21 août 2020

Retour à Bollène (2017) de Saïd Hamich

Retour à BollèneNassim, 30 ans, vit à Abu Dhabi avec sa fiancée américaine. Après quatre années d’absence, il revient pour quelques jours à Bollène (ville du Vaucluse) où il a grandi. Nassim doit alors faire face à son passé, à ses anciens amis, à sa famille avec laquelle il entretient des relations complexes…
Retour à Bollène est le premier long métrage de Saïd Hamich, producteur franco-américain âgé de trente ans. Son personnage central est issu d’une famille marocaine ayant rejoint la France avant sa naissance. Lui, il a pris un nouvel envol après des études que l’on suppose brillantes et, pris de nostalgie, vient tenter de retrouver ses racines. Il va découvrir que c’est un monde trop immobile à ses yeux et dont il est maintenant très éloigné. Saïd Hamich trouve un ton très juste pour traiter son sujet. Evitant tout procédé dramatique ou autres artifices, il décrit parfaitement cette communauté qu’il connait bien (il a lui-même vécu quelques années à Bollène). Il sait aussi éviter les clichés : si le sujet de la religion est bien là, il n’est pas central, si le poids de la famille est lourd, c’est sans excès. Son film montre une belle authenticité. Peu distribué, Retour à Bollène ne manque pas d’intérêt.
Elle: 3 étoiles
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Anas El Baz, Kate Colebrook
Voir la fiche du film et la filmographie de Saïd Hamich sur le site IMDB.
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Retour à BollèneKate Colebrook et Anas El Baz dans Retour à Bollène de Saïd Hamich.

11 juin 2020

Model Shop (1969) de Jacques Demy

Model ShopLos Angeles. Après des études d’architecture, George est actuellement sans emploi car il refuse d’être employé dans un cabinet. Il doit absolument trouver cent dollars dans la journée pour payer une traite de sa voiture. En allant voir un ami, il aperçoit une belle femme vêtue de blanc dans une voiture blanche et se met à la suivre…
A l’été 1968, Jacques Demy était initialement venu à Los Angeles pour des vacances mais, fasciné par la ville, il voulut y faire un film. Model Shop fut ainsi produit par la Columbia mais Demy n’est aucunement rentré dans le jeu d’Hollywood. Il a préféré éviter stars et gros budgets qu’il aurait pu obtenir après le succès des Parapluies de Cherbourg. C’est un film très personnel qui, à la fois capte l’esprit de son temps, entre désillusion et quête de sens, et donne une vision de cette mégapole quadrillée par ses longues rues rectilignes aux multiples poteaux électriques. Anouk Aimée, qui reprend le personnage de Lola quelques années plus tard, apporte une touche d’onirisme et va être le déclencheur d’un nouvel espoir de vivre. A noter la présence du groupe pop Spirit dont les membres symbolisent une certaine insouciance ou une autre voie, l’esprit hippie naissant. Le film n’eut aucun succès et reste aujourd’hui l’un des films les plus méconnus de Jacques Demy.
Elle: 4 étoiles
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Anouk Aimée, Gary Lockwood, Alexandra Hay
Voir la fiche du film et la filmographie de Jacques Demy sur le site IMDB.

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Remarque :
* Jacques Demy avait initialement choisi Harrison Ford, alors totalement inconnu, pour le rôle principal. La Columbia l’a refusé et lui a imposé Gary Lockwood, alors auréolé du succès de 2001, l’odyssée de l’espace. Le bout d’essai qu’Agnès Varda (qui avait accompagné son mari à Los Angeles) avait fait tourner à Harrison Ford figure dans son film-documentaire Les Plages d’Agnès.

Model ShopAnouk Aimée et Gary Lockwood dans Model Shop de Jacques Demy.

Model Shop Gary Lockwood dans Model Shop de Jacques Demy.

4 septembre 2017

Retour à l’aube (1938) de Henri Decoin

Retour à l'aubeA Thaya, en Hongrie, Anita vient d’épouser le chef de gare. Elle doit se rendre à Budapest pour assister à l’ouverture du testament d’un parent éloigné. Elle va y passer une nuit qui va la marquer à jamais… Après un intermède hollywoodien écourté (l’actrice s’y ennuyait), Danielle Darrieux revient en France. Cette histoire, tirée d’un roman de la romancière autrichienne Vicki Baum, se révèle parfaite pour elle et Henri Decoin va se surpasser pour mettre en valeur son épouse de 21 ans. Plus que tout autre, Retour à l’aube est le film qui révèle Danielle Darrieux en tant qu’actrice : il montre qu’elle peut faire beaucoup plus que porter des belles toilettes, chanter ou faire la moue. Certaines scènes, comme ses crises de nerfs dans le commissariat et la scène finale, prouvent qu’elle peut insuffler à elle seule une forte intensité dramatique dans une scène. Et son jeu est aussi beaucoup plus nuancé. De son côté, Henri Decoin a su profiter du séjour hollywoodien pour améliorer son sens du rythme et du découpage. Une belle réussite pour le metteur en scène et son actrice.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Danielle Darrieux, Pierre Dux, Jacques Dumesnil, Pierre Mingand, Raymond Cordy
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Remarque :
* Le tournage s’est entièrement déroulé en Hongrie.

