoudre le problème de la surpopulation en mangeant les enfants pauvres.
– Débat avec quatre politiciens napolitains de la Mafia qui tiennent la ville.
– La tragédie d’un général qui se suicide après que ses médailles sont tombées dans les toilettes.
– Un reportage sur le travail des enfants.
– Une fiction où l’on voit un inspecteur de police qui part arrêter un « gros bonnet » et finit par devenir son valet de chambre. (Absent de la version raccourcie)
– La rubrique « Le personnage du jour », dédiée à un retraité pauvre qui démontre sa capacité à bien vivre avec la somme 32.000 lires par mois (16 euros).
– Un épisode du jeu le « Disgraciomètre » où le gagnant est celui qui a subi un malheur le plus absurde qui soit. (Absent de la version raccourcie)
– Une série télévisée historique, « Le Saint-Siège », sur les luttes d’influence lors de l’élection d’un nouveau pape (inspiré de de la lutte entre Sixte V et Pie V à la fin du XVIe siècle)(Ce sketch aurait été réalisé par Luigi Magni).
– La rentrée de la Cour d’Appel avec un président et des magistrats vraiment décrépits qui finissent par danser la tarentelle.

* Durée :
Film complet = 118 minutes,
Version raccourcie (moins 2 sketches) = 105 minutes

* Ne pas confondre avec :
Ces messieurs dames (Signore & signori, 1966) de Pietro Germi, autre film à sketches (plus réussi).

19 décembre 2017

Un héros de notre temps (1955) de Mario Monicelli

Titre original : « Un eroe dei nostri tempi »

Un héros de notre tempsAlberto Menichetti (Alberto Sordi) est un trentenaire qui vit en vieux garçon avec sa tante et sa vieille bonne à Rome. Il travaille dans les bureaux d’une entreprise de chapeaux, sous les ordres d’une veuve assez séduisante qui est secrètement amoureuse de lui… Ecrit par Mario Monicelli avec l’aide de Rodolfo Sonego (qui a beaucoup écrit pour Sordi), Un héros de notre temps est une comédie assez caustique. C’est l’un des premiers films où Mario Monicelli se moque de la petite bourgeoise italienne. Alberto Sordi interprétera souvent le rôle de ce type d’italien moyen, lâche et opportuniste. De plus, il est ici très craintif, il a peur de tout et se défile toujours quand on a besoin de lui. En revanche, toujours prêt à se justifier, c’est un véritable moulin à paroles! Le scénario est une petite merveille d’écriture avec un enchainement de situations réglé au cordeau. Car, à force de vouloir toujours se défiler, notre ami se met dans des situations les plus abracadabrantes qui soient. Il y a beaucoup d’humour bien entendu et l’interprétation est excellente. Tourné trois ans avant Le Pigeon, Un héros de notre temps est un film plutôt rare, à découvrir ; il est ressorti (sorti ?) restauré en France en 2015.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Alberto Sordi, Franca Valeri, Giovanna Ralli, Tina Pica, Mario Carotenuto, Leopoldo Trieste
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…

Un héro de notre temps
Alberto Sordi et Giovanna Ralli dans Un héros de notre temps de Mario Monicelli.

11 décembre 2015

À cheval sur le tigre (1961) de Luigi Comencini

Titre original : « A cavallo della tigre »

À cheval sur le tigreGiacinto est un brave type pas très malin qui tente de simuler une agression pour voler son patron. En prison, alors qu’il a presque purgé sa peine, il tombe sous la coupe de trois criminels plus endurcis et se retrouve forcé de s’évader avec eux… À cheval sur le tigre fait partie des quelques films de Comencini coécrits avec Age et Scarpelli, auxquels il faut ajouter ici Monicelli. Leur ambition était de trouver un juste équilibre entre la comédie et la critique sociale. Cet équilibre subtil que Monicelli avait trouvé dans Le Pigeon ou que Comencini trouvera si magnifiquement dans L’argent de la vieille est ici absent. Bien-sûr, son héros est un éternel exploité, inoffensif et sans défense mais le film est surtout une comédie policière tiraillée entre plusieurs genres. Le début comporte les meilleurs moments car l’enchaînement des évènements paraît ensuite un peu trop alambiqué et même les meilleurs gags (comme la petite fille en otage) paraissent plaqués, ils ne sont pas vraiment intégrés à l’histoire. Belle interprétation toutefois de Nino Manfredi.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Nino Manfredi, Mario Adorf, Gian Maria Volontè, Raymond Bussières
Voir la fiche du film et la filmographie de Luigi Comencini sur le site IMDB.

Voir les autres films de Luigi Comencini chroniqués sur ce blog…

Voir les livres sur Luigi Comencini

Remarques :
Le titre vient d’une expression chinoise : être « à cheval sur le tigre » signifie être dans une position dangereuse dont on ne peut s’extraire. Descendre du tigre serait en effet encore plus dangereux car on serait alors dévoré par le tigre.

A cheval sur le tigre
Gian Maria Volontè, Mario Adorf et Nino Manfredi dans À cheval sur le tigre de Luigi Comencini

26 octobre 2015

Les infidèles (1953) de Mario Monicelli et Steno

Titre original : « Le infedeli »

Les infidèlesUn industriel de haute société romaine demande à une agence de détectives de faire suivre sa femme qu’il soupçonne d’être infidèle. Mis sur l’affaire, le jeune Osvaldo rencontre Liliana, son ancienne fiancée, aujourd’hui mariée à un industriel anglais… Les infidèles est un film assez peu connu de Mario Monicelli, co-réalisé avec Steno. Précisons tout de suite que Gina Lollobrigida n’a vraiment qu’un très petit rôle mais le succès de Plus fort que le diable de John Huston quelques mois plus tard l’a propulsée tout en haut de l’affiche! La réelle vedette du film est la débutante May Britt, une jeune beauté suédoise âgée de 20 ans (teinte en brune et bien évidemment doublée) qui a une fort belle présence à l’écran, dans le genre beauté froide (1). C’est le français, tout aussi peu connu, Pierre Cressoy qui lui fait face. Le scénario est très bien fait : alors que les premières minutes laissent présager d’une histoire assez conventionnelle, la suite montre qu’il n’en est rien, assez riche avec de nombreuses interactions des personnages entre eux. Cela devient rapidement une peinture sociale de la haute bourgeoisie qui monte en puissance pour aboutir sur un final assez fort. Les infidèles est un film qui mérite largement d’être découvert.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Gina Lollobrigida, May Britt, Pierre Cressoy, Irene Papas, Marina Vlady, Anna Maria Ferrero
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli et de Steno sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…

Les Infidèles
Pierre Cressoy et May Britt dans Les infidèles de Mario Monicelli et Steno.

Remarques :
* Au début de sa carrière, Mario Monicelli a co-réalisé tous ses films avec Steno. Son film suivant, Proibito (Du sang dans le soleil, 1954), sera le premier qu’il réalisera seul.

* On remarquera également la présence de Marina Vlady (orthographiée Marina Wlady au générique) dans un tout petit rôle.

Les Infidèles
Marina Vlady dans Les infidèles de Mario Monicelli et Steno.

Les Infidèles
May Britt et Pierre Cressoy dans Les infidèles de Mario Monicelli et Steno.

(1) Après ce premier film, May Britt ne fera pas une grande carrière d’actrice : un peu plus d’une douzaine de films de second plan où elle personnifiera souvent des femmes fatales. Elle abandonnera sa carrière en 1960 après avoir épousé Sammy Davis, Jr.

14 juillet 2014

Larmes de joie (1960) de Mario Monicelli

Titre original : « Risate di gioia »

Larmes de joieUn soir de Nouvel An à Rome, une actrice de figuration se retrouve sans invitation. Accidentellement, elle tombe sur une de ses connaissances, acteur sur le retour, qui en est réduit à servir d’acolyte à un pickpocket… Larmes de joie est inspiré des Nouvelles romaines d’Alberto Moravia. Le film mélange le tragique et le comique : sous l’humour, présent dans presque toutes les scènes, Monicelli nous dépeint les difficultés de trois personnages qui se débattent pour mieux vivre dans cette Italie de la fin des années cinquante. L’une est une indéfectible optimiste qui espère toujours que la chance lui sourira un jour, le second vit de petites combines plutôt minables et le plus jeune des trois est depuis toujours dans la petite délinquance. Anna Magnani (en blonde) nous fait un grand numéro, elle est volubile, explosive, exubérante, et forme un superbe tandem avec Totò, ce grand comique qui donne à son personnage une belle épaisseur ; il est particulièrement touchant. Leurs joutes verbales sont hautes en couleur. Ben Gazzara est plus en retrait.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Anna Magnani, Totò, Ben Gazzara, Fred Clark
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…
Voir les livres sur le cinéma italien

Remarques :
* Le titre original est à double sens : la traduction littérale de Risate di gioia est « éclat de rire de joie » mais puisque Gioia est le prénom du personnage jouée par Anna Magnani, cela peut être tout aussi bien « le rire de Gioia » (qui ne passe pas inaperçu, soit-dit en passant…)

* C’est la première apparition du comédien-clown Mac Ronay (le conducteur du métro). Ce comique français, au physique à nul autre pareil, n’a hélas pas beaucoup tourné mais beaucoup le connaissent grâce à son rôle de porte-flingue dans Les Tontons flingueurs. Les italiens l’ont doté ici d’une voix très haut perchée.

* On notera le clin d’oeil à La Dolce Vita (l’américain ivre veut se baigner dans la fontaine de Trévi… « Foutu cinéma! » commente Anna Magnani). Le film de Fellini est sorti en février 1960 en Italie et a reçu la palme d’or à Cannes en mai ; Larmes de joie est sorti en octobre 1960.

3 octobre 2013

Le Pigeon (1958) de Mario Monicelli

Titre original : « I soliti ignoti »

Le pigeonCosimo est arrêté alors qu’il tentait de voler une voiture. Il aimerait sortir au plus vite car il a eu un tuyau pour un coup infaillible. Il cherche donc un « pigeon » c’est-à-dire quelqu’un pour prendre sa place… Le Pigeon est l’un des plus beaux joyaux de la comédie italienne. Mario Monicelli réussit là un équilibre parfait entre l’humour et le regard bienveillant porté sur ces petits malfrats marginaux. L’humour repose beaucoup sur leur maladresse, leur incapacité à mener quelque chose à bien mais c’est un humour sans méchanceté, empreint au contraire d’une certaine tendresse. C’est aussi un regard sur l’Italie de l’après-guerre. Le scénario est intelligemment écrit, avec de belles trouvailles, très riche en petits détails ; sans aucun temps mort, son développement nous réserve d’amusantes surprises. La fin est hilarante. Les personnages sont typés mais sans excès, les seconds rôles sont savoureux : Carlo Pisacane (et sa dégaine unique) en simplet éternel affamé, Tiberio Murgia en fier sicilien qui séquestre sa soeur (Claudia Cardinale dans son premier vrai rôle à l’écran) et le merveilleux Totò en retraité-instructeur en perçage de coffre (1). Le pigeon est un film qui ne vieillit pas.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Vittorio Gassman, Marcello Mastroianni, Renato Salvatori, Carlo Pisacane, Tiberio Murgia, Claudia Cardinale, Totò
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Voir les autres films de Mario Monicelli chroniqués sur ce blog…

Suites (moins réussies) :
Hold-up à la milanaise (Audace colpo de I soliti ignoti) de Nanni Loy (1959) avec Vittorio Gassman, Renato Salvatori, Claudia Cardinale, Carlo Pisacane et Tiberio Murgia.
Le Pigeon vingt ans après (I soliti ignoti vent’anni dopo) d’Amanzio Todini (1985) avec toujours Marcello Mastroianni, Vittorio Gassman, Carlo Pisacane, Tiberio Murgia.

(1) On remarquera que Totò, bien qu’il n’ait qu’un rôle assez limité, est au centre de l’affiche originale, témoin de sa grande popularité à l’époque.

2 septembre 2012

Brancaleone s’en va-t’aux croisades (1970) de Mario Monicelli

Titre original : « Brancaleone alle crociate »

Brancaleone s'en va-t'aux croisadesBrancaleone et ses compagnons partent aux croisades. Menés par Dieu lui-même, ils embarquent pour traverser la Méditerranée et atteignent un peu trop rapidement la Terre sainte. En réalité, ils n’ont traversé qu’un lac… Tel est le début de Brancaleone s’en va-t’aux croisades, comédie loufoque qui fait suite à L’armata Brancaleone (L’armée Brancaleone) qui avait connu un formidable succès, quatre ans auparavant. Le film peut être vu comme une suite de sketches ou plutôt de séquences sur les rencontres qui ponctuent le périple de cette « armée ». L’esprit général est de démystifier le Moyen Âge(1) en insistant sur l’ignorance et l’intolérance. Avec son petit groupe de parias ou d’éclopés, Brancaleone se situe en marge de cette société cruelle. Les trouvailles de scénario sont nombreuses, avec des exagérations toujours au service de l’humour. Le film peut faire penser à ce que faisaient les Monty Python, à peu près à la même époque en Angleterre. On notera quelques clins d’oeil cinématographiques(2). Il faut aussi remarquer le travail fait sur les dialogues qui utilisent une sorte de dialecte, mélange d’italien courant et de latin. Grâce à son registre de jeu très étendu, Vittorio Gassman est vraiment l’interprète idéal de ce héro frapadingue et multi-facettes. Brancaleone s’en va-t’aux croisades est une bouffonnerie très réussie.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Vittorio Gassman, Adolfo Celi, Stefania Sandrelli, Beba Loncar
Voir la fiche du film et la filmographie de Mario Monicelli sur le site IMDB.

Remarque :
Le film n’est sorti en France qu’en 1977 dans le cadre du festival d’humour de Chamrousse. Le premier opus n’avait pas été distribué en France.

(1) « Nous voulions démystifier le Moyen Âge, celui qu’on enseigne dans les écoles, avec ses paladins, ses chevaliers, ses pucelles, tout ce ballet de gens raffinés qui est non seulement invraisemblable mais historiquement faux. Le Moyen Âge a été une époque barbare, obscurantiste, cruelle et misérable. » (Entretien avec Mario Monicelli dans Cinéma n°230 de février 1978)

(2) Les dialogues de Brancaleone avec la Mort évoquent Le septième sceau de Bergman et le stylite sur son pilier évoque fortement Simon du désert de Bunuel.