Lui :
La plus grande originalité de cette nouvelle adaptation de La machine à explorer le temps est d’être réalisée par l’arrière petit fils de H.G. Wells lui-même. Le film est hélas plutôt décevant, se concentrant sur la partie dans le futur lointain avec le monde des Eloi et des Morlocks. C’est en effet l’occasion de placer des pseudo-gollums et autres effets spéciaux et de créer un spectacle qui est finalement assez vide puisque toute la substance du livre a été laissée de côté. Dès les premières minutes, le film est très hollywoodien dans sa forme, la musique formatée au possible contribuant largement à cette impression. Un très beau passage toutefois : le village des Eloi, perché au dessus d’une rivière encaissée, un décor qui fait étrangement penser à certaines créations du dessinateur Schuiten. La fin est un galimatias incohérent. Simon Wells ne fait guère honneur à son aïeul.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Précédente adaptation du livre de H.G. Wells : La machine à explorer le temps (The Time Machine) de George Pal (1960) avec Rod Taylor (adaptation qui simplifiait aussi l’histoire originale mais pas au point de cette nouvelle version).
Lui :
(Film muet, 59 minutes) Certains films muets ressurgissent tout à coup alors qu’ils étaient considérés comme perdus à jamais. Dans le cas de Forfaiture, seuls des fragments subsistaient, au grand dam des cinéphiles car sa réputation était fort grande (1). Miracle : une copie complète refit surface il y a une quinzaine d’années, issue des propres archives de Cecil B. DeMille (2). Elle est aujourd’hui parfaitement restaurée avec même les teintures d’époque. L’histoire est un grand drame teinté d’orientalisme (à légère tendance xénophobe) : pour se tirer d’un mauvais pas, une jeune femme mondaine, frivole et dépensière, accepte une forte somme d’argent d’un riche japonais qui lui faisait la cour. Il exige en retour qu’elle se donne à lui. Quand elle refuse, il la marque au fer rouge comme il le fait pour les bibelots qu’il collectionne… La jeune femme, c’est l’étonnante ex-actrice de music-hall Fannie Ward qui, à 43 ans, semble n’en avoir que la moitié grâce à son visage juvénile (et un peu de paraffine pour cacher les rides…) Le japonais est le jeune Sessue Hayakawa qui deviendra une grande (et quasiment unique) vedette japonaise à Hollywood (3). Le rythme de Forfaiture est très soutenu grâce à un montage soigné et une tension assez continue. Cecil B. DeMille fait ici un large usage des gros plans, ce qui était assez nouveau pour l’époque. De nombreuses scènes sont superbement éclairées avec un jeu d’ombre et de lumière particulièrement esthétique. La fin, avec cette scène de foule, est assez étonnante. Forfaiture est un film très complet. Ce fut un immense succès, le premier succès pour Cecil B. DeMille qui tournait à l’époque un film par mois. Aux Etats-Unis et même en France, le film fut largement salué par la critique.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) L’écrivain et critique de cinéma Léon Moussinac écrivait en 1925 que Forfaiture était la seule date qui méritait d’être retenue dans l’histoire du cinéma avec La Sortie des Usines Lumière de 1895. (2) La copie correspond à la version de 1918. Après les protestations d’associations japonaises, Paramount refit en effet une version en 1918 où le personnage japonais Hishuru Tori est présenté comme le birman Haka Arakau… En outre, les dates sur le chèque et sur la une du journal furent modifiées pour indiquer 1918. (3) Entre 1914 et 1961, Sessue Hayakawa aura tourné près de 100 films. Quarante ans après Forfaiture, il sera notamment le colonel Saito du Pont de la Rivière Kwaï (1957).
Remakes : La flétrissure (The Cheat) de George Fitzmaurice (1923) avec Pola Negri The Cheat de George Abbott (1931) avec Tallulah Bankhead Forfaiture de Marcel L’Herbier (1937) avec… Sessue Hayakama (qui joue à nouveau le même rôle), Lise Delamare et Louis Jouvet.
