Lui :
Sans dévoiler son identité, la femme d’un diplomate anglais fait la rencontre à Paris d’un homme qui tombe amoureux d’elle. Il fait tout pour la retrouver. Angel repose donc sur un classique triangle amoureux mais le ton de Lubitsch est cette fois beaucoup plus grave, sans les grands traits d’humour dans les dialogues ni le rythme très vif qui lui sont coutumiers. L’approche est ici plus subtile, mesurée, tout en retenue. Même s’il semble que Lubitsch n’ait pu parvenir au résultat qu’il souhaitait du fait de dissensions sur le tournage (1), il est tout de même probable que cette approche soit volontaire de sa part. Angel prit tout le monde à contre-pied et même l’incroyable robe toute incrustée de diamants de Marlene Dietrich ne put empêcher le film d’être un échec retentissant. La carrière de Marlene fut sérieusement ébranlée (2). Vu avec le recul, c’est un film qui ne manque pas de charme, il juste savoir qu’il est différent des autres films de Lubitsch, moins spectaculaire certes, mais empreint d’une certaine douceur subtile.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Ernst Lubitsch chroniqués sur ce blog…
(1) D’après le livre de sa fille Maria Riva, Marlene Dietrich n’avait dès le départ aucune envie de tourner pour Lubitsch. A la fin du tournage, le réalisateur et l’actrice ne s’adressaient même plus la parole…
(2) En 1938, un sondage auprès des exploitants de salles de cinéma donnait la liste des « épouvantails du Box Office » (Box Office poison). Figuraient en tête de liste Joan Crawford, Bette Davis, Marlene Dietrich, Greta Garbo et Katharine Hepburn. Cette liste fait bien entendu sourire aujourd’hui car c’est pratiquement la liste des cinq plus grandes actrices hollywoodiennes des années trente…
Paramount fit savoir à Marlene Dietrich que son contrat ne serait pas renouvelé. Dépitée, Marlene quitta Hollywood pour plus d’un an.
Homonymes : Angel de François Ozon (2007) avec Romola Garai et Sam Neill
Lui :
Sur une trame très similaire à celle de son Impossible Monsieur Bébé, Howard Hawks nous a concocté une comédie dans la droite ligne des « screwballs » (comédies américaines des années trente). Le sport favori en question est la pêche à la ligne mais ce sont aussi les filles comme nous le précise la chanson du générique de début (on notera d’ailleurs la présence d’un point d’interrogation dans le titre original, subtilité qui a disparu à la traduction). Un vendeur, expert reconnu en pêche à la ligne, est en réalité totalement néophyte en la matière ; il se retrouve forcé de participer à un concours à la suite de l’intervention d’une jeune femme auprès de son patron. Le thème global repose donc bien comme dans les screwballs sur l’opposition des sexes, on retrouve ici le face à face de l’Impossible Monsieur Bébé entre un homme simple, innocent et gauche, et une jeune femme futée qui a tendance à provoquer des catastrophes dans la vie du premier. Sans être parfait, le film comporte de très bons moments, surtout dans ses deux derniers tiers. C’est aussi un film qui gagne à être revu. Une fois de plus, Rock Hudson tire vers le bas, inexpressif, pataud, encore plus balourd que le rôle ne l’exige. Nous sommes hélas très loin d’un Cary Grant. En revanche, face à lui, la jeune Paula Prentiss est pétulante, avec un jeu extrêmement varié ; elle donne au film toute sa vitalité. Les seconds rôles sont plus effacés mais on appréciera un amusant faux indien interprété par Norman Alden. Finalement, avec Le Sport favori de l’homme, Howard Hawks parvient à un ensemble très relevé et surtout amusant, où l’on retrouve à la fois son style et ses thèmes favoris.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Howard Hawks chroniqués sur ce blog…
Remarque :
Parmi les points communs avec l’Impossible Monsieur Bébé, ou les clins d’oeil, on remarquera entre autres une scène d’accrochage automobile au début (ici l’accrochage est verbal ceci dit) et la scène de la robe déchirée dans le dos à l’entrée d’un restaurant.
Lui :
Au départ, Room Service était une pièce à (très grand) succès jouée à Broadway. La RKO venait d’en acheter les droits pour une somme plutôt substantielle. Les Marx Brothers, vexés de voir la MGM traîner les pieds pour renouveler leur contrat, acceptèrent le scénario. Ce fut d’ailleurs la première fois où ils jouaient une comédie qu’ils n’avaient pas eux-mêmes écrite. Le résultat est bien décevant. Affublé d’un réalisateur sans imagination (du moins sur ce film, William Seiter est tout de même un ancien de l’équipe Max Sennett), l’ensemble est horriblement statique : 95% du film se déroule dans la même pièce (le film est déconseillé aux claustrophobes). Même si l’on peut être indulgent et se forcer à trouver quelques scènes vraiment amusantes (comme le repas express où Harpo montre qu’il a un sacré coup de fourchette…), il faut bien reconnaître que Panique à l’hôtel est assez poussif, en tout cas bien en dessous du niveau habituel des Marx Brothers. Le fait qu’ils n’aient pas écrit les dialogues nous prive de tous les mots d’esprit habituels…
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Remarques :
1) Panique à l’hôtel, le film, n’eut que peu de succès. Pour amortir ses frais, la RKO réutilisera ses droits d’adaptation pour produire Step Lively de Tim Whelan (1944), une comédie musicale avec Frank Sinatra.
