10 février 2010

Entre les murs (2008) de Laurent Cantet

Entre les mursElle :
Un très bon film admirablement bien interprété et senti. Nous sommes immergés de façon crédible dans la réalité scolaire d’un établissement difficile où le langage devient une arme pour faire passer les idées et le sensible. D’un côté, des adolescents aux ethnies mélangées qui doutent d’eux-mêmes et ne maîtrisent pas bien la langue française et de l’autre, des professeurs qui tentent de nouer le contact, d’élever les âmes et de valoriser. Dans le regard de Laurent Cantet, on sent de la tendresse et du respect pour les deux parties. C’est une partie d’échecs complexe qui se joue sur le fil du rasoir. Chacun avance ses pions à l’aide des mots et des registres de langage différents. Il suffit d’un grain de sable pour que la pyramide du savoir patiemment échafaudée, s’écroule d’un seul coup.
Note : 5 étoiles

Lui :
Dans une classe de 4e d’un collège parisien réputé difficile, un professeur de français s’applique à établir un dialogue avec ses élèves pour faire passer son enseignement. Entre les Murs est l’adaptation d’un roman de François Bégaudeau qui joue ici son propre rôle. Le film de Laurent Cantet parvient à nous intéresser sur un sujet peu facile, il montre les choses sans forcer le trait, sans dramatiser à outrance et c’est ce qui fait sa force. Il souligne l’étroitesse de la marge d’erreur dans une voie qui met en avant le dialogue, les inévitables faux-pas entraînant obligatoirement un repli sur un arsenal plus lourd. Entre les murs est parfaitement interprété, que ce soit par le professeur ou par les jeunes élèves. Un film tout en retenue et très réussi.
Note : 4 étoiles

Acteurs: François Bégaudeau
Voir la fiche du film et la filmographie de Laurent Cantet sur le site IMDB.

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3 février 2010

Tirez sur le pianiste (1960) de François Truffaut

Tirez sur le pianisteElle :
(pas vu)

Lui :
Pour son deuxième long métrage, François Truffaut choisit un univers qu’il a souvent défendu en tant que critique, le film noir américain. Il adapte un roman de Davis Goodis mettant en scène un pianiste de café dont le frère est poursuivi par deux truands. Il va ainsi se retrouver impliqué de force dans une histoire qui ne semble pas être sienne. Truffaut restitue avant tout l’atmosphère des films policiers, avec beaucoup de scènes de nuit, très contrastées. Il amplifie les ruptures de tons du roman, passant ainsi très rapidement d’une forte tension dramatique au burlesque le plus farfelu, souvent au moment où l’on s’y attend le moins. Il ajoute aussi ces discussions sur la vie et surtout sur les femmes, mélange de fascination, d’attirance et de méfiance. Tirez sur le pianiste se situe ainsi tout à fait dans l’esprit de la Nouvelle Vague. Tous ces aspects sont habilement mêlés : ainsi, entre les scènes d’action, les deux truands ne semblent qu’intéressés par de longues discussions sur la vie et les femmes (Tarantino n’a rien inventé…) Charles Aznavour est assez étonnant, il parvient à donner une réelle épaisseur à son personnage timide, fragile, effacé, qui semble subir la vie. On notera aussi la présence d’une rare prestation scénique de Boby Lapointe dans une chanson intégralement montrée (avec sous-titres, s’il vous plait, afin que l’on puisse en saisir au vol tous les jeux de mots).
Note : 3 étoiles

Acteurs: Charles Aznavour, Marie Dubois, Nicole Berger, Michèle Mercier, Serge Davri, Claude Mansard
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Remarque :
On peut rapprocher Tirez sur le pianiste du dernier film de François Truffaut, Vivement Dimanche. La démarche est en effet pratiquement la même, le résultat étant bien entendu différent.

28 janvier 2010

Largo Winch (2008) de Jérôme Salle

Largo WinchLui :
Largo Winch est une bande dessinée des années quatre-vingt-dix qui avait un certain charme et avait réussi à nous captiver avec un sujet pas bien passionnant à priori : une histoire d’héritier caché d’un grand groupe industriel qui se retrouve, malgré lui, victime de viles manœuvres de luttes de pouvoir. La bande dessinée de Jean Van Hamme et Philippe Francq jouait sur le choc de cultures, un (beau) garçon bourré d’idéaux lâché dans un panier de crabes, le tout saupoudré d’une bonne dose d’aventures. Le film ne parvient bien pas à retrouver cet équilibre. Menée tambour battant, cette histoire devient confuse et finalement pas très intéressante.
Note : 2 étoiles

Acteurs: Tomer Sisley, Kristin Scott Thomas, Miki Manojlovic, Mélanie Thierry, Gilbert Melki, Anne Consigny
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27 janvier 2010

