25 octobre 2017

Premier contact (2016) de Denis Villeneuve

Titre original : « Arrival »

Premier contactAlors que douze mystérieux vaisseaux extraterrestres apparaissent à douze endroits différents du globe, l’experte en linguistique comparée Louise Banks est recrutée par l’armée américaine pour entrer en contact avec leurs occupants… Sachant que les comparaisons ne manqueront pas, marcher sur les traces d’un film comme Rencontres du troisième type est une entreprise périlleuse. Denis Villeneuve y parvient brillamment. Basée sur une nouvelle de Ted Chiang scénarisée par Eric Heisserer, Arrival est une belle histoire de communication qui met en avant l’importance du langage et sur ses liens avec notre perception du monde. Denis Villeneuve sait rester à l’écart des nombreux travers de la science-fiction moderne : aucune surenchère dans le spectaculaire ici. En revanche, le film est très inventif sur les extraterrestres, à la fois sur leur forme et sur leur langage. En outre, la construction est élégamment intégrée au scénario dont elle devient un élément-clé. Cinématographiquement, le cinéaste québécois montre une fois de plus de son habileté, sa mise en scène est efficace et maitrisée. Un très beau film.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Amy Adams, Jeremy Renner, Forest Whitaker
Voir la fiche du film et la filmographie de Denis Villeneuve sur le site IMDB.
Voir la fiche du film sur AlloCiné.

Voir les autres films de Denis Villeneuve chroniqués sur ce blog…

Arrival
Amy Adams dans Premier contact de Denis Villeneuve.

Remarques :
* Le mot « guerre » peut effectivement être traduit en sanskrit par un mot signifiant « désir de plus de vaches » (la vache ayant en Inde une symbolique bien particulière, notamment de pureté, de la mère, de la non-violence) mais cette interprétation dépend beaucoup du contexte. Lire… (en anglais)
* Le film d’apprendre (du moins en ce qui me concerne) l’existence de l’hypothèse de Sapir-Whorf… Wikipedia

Arrival
Amy Adams dans Premier contact de Denis Villeneuve.

5 réflexions sur « Premier contact (2016) de Denis Villeneuve »

  1. « Les limites de mon langage signifient les limites de mon propre monde ».
    Ludwig von Wittenstein.

    L’écriture linéaire est séquentielle et temporelle. Elle ne se conçoit que lettre par lettre, mot par mot dans un rosaire empirique fabriquant au cours de l’histoire le livre sensoriel de nos ressentis.

    Notre langage limité semble et ceci encore pour longtemps n’être que l’identité de nos concepts.

    La continuité sans espoir d’une refonte de nos différences déversées continuellement dans un palindrome antinomique n’étant qu’une même force que nous ne sommes même pas capables de visualiser en un seul jet afin d’en percevoir la trajectoire constante.

    L’heptapode se projette dans son intégralité en mode analytique pendant qu’un esprit tourmenté par une douleur encore inexistante ne découvre le potentiel de celle-ci que dans quelques parcelles futuristes ne formatant qu’une seule phrase:

    « Je ne comprends rien ».

    Alors que son aide est quémandée par une apparence imposante et atypique, flottante et brumeuse venant de nulle part, n’ayant rien à découvrir, perturbée paradoxalement par la programmation d’un dysfonctionnement encore profondément enfoui dans un avenir n’étant que son présent.

    L’individu doutant et fragile, isolé ou en meute constamment sur le fil du rasoir d’un conflit potentiel avec ses propres congénères incapable d’offrir à son espèce par l’apport d’un nouveau langage une dimension supérieure se retrouve réquisitionné sans savoir pourquoi par une autre manière d’être n’étant que la fragilité de sa perfection.

    La nouvelle image du nombre pi diamètre et circonférence d’une figure géométrique jumelant deux incertitudes cosmiques séquentielle et simultanée parcourant par leurs déterminismes progressifs ou anticipés les conjonctures de leurs histoires sans pouvoir se débarrasser de leurs incertitudes.

  2. [Je risque de poster dans les prochains jours des commentaires sur plusieurs films que vous avez chroniqués autrefois… car je viens de me faire livrer un assortiment de DVD inspirés par vos avis favorables]

    Je viens de voir Premier contact, et je reste un peu dubitatif.

    Dans le fond, je n’ai rien à redire à tout ce que vous dites dans votre chronique : pas de surenchère visuelle, une histoire qui intègre directement des éléments-clefs (avec une surprise que je n’ai vu venir que peu de temps avant qu’elle ne soit explicite, autrement dit qui m’a bien piégé presque jusqu’au bout), de bons éléments de SF. Tout ça est fort bien.

    Mais je suis un peu triste de ne pas avoir été « happé » par cette histoire. Les séquences intercalées ont certes un sens important, mais rien n’obligeait à ce qu’elles soient à ce point sirupeuses (presque caricaturales de ce type de séquences tel que l’on en trouve dans tout mélo appuyé qui se respecte). Les séquences du fil narratif principal ont l’originalité d’être « sèches », montrant une routine militaire sans fioritures… mais cette sècheresse rend le film un peu creux. En fait, les personnages sont très peu incarnés (même la linguiste, malgré les séquences censées ajouter tout un back-ground psychologique et personnel, reste très peu incarnée, très froide ; et les autres n’existent quasiment pas en tant que personnages).

    J’ai apprécié l’idée de base et la surprise finale. Mais le chemin narratif pour y parvenir m’a laissé assez indifférent. Même l’aspect « décryptage d’une langue extra-terrestre », que je pensais au centre du film, est traité par dessous la jambe via une ellipse : hop, ils comprennent que les cercles sont des mots (heu : personne n’y avait pensé avant eux, vraiment ?!?), hop ils ont un lexique avec correspondances entre mots (quelques jours ou semaines plus tard). C’est frustrant. J’aurais aimé aimer ce film car il y a plein de bonnes choses, mais j’ai l’impression qu’il a manqué un scénariste pour mettre l’histoire en épaisseur, pour remplir les interstices humains entre les idées SF.

    Et j’avoue être également réservé sur la mise en scène. Plusieurs fois, dans l’espèce d’ascenseur anti-gravitique, la caméra montre les humains marchant la tête en bas, ou sur le côté. Sérieusement, c’est du tape-à-l’œil assez indigne. Vu que dans ce passage entre le sol et la salle de contact il n’y a pas de gravité donc pas de « sens », le seul « haut » est celui que perçoivent les humains qui marchent. Donc placer la caméra à l’envers ou de travers est juste… de l’esbroufe, sans aucune signification qu’insister lourdement (ça n’a pas plus de sens que si l’on filmait soudainement à l’envers une séquence lambda dans un film lambda… ce que personne ne fait puisque ce serait absurde). Ce petit détail, ce maniérisme inutile, m’a gêné.

    Bref, impression bizarre. Un film avec une bonne idée, une structure habile et quelques réussites visuelles. Mais une mise en scène pas très dynamique, et qui essaie de frimer à contretemps (très peu toutefois, je le reconnais, ça reste plutôt sobre), et surtout un remplissage narratif (de ladit structure habile) qui manque de brio (séquences familiales longuettes et vraiment sirupo-mélo, personnages légers, récit très sec). Un film pas mauvais, mais qui ne m’enthousiasme pas autant que vous.

    [Après, on peut ergoter sur le fait que l’hypothèse de Sapir-Whorf est non seulement controversée mais, le cas échéant, ne s’applique qu’à la manière dont l’on organise culturellement le monde et ne peut pas modifier les perceptions élémentaires à un point aussi radical que ce que le film propose ; mais ce détail qui marche forcément moins avec un anthropologue 🙂 reste parfaitement à sa place dans un film de SF, ça ne me pose pas de problème de pratiquer la nécessaire « suspension consentie d’incrédulité », et l’idée centrale du film est plaisante.]

  3. Désolé que vous n’ayez pas été captivé par ce film. J’espère que cela marchera mieux pour les autres films que vous avez achetés… 😉
    Après vu ce film, j’avais acheté le livre de Ted Chiang comprenant la nouvelle « Stories of your life »… que je n’ai bizarrement pas du tout aimée. Je l’ai trouvée laborieuse et très rébarbative, je crois même avoir sauté des pages, pourtant elle est courte (75 pages). En revanche, le même livre comprenait d’autres nouvelles qui m’ont enchanté…

  4. Oh, de toute façon je n’ai aucun regret, je vous rassure, ça reste un film intéressant :-). Et c’est important que le cinéma reste imprévisible, ce serait « malaisant » de ne voir que des films qu’on est sûr d’aimer, ça fait partie du jeu quand je vais au cinéma ou que j’achète un DVD. Mais avoir un premier critère de choix est crucial (vu le nombre de films que je n’ai encore pas vus !), et vos avis en sont un excellent.