2) C’est le premier film depuis La Soupe aux canards sans les traditionnels morceaux de piano et de harpe.
3) Ce fut le seul film des Marx Brothers à la RKO. Le contrat avec la MGM fut finalement prolongé. Louis B. Mayer (patron de la MGM) haïssait les Marx Brothers, c’est Irving Thalberg (décédé en 1936) qui les avait fait entrer à la MGM et les deux hommes ne s’aimaient guère.
Lui :
Largo Winch est une bande dessinée des années quatre-vingt-dix qui avait un certain charme et avait réussi à nous captiver avec un sujet pas bien passionnant à priori : une histoire d’héritier caché d’un grand groupe industriel qui se retrouve, malgré lui, victime de viles manœuvres de luttes de pouvoir. La bande dessinée de Jean Van Hamme et Philippe Francq jouait sur le choc de cultures, un (beau) garçon bourré d’idéaux lâché dans un panier de crabes, le tout saupoudré d’une bonne dose d’aventures. Le film ne parvient bien pas à retrouver cet équilibre. Menée tambour battant, cette histoire devient confuse et finalement pas très intéressante.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Vingt trois ans après Tirez sur le Pianiste, François Truffaut rend à nouveau hommage au film noir et à la comédie policière. Filmé en noir et blanc, Vivement Dimanche retrace l’enquête d’une secrétaire plutôt débrouillarde pour innocenter son patron accusé de plusieurs meurtres. Les clins d’œil de Truffaut et références sont innombrables, parfois assez appuyés, que ce soit à des classiques américains, français ou encore à lui-même. Vivement Dimanche est aussi un film qui met remarquablement en valeur Fanny Ardant, qui était alors sa compagne. Elle est resplendissante de vitalité et charme. L’histoire en elle-même passe un peu au second plan, le cinéaste se concentrant beaucoup plus sur la forme et c’est ainsi qu’il faut le voir pour apprécier cet amusant hommage au film noir. Vivement Dimanche fut, hélas, le dernier film de François Truffaut.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
(Film muet) Par peur d’annoncer à une mère tyrannique la naissance de son enfant, une jeune femme tente de se suicider. Elle est sauvée par un brave gars surnommé Lazybones en raison de sa paresse chronique (1). Elle lui confie l’enfant et il accepte de garder le secret… Adapté d’un roman d’Owen Davis, l’histoire de Lazybones est poignante, propre à tirer des larmes, mais Frank Borzage adopte cette fois une interprétation assez sobre, pleine de cette atmosphère champêtre de l’Amérique profonde. On peut juste noter une pointe un peu appuyée due au jeu de Zasu Pitts, actrice étonnante qui a toujours une très forte expressivité avec ses yeux écarquillés et son jeu tourmenté (actrice que l’on connaît mieux par ses films tournés avec Erich von Stroheim). Le scénario est solidement construit, Frank Borzage sachant en tirer l’essentiel pour créer de beaux moments d’émotions. Jolis gros plans. Lazybones est le premier film que Frank Borzage tourna après être passé à la Fox. C’est un très beau film.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui : JF partagerait appartement, c’est la petite annonce que passe la jeune new-yorkaise Allison (Bridget Fonda) après avoir rompu avec son petit ami. Elle choisit Hedy (Jennifer Jason Leigh) qui va lier des liens étroits mais un peu étranges avec elle. Ce film de Barbet Shroeder est un thriller, l’aspect psychologie des personnages reste à un niveau simple, le réalisateur s’appliquant surtout à créer un climat qui s’alourdit peu à peu, très progressivement. Sur ce plan, son film est très réussi, tout comme l’utilisation des décors : c’est un superbe building de New York, The Ansonia, qui a servi au tournage (les plans extérieurs sont toutefois très peu nombreux, hélas). En revanche, JF partagerait appartement est globalement assez conventionnel sur le plan du scénario, un peu racoleur parfois avec ses côtés gentiment sexy. Un film qui se laisse regarder sans déplaisir mais qui s’oublie vite (sauf, probablement, pour ceux qui cherchent un ou une co-locataire…)
Note :
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Voir les autres films de Barbet Schroeder chroniqués sur ce blog…
Remarque :
Ce film a eu une suite : J.F. partagerait appartement 2 (Single White Female 2: The Psycho) de Keith Samples (2005) avec Kristen Miller et Allison Lange, film qui n’est habituellement guère estimé par ceux qui l’ont vu.