Vivement dimanche! (1983) de François Truffaut

Vivement dimanche!Elle :
Note : 3 étoiles

Lui :
Vingt trois ans après Tirez sur le Pianiste, François Truffaut rend à nouveau hommage au film noir et à la comédie policière. Filmé en noir et blanc, Vivement Dimanche retrace l’enquête d’une secrétaire plutôt débrouillarde pour innocenter son patron accusé de plusieurs meurtres. Les clins d’œil de Truffaut et références sont innombrables, parfois assez appuyés, que ce soit à des classiques américains, français ou encore à lui-même. Vivement Dimanche est aussi un film qui met remarquablement en valeur Fanny Ardant, qui était alors sa compagne. Elle est resplendissante de vitalité et charme. L’histoire en elle-même passe un peu au second plan, le cinéaste se concentrant beaucoup plus sur la forme et c’est ainsi qu’il faut le voir pour apprécier cet amusant hommage au film noir. Vivement Dimanche fut, hélas, le dernier film de François Truffaut.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Fanny Ardant, Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Kalfon, Philippe Laudenbach, Philippe Morier-Genoud, Caroline Sihol
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21 janvier 2010

Un soir, un train (1968) de André Delvaux

Un soir, un trainLui :
Mathias, professeur de linguistique en Belgique flamande, vit avec Anna, créatrice de costumes pour une petite troupe de théâtre, qui se sent perdue dans ce pays qui n’est pas le sien. Alors que Mathias doit partir pour une conférence, ils se disputent et se séparent. Plus tard, il a la surprise de la retrouver dans le train. Un soir un train a pour thème central l’incommunicabilité, qu’elle ait pour cause la différence de langue ou l’indifférence et l’égoïsme. Mathias va le comprendre après un parcours initiatique ou plutôt un passage dans un certain au-delà mais ce sera hélas trop tard. André Delvaux crée une atmosphère fantomatique, éthérée, à la fois réelle et irréelle, sorte de reflet exacerbé de notre monde où tout est amplifié. Belle interprétation d’Yves Montand et d’Anouk Aimée.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Yves Montand, Anouk Aimée, Adriana Bogdan, Hector Camerlynck, François Beukelaers
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12 janvier 2010

L’enclos (1961) de Armand Gatti

L'enclosLui :
Dans un camp de concentration de la Seconde Guerre mondiale, un officier nazi jette un prisonnier politique allemand et un juif français dans un enclos. Par jeu pervers, il promet la vie sauve à celui qui aura tué l’autre avant le lendemain. Pendant ce temps, d’autres prisonniers veulent tenter de le faire sortir. Armand Gatti ayant lui-même été prisonnier en Allemagne, l’univers terrible qu’il nous décrit est certainement celui qui qu’il a vécu. Son film est indéniablement l’un des témoignages les plus forts sur ces camps de concentration où des hommes sont détenus parfois depuis plusieurs années dans des conditions épouvantables. Ce face à face en huis clos nous permet de mieux comprendre leur état psychologique, comment ils conservaient leur humanité, refusant la poussée d’une certaine animalité. Armand Gatti filme assez près de ses personnages, souvent avec une certaine pénombre, réduisant l’univers au cadre de l’image, se concentrant sur les hommes. L’Enclos reçut le Prix de la Critique à Cannes en 1961 puis sombra dans un oubli presque total. Il est à nouveau disponible aujourd’hui et ce n’est que justice car l’Enclos est un film fort et puissant qui mérite d’être vu.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Herbert Wochinz, Jean Négroni, Hans Christian Blech, Jean-Marie Serreau
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Remarque :
Avec l’échec total de son second film, El Otro Cristobal (1962), Armand Gatti s’est plutôt écarté du cinéma. Il est plus connu par ses écrits, notamment pour le théâtre.

9 janvier 2010

Les parents terribles (1948) de Jean Cocteau

Les parents terriblesLui :
Dans un appartement, une mère possessive vit recluse avec son mari, son jeune fils de 22 ans et sa sœur qui était autrefois éprise du mari. Le fils annonce à ses parents qu’il est amoureux d’une jeune fille qui était jusque là entretenue par un vieux protecteur qu’elle a décidé de quitter. Jean Cocteau a écrit Les Parents Terribles pour le théâtre où il rencontra un certain succès dès 1938. Pour le porter à l’écran dix ans plus tard, il choisit un format très proche du théâtre, ne modifiant qu’assez peu le texte et confinant l’ensemble à deux appartements. Le sentiment de huis clos étouffant est ainsi très fort, une atmosphère lourde qui n’est pas sans évoquer certaines adaptations de Tennessee Williams. Le décor, volontairement chargé et vieillot, donne l’impression de se resserrer sur les personnages, de former une sorte de carcan. Le drame qui s’est noué est extrêmement puissant, digne d’une tragédie grecque, avec une interprétation très forte d’Yvonne de Bray, grande actrice de théâtre et inspiratrice de la pièce originale. Vu aujourd’hui, le film pourra toutefois paraître à certains assez daté, sentiment accentué par le fait que tous les acteurs ont 15 à 20 ans de plus que leurs personnages.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Jean Marais, Josette Day, Yvonne de Bray, Marcel André, Gabrielle Dorziat
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Remake :
Les Parents Terribles (Intimate relations) de l’anglais Charles Franck (1953)