Retour à l'aube
Pierre Dux et Danielle Darrieux dans Retour à l’aube de Henri Decoin.

Retour à l'aube
Pierre Mingand et Danielle Darrieux dans Retour à l’aube de Henri Decoin.

Retour à l'aube
Jacques Dumesnil et Danielle Darrieux dans Retour à l’aube de Henri Decoin.

Retour à l'aube
Samson Fainsilber, Danielle Darrieux et Louis Florencie dans Retour à l’aube de Henri Decoin.

20 avril 2017

Poussières dans le vent (1986) de Hou Hsiao-hsien

Titre original : « Liàn liàn fengchén »

Poussières dans le ventDans un petit village de Taïwan, au milieu des années soixante, Ah-yuan et Ah-yun sont amis depuis l’enfance. Sans que ce soit dit, ils sont promis l’un à l’autre. Aussi quand Ah-yuan se rend en ville pour chercher du travail tout en finissant ses études avant le service militaire, Ah-yun le suit… Poussières dans le vent conclut le cycle autobiographique du réalisateur taiwanais, inauguré trois ans auparavant avec Les Garçons de Fengkuei (1983). On retrouve le thème du passage de la campagne à la ville, de la découverte d’un monde et de l’amour. Mais, cette fois, Hou Hsiao-hsien signe  un film d’une infinie délicatesse, il parvient à saisir l’impalpable, donnant presque un caractère de transparence à ses deux personnages principaux. L’image est très belle, avec de beaux plans fixes et des plans-séquences que le réalisateur multipliera par la suite. La musique ajoute encore de la délicatesse à l’ensemble.
Elle: 4 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Chen Shu-Fang, Hsin Shu-fen
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Remarque :
* On ne peut que remarquer l’importance du cinéma : les séances en plein air dans le village et le cinéma de quartier à la ville (l’ami de Ah-yuan qui l’héberge travaille dans un petit cinéma où on les voit peindre des affiches pour les films qu’ils passent).

 

poussières dans le vent
Chen Shu-Fang et Hsin Shu-fen dans Poussières dans le vent de Hsiao-Hsien Hou.

19 avril 2017

Les garçons de Fengkuei (1983) de Hou Hsiao-hsien

Titre original : « Feng gui lai de ren »

Les garçons de FengkueiDans un petit village de l’île de Penghu (Taïwan), quatre jeunes garçons ayant fini leurs études s’ennuient en attendant l’âge de partir au service militaire. Ils passent le plus clair de leur temps à boire et à se bagarrer ; ils frisent la délinquance. Trois d’entre eux décident d’aller dans la grande ville taïwanaise proche pour y chercher un travail… Si Les garçons de Fengkuei est le quatrième film de Hou Hsiao-hsien, il s’agit de son premier film personnel, son premier film d’auteur (lui-même considère qu’il s’agit de son premier film). Il s’est inspiré de sa vie personnelle pour témoigner de ce passage d’une vie insouciante à une prise de conscience à la fois sociale et sentimentale, le passage à la vie d’adulte pourrait-on dire pour simplifier. Il le fait sans édulcorer le tableau, sans idéalisme non plus ; son récit est plus une série de sensations à partir de micro-évènements significatifs et qui se révèle être assez émouvant au final. Il est aussi assez délicat comme en témoigne la relation qui se noue entre un jeune garçon et la jeune fille voisine à la ville, à mi-chemin entre l’amour de jeunesse et l’amitié. La forme ne montre pas encore ce qui sera le style du cinéaste, tout au plus peut-on remarquer déjà quelques plans fixes étonnants.
Elle:
Lui : 3 étoiles

Acteurs: Niu Doze, Tou Chung-Hua, Yang Li-Yin
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Remarque :
* De façon surprenante, Hou Hsiao-hsien a choisi une musique de Vivaldi pour de très nombreuses scènes, ce qui crée un décalage avec les images (j’avoue ne pas percevoir l’intention du réalisateur, probablement cette musique n’est pas perçue de la même façon en Chine qu’en Occident).

 

Les Garçons de Fengkuei
P’eng-chue Chao, Chang Shih, Niu Doze et Yang Li-Yin dans Les garçons de Fengkuei de Hsiao-Hsien Hou.

Les Garçons de Fengkuei
La scène la plus remarquée de Les garçons de Fengkuei de Hou Hsiao-Hsien.