Lui :
(Court métrage de 25 min) Get Out and Get Under est souvent cité comme étant le premier film qu’Harold Lloyd tourna après son terrible accident (1) ce qui n’est pas tout à fait exact (2) mais là n’est pas l’essentiel… L’histoire de Oh la belle voiture! est centrée sur une automobile Ford Model T que son personnage chérit comme la prunelle de ses yeux. Hélas, alors qu’il est déjà en retard pour rejoindre sa belle à une répétition théâtrale, l’automobile va tomber en panne et il va devoir aller dessous (d’où le titre). Une fois réparée, il va trop vite et se fait poursuivre par des policiers. Le titre original fait sans aucun doute référence à une chanson des années 10 (voir ci-contre) qui ironisait sur ces nouveaux engins qui avaient la sale manie de tomber souvent en panne. L’ensemble est amusant mais sans être au niveau de ses meilleurs courts métrages. Il y a quelques bonnes trouvailles de gags, notamment les ruses qu’emploie Harold Lloyd pour se cacher de ses poursuivants.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) En Août 1919, Harold Lloyd se rend à une séance photo. L’une des poses qu’il doit prendre est d’allumer négligemment une cigarette avec la mèche allumée d’une bombe qu’il tient à la main. Par une erreur d’accessoire, il se retrouva avec une bombe fortement chargée dans la main. L’explosion fut terrible, le blessant au visage et lui arrachant le pouce et l’index de la main droite. Pendant tout le restant de sa carrière, il utilisera une prothèse très bien faite, cachée par un gant couleur chair, pour que cela ne se remarque pas à l’écran. Toutes les prouesses acrobatiques qu’il fit par la suite paraissent d’autant plus extraordinaires quand on sait qu’il n’avait plus que trois doigts valides à la main droite.
(2) D’après le récent livre d’Annette d’Agostino Lloyd, Harold Lloyd ne s’interrompit que quatre mois environ. Le film Haunted Spooks comporte ainsi des scènes tournées avant et après son accident. Get Out and Get Under n’aurait été tourné que plusieurs mois après.
Lui :
(Court métrage de 26 minutes) Un jeune médecin sans clientèle fréquente un voisin qui brasse de la bière de contrebande dans son bureau. Ils s’enivrent et se retrouvent, passablement éméchés, dans un hôtel. Dans un premier temps, High and Dizzy joue surtout avec l’ivresse. Il y a beaucoup de situations amusantes dans cet hôtel. On rit bien… et tout à coup c’est le choc ! Mildred Davis, en pleine crise de somnambulisme, ouvre une fenêtre et, sans faiblir, se met à marcher sur la corniche de l’immeuble à 20 mètres du sol. La scène est d’autant plus frappante que rien ne le laissait présager ; personnellement, mon cœur a fait un bon de trois mètres et l’on imagine aisément les cris de frayeur dans les salles de l’époque. L’un des premiers plans est suffoquant, tourné en plongée à 45 degrés, laissant voir deux étages entiers juste sous elle avec, bien plus bas, les tramways et les passants dans la rue (1). L’effet de vertige est encore plus fort que dans Never Weaken ou dans le célèbre Safety Last!La voyant passer devant sa fenêtre, Harold Lloyd va la suivre sur la corniche : nous avons donc alors une jeune fille somnambule endormie et un garçon ivre mort, incapable de mettre un pied devant l’autre, qui vont et viennent sur une corniche de trente centimètres de large à 20 mètres du sol ! La virtuosité et l’audace d’Harold Lloyd dans ce genre de plans n’a jamais été vraiment égalé. Un film vivement déconseillé aux personnes cardiaques.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Hal Roach chroniqués sur ce blog…
(1) La technique d’Harold Llyod était de faire construire une fausse façade de quelques étages au sommet d’un building (ou, comme ici, sur la butte du Hill Street Tunnel). Il faisait empiler des matelas devant la fausse façade pour le cas où… Mais, sur le premier plan, la caméra filme vers le sol et l’on voit pratiquement deux étages entiers sous Mildred Davis (ou plus exactement sous sa doublure, car elle est doublée dans ces 5 premières secondes). Il s’agit probablement d’un plan réel mais l’on ne voit aucun câble…
[Ajout : L’excellent livre de John Bengtson précise que la scène a été tournée sur la corniche du 11e étage du Citizens National Bank sur la 5e Rue !]
Remarque :
Harold Lloyd n’a finalement tourné que 5 films (sur plus de 200) où il joue avec le vertige des hauteurs :
– Look out Below (1919), court métrage d’1 bobine
– High and dizzy (1920), court métrage de 2 bobines
– Never Weaken (1921), court métrage de 3 bobines
– Safety Last! (1923), long métrage (avec la fameuse scène de l’horloge)
– Feet First (1930), long métrage (parlant)
Et pourtant, on se souvient aujourd’hui d’Harold LLoyd en premier pour ces scènes. Elles ont beaucoup marqué les esprits.