À la fin des années 90, Nevenka Fernández est élue à 25 ans conseillère municipale auprès du maire de Ponferrada, le charismatique et populaire Ismael Alvarez. Après une brève relation forcée, Nevenka rompt. C’est le début d’une descente aux enfers pour Nevenka, manipulée et harcelée pendant des mois par le maire… L’affaire Nevenka est un film espagnol coécrit et réalisé par Icíar Bollaín. Le film est inspiré de faits réels qui se situent bien avant le mouvement MeToo puisque le procès a eu lieu en 2001. La réalisatrice est très investie dans la défense du droit des femmes. Le récit décrit bien les mécanismes du harcèlement, les alternances de célébration et d’abaissement, la constante insistance et, surtout, l’isolement, l’absence de soutien et la difficulté de la parole. La mise en scène et le déroulement sont assez classiques, sans effet, ce qui rend la démonstration plus probante encore. Le film est un bel hommage au courage de cette femme. Elle: Lui :
En Allemagne, de nos jours, Elaha, une jeune femme d’origine kurde de 22 ans, est persuadée qu’elle doit rétablir son « innocence » avant son mariage prévu dans quelques mois. Malgré sa détermination, des doutes s’immiscent en elle. Pourquoi doit-elle paraître vierge, et pour qui ? Alors qu’un dilemme semble inévitable, Elaha est tiraillée entre le respect de ses traditions et son désir d’indépendance… Elaha est un film allemand coécrit et réalisé par l’arménienne Milena Aboyan. C’est son premier long métrage. Il met en scène le dilemme d’une jeune femme, écartelée entre les traditions de sa famille et son désir d’émancipation. Si le récit met en relief l’archaïsme de règles sociales, la réalisatrice n’a pas voulu limiter le problème son héroïne à son origine et son cortège de traditions : « la racine de son problème se trouve dans le patriarcat, qui a été considéré comme un ordre social évident dans l’histoire de l’humanité ». La réalisatrice en fait indéniablement la démonstration et elle le fait de belle manière : la réalisation est bien maîtrisée et la mise en scène et les cadrages très réussis. La jeune actrice Bayan Layla fait preuve d’un talent certain. Hélas, le film ne semble n’avoir eu qu’une distribution limitée. Elle: Lui :
Dans la région du Douro, Ema grandit avec son père dans une atmosphère de grande sensibilité poétique. Séduisante et innocente, elle développe un goût irrésistible pour les fictions romantiques. Devenue femme, elle épouse un médecin qu’elle n’aime pas, et emménage dans sa propriété, le Val d’Abraham… Val Abraham est un film portugais réalisé par Manoel de Oliveira. Il est adapté du roman éponyme d’Agustina Bessa-Luís qui peut être décrit comme une transposition moderne de Madame Bovary dans le Portugal contemporain. Cette transposition fut suggérée par le cinéaste à la romancière. Le portrait de cette Ema est toutefois très différent de l’Emma Bovary de Flaubert, plus distancié, simplifié sur le plan des réalités (toutes les questions pécuniaires ont disparu) mais plus profond sur les sentiments et motivations de son héroïne, plus philosophique pourrait-on dire sur le besoin d’être désirée et sur la notion de beauté. L’ensemble reste littéraire, le texte ayant une large place, avec une voix-off très présente qui souligne cette filiation. Le film a un rythme plutôt lent qui nous permet d’apprécier les superbes plans fixes du réalisateur. La beauté triste de Leonor Silveira est troublante et les paysages de la vallée du Douro émerveillent. Initialement d’une durée de 187 minutes, le film est ressorti récemment dans une version rallongée de quelque 15 minutes. Val Abraham est souvent qualifié de meilleur film du réalisateur. J’ai beau ne pas être habituellement un grand amateur des films de Manoel de Oliveira, celui-ci m’a enchanté par sa profondeur, sa beauté et son harmonie. Elle: – Lui :