14 juillet 2015

The Truman Show (1998) de Peter Weir

The Truman ShowTruman Burbank est un vendeur d’assurances dans une petite ville calme située sur une île. Il mène une vie tranquille mais il a parfois la sensation d’être observé… Même si c’est probablement plus difficile aujourd’hui qu’à sa sortie, regarder The Truman Show sans rien savoir du fond de l’histoire est une expérience unique car Peter Weir ne dévoile que peu à peu ses cartes et la surprise est de taille. Donc, si vous avez l’intention de voir le film et ne connaissez pas le fond du propos, arrêtez la lecture la lecture de commentaire ici et ne lisez rien d’autre (car une seule phrase suffit pour le déflorer)………. Heureusement, The Truman Show garde tout son intérêt quand on en connaît déjà le thème. Le scénario d’Andrew Niccol est particulièrement brillant et le déroulement d’une perfection rare. Le film est souvent présenté comme une critique de la télé-réalité et du pouvoir de l’image. Il l’est, bien entendu, mais ce n’est pas l’essentiel car le propos va beaucoup plus loin que cela. Version moderne du mythe de la caverne de Platon, il explore les concepts philosophiques de réalité et d’existence : ce que nous percevons comme étant la réalité est-elle la même pour tous ? La réalité existe-t-elle en dehors de la conscience que nous en avons ? Quelle relation entre réalité et perception ? La réalité n’est-elle qu’une illusion ? Les personnes que nous rencontrons partagent-elles « notre réalité » lorsqu’elles sont hors de notre champ de perception ? Etc. Dans le cas de Truman, répondre à ces questions nous emmène très loin ! Et en prime, le film aborde la notion de constitution d’une existence, la relation entre sécurité et emprisonnement (on peut penser à Huxley) et même la notion de Dieu (le réalisateur). Beaucoup de réflexions en gestation… Mais The Truman Show peut se regarder aussi s’apprécier plus directement : parfaitement réalisé, il présente un bel équilibre, il nous amuse et nous intrigue. S’écartant quelque peu de son image foldingue, Jim Carrey fait une très belle prestation.
Elle: 5 étoiles
Lui : 5 étoiles

Acteurs: Jim Carrey, Laura Linney, Noah Emmerich, Natascha McElhone, Ed Harris
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The Truman Show
Jim Carrey dans The Truman Show de Peter Weir (photo publicitaire).
La devise sur la double arche « Unus pro omnibus, omnes pro uno » est celle du show, traduction en latin du « Un pour tous, tous pour un » des Trois Mousquetaires.

The Truman Show
La ville de Seaheaven Island dans The Truman Show de Peter Weir (en réalité, c’est la ville de Seaside en Floride : voir la maison de Truman dans Google Street)

Remarques :
* Le musicien que l’on voit jouer en direct au clavier dans le studio n’est autre que Philip Glass.
* Les scènes face au miroir ont été improvisées par Jim Carrey.
* Andrew Niccol s’est certainement inspiré de la littérature de science-fiction qui a exploré le thème des réalités-illusion. Citons par exemple Le Temps désarticulé (1959) de Philip K. Dick mais aussi Simulacres (1964) toujours de Dick ou encore Simulacon 3 (1964) de Daniel F. Galouye (livre qui a inspiré Matrix, film qui a en commun avec The Truman Show l’exploration du concept de réalité).

5 août 2012

Medianeras (2011) de Gustavo Taretto

MedianerasMartin et Mariana vivent sans se connaître dans deux immeubles proches du centre de Buenos Aires. Bien qu’assez proches dans leurs goûts et sortant tous deux d’une longue liaison, ils n’ont aucune chance de se remarquer l’un l’autre dans l’immensité de cette métropole… Avec Medianeras (en français : « murs mitoyens »), l’argentin Gustavo Taretto réalise une comédie douce-amère fort plaisante. Certes, le sujet des problèmes existentiels de jeunes trentenaires n’est guère nouveau mais Taretto a un certain style pour le traiter qui n’est pas sans rappeler le Woody Allen d’Annie Hall ou Manhattan. Il définit ses personnages par rapport à la ville, presque un troisième personnage, qui, tout comme les médias de communication actuels, impose ses règles de sociabilité. Immédiate et directe, cette nouvelle communication peut éloigner plus qu’elle ne rapproche. La photographie est assez belle, notamment dans ses plans sur l’architecture urbaine qui ouvrent chacun des quatre grands chapitres (en réalité, quatre saisons) du film. L’humour est bien dosé, Medianeras est un film équilibré et très bien fait.
Elle:
Lui : 4 étoiles

Acteurs: Javier Drolas, Pilar López de Ayala, Inés Efron
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Remarque :
Le film Medianeras existait déjà sous forme de court métrage de 28 minutes (2006) pour lequel Gustavo Taretto a reçu de nombreux prix.