Lui : Inglourious Basterds est une variation sur l’histoire de la Seconde Guerre Mondiale, sorte de réalité alternative où la vraisemblance n’est pas de mise. C’est avant tout le spectacle, et la création d’images fortes, qui est recherché. C’est surtout long et verbeux… Par rapport à ses films précédents, Inglourious Basterds pêche vraiment par son rythme, ici particulièrement poussif. Les interminables dialogues, le plus souvent sur le principe du jeu du chat et de la souris, n’ont aucun intérêt, ni même aucune tension car l’issue est trop évidente. On s’ennuie ferme. Et, bien entendu (mais cela était prévisible), il ne faut pas trop s’arrêter à l’idéologie embarquée sur la justification de la violence… Le plus mauvais Tarantino à ce jour.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Le capitaine d’un remorqueur de sauvetage a une vraie passion pour métier. Lors d’une opération de sauvetage, il recueille une jeune femme qui cherche à fuir son mari. Adaptation d’un roman de Roger Vercel par Jacques Prévert qui a également écrit tous les dialogues, Remorques est une histoire d’amour fou avec ce dilemme entre la passion et l’amour sage avec une troisième prétendante : la mer. Le côté documentaire du film était prévu pour être plus développé (comme toujours avec Grémillon) mais le tournage fut interrompu par le début de la Seconde Guerre Mondiale. Les scènes de tempête ne furent donc tournées qu’un an plus tard, plus modestement, avec des maquettes en studio. Le film est l’occasion que réunir à nouveau le couple de Quai des Brumes, Michèle Morgan et Jean Gabin. Remorques contient de très belles scènes, notamment celle sur la grande plage déserte (1) et dans la grande maison vide ou encore celles situées dans la salle des machines du remorqueur. Un film au lyrisme sobre.
Note :
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Remarques :
Jacques Prévert n’a guère apprécié que Jean Grémillon mette une musique assez religieuse sur le texte qui clôt le film. Il lui en a voulu et ne souhaitait plus retravailler avec lui. Il écrira néanmoins le scénario de Lumière d’été deux ans plus tard, mais ce sera leur dernière collaboration.
(1) La plage du Vougot à Guissény dans le Finistère.
Lui :
Tourné après 8 ½, Juliette des esprits est en quelque sorte son pendant : après l’homme, c’est au tour de la femme. Guilietta découvre soudainement que son mari la trompe et va entreprendre un cheminement intérieur pour trouver un nouvel équilibre. Pour se libérer de son carcan, elle devra faire ressurgir les angoisses, les oppressions familiales qui l’ont marquée mais aussi ses rêves et aspirations. C’est l’occasion pour Fellini de créer à nouveau un spectacle bariolé et haut en couleur où il crée des tableaux avec moult personnages très typés. On pourra sans doute objecter qu’il s’agit plutôt du portrait intérieur d’une femme telle que le voit un homme. C’est le premier long métrage en couleurs du cinéaste et il utilise beaucoup le blanc et le rouge, et aussi le vert (ce sont les trois couleurs du drapeau italien…) Les costumes sont assez exubérants (avec une mention spéciale pour les chapeaux!) et la maison de poupée de Guilietta tranche joliment avec le délire visuel qu’offre la maison de sa voisine avec ses fêtes pseudo-païennes. Le rôle principal est tenu par la propre femme de Fellini qui adopte un jeu très terne, probablement à la demande du cinéaste. Juliette des esprits a plutôt été mal accueilli à sa sortie et il reste sans doute un peu sous-estimé. Tout au plus, peut-on l’accuser de quelques longueurs…
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
En proie à l’insomnie et aux douleurs, un écrivain septuagénaire passe une mauvaise nuit tout en imaginant les scènes de son prochain roman. Peu à peu, il construit son histoire autour d’un procureur cynique et insensible, de sa femme qui aspire à une autre vie et d’un apathique doux rêveur. Providence est un film à plusieurs facettes : c’est en premier un film sur les mécanismes, parfois douloureux, de la création : cet écrivain puise dans ses proches pour créer des personnages en les transformant pour qu’ils deviennent tels qu’il les voit ; il place aussi ses propres terreurs, ses angoisses, sa propre culpabilité. C’est aussi un film sur l’imaginaire, un imaginaire qui n’est pas sans éviquer celui de Lovecraft (1). C’est un film sur l’autorité et le despotisme avec ce climat de guerre et de junte militaire directement issu des angoisses mêlés de souvenirs de l’écrivain. C’est un film sur la mort, omniprésente par la menace de son imminence. C’est un film sur la personnalité, celle qui est visible et celle qui est enfouie. Le retour à la réalité à la fin du film avec son déjeuner en plein air est à la fois éclairant et même amusant, car il nous donne les clés de son imaginaire de la nuit. Providence est ainsi un film très riche, qui peut dérouter, certes, mais qui s’inscrit indéniablement parmi les plus grands films d’auteur du cinéma français.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
(1) Alain Resnais a très probablement nommé la maison de l’écrivain Providence en hommage à H.P. Lovecraft. Lovecraft a en effet vécu toute sa vie dans la ville de Providence (Rhode Island) aux Etats Unis.
