Ancien boxeur, Victor Le Garrec dirige une salle d’entraînement dans un quartier de Paris. Il rêve de découvrir un futur champion. Il espère l’avoir trouvé quand il rencontre André, jeune homme triste et désillusionné…
Roman de Jacques Viot adapté par Jacques Sigurd et Marcel Carné, L’air de Paris permet au cinéaste de retrouver un certain réalisme poétique avec l’atmosphère des petits quartiers de Paris. L’histoire est assez banale mais Carné sait donner de la profondeur à ses personnages. La direction d’acteur est précise. Arletty est un peu effacée mais Gabin fait une belle prestation, tout en retenue, laissant une bonne place au jeune Roland Lesaffre. On notera la présence discrète du thème de l’homosexualité. Le plus surprenant dans le film est la scène du combat de boxe, filmé sans ellipse, assez confuse et… plutôt ennuyeuse. L’air de Paris n’est pas du niveau des grands films de Carné mais n’est pas anodin pour autant. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Dans un désert du Nouveau-Mexique, une fillette est retrouvée en état de choc non loin d’une caravane presque déchiquetée. Plus loin, un commerce semble avoir été dévasté et son propriétaire est retrouvé mort. Le shérif Peterson enquête aidé d’un agent spécial du FBI venu en renfort…
Le début des années cinquante aux Etats-Unis est marqué par deux phobies, le communisme et le nucléaire, que l’on retrouve dans plusieurs films de science-fiction qui ont marqué le genre. Them! est l’un d’eux : plusieurs années après des essais nucléaires, des fourmis géantes surgissent du désert et risquent de rayer l’homme de la carte. Beaucoup y ont vu aussi une allégorie du risque communiste. Gordon Douglas filme cela de façon presque documentaire : il nous épargne les inévitables scènes de panique pour se concentrer sur l’enquête, minutieuse et scientifique, qui permettra d’éradiquer le menaçant fléau. Le déroulement du scénario est parfait, maintenant la tension à un niveau élevé. Le film devait initialement être en couleurs et en 3-D mais les réductions budgétaires imposées par la Warner eurent raison de ces ambitions. Deux fourmis géantes furent construites grandeur nature, une entière et une demie, animées par câbles et poulies. Le film connut un grand succès et de nombreuses productions similaires, mais de moindre intérêt, virent le jour. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Gordon Douglas chroniqués sur ce blog…
Remarques :
* Leonard Nimoy (le Spock de Star Trek) a un tout petit rôle (parlant) dans la salle de communications de l’armée (le sergent qui prend et lit l’info à propos du pilote texan et donne le papier à sa supérieure).
* Dans les années soixante, Van Morrisson a appelé son groupe Them en référence à ce film.
Joan Weldon et James Arness dans Des monstres attaquent la ville de Gordon Douglas.
Au pole Nord, un groupe de militaires et de scientifiques découvrent un vaisseau inconnu prisonnier de la banquise. Ils décèlent sous la glace un corps extraterrestre et le ramènent à leur base, figé dans un bloc de glace…
Librement adapté d’une nouvelle de John W. Campbell, Jr. écrite en 1934, La Chose d’un autre monde est le premier film d’invasion extra-terrestre, genre qui connaitra une grande popularité dans les années cinquante. Il est possible, même probable, que son réalisateur soit en réalité Howard Hawks qui en a coécrit le scénario (1). Si le propos est simplifié (ce qui lui valut d’être rejeté à sa sortie par les adaptes de science fiction qui ne voyaient là qu’une tentative de recréer les films de monstres des années trente), il est intelligemment mis en scène : l’alien n’est que rarement visible et il est toujours flou, dans l’obscurité ou en contre-jour. Tout est fait pour ne dévoiler que très peu à son sujet, afin de favoriser la suggestion et aussi l’appréhension. Dans le même ordre d’idée, la façon de « montrer » le vaisseau spatial est une trouvaille fabuleuse. Le style, étonnamment détendu, est assez remarquable, les dialogues formant presque un jeu entre les personnages. L’opposition entre militaires et scientifiques s’inscrit pleinement dans son époque. La célèbre phrase finale, « Watch the skies » (« surveillez le ciel »), eut une résonance particulière en pleine Guerre de Corée et alors que la paranoïa anti-communiste était à son maximum. Le film connut un grand succès et eut une grande influence sur le cinéma de science-fiction de plusieurs décennies. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
(1) La Chose d’un autre monde a été produit par Howard Hawks qui en a écrit le scénario avec Charles Lederer avec l’aide de Ben Hecht. Christian Nyby en est le réalisateur… officiellement du moins. Les spéculations vont en effet bon train depuis sa sortie : d’une part, le reste de la production de Christian Nyby n’est pas du tout du même niveau et d’autre part, le style du film évoque vraiment celui d’Howard Hawks, notamment la vivacité des dialogues et le ton très détendu des acteurs. Il est donc possible que le véritable réalisateur soit Howard Hawks.
Ce dernier l’a toujours nié.
Voici ce que déclarait Nyby dans une interview en 1982 :
« Est-ce que Hawks l’a dirigé? C’est une question ridicule et insensée. Le style était celui de Hawks ? Bien sûr que c’était le cas. C’est un homme que j’ai étudié et auquel je voulais ressembler. Quand vous travaillez auprès d’un maitre, il est inévitable de s’en inspirer et de le copier. C’est ce j’ai fait. »
Scientifiques contre militaires : Robert Cornthwaite, Margaret Sheridan et Kenneth Tobey dans La Chose d’un autre monde de Christian Nyby et Howard Hawks
Remake : The Thing de John Carpenter (1982) avec Kurt Russell.
A Paris, près de la Place des Vosges, plusieurs femmes sont tuées dans des circonstances similaires. Maigret va tendre un piège à l’assassin qui les tient en échec…
Adapté du roman du même nom de Georges Simenon, Maigret tend un piège voit Jean Gabin personnifier pour la première fois le mythique commissaire à l’écran. L’intrigue en elle-même n’est pas des plus mystérieuses car nous sommes très rapidement mis sur la piste du coupable, mais elle se double d’un volet psychologique très développé qui donne au film tout son intérêt et qui permet aux acteurs aguerris, que sont Gabin et Desailly, de montrer une grande richesse. Face à eux, la jeune Annie Girardot se montre parfaitement à la hauteur ; on remarque aussi Lino Ventura dans un petit rôle. Tous les seconds rôles sont bien tenus. L’atmosphère est assez remarquable, un peu poisseuse et étouffante. Les dialogues sont de Michel Audiard mais restent très classiques à l’instar de la réalisation de Delannoy. Assez justement, le film connut un certain succès à sa sortie. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Jean Gabin endossera encore deux fois le costume du commissaire Maigret au cinéma, dans Maigret et l’affaire St Fiacre (1959) et Maigret voit rouge (1963).
Jean Gabin et Annie Girardot dans Maigret tend un piège de Jean Delannoy.
Noël Schoudler, le patriarche d’une famille de la grande bourgeoisie, dirige un petit empire économique : de l’usine familiale de sucre, ses activités se sont étendues dans la banque et la presse. Son fils unique François juge les méthodes paternelles archaïques et, profitant de l’absence de son père en voyage, entreprend des réformes au journal… Les Grandes Familles est adapté d’un roman de Maurice Druon, Prix Goncourt en 1948. L’histoire est bourrée de stéréotypes mais le scénario se déroule admirablement bien. L’ajout des dialogues de Michel Audiard apportent une note d’humour et de dérision et donnent une indéniable vivacité à l’ensemble. Tous les personnages sont haïssables. L’interprétation est de haut vol, avec un Jean Gabin qui commence à prendre l’habitude de jouer les patriarches et des seconds rôles fort bien tenus. Le générique, une voix off présentant les personnages un à un, évoque ceux de Sacha Guitry. Denys de La Patellière n’a jamais été un grand réalisateur mais il réussit là un film très bien équilibré. Les Grandes Familles connaitra un bon succès et bénéficiera de multiples passages à la télévision. Il sera vigoureusement vilipendé par les jeunes turcs de la Nouvelle Vague… Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Dans un futur très proche (1968), la route par le Pôle Nord est empruntée par de nombreux navires. Toutefois, plusieurs bateaux et submersibles disparaissent mystérieusement ou sont détruits. La Marine américaine charge le capitaine du sous-marin nucléaire Tigershark d’aller enquêter sur place et de détruire la cause de ces disparitions…
Spencer Gordon Bennet est un cinéaste spécialiste des serials qui a débuté au temps du muet. The Atomic Submarine est l’une de ses toutes dernières réalisations. Le film est parfois présenté comme étant l’un des meilleurs films à tout petit budget produits par Alex Gordon. L’histoire n’est guère travaillée et sans grande originalité. La grande faiblesse du budget se ressent vraiment sur les décors et l’interprétation, bien peu convaincante. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* A noter la brève apparition de l’actrice Joi Lansing, l’une des dernières bombes sexuelles blondes d’Hollywood, que les cinéphiles connaissent bien pour figurer dans le fameux plan d’ouverture de Touch of Evil (La Soif du mal) d’Orson Welles (la jeune femme blonde dans la voiture…« I keep hearing this ticking noise inside my head! »).
Tom Conway, Victor Varconi, Paul Dubov, Arthur Franz et Dick Foran dans The Atomic Submarine de Spencer Gordon Bennet.
En 1482, sous le règne de Louis XI, le poète sans le sou Pierre Gringoire a écrit une petite pièce qui doit être jouée le jour de la Fête des fous. Il se désole du manque d’attention du public mais remarque la danseuse bohémienne Esméralda qui captive l’attention de tous, y compris celle d’un homme en noir, l’alchimiste Claude Frollo…
Cette version du Notre-Dame de Paris de Victor Hugo est l’une des plus connues mais pas l’une des plus réussies. Pourtant l’adaptation a été écrite par Jean Aurenche et Jacques Prévert et la reconstitution est fastueuse, que ce soit dans les décors ou dans les costumes. L’interprétation d’Anthony Quinn en Quasimodo est assez remarquable et Gina Lollobrigida fait une Esméralda particulièrement sensuelle. Pourtant, le résultat paraît bien fade et d’une grande froideur : on reste à bonne distance et ce ne sont pas les gesticulations et vociférations du monde de la Cour des Miracles qui incitent au contraire. La volonté de créer un grand spectacle a emporté toute tension dramatique et le film apparaît bien bancal. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarque :
* Dans cette version, Frollo n’est pas l’Archidiacre de Notre-Dame de Paris mais un alchimiste qui habite dans les tours. Le transformer ainsi en laïque serait probablement dû à la volonté de distribuer le film aux Etats-Unis où le code de censure Hays interdisait de représenter un ecclésiastique ainsi soumis aux désirs de la chair.
Gina Lollobrigida dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy (à l’arrière-plan, avec le chapeau violet, Robert Hirsch).
Adaptations du roman de Victor Hugo :
1905 : La Esmeralda d’Alice Guy et Victorin Jasset (10 minutes)
1911 : Notre-Dame de Paris d’Albert Capellani (36 minutes)
1917 : The Darling of Paris de J. Gordon Edwards (60 min. env., film perdu)
1923 : Notre-Dame de Paris (The Hunchback of Notre Dame) de Wallace Worsley
1939 : Quasimodo (The Hunchback of Notre-Dame) de William Dieterle
1956 : Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy
1996 : Le Bossu de Notre-Dame (The Hunchback of Notre Dame) de Walt Disney Company
1999 : Quasimodo d’El Paris de Patrick Timsit (comédie)
Maxime est un cinquantenaire sans le sou qui enseigne les bonnes manières à Hubert. Ce dernier le charge d’intervenir en sa faveur auprès de la belle Jacqueline…
Adapté d’un roman d’Henri Duvernois, Maxime est un film qui ne manque pas d’attraits : l’histoire, sans être très originale, est fort bien développée, les dialogues d’Henri Jeanson sont particulièrement brillants, la réalisation d’Henri Verneuil est solide et l’interprétation de tout premier ordre : Charles Boyer et Michèle Morgan apportent le charme et Arletty est vraiment exceptionnelle dans un second rôle très original de femme de général. Alors, on se demande bien pourquoi, avec de tels atouts, le film fut si mal accueilli par la critique et par le public. Peut-être était-il anachronique à sa sortie à la fin des années cinquante, paraissant trop classique, mais aujourd’hui nous pouvons l’apprécier sans parti-pris. Elle: – Lui :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Neveu pauvre d’un magnat de l’industrie, George Eastman (Montgomery Clift) est embauché comme simple ouvrier dans une usine de son oncle. Malgré les interdictions, il a une liaison avec une ouvrière, Alice (Shelley Winters). Mais au même moment, il rencontre Angela (Elizabeth Taylor), une jeune femme de la haute société…
Le roman de Theodore Dreiser, Une tragédie américaine, avait déjà été porté à l’écran par Josef von Sternberg en 1931, version qui sans être pleinement réussie en restituait bien le commentaire social et une certaine critique de l’ascension sociale, le fameux rêve américain. George Stevens a une approche plus romantique et enrobe l’ensemble dans un grand mélodrame hollywoodien. Il faut mettre une certaine bonne volonté pour déceler le propos initial. Bien entendu, on peut admirer la mise en scène très précise (1), la photographie, la présence et le jeu des trois acteurs principaux, mais la pesanteur des symbolismes et la lourdeur de certaines scènes rend tout cela très ennuyeux. Même la superbe musique composée par Franz Waxman (2) paraît trop souvent inutilement insistante. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 3,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de George Stevens chroniqués sur ce blog…
(1) A noter que George Stevens avait pour habitude de filmer une scène sous tous les angles possibles. (2) La musique a été reprise dans les années quatre-vingt pour le magazine Cinéma Cinémas de Claude Ventura et il est difficile de l’écouter sans repenser au générique de cette émission…
Elizabeth Taylor et Montgomery Clift dans Une place au soleil de George Stevens.
Version précédente : Une tragédie américaine (An American Tragedy) de Josef von Sternberg (1931) avec Phillips Holmes et Sylvia Sidney.
Titre original : « Anatahan »
Titre international : « The Saga of Anatahan »
En juin 1944, un groupe de soldats japonais se retrouvent sur une île isolée du Pacifique après la destruction de leur navire par un avion ennemi. L’île n’est habitée que par un japonais et une jeune femme qui, eux aussi, y ont trouvé refuge. Coupés du reste du monde, ils vont y rester sept ans, ignorant que la guerre est terminée… Fièvre sur Anatahan est le dernier film (1) du grand réalisateur Josef von Sternberg basé sur un épisode authentique et resté célèbre de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Il l’a réalisé au Japon avec une liberté totale dans un immense hangar où il a reconstitué la jungle de l’île. La forme qu’il a choisie est minimaliste, épurée de tous artifices : une voix off (Josef von Sternberg lui-même) qui raconte les évènements et explique le contenu des dialogues japonais qui restent non traduits. Les interprètes sont tous étrangers au cinéma, certains viennent du kabuki et ce jeu particulier contribue à donner un petit caractère d’étrangeté au film. Comme on peut s’y attendre avec Josef von Sternberg, les lumières sont assez belles mais, là aussi, sans esbroufe. Sur le fond, le réalisateur profite de cette situation si particulière pour sonder la nature profonde de l’homme et explore essentiellement la notion de pouvoir sous ses différentes formes. Le film n’eut hélas que peu de succès, au Japon comme dans le reste du monde. Elle: – Lui :
Lecteurs : (1 note(s), moyenne : 4,00 sur 5, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
* Une version avec une voix-off dite par un acteur japonais sans se superposer aux dialogues a été distribuée dans certains pays, notamment au Japon.
* Une version existe avec une fin alternative où Heiko est devenue cireuse de chaussures à l’aéroport où revient le groupe de soldats.
* L’île d’Anatahan est une île volcanique de 32 km2 qui fait partie de l’archipel des Îles Marianne du Nord, env. 1500 kms à l’ouest des Philippines. Elle a fait partie de l’Empire du Japon jusqu’en 1945 où elle devint américaine. L’île est inhabitée depuis 1990 du fait de risques élevés d’éruption qui survinrent effectivement en 2003 et 2007, cette dernière durant une année.
* Les polémiques autour de ces évènements ont été relancés en 1998 par l’écrivain et universitaire japonais Kaoru Ohno avec son roman Cage on the Sea, et en 2008 par Natsuo Kirino avec une nouvelle « Tôkyô-jima », qui est devenue un film du même nom réalisé par Makoto Shinozaki en 2010 (non distribué en dehors du Japon).
* Lire aussi une remarquable étude sur le film par Sachiko Mizuno et Emmanuel Burdeau : https://cafedesimages.fr/auteur/sachiko-mizuno/ (il y a 4 volets, le troisième est particulièrement riche en informations sur la production et le tournage du film)
Tadashi Suganuma (au centre) dans Fièvre sur Anatahan de Josef von Sternberg.
Akemi Negishi dans Fièvre sur Anatahan de Josef von Sternberg.
(1) A noter que le film Jet Pilot (Les espions s’amusent) avec John Wayne tourné en 1951 par Josef von Sternberg sous la surveillance étroite d’Howard Hughes ne sortira qu’en 1957, film qui ne ressemble en rien au réalisateur qui a déclaré le détester.