Don José est un sergent de dragons à Séville. Il tombe éperdument amoureux de Carmen, une belle gitane… Carmen est un film muet allemand réalisé par Ernst Lubitsch. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle de Prosper Mérimée, ou plus exactement de l’opéra de Bizet qu’elle inspira. Quand Lubitsch se voit confier ce grand projet par la toute nouvelle UFA créée dans une Allemagne au bord de la défaite, Carmen a déjà été porté plusieurs fois à l’écran. Les versions plus notables furent les moyens métrages des jeunes Cecil B. DeMille et Raoul Walsh, tous deux sortis en 1915 avec grand succès (plus une satire des deux réalisée par Chaplin l’année suivante). Ernst Lubitsch avait surtout tourné des comédies avant ce grand drame. Pola Negri, fraichement arrivée de Hongrie pour faire carrière à Berlin, campe une Carmen plus naturelle et sauvage que ses homologues américaines. Elle apporte une spontanéité et une fraicheur à une époque qui en avait bien besoin : ce film (son deuxième avec Lubitsch) finit de la propulser au rang de star. Le jeu de Harry Liedtke est plus théâtral et rend l’ensemble daté à nos yeux modernes. L’adaptation est bien réalisée, certaines scènes de foule ou de montagnes sont même impressionnantes pour l’époque, mais il est difficile d’y déceler la patte de Lubitsch. Le film ne manque toutefois pas d’intérêt et il a été récemment restauré à partir de plusieurs négatifs pour approcher le plus possible de la version initiale. Le film sortit trois ans plus tard aux Etats-Unis sous le titre Gypsy Blood. Elle: – Lui :
Harry Liedtke et Pola Negri dans Carmen de Ernst Lubitsch.
Carmen au cinéma : 1907 : Carmen, film anglais muet d’Arthur Gilbert 1909 : Carmen, film italien muet de Gerolamo Lo Savio 1911 : Carmen, film français muet de Jean Durand, avec Gaston Modot 1912 : Carmen, film anglais muet de Theo Frenkel 1915 : Carmen, film muet de Cecil B. DeMille, avec Geraldine Farrar 1915 : Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Theda Bara 1916 : Charlot joue Carmen (Burlesque on Carmen), film muet de Charlie Chaplin, avec Charles Chaplin et Edna Purviance 1918 : Carmen, film allemand muet d’Ernst Lubitsch, avec Pola Negri 1926 : Carmen, film français muet de Jacques Feyder, avec Raquel Meller 1927 : The Loves of Carmen, film muet de Raoul Walsh, avec Dolores del Río 1945 : Carmen, film français de Christian-Jaque, avec Jean Marais et Viviane Romance 1948 : Les Amours de Carmen (The Loves of Carmen), film de Charles Vidor, avec Rita Hayworth et Glenn Ford 1954 : Carmen Jones film américain d’Otto Preminger 1963 : Carmen 63 film franco-italien de Carmine Gallone 1968 : L’Homme, l’Orgueil et la Vengeance film italien de Luigi Bazzoni 1983 : Carmen, adaptation flamenco de Carlos Saura 1983 : Prénom Carmen de Jean-Luc Godard 1984 : Carmen, film d’opéra de Francesco Rosi, avec Julia Migenes et Plácido Domingo 1984 : La Tragédie de Carmen, trois films de Peter Brook 1985 : Carmen nue d’Albert Lopez 2004 : Carmen de Khayelitsha (U-Carmen e-Khayelitsha), film sud-africain de Mark Dornford-May 2001 : Karmen Geï de Joseph Gaï Ramaka, adaptation sénégalaise en français et en wolof. 2003 : Carmen, film espagnol de Vicente Aranda, avec Paz Vega et Leonardo Sbaraglia. 2022 : Carmen, film franco-australien de Benjamin Millepied, avec Paul Mescal, Melissa Barrera et Rossy de Palma.
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20 décembre 1989. La Roumanie est au bord de la révolution. Les autorités préparent les festivités du Nouvel An comme si de rien n’était ou presque mais le vernis officiel commence à craquer. Dans l’effervescence de la contestation, six destins vont se croiser au fil d’une journée pas comme les autres. Jusqu’à la chute de Ceaușescu et de son régime… Ce nouvel an qui n’est jamais arrivé est un film roumain écrit et réalisé par Bogdan Mureșanu. Plusieurs histoires s’y entrecroisent : un réalisateur de télévision devant résoudre une situation de crise due au passage à l’ouest d’une actrice renommée, une actrice contrainte de la remplacer au pied levé pour lire un texte qui la dégoûte, un étudiant qui décide de fuir ce jour-là à l’étranger, une femme âgée chassée de sa maison qui va être démolie, un des déménageurs gravement mis en cause par la lettre de Noël que son fils vient de poster. La mise en place est un peu confuse mais une fois que nous sommes plus familiers avec les personnages, le film parvient à nous captiver, nous faire même rire parfois car certaines situations sont tragi-comiques. Le cinéaste dresse un portrait de son pays juste avant la chute de la dictature communiste et les vingt dernières minutes sur fond de boléro de Ravel sont intenses et mémorables. Le film a été bien accueilli par la critique et le public. Elle: Lui :
Inspirée par une nouvelle de science-fiction féministe écrite au Bengale en 1905, Inés part à la découverte de l’Inde à la recherche de Ladyland, le pays utopique des femmes… Sultana’s Dream est un film d’animation espagnol coécrit et réalisé par Isabel Herguera. La réalisatrice est une artiste visuelle espagnole qui a déjà réalisé de nombreux courts métrages d’animation expérimentale et Sultana’s Dream est son premier long métrage. Le propos est la présentation d’un ouvrage écrit en anglais par l’écrivaine féministe indienne et musulmane Rokeya Sakhawat Hussain au début du XXe siècle. Ce roman décrit une société dystopique où la place des hommes et celle des femmes sont inversées : les femmes cloîtrent les hommes chez eux et ils restent cantonnés aux tâches du foyer. La forme est très originale : la réalisatrice utilise à la fois des transparents à l’aquarelle et des dessins qui évoquent à la fois de vieilles enluminures par leur absence de perspective et le théâtre d’ombres par le trait et les couleurs. Le résultat est très original, un peu déroutant mais aussi, hélas, un peu abscons ou, du moins, pas très accessible. Elle: Lui :
La dernière semaine de la vie de Maria Callas. Depuis plusieurs années, la cantatrice grecque vit recluse dans un appartement à Paris, avec un majordome et une gouvernante. Elle a perdu ses facultés vocales mais tente de les retrouver, plus pour retrouver le goût de vivre que pour revenir sur scène. Elle se remémore sa carrière et sa vie… Maria est un film italo-germano-américain réalisé par le chilien Pablo Larraín, sorti en 2024. Il s’agit d’une fiction sur Maria Callas : le scénario a été écrit par le britannique Steven Knight s’appuyant à peine sur quelques souvenirs racontés par l’ancien majordome de la cantatrice. Ne serait-ce que par sa construction, ce n’est un biopic traditionnel. Il déroute un peu au début mais rapidement on se laisse envoûter par l’atmosphère et le personnage. Les extraits d’opéra sont très bien choisis, souvent magnifiques dans leur reconstitution. Angelina Jolie a beaucoup travaillé pour incarner le personnage, le chant notamment et le réalisateur a réussi à mixer sa voix avec celle de la cantatrice dans certaines scènes de chant. Assez sombre, la mort annoncée plane constamment, c’est un film doté d’une belle personnalité. Elle: – Lui :
5 septembre 1972, lors des Jeux olympiques d’été à Munich, des membres de l’organisation terroriste Septembre noir prennent en otages des athlètes israéliens dans le village olympique. L’équipe américaine d’ABC Sports va tenter de couvrir en direct les événements… 5 septembre est un film germano-américain réalisé par le suisse Tim Fehlbaum. Il revient sur la prise d’otages des Jeux olympiques de Munich et plus précisément sur sa couverture médiatique par une équipe de journalistes sportifs peu préparés à couvrir un tel évènement. Leurs images furent diffusées dans le monde entier ; pour la première fois, une attaque terroriste était ainsi vécue en direct. La plus grande partie du film se déroule dans les studios de télévision d’ABC avec une large utilisation d’images d’archives pour les vues extérieures. Assez prenant, le récit met également en relief les dilemmes éthiques et moraux auxquels les journalistes sont confrontés ainsi que la concurrence entre les chaînes qui paraît bien déplacée dans un tel contexte. Elle: Lui :
Max Linder, la première star internationale de cinéma, fut pendant deux décades vénéré en France, dans toute l’Europe et à Hollywood. Pionnier du burlesque muet, il fut le mentor de Charlie Chaplin, avant de mourir prématurément en 1925… Vie et morts de Max Linder est un film documentaire polonais d’Edward Porembny. Max Linder a échappé miraculeusement à la mort à cinq reprises mais, à l’apogée de sa carrière, il s’est suicidé avec sa femme en 1925. C’est ce que ce film essaie de nous raconter mais, hélas, la forme occulte totalement le propos. Réalisé à l’aide d’intelligence artificielle, ce documentaire prend l’esthétique des films muets (plus exactement ceux de la décennie 1910). Il utilise largement des extraits des courts métrages de Max Linder en faisant parler les personnages et en prolongeant parfois ces extraits avec des acteurs. En outre, ont été ajoutées des scènes où des personnages, joués par des acteurs incrustés dans un décor d’époque, racontent face caméra certains évènements. Le résultat n’est hélas pas une réussite : d’une part, faire parler des films muets renforcent leur aspect vieillot et les rend peu attrayants et même ridicules ; d’autre part, on passe plus de temps à tenter de reconnaitre les vraies images d’époque qu’à écouter le récit. Belle tentative, certes, mais hélas peu convaincante. Elle: – Lui :
En 1942, un cargo à l’équipage norvégien fait partie d’un convoi allié de navires civils chargé de ravitailler la Russie. Malgré la retraite de l’escorte à la suite d’une attaque et l’éparpillement du convoi, le capitaine décide de poursuivre sa route. Désormais isolé, le cargo va devoir effectuer voyage périlleux dans des eaux les plus hostiles qui soient… The Arctic Convoy est un film norvégien réalisé par Henrik Martin Dahlsbakken. Le scénario s’appuie sur l’histoire du Convoi PQ 17 qui a relié l’Islande à la Russie en juillet 1942. Le seul personnage féminin du film est inspiré de Fern Blodgett Sunde, qui fut la première femme canadienne à servir comme opératrice radio pendant la guerre et décorée pour ces faits. Le film a le mérite de mettre en lumière des évènements peu connus qui furent la principale contribution de la Norvège à la victoire des Alliés lors de la Seconde Guerre mondiale (1). Le déroulement du scénario peut paraître classique mais le film nous immerge parfaitement à bord de ce cargo. Il constitue un hommage à ces hommes qui ont risqué et souvent perdu leur vie dans ces convois. Hormis en Suède et en Norvège, le film est peu sorti en salles. Elle: – Lui :
(1) Un texte de fin nous explique : « Sur les quelque 30 000 Norvégiens qui ont été appelés à rejoindre la marine marchande, plus de 4 000 sont morts au cours du conflit. Ces civils représentent la principale contribution de la Norvège à la victoire des Alliés. »
Anders Baasmo dans The Arctic Convoy (Konvoi) de Henrik Martin Dahlsbakken.Heidi Ruud Ellingsen, Tobias Santelmann et Anders Baasmo dans The Arctic Convoy (Konvoi) de Henrik Martin Dahlsbakken.
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