    J’avoue ne pas connaître Ted Chiang, à l’occasion je regarderai ce qu’il a écrit.

    Je crois en avoir déjà parlé ici (je radote parfois sur les films ou livres qui m’ont séduit), mais au cas où : sur le thème du « premier contact » avec des extraterrestres (mais sans l’autre dimension principale de ce film-ci), il y a un roman exceptionnel écrit par Mary Doria Russel : The Sparrow (en VF : Le moineau de Dieu).

    C’est un livre parfois dur (il vaut mieux le savoir pour ne pas être rebuté lors des premiers chapitres), souvent très drôle ou en tout cas avec des échanges humains vifs et réjouissants entre les héros qui s’apprécient et s’amusent, totalement original (une expédition spatiale menée par les Jésuites pour palier l’incapacité des grands pays à s’entendre) et qui ressortit à la hard SF.

    Il y a plein de dimensions dans The Sparrow, à commencer par une belle tentative de comprendre un homme autrefois lumineux, revenu brisé et broyé physiquement et psychologiquement d’un voyage interstellaire ; une sorte d’introspection par petites touches, sur fond de philosophie religieuse.

    Mais il y a aussi un aspect qui reste sans doute secondaire pour la majorité des lecteurs : une brillante et rigoureuse (et crédible) situation de « prise de contact » entre humains et extraterrestre, traitée sous l’angle justement de la linguistique (l’ellipse qui me manque dans le film Premier contact) et de l’anthropologie. Enfin, pas « anthropologie », mais son équivalent lorsqu’une société intelligente en rencontre une autre : les biais culturels et sociaux qui font que des détails qui nous semblent absolument non-signifiants se retrouvent à fausser la compréhension et à créer de légers malentendus, suffisamment léger pour paraître secondaire, mais suffisamment fondamentaux pour avoir des conséquences.

    Et, sans rien déflorer, il est intéressant d’y repenser après avoir lu le livre : les détails qui conduisent à ces mé-compréhensions sont vraiment, habilement, des détails auxquels on n’aurait jamais pensé. Je ne dois donc rien en dire, car rien ne les souligne a-priori. Et c’est vraiment comme en anthropologie : on a beau penser à anticiper ce problème, à se détacher de nos propres filtres culturels, à mettre en œuvre des méthodes cognitives et des routines pour minimiser ce biais, il peut toujours apparaître là où on ne l’attend pas.

    C’est pour ça que The Sparrow est non seulement de la hard science sur le plan du récit de SF (tout le premier tiers avec la conception de l’expédition, vraiment cohérente, et même avec un côté visionnaire puisque Russel anticipait l’actuelle obsession de remplacer les savoir-faire humains par des algorithmes), mais également sur le plan des sciences sociales ! Il est toujours étrange de voir arriver un OVNI littéraire comme celui-là, car je ne crois pas que Mary Doria Russel ait écrit d’autre livre aussi brillant, et je ne suis pas sûr qu’elle était consciente d’y mettre autant de détails si justes. Elle a même écrit une « suite » à ce chef-d’œuvre, que j’hésite à lire tant je ne vois pas comment il peut avoir une suite au même niveau (et même comment une suite pourrait ne pas l’affaiblir) — laquelle suite est loin d’avoir reçu les mêmes louanges que ce roman-là, ce qui semble confirmer mes craintes.

    NB : Il est possible que le fait que j’aie The Sparrow en arrière-plan, et que ce livre ait si bien traité la question de la prise de contact sous l’angle linguistique voire linguistico-anthropologique (même si c’est en fait un aspect très secondaire du récit, hein, mais si rigoureusement traité qu’il m’avait ébloui), soit la raison pour laquelle j’ai moins aimé Premier contact que vous : j’en attendais plus sur cet aspect.

  5. Ce film s’adresse a un sens intériorité et non a une analyse cartésienne. Ce film est magnifique.

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