22 octobre 2013

Les Musiciens de Gion (1953) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Gion bayashi »
Autre titre français « La Fête à Gion »

Les musiciens de Gion ou La fête à GionA Kyoto, une jeune fille se présente chez Miyoharu, geisha de belle réputation. Elle désire apprendre le métier de courtisane afin de prendre la place de sa mère décédée qui travaillait avec Miyoharu. Convaincue par son ardeur, cette dernière accepte de la prendre en charge… Les Musiciens de Gion reprend le même thème que Les Soeurs de Gion, réalisé par Mizoguchi en 1936, mais ce n’est en aucun cas un remake. Le propos est tout à fait différent. Alors que le film de 1936 dressait le portrait de deux geishas aux caractères tout à fait opposés, Les Musiciens de Gion nous montre comment le métier de geisha changeait radicalement de visage dans la société japonaise de l’Après-guerre : la compagnie des geishas était autrefois recherchée essentiellement pour leurs talents dans les arts et pour leur raffinement, sans que cela ne débouche (systématiquement du moins) sur un rapport sexuel. Dans le Japon des années cinquante, ce métier commençait à s’effacer pour laisser la place à une prostitution plus directe. Mizoguchi filme cette histoire avec beaucoup de délicatesse et de sensibilité, sans apitoiement et sans discours moralisateur. Moins réputé que les autres films de Mizoguchi des années cinquante qui lui ont certainement fait de l’ombre, Les Musiciens de Gion n’est pas moins un très beau film.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Michiyo Kogure, Ayako Wakao, Seizaburô Kawazu
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21 octobre 2013

Les Contes de la lune vague après la pluie (1953) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Ugetsu monogatari »

Les contes de la lune vague après la pluieDans le Japon du XVIe siècle secoué par des guerres civiles, deux villageois se séparent de leur femme : l’un est potier et désire profiter de la guerre pour vendre ses poteries à la ville et devenir riche, l’autre est paysan et rêve de devenir un grand samouraï… Les Contes de la lune vague après la pluie s’inspire de plusieurs histoires écrites en 1776 par Ueda Akinari dans ses Contes de pluie et de lune (Ugetsu monogatari), un grand classique de la littérature japonaise. Nous suivons le parcours de deux hommes aiguillonnés par l’attrait de la richesse ou des honneurs au point de les aveugler et de causer leur perte. La guerre agit comme un catalyseur : la guerre semble offrir des opportunités (de gloire et/ou de richesse) mais en réalité elle n’apporte qu’exactions, famine et destruction. Le film fustige ainsi autant la guerre que la cupidité. Les Contes paraît moins centré sur le destin de la femme que les films précédents de Mizoguchi : ici, même si la femme est la raison d’être des rêves des grandeurs de l’homme et si elle est la première à en subir les funestes conséquences, c’est l’homme que nous suivons et qui est montré comme une victime. Les contes de la lune vague après la pluie Une grande partie du charme des Contes de la lune vague après la pluie vient de la réunion de deux mondes : le réel et le surnaturel s’entremêlent subtilement par l’esthétisme de la mise en scène, par la délicatesse des mouvements de caméra (notamment ses fameux travelings latéraux), par la beauté de certaines scènes (le lac, le temple, etc.). Tous ces éléments contribuent à nous envelopper d’une atmosphère unique, entre songe et réalité. Depuis 60 ans, Les Contes de la lune vague après la pluie est le film le plus connu de Mizoguchi. Il nous enthousiasme toujours autant aujourd’hui, il fait partie de ces films sur lesquels le temps ne semble pas avoir de prise.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Machiko Kyô, Mitsuko Mito, Kinuyo Tanaka, Masayuki Mori, Eitarô Ozawa
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Remarques :
Les contes de la lune vague après la pluie* Les Contes de pluie et de lune de Ueda Akinari est un recueil de neuf contes fantastiques : Shiramine, Le Rendez-vous aux chrysanthèmes, La Maison dans les roseaux, Carpes telles qu’en songe…, Buppôsô, Le Chaudron de Kibitsu, L’Impure Passion d’un serpent, Le Capuchon bleu, Controverse sur la misère et la fortune.
* Un conte de Guy de Maupassant a également été source d’inspiration pour l’écriture du scénario.
* (Attention ce qui suit dévoile en partie la fin du film)
Kenji Mizoguchi n’a pu tourner la fin qu’il désirait. Le scénario prévoyait que Tobei, samouraï indûment glorieux, profite durablement des honneurs et de sa nouvelle vie tandis que Genjiro ne rentrait pas dans son village et ne se repentait à aucun moment. Mizoguchi désirait ainsi montrer à quel point l’homme et la société étaient perverties. Les studios Daiei refusèrent cette fin trop noire et imposèrent un dénouement plus moralisateur. Mizoguchi en fut assez affecté et critiqua profondément son film quelque temps après sa sortie dans une interview.
* Le film remporta le Lion d’argent à Venise de 1953 (cette année-là, il n’y eut pas de Lion d’or) et devint ainsi l’un des rares films japonais à être largement connus en Occident dans le sillage de Rashômon de Kurosawa.
* A sa sortie au Japon, le film fut assez peu remarqué. Ce n’est qu’après l’excellent accueil reçu en Occident qu’il fut mieux considéré en son pays.