Lui :
Kym sort d’une cure de désintoxication pour assister au mariage de sa sœur. Fragile et en quête de pardon, elle va faire ressurgir des tensions et des conflits enfouis tout en tentant de trouver un nouvel équilibre. Certes, Rachel se marrie comporte quelques scènes assez fortes mais elles sont totalement noyées. Jonathan Demme a voulu donner à son film un air de « film de famille » et pour cela il a tourné en vidéo avec tremblements et cadrages approximatifs inclus. Nous avons droit au déroulement complet du mariage avec préparatifs, un concours de rangement de lave-vaisselle (si!), tous les discours et l’inévitable guinche de fin de soirée. De cet océan de scènes aussi interminables qu’inintéressantes émergent quelques moments intenses, tous à mettre à l’actif d’Anne Hathaway qui met beaucoup de sensibilité dans son jeu.
Note :
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Titre original : « My iz Kronshtadta »
Autre orthographe (DVD) : « Les marins de Kronstadt »
Lui :
Réalisé pour célébrer le 20e anniversaire de l’Armée Rouge, Les Marins de Cronstadt prend pour thème principal un évènement important de la guerre civile : en octobre 1919, les marins de Cronstadt partent défendre la ville de Petrograd (ex-Saint-Pétersbourg) menacée par l’Armée Blanche soutenue par les occidentaux. Outil de propagande, le film exalte le dévouement au parti et l’obéissance et le sacrifice. Il ne fait, bien entendu, nulle mention du fait que ces mêmes marins se soulèveront contre le nouveau régime soviétique deux ans plus tard en tentant d’instaurer une méthode de gouvernement plus collective. Il souligne en revanche la différence dans ses rangs entre les communistes, présentés comme les plus fiables et les plus déterminés, et les sans-parti, plus imprévisibles. Il met aussi en avant le caractère collectif de certaines prises de décision. Sur le plan cinématographique, le film est très réussi. Il fait la part belle aux batailles et la réalisation du biélorusse Efim Dzigan est particulièrement soignée, avec une tension qui ne se relâche à aucun moment. Certaines scènes sont très belles, telle la scène du bivouac sur les marches d’une très grande demeure, ou très fortes comme la scène où, capturés par l’Armée Blanche, les soldats communistes sont jetés du haut d’une falaise. C’est cette force, toujours intacte 75 ans plus tard, qui rend le film vraiment remarquable.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Lui :
Une aristocrate anglaise part en Australie pour vendre sa propriété qu’elle trouve au bord de la ruine. Avec l’aide d’un cow-boy au cœur noble et d’un enfant aborigène, elle va la remettre sur pied. Australia est de toute évidence un film ambitieux, rien que son titre le montre. Baz Luhrmann a voulu traiter divers aspects de l’histoire et des caractères de son pays tout en créