28 septembre 2019

La Lune était bleue (1953) de Otto Preminger

Titre original : « The Moon Is Blue »

La Lune était bleueUne jeune femme rencontre au sommet de l’Empire State Building un architecte qui l’invite à dîner. L’homme, qui sort d’une liaison compliquée, est séduit par sa spontanéité et son ingénuité…
La Lune était bleue (The Moon Is Blue) est au départ une pièce de F. Hugh Herbert qu’Otto Preminger avait lui-même montée à Broadway avec grand succès. Il s’agit d’une comédie légère dont l’humour joue beaucoup sur le caractère de la jeune femme : sa fraicheur et sa franchise la portent à parler de tout très directement. Comme un enfant, sa curiosité la pousse à poser des questions inattendues. Elle n’est toutefois ni stupide ni inexpérimentée ; elle prend d’ailleurs le dessus et emmène tout le monde là elle veut aller. Elle est aussi particulièrement volubile, les dialogues sont abondants et brillants ce qui donne à l’ensemble un parfum de marivaudage moderne. Maggie McNamara connait bien le rôle puisqu’elle l’a déjà tenu sur les planches à Chicago. Face à elle, William Holden paraît étonnamment vulnérable et David Niven est parfait dans un rôle qui semble taillé pour lui. Cette comédie gentille est le premier film sorti par un grand studio sans l’agrément de la censure. Le film fut un succès.
Elle: 3 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: William Holden, David Niven, Maggie McNamara
Voir la fiche du film et la filmographie de Otto Preminger sur le site IMDB.

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La Lune était bleueWilliam Holden, Maggie McNamara et David Niven dans La Lune était bleue de Otto Preminger.

Remarques :
* Aussi étonnant que cela puisse paraître aujourd’hui, le scénario fut refusé par la censure car il « présentait de façon gaie et légère la séduction et la possibilité du sexe en dehors du mariage » (contrairement à la légende, le rejet n’était pas seulement motivé par l’emploi des mots « vierge », « maitresse » et « séduction »). Les présidents d’United Artists soutinrent Preminger qui put donc tourner son scénario malgré ce refus. The Moon Is Blue devint ainsi le premier film sorti par une Major sans l’autorisation du PCA (Production Code Administration) depuis la généralisation de ce code Hays aux alentours de 1934.
Le film terminé fut donc banni de nombreuses petites villes… ou montré à des audiences non-mixtes (seulement des hommes ou seulement des femmes!)  Certains états interdirent le film. Le plus coriace fut le Kansas et United Artists dut aller jusqu’à la Cour Suprême pour faire lever l’interdiction. Cette affaire eut pour résultat d’affaiblir l’influence du code de censure. Le strict Joseph Breen démissionnera dès l’année suivante en 1954. Le Code périclitera ensuite lentement jusqu’à sa disparition totale au milieu des années 60.

* Le film fut fermement condamné par les organismes catholiques américains (National Catholic Legion of Decency et Catholic Parent-Teacher League). En revanche, en France, le journal La Croix vantait sa fantaisie et son charme.

* Une version en langue allemande a été tournée en parallèle : Die Jungfrau auf dem Dach avec Hardy Krüger, Johannes Heesters et Johanna Matz. Krüger et Matz font une courte apparition dans la version anglaise (le couple de touristes qui attend pour se servir de la longue-vue panoramique au somment de l’Empire State à la fin du film). Holden et McNamara apparurent de la même façon dans la version allemande. Le chauffeur de taxi est interprété par Gregory Ratoff dans les deux versions.

 

La Lune était bleueL’affiche conçue par Soul Bass pour La Lune était bleue de Otto Preminger.

* Une lune bleue est la pleine lune supplémentaire qui se produit lorsqu’une année comporte 13 pleines lunes, au lieu de 12  habituellement (12 fois 29 jours 1/2 est en effet inférieur à 365 jours). Le terme n’est pas vraiment courant en français. En revanche, en anglais, l’expression « once in a blue moon » est assez courante. Elle est équivalente à notre « tous les 36 du mois », c’est à dire « assez rarement » (voire jamais). L’origine de l’expression n’est pas connue  (car, bien entendu, la lune n’est jamais bleue).

9 mai 2019

Miss Sloane (2016) de John Madden

Miss SloaneMadeline Elizabeth Sloane est l’une des lobbyistes les plus réputées de Washington. Lorsqu’on lui propose de mener la campagne contre un projet de loi visant à mieux contrôler  les ventes d’armes, elle démissionne du cabinet qui l’emploie pour rejoindre le cabinet concurrent, pourtant moins bien pourvu en ressources. Pour gagner, il lui faut convaincre seize sénateurs…
Réalisé par John Madden, le réalisateur peu prolifique de Shakespeare in Love (1998), Miss Sloane est surtout marqué par l’interprétation de Jessica Chastain. L’actrice nous livre ici une prestation du type « habitée par son personnage », le type qui aimante les Oscars. Elle ne parvient pas totalement à éliminer les excès et outrances de ce style d’interprétation mais, force est de reconnaître, qu’elle s’impose magistralement et occupe tout l’écran pendant plus deux heures. Ce thriller bien ficelé a en outre le mérite de nous faire découvrir de l’intérieur les rouages du lobbying à l’américaine où, c’est le moins que l’on puisse dire, tous les coups sont permis. En filigrane, on pourra noter que le film affirme, à l’instar de Machiavel, que « la fin justifie les moyens ». Un film un peu long, mais plaisant et édifiant.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Jessica Chastain, David Wilson Barnes, John Lithgow, Alison Pill, Mark Strong
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Miss Sloane
Jessica Chastain dans Miss Sloane de John Madden.

Remarque :
* Jessica Chastain n’a finalement pas obtenu l’Oscar attendu (dont l’attribution est, soit-dit en passant, régentée par un intense lobbying…)

16 décembre 2018

Pas très catholique (1994) de Tonie Marshall

Pas très catholiqueMaxime est une femme quarantenaire, moderne et indépendante. Elle a quitté son mari il y a longtemps pour devenir détective privé. Les hasards d’une enquête lui font retrouver son fils Baptiste qu’elle avait oublié…
Pour son deuxième long métrage, Tonie Marshall écrit et réalise ce portrait d’une femme qui se veut totalement libre de ses choix de vie. Ce n’est pas un portrait idéalisé, son personnage est plutôt désagréable tout en sachant montrer par moments une certaine beauté d’âme. La réalisatrice a tendance à forcer le trait, exagérant les côtés masculins de son héroïne, le repli sur soi, la fuite en avant, etc. Au final, rien ne semble vrai. Anémone semble parfaite dans ce rôle aux multiples facettes mais nombre de seconds rôles ont un jeu qui manque de naturel. Cette comédie a été toutefois très bien reçue par la critique.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Anémone, Grégoire Colin, Christine Boisson, Denis Podalydès, Micheline Presle
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Pas très catholique
Grégoire Colin et Anémone dans Pas très catholique de Tonie Marshall.

25 avril 2018

Minne, l’ingénue libertine (1950) de Jacqueline Audry

Minne, l'ingénue libertineParis, 1900. Minne est une jeune fille qui rêve d’aventures intenses et de grandes passions romantiques. Pressée par sa famille, elle épouse sans joie son cousin et ami d’enfance Antoine, très amoureux d’elle. Mais dès la nuit de noces, cette relation ne lui procure qu’insatisfaction et déception…
Reflétant parfaitement le roman de Colette dont il est l’adaptation, Minne, l’ingénue libertine est un film au propos très audacieux pour son époque, questionnant directement la place de la femme dans notre société. On peut bien entendu trouver la jeune héroïne éponyme, naïve et immature, mais comment pourrait-on lui reprocher d’aspirer à autre chose qu’une vie auprès d’un homme, certes gentil mais si terne ? Elle aimerait prendre son destin en main mais ne sait comment faire. Il n’est guère étonnant que trouver une femme derrière la caméra : Jacqueline Audry, l’une des très rares réalisatrices françaises d’avant les années soixante-dix. L’adaptation est toutefois l’œuvre d’un homme, Pierre Laroche (connu pour Les Visiteurs du soir) qui a déjà travaillé avec la réalisatrice pour Les Malheurs de Sophie (1945) et Gigi (1949). La fin, vraiment conventionnelle, vient toutefois amoindrir le propos très moderne du film.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Danièle Delorme, Frank Villard, Roland Armontel, Claude Nicot, Jean Tissier
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Minne l'ingénue libertineFrank Villard et Danièle Delorme dans Minne, l’ingénue libertine de Jacqueline Audry.

Précédente adaptation :
Minne (1916) réalisé et interprété par Musidora, sur une adaptation de Jacques de Baroncelli qui en est également le producteur. La réalisation est souvent attribuée à André Hugon, mais les informations contenues dans la biographie de Musidora par Hélène Tranchant (Musidora, la première vamp, éditions Télémaque, 2014) indiquent le contraire. A noter, que Colette et Musidora se connaissaient bien. Le film ne fut hélas pas diffusé, le laboratoire ayant bloqué le négatif car Jacques de Baroncelli eut de gros problèmes financiers et ne payait plus les fournisseurs. Toujours est-il qu’avec ce film, sa première réalisation, Musidora devient la troisième cinéaste femme du cinéma français (après Alice Guy et Germaine Dulac).

Minne L'ingénue libertineDanièle Delorme et Mag-Avril dans Minne, l’ingénue libertine de Jacqueline Audry.

17 février 2018

Ex-Lady (1933) de Robert Florey

Ex-LadyHelen est une jeune femme indépendante, qui dessine avec brio des illustrations pour des magazines. Courtisée par plusieurs hommes, c’est Don, un jeune publicitaire, qu’elle aime et qui la presse d’accepter de l’épouser. Elle finit par lui céder…
La base du scénario de Ex-Lady est un projet de pièce co-écrite par Robert Riskin, scénariste qui a beaucoup travaillé pour Capra (It Happened One Night, Mr. Deeds, You Can’t Take It with You, et beaucoup d’autres…) Le propos est très inhabituel pour son époque car il montre une jeune femme très moderne, qui refuse le mariage pour rester libre et indépendante, ne veut pas d’enfants avant 40 ans et tient à sa carrière où elle réussit. Il s’agit certes d’un film pré-Code, c’est-à-dire tourné juste avant la généralisation du code de censure Hays en 1934, mais la façon dont le père rétrograde est montré hostile et buté ne laisse guère d’ambigüité. Ex-Lady est le premier film où Bette Davis est en tête d’affiche et Robert Florey (qui n’a eu le scénario que quelques heures avant le début du tournage) sait la mettre en valeur : il la filme souvent en légère contre-plongée dans des robes longues ce qui accentue le caractère longiligne de sa silhouette et la fait paraître très grande (alors qu’en réalité Bette Davis mesure 1m60). Par son apparence et son jeu, l’actrice donne beaucoup de personnalité à son personnage. Sa présence paraît d’autant plus grande que les autres acteurs sont un peu fades, à l’exception de Frank McHugh toujours délectable dans ses rôles d’excentriques.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Bette Davis, Gene Raymond, Frank McHugh, Monroe Owsley, Claire Dodd
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Remarque :
Ex-Lady est un remake (non annoncé) de Illicit d’Archie Mayo (1931) avec Barbara Stanwyck.

Ex-Lady
Bette Davis et Monroe Owsley dans Ex-Lady de Robert Florey.

Ex-Lady
Gene Raymond, Bette Davis et Robert Florey sur le tournage de Ex-Lady de Robert Florey.