16 décembre 2009

L’ennemi public n°1 (2008) de Jean-François Richet

L'ennemi public n°1Elle :
(pas vu)

Lui :
Dans cette seconde partie, nous suivons Jacques Mesrine dans son parcours après son retour en France et jusqu’à sa mort, ces années où il fut déclaré « ennemi public n°1 ». Alors que le premier volet portait un regard assez froid et distant sur le personnage, le second prend beaucoup plus parti, présentant Mesrine tel qu’il l’aurait lui-même sans doute désiré, c’est-à-dire comme un grand rebelle (doté d’un sacré sens de l’humour de surcroît) en guerre contre la société, même s’il peine parfois un peu à trouver une grande justification à ses actes motivés avant tout par l’appât du gain. Que l’on soit d’accord ou pas avec cette vision un peu complaisante est une chose mais force est de constater, qu’en prenant ainsi parti, le propos du réalisateur se fait beaucoup plus profond et percutant. Le personnage n’est plus effleuré comme il le fut dans la première partie. Le rythme est rendu assez soutenu par les différents méfaits commis qui maintiennent une certaine tension. Avec L’ennemi public n°1, Jean-François Richet offre un film bien maîtrisé.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Vincent Cassel, Ludivine Sagnier, Mathieu Amalric, Gérard Lanvin, Samuel Le Bihan, Olivier Gourmet
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Les deux parties :
1. L’instinct de mort
2. L’ennemi public numéro un

15 décembre 2009

Mesrine : L’instinct de mort (2008) de Jean-François Richet

L'instinct de mortElle :
(pas vu)

Lui :
Première partie d’un diptyque retraçant le parcours de Jacques Mesrine, L’instinct de mort nous fait assister à la naissance du personnage, celui qui sera plus tard surnommé « l’ennemi public numéro un ». Jean-François Richet a visiblement été fasciné par son sujet mais il nous restitue le personnage sans complaisance. Il met l’accent sur son fonctionnement à l’instinct, sa grande confiance en lui et son jusqu’au-boutisme ; il évite le rocambolesque qu’aurait généré une succession de braquages. L’ensemble est plutôt bien ficelé même si le rythme est assez inégal : le déroulement du scénario est plus enlevé dans la partie canadienne. Vincent Cassel livre une belle prestation, tout de même assez retenue, sans charger le côté psychopathe.
Note : 3 étoiles

Acteurs: Vincent Cassel, Gérard Depardieu, Gilles Lellouche, Cécile De France, Roy Dupuis, Elena Anaya, Michel Duchaussoy, Myriam Boyer
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Les deux parties :
1. L’instinct de mort
2. L’ennemi public numéro un

Autre adaptation de l’autobiographie de Mesrine :
Mesrine d’André Génovès (1984)

5 décembre 2009

L’avare (TV) (2007) de Christian de Chalonge

L'avareElle :
(pas vu)

Lui :
Réalisée pour la chaîne de télévision France 3, cette adaptation de L’Avare de Molière a bénéficié d’un bon budget et d’un acteur de premier plan qui connaît le rôle pour l’avoir déjà interprété vingt ans auparavant (dans un style différent toutefois), Michel Serrault. Cette transposition a été tournée dans les intérieurs sombres d’un ancien cloître et ne cherche aucunement à mettre en avant les aspects comiques de la pièce mais crée une atmosphère lourde et dramatique qui semble peser comme une chape sur l’austère demeure du Sieur Harpagon. Il en résulte une tension, ferme et permanente, qui renforce le côté tragique de la pièce. Michel Serrault livre une belle prestation, sans charger son personnage et il est bien soutenu par de bons acteurs dont Cyrille Thouvenin et Micha Lescot qui se révèlent convaincants. L’Avare de Christian de Chalonge est une transposition fort réussie du théâtre au grand (et petit) écran.
Note : 4 étoiles

Acteurs: Michel Serrault, Cyrille Thouvenin, Micha Lescot, Fanny Valette, Louise Monot
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Autres adaptations à l’écran (ou pièce filmée) :
L’avare de Georges Mélies (1908)
L’avare (TV) de Robert Valey (1966) avec Jean Vilar et Jean-Pierre Cassel
L’avare (TV) de René Lescot (1973) avec Michel Aumont, Francis Huster et Isabelle Adjani
L’avare (TV) de Jean Pignol (1978) avec Henri Virlojeux
L’avare de Jean Girault (1980) avec Louis de Funès
L’avare (TV) de Yves-André Hubert (2001) avec Gérard Giroudon