* Les Contes de la lune vague après la pluie est plus précisément tiré de deux des neuf contes du recueil d’Ueda Akinari : La Maison dans les roseaux,et L’Impure Passion d’un serpent.
La Maison dans les roseaux relate l’histoire d’un commerçant qui laisse sa femme dans son village pour aller faire des affaires à la ville. La guerre civile l’empêche de revenir et ensuite ses revers de fortune l’en éloignent encore plus. Ce n’est que sept plus tard qu’il revient dans son village mais c’est le fantôme de sa défunte femme qui l’accueille.
L’Impure Passion d’un serpent raconte comment le dernier fils d’un important pêcheur fait la rencontre d’une très belle jeune femme. Il se rend chez elle et elle lui fait don d’un sabre de samouraï qui s’avère être un sabre dérobé dans un monastère. Lorsque le fils revient à la maison de la jeune femme, la demeure est délabrée et envahie par la verdure. Il réalise qu’il a été victime d’un démon et se rend dans sa famille éloignée. Partout où il va, il rencontre la même jeune femme qui tente de l’attirer et qui, une fois démasquée, reprend une forme de serpent. Le fils ne parvient à se débarrasser de ce sortilège qu’avec l’aide d’un grand prêtre.

19 octobre 2013

La Vie d’O’Haru, femme galante (1952) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Saikaku ichidai onna »

La vie d'O'Haru femme galanteAu XVIIe siècle, O’Haru est Dame d’honneur à la cour impériale de Kyoto. Après s’être laissé courtiser par un homme de moindre rang que le sien, elle est chassée et exilée à la campagne avec sa famille… La Vie d’O’Haru femme galante est adapté d’un roman écrit en 1686 par Saikaku Ihara, écrivain très connu au Japon. Il retrace le parcours d’une femme qui va connaitre la déchéance, passant par de nombreuses situations mais subissant à chaque fois des règles sociales faites pour les hommes et où la femme ne reçoit aucune considération. C’est donc une profonde critique de la société et du comportement des hommes de cette époque féodale, certes révolue au moment où Mizoguchi tourne son film mais qui trouve des prolongements dans notre société moderne. L’art de Mizoguchi est de traiter cette histoire sans mélodrame, montrant avec une belle simplicité et même un certain dépouillement cette fatalité subie. Il se dégage une indéniable beauté de ses images où tout parait à la fois simple et parfait et le propos ne prend que plus de force. Kinuyo Tanaka montre beaucoup de retenue et de délicatesse dans son interprétation. A noter que Mizoguchi ne fait pas vieillir son personnage tout au long du récit ce qui donne un caractère atemporel au film.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Kinuyo Tanaka, Tsukie Matsuura, Ichirô Sugai, Toshirô Mifune, Daisuke Katô
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Remarques :
* C’est avec La Vie d’O’Haru femme galante que l’Europe a découvert Mizoguchi lors du Festival de Venise en 1952. Auparavant, Kurosawa était le seul cinéaste japonais connu (depuis peu) en Occident.
* Le film a été tourné avec un budget très réduit, forçant Mizoguchi à utiliser un entrepôt au lieu d’un véritable studio. Le bruit des trains d’une voie ferrée proche obligeait à interrompre fréquemment le tournage.
* Le court rôle de Toshirô Mifune dans ce film sera la seule participation de l’acteur à un film de Mizoguchi.

Pour en savoir plus sur l’écrivain Ihara Saikaku (1642-1693) : lire….

18 octobre 2013

Miss Oyû (1951) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Oyû-sama »
Autres titres français : « Mademoiselle Oyû », « Madame Oyû »

Madame OyûJapon, fin de l’ère Meiji (1). Lorsque Shinnosuke est présenté à Shizu en vue d’un mariage, il est ébloui par sa soeur Oyû, plus âgée. Bien qu’elle soit veuve, les conventions empêchent toutefois cette dernière de se marier car elle reste liée à son défunt mari par l’enfant qu’ils ont eu ensemble… Miss Oyû est adapté d’un roman à succès des années trente de Jun’ichirô Tanizaki. Ce triangle amoureux est rendu très puissant par la force des sentiments et la mise en scène, belle et épurée de Mizoguchi. C’est essentiellement un double portrait de femme, le personnage masculin étant, comme souvent chez Mizoguchi, particulièrement faible : ce sont les femmes qui décident pour lui. Il recherche avant tout la mère qu’il n’a que très peu connue. Les personnalités d’Oyû et de sa jeune soeur sont bien plus développées, fortes sans être complexes. Mizoguchi filme avec une certaine épure, avec une caméra qui sait se faire mobile (travelings latéraux) quand il faut et des cadrages qui jouent avec la distance ou la proximité. Miss Oyû est souvent considéré comme mineur dans la filmographie de Mizoguchi mais cette alliance (tant recherchée par les cinéastes) de force et de simplicité rend ce film assez remarquable.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Kinuyo Tanaka, Nobuko Otowa, Yûji Hori
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(1) L’ère Meiji est la période historique du Japon qui va de 1868 à 1912, sous le règne de l’Empereur Meiji. Cette période qui a vu l’ouverture du pays sur le monde extérieur est celle qui a le plus inspiré écrivains et cinéastes.

4 août 2013

Conte des chrysanthèmes tardifs (1939) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Zangiku monogatari »

Les contes des chrysanthèmes tardifsA la fin du XIXe siècle, le jeune Kikunosuke fait partie d’une famille illustre d’acteurs du théâtre kabuki. Son jeu est jugé très mauvais par tous. Personne n’ose le lui dire, même son père, le grand Kikugorô Onoe. Seule Otoku, la jeune nounou de la famille, ose lui parler pour lui ouvrir les yeux. Il se développe alors entre eux une amitié qui se transforme rapidement en amour… Sous prétexte de mettre en scène les débuts du renommé Kikunosuke Onoe VI (1), Kenji Mizoguchi centre son film sur le destin de cette jeune femme Otoku qui se sacrifie pour que puisse se développer l’art de l’acteur (2). Conte des chrysanthèmes tardifs est ainsi un drame très émouvant, puissant par les émotions qu’il provoque chez le spectateur. Cette force ne vient pas seulement de l’histoire mais aussi de la forme que Mizoguchi développe avec maestria de film en film : les plans-séquences, la position de la caméra souvent assez haute, le cadrage, l’utilisation de plans moyens qui permet des mouvements circulaires de caméra, … c’est un film que l’on peut aussi ne regarder que pour analyser la forme, très inventive et déjà très aboutie, toujours au service de l’histoire dont elle décuple la force.
Elle:
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Shôtarô Hanayagi, Kakuko Mori, Kôkichi Takada, Yôko Umemura
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Remarque :
La scène la plus célèbre de Conte des chrysanthèmes tardifs : Mizoguchi met en scène le premier grand dialogue entre Otoku et Kikunosuke par un long plan-séquence, un lent traveling latéral en contre-plongée (comme si nous observions les personnages depuis une barque sur le fleuve alors qu’ils marchent sur un ponton de bois sur la rive par exemple) où nous suivons les personnages en train de marcher l’un derrière l’autre tout en se parlant. Lorsqu’ils s’arrêtent, la caméra s’arrête… avant de reprendre son mouvement lorsqu’ils reprennent leur marche. L’éclairage nocturne est superbe, détachant les visages des silhouettes. C’est sans aucun doute l’un des plus beaux plans de l’histoire du cinéma.

(1) Kikunosuke Onoe VI est ce grand acteur de kabuki que l’on peut voir dans le court métrage La Danse du lion de Yasujirô Ozu (1936).

(2) On notera aussi qu’un second personnage féminin est implicitement Kikunosuke lui-même : écrasé par la personnalité de son père, il ne parviendra à s’en libérer dans son jeu d’acteur qu’en se spécialisant dans l’interprétation de rôles féminins.

4 juillet 2013

La Servante (1960) de Kim Ki-young

Titre original : « Hanyo »

La servanteMarié et père de deux enfants, un séduisant professeur de musique est aimé en secret de ses jeunes élèves. Il embauche comme servante une très jeune femme au comportement étrange… Film perdu récemment retrouvé et restauré, La Servante est un film vraiment très étonnant. En rupture avec le cinéma de son époque, le coréen Kim Ki-young crée un huis clos oppressant et puissant. La progression de la tension est presque insidieuse : le film débute de façon anodine, presque légère mais l’atmosphère vire lentement à l’étrange et finit par devenir perturbante et dérangeante. Certes, Kim Ki-young n’hésite pas à appuyer très fort ses effets, de façon presque outrancière parfois, mais jamais sans excès. La servante Il joue très bien avec la configuration des lieux, comme par exemple avec une baie vitrée ouvrant sur un grand balcon. Il joue également beaucoup avec l’éclairage pour renforcer le sentiment d’étrangeté, les murs apparaissant parfois presque vivants. La performance de l’actrice Lee Eun-shim est remarquable, elle tint si bien son rôle que sa carrière en fut perturbée : après La Servante, les producteurs étaient réticents à l’engager car une bonne partie des spectatrices continuaient de la haïr profondément. Kim Ki-young tournera à nouveau la même histoire par deux fois.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Lee Eun-shim, Ju Jeung-nyeo, Kim Jin Kyu
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Remakes :
Hwanyeo de Kim Ki-young (1970)
Hwanyeo ’82 de Kim Ki-young (1982)
The Housemaid (Hanyo) de Im Sang-soo (2010)

Pour en savoir plus, lire la présentation d’Olivier Bitoun sur DVDClassik

24 juin 2013

Les Soeurs de Gion (1936) de Kenji Mizoguchi

Titre original : « Gion no shimai »

Les soeurs de GionLorsque le commerçant Furusawa fait faillite, il se réfugie chez la geisha Umekichi qui se sent moralement tenue de lui venir en aide. Elle vit avec sa jeune soeur, Omocha, qui a une vision bien différente des hommes qu’elle cherche à utiliser à son profit… Dans la lignée de L’Elégie de Naniwa tourné quelques mois auparavant, Kenji Mizoguchi se penche une nouvelle fois sur la position de la femme dans la société japonaise avec Les Soeurs de Gion. Le monde des geishas lui permet d’avoir deux personnages aux tempéraments marqués et en totale opposition : la soeur la plus âgée s’inscrit dans la tradition, elle est soumise aux hommes, prête à tout accepter pour leur bien-être tandis que la soeur la plus jeune est moderne, cynique, adroite pour manipuler les hommes et exploiter leurs faiblesses à son seul profit. Mizoguchi nous démontre que quelle que soit l’attitude de la femme, elle sera au final utilisée par l’homme et en sortira meurtrie. Une fois encore, l’argent est l’un des agents de cette dépendance. Le constat est implacable et la démonstration suffisamment efficace pour avoir marqué et choqué les esprits de l’époque. Dans Les Soeurs de Gion, le cinéma de Mizoguchi montre déjà une certaine perfection. La construction est admirable. Le cinéaste utilise de longs plans-séquence qui apportent beaucoup de force, de contenu et d’authenticité à son récit. Aucune scène, aucun plan ne semble inutile. Le regard porté par Mizoguchi est extérieur, il ne peut y avoir d’identification du spectateur à l’un des personnages, et pourtant c’est une vision très profonde et intime qu’il nous offre.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Isuzu Yamada, Yôko Umemura, Benkei Shiganoya
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Remarque :
Le scénario est signé par Yoshikata Yoda et Kenji Mizoguchi,  libre adaptation d’un roman de l’écrivain russe Alexandre Kouprine « La Fosse aux filles » (1915).

20 juin 2013

L’Élégie de Naniwa (1936) de Kenji Mizoguchi

Autre titre français : « L’Élégie d’Osaka »
Titre original : « Naniwa erejî »

L'élégie d'OsakaAyako est une jeune standardiste. Son père est criblé de dettes. Pour sauver sa famille de la disgrâce et permettre à son frère d’achever ses études, Ayako accepte les avances de son patron… L’Élégie de Naniwa est la première collaboration de Kenji Mizoguchi avec Yoshikata Yoda qui deviendra son scénariste attitré. Le film met en relief les travers machiste de la société japonaise de cette époque où la femme est utilisée comme une marchandise aussi bien par ses proches que par ses employeurs. Loin de pouvoir en tirer avantage, la femme ne récolte que blâme et rejet. Le constat est assez dur, sans appel : de tous les personnages, seule l’héroïne attire la sympathie, les autres personnages, surtout les hommes, sont vils ou lâches ou hypocrites. L’image du père y est malmenée. Comme l’historien Charles Tesson le souligne, on peut aussi voir une certaine influence du cinéma américain, de Lubitsch notamment, dans la mise en place de certaines scènes, en particulier celles montrant les rapports entre le patron et sa femme. Ces petits moments de légèreté ne détonnent nullement dans ce drame réaliste d’une grande force. L’Élégie de Naniwa fait partie des tous premiers films parlants de Mizoguchi.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Isuzu Yamada, Benkei Shiganoya, Yôko Umemura
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Remarque :
Naniwa était l’ancien nom d’Osaka.

10 mai 2013

Violence sans raison (1969) de Kôji Wakamatsu

Titre original : « Gendai sei hanzai zekkyo hen: riyu naki boko »

Gendai sei hanzai zekkyo hen: riyu naki bokoTrois jeunes garçons de vingt ans habitent ensemble dans un minuscule appartement. L’un travaille, les deux autres se prétendent étudiants. Leur désoeuvrement n’a d’égal que leur frustration de ne pouvoir vivre des moments plus intenses… Dans ce Violence sans raison, Wakamatsu dépeint avant tout la frustration de ces trois grands adolescents, frustration sociale, sentimentale et sexuelle, frustration face à la vie qu’ils ne savent aborder. Le film a été tourné rapidement (Wakamatsu a sorti onze films en 1969), dans un style très Nouvelle Vague mais sans prendre le soin de développer les personnages ce qui génère un certain sentiment de vide. Wakamatsu a réservé sa traditionnelle séquence en couleurs à une expérimentation audacieuse : les garçons épient le couple de l’appartement voisin par un trou dans la cloison et l’on voit ce qu’ils voient, c’est-à-dire de minuscules bribes d’images mouvantes sur un écran noir. C’est étonnant (mais un peu monotone…) En dehors de quelques passages inventifs, ce Violence sans raison semble un peu trop marqué par la précipitation.
Elle:
Lui : 1 étoile

Acteurs: Yuko Ejima
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21 avril 2013

Oncle Boonmee (2010) de Apichatpong Weerasethakul

Titre original : « Loong Boonmee raleuk chat »
Titre complet : « Oncle Boonmee (celui qui se souvient de ses vies antérieures) »

Oncle BoonmeeBoonmee, un apiculteur thaïlandais d’une soixantaine d’années, sent la mort approcher. Un soir, sa femme défunte et son fils disparu depuis des années font une apparition à la table du dîner. Le fils a pris l’apparence d’un grand singe aux yeux rouges brillants. Boonmee a la faculté de se souvenir de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il va traverser la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie… Inspiré du livre « A Man Who Can Recall Past Lives » du moine thaïlandais Phra Sripariyattiweti, livre qui serait basé sur une histoire vraie, Oncle Boonmee a pour thème central la réincarnation et c’est un film que l’on peut ressentir différemment selon ses attirances vers une certaine spiritualité de l’existence. Il n’est pas ici question que de vies antérieures mais aussi d’une certaine superposition (ou entrelacement) de différents degrés de réalités, dans lesquels des créatures fantastiques (et/ou imaginaires) peuvent apparaître. Le film est particulièrement lent mais certaines scènes sont très belles et pleines de douceur. C’est en tous cas un film qui a le mérite d’être différent. Oncle Boonmee a été primé à Cannes en 2010, l’année où Tim Burton était président du jury.
Elle:
Lui : 2 étoiles

Acteurs: Thanapat Saisaymar, Jenjira Pongpas
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