La guerre de Sécession a vu la victoire des Nordistes, mais le colonel confédéré Jonas ne peut accepter cette fin. Son plan est de former de nouveau l’armée sudiste en volant une importante somme d’argent à un convoi gouvernemental. Une fois l’embuscade réussie, en compagnie de ses fils et de sa maîtresse Kitty, Jonas et sa bande tentent de traverser le pays en dissimulant le butin dans un cercueil… Les Cruels (The Hellbenders aux USA) est un western italien réalisé par Sergio Corbucci. Dans une scène d’attaque au début du film, on reconnait bien le style violent de Corbucci mais la suite est bien plus fade. Dès lors, le chemin emprunté par les personnages paraît bien long. L’interprétation est sans doute en partie responsable : hormis l’américain Joseph Cotten qui assure son rôle (sans éclat toutefois), les acteurs ne sont guère convaincants et nous restons plutôt indifférents aux tensions qui s’installent entre eux. La musique est d’Ennio Morricone. (Vu en version américaine, donc doublée). Elle: – Lui :
Dans la région du Douro, Ema grandit avec son père dans une atmosphère de grande sensibilité poétique. Séduisante et innocente, elle développe un goût irrésistible pour les fictions romantiques. Devenue femme, elle épouse un médecin qu’elle n’aime pas, et emménage dans sa propriété, le Val d’Abraham… Val Abraham est un film portugais réalisé par Manoel de Oliveira. Il est adapté du roman éponyme d’Agustina Bessa-Luís qui peut être décrit comme une transposition moderne de Madame Bovary dans le Portugal contemporain. Cette transposition fut suggérée par le cinéaste à la romancière. Le portrait de cette Ema est toutefois très différent de l’Emma Bovary de Flaubert, plus distancié, simplifié sur le plan des réalités (toutes les questions pécuniaires ont disparu) mais plus profond sur les sentiments et motivations de son héroïne, plus philosophique pourrait-on dire sur le besoin d’être désirée et sur la notion de beauté. L’ensemble reste littéraire, le texte ayant une large place, avec une voix-off très présente qui souligne cette filiation. Le film a un rythme plutôt lent qui nous permet d’apprécier les superbes plans fixes du réalisateur. La beauté triste de Leonor Silveira est troublante et les paysages de la vallée du Douro émerveillent. Initialement d’une durée de 187 minutes, le film est ressorti récemment dans une version rallongée de quelque 15 minutes. Val Abraham est souvent qualifié de meilleur film du réalisateur. J’ai beau ne pas être habituellement un grand amateur des films de Manoel de Oliveira, celui-ci m’a enchanté par sa profondeur, sa beauté et son harmonie. Elle: – Lui :
Ce film raconte l’histoire d’amour entre Tobias, commercial dans une entreprise de céréales, et Almut, jeune cheffe cuisinière étoilée. Sous forme de flashbacks, nous découvrons leur rencontre, la naissance de leur fille ainsi que la découverte du cancer d’Almut et son combat contre ce dernier… L’amour au présent est un film britannique réalisé par l’irlandais John Crowley. Le scénario est l’œuvre du dramaturge Nick Payne. L’histoire en elle-même est un mélodrame très convenu et, pour cacher cela, le déroulement a été totalement déconstruit : les scènes de plusieurs époques de leur liaison ont été mélangées et, à chaque saut, il faut généralement plusieurs secondes pour comprendre à quel moment nous en sommes. Certes, ce procédé artificiel aide à soutenir notre attention mais il ne rend pas l’histoire plus intéressante pour autant. L’ensemble paraît finalement assez vain. La scène de l’accouchement, censée être un tour de force, est longue et pénible. Point positif : l’alchimie entre les deux acteurs principaux fonctionne plutôt bien. Elle: Lui :
Don José est un sergent de dragons à Séville. Il tombe éperdument amoureux de Carmen, une belle gitane… Carmen est un film muet allemand réalisé par Ernst Lubitsch. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée, ou plus exactement de l’opéra de Bizet qu’elle inspira. Quand Lubitsch se voit confier ce grand projet par la toute nouvelle UFA créée dans une Allemagne au bord de la défaite, Carmen a déjà été porté plusieurs fois à l’écran. Les versions plus notables furent les moyens métrages des jeunes Cecil B. DeMille et Raoul Walsh, tous deux sortis en 1915 avec grand succès (plus une satire des deux réalisée par Chaplin l’année suivante). Ernst Lubitsch avait surtout tourné des comédies avant ce grand drame. Pola Negri, fraichement arrivée de Hongrie pour faire carrière à Berlin, campe une Carmen plus naturelle et sauvage que ses homologues américaines. Elle apporte une spontanéité et une fraicheur à une époque qui en avait bien besoin : ce film (son deuxième avec Lubitsch) finit de la propulser au rang de star. Le jeu de Harry Liedtke est plus théâtral et rend l’ensemble daté à nos yeux modernes. L’adaptation est bien réalisée, certaines scènes de foule ou de montagnes sont même impressionnantes pour l’époque, mais il est difficile d’y déceler la patte de Lubitsch. Le film ne manque toutefois pas d’intérêt et il a été récemment restauré à partir de plusieurs négatifs pour approcher le plus possible de la version initiale. Le film sortit trois ans plus tard aux Etats-Unis sous le titre Gypsy Blood. Elle: – Lui :
Harry Liedtke et Pola Negri dans Carmen de Ernst Lubitsch.
Carmen au cinéma : 1907 : Carmen, film anglais muet d’Arthur Gilbert 1909 : Carmen, film italien muet de Gerolamo Lo Savio 1911 : Carmen, film français muet de Jean Durand, avec Gaston Modot 1912 : Carmen, film anglais muet de Theo Frenkel 1915 : Carmen, film muet de Cecil B. DeMille, avec Geraldine Farrar 1915 : Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Theda Bara 1916 : Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen), film muet de Charlie Chaplin, avec Charles Chaplin et Edna Purviance 1918 : Carmen, film allemand muet d’Ernst Lubitsch, avec Pola Negri 1926 : Carmen, film français muet de Jacques Feyder, avec Raquel Meller 1927 : The Loves of Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Dolores del Río 1945 : Carmen, film français de Christian-Jaque, avec Jean Marais et Viviane Romance 1948 : Les Amours de Carmen (The Loves of Carmen), film de Charles Vidor, avec Rita Hayworth et Glenn Ford 1954 : Carmen Jones film américain d’Otto Preminger 1963 : Carmen 63 film franco-italien de Carmine Gallone 1968 : L’Homme, l’Orgueil et la Vengeance film italien de Luigi Bazzoni 1983 : Carmen, adaptation flamenco de Carlos Saura 1983 : Prénom Carmen de Jean-Luc Godard 1984 : Carmen, film d’opéra de Francesco Rosi, avec Julia Migenes et Plácido Domingo 1984 : La Tragédie de Carmen, trois films de Peter Brook 1985 : Carmen nue d’Albert Lopez 2004 : Carmen de Khayelitsha (U-Carmen e-Khayelitsha), film sud-africain de Mark Dornford-May 2001 : Karmen Geï de Joseph Gaï Ramaka, adaptation sénégalaise en français et en wolof. 2003 : Carmen, film espagnol de Vicente Aranda, avec Paz Vega et Leonardo Sbaraglia. 2022 : Carmen, film franco-australien de Benjamin Millepied, avec Paul Mescal, Melissa Barrera et Rossy de Palma.
20 décembre 1989. La Roumanie est au bord de la révolution. Les autorités préparent les festivités du Nouvel An comme si de rien n’était ou presque mais le vernis officiel commence à craquer. Dans l’effervescence de la contestation, six destins vont se croiser au fil d’une journée pas comme les autres. Jusqu’à la chute de Ceaușescu et de son régime… Ce nouvel an qui n’est jamais arrivé est un film roumain écrit et réalisé par Bogdan Mureșanu. Plusieurs histoires s’y entrecroisent : un réalisateur de télévision devant résoudre une situation de crise due au passage à l’ouest d’une actrice renommée, une actrice contrainte de la remplacer au pied levé pour lire un texte qui la dégoûte, un étudiant qui décide de fuir ce jour-là à l’étranger, une femme âgée chassée de sa maison qui va être démolie, un des déménageurs gravement mis en cause par la lettre de Noël que son fils vient de poster. La mise en place est un peu confuse mais une fois que nous sommes plus familiers avec les personnages, le film parvient à nous captiver, nous faire même rire parfois car certaines situations sont tragi-comiques. Le cinéaste dresse un portrait de son pays juste avant la chute de la dictature communiste et les vingt dernières minutes sur fond de boléro de Ravel sont intenses et mémorables. Le film a été bien accueilli par la critique et le public. Elle: Lui :
Ponce-Pilate lui ayant donné le choix de gracier Jésus ou Barabbas, le peuple de Jérusalem a choisi le brigand. L’ombre de celui qui a péri à sa place hante l’esprit de Barabbas qui va avoir toutefois une longue vie mouvementée… Barabbas est un film italo-américain réalisé par Richard Fleischer. C’est la seconde adaptation du roman du suédois Pär Lagerkvist (paru en 1950), après la version réalisée par Alf Sjöberg en 1953. L’écrivain, nobelisé l’année suivante, avait donné une vie fictive à ce personnage dont l’unique trace est d’être cité par les Évangiles dans le célèbre passage avec Ponce-Pilate. Le film prend la forme d’un péplum à grand spectacle. Même s’il ne peut se comparer aux plus grands du genre, il se montre de très belle facture. Il comporte de nombreuses scènes d’une très grande vigueur. Les scènes de foule et les jeux dans l’arène sont assez remarquables. La reconstitution du travail dans les mines de soufre en Sicile l’est tout autant. Le récit donne une bonne place à l’introspection du personnage principal et à sa progressive prise de conscience. L’interprétation d’Anthony Quinn est l’une des plus puissantes de sa carrière. C’est au final un film assez complet. Il n’eut cependant pas le succès espéré. Elle: – Lui :
Remarque : La scène de l’éclipse durant la crucifixion a été filmée à Roccastrada en Toscane pendant l’éclipse solaire du 15 février 1961.
Anthony Quinn est Barabbas dans le film du même nom de Richard Fleischer.Anthony Quinn et Vittorio Gassman dans Barabbas de Richard Fleischer.Ernest Borgnine et Vittorio Gassman dans Barabbas de Richard Fleischer.
Vincent Rousseau dirige pour la première fois une colonie de vacances et se retrouve plongé pendant trois semaines dans l’univers des colos avec petites histoires et gros soucis à la clef! Vincent est confronté à la vie mouvementée du camp, de ses animateurs plus ou moins professionnels et des ados pas toujours évidents à gérer… Nos jours heureux est un film français écrit et réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache. Les deux réalisateurs ont été eux-mêmes animateurs en colonies de vacances, c’est même à cette occasion qu’ils se sont rencontrés. Ils avaient déjà traité le sujet en court-métrage, Ces jours heureux en 2001 avec Lorànt Deutsch, qui ne montrait que le départ des enfants en car et l’arrivée. Ils ont rajouté tout le séjour et développé les personnages en se basant, disent-ils, sur leurs souvenirs. Ils n’évitent pas les stéréotypes et les exagérations mais le film convainc par sa bonne humeur, sa bienveillance et son humour. Le film a été bien accueilli par le public et a servi de tremplin pour la carrière des deux réalisateurs et celle de Jean-Paul Rouve et d’Omar Sy. Elle: Lui :
Marilou Berry, Lannick Gautry, Jean-Paul Rouve, Joséphine de Meaux, Omar Sy et Guillaume Cyr dans Nos jours heureux de Olivier Nakache et Éric Toledano.
Trois sœurs, Lucia, Ada et Flavia, vivent dans le village de montagne italien de Vermiglio avec leur père, instituteur au village, leur mère, régulièrement enceinte, et leurs quatre frères. Au cœur de l’hiver 1944, un soldat déserteur blessé, Pietro, est ramené dans le village par un cousin dont il a sauvé la vie… Vermiglio ou La Mariée des montagnes est un film italien écrit et réalisé par Maura Delpero. Venant après Maternal(2019), c’est le deuxième long métrage de la réalisatrice dont le père est originaire de ce village du Haut-Trentin où elle a posé ses caméras. Son récit nous décrit la vie dans ce petit hameau isolé en se concentrant sur une famille et plus particulièrement sur les femmes. De manière délicate, il laisse éclore une histoire d’amour très discrète. La parole est rare, le rythme est plutôt contemplatif, la photographie est superbe. Le film de Maura Delpero se situe dans la veine du classique d’Ermanno Olmi L’Arbre aux sabots (1978) avec un accent, plus moderne, mis sur le destin des femmes. Elle: Lui :
Wisi, en quête d’emploi à Bordeaux, se fait passer pour un sans-papier auprès de Marina, une humanitaire au grand coeur. Il rencontre Jérôme, un SDF passablement raciste, qui découvre sa ruse et décide de profiter de la situation, compliquant ainsi les plans de Wisi… Pourquoi tu souris? est une comédie française écrite et réalisée par Chad Chenouga et Christine Paillard. Le premier est un acteur passé à la réalisation, la seconde est une scénariste qui signe là son premier long métrage. Ils ont réuni un beau trio d’acteurs qui attirera les spectateurs (ce fut notre cas). Hélas, le scénario est décousu et, malgré quelques passages assez réussis, l’humour fonctionne mal et génère même parfois une certaine gêne. L’interprétation n’est pas en cause, les trois sont excellents. Abandon à mi-parcours. Elle: Lui :
Sénégalais en France depuis 10 ans, Samba collectionne les petits boulots. Alice est une cadre supérieure épuisée par un burn-out. Lui essaye par tous les moyens d’obtenir ses papiers, alors qu’elle tente de se reconstruire par le bénévolat dans une association d’aide aux sans-papiers. Chacun cherche à sortir de son impasse jusqu’au jour où leurs destins se croisent… Samba est un film français écrit et réalisé par Éric Toledano et Olivier Nakache, basé sur le roman Samba pour la France de Delphine Coulin qui a travaillé dans une association similaire à celle de son histoire. Le livre était un drame alors que le ton du film est plutôt à la comédie tout en étant très ancré dans la réalité des sans-papiers. On peut reprocher la faiblesse du scénario, qui ressemble plus à une juxtaposition de scènes qu’à une histoire suivie, et son improbabilité. Le rapprochement de ces deux personnages exclus du monde du travail est néanmoins touchant, même s’il n’évite pas l’excès de bons sentiments. L’art des deux réalisateurs est de réussir à mettre de l’humour sur des situations plutôt dramatiques. Venant juste après Intouchables, le film a connu le succès. Elle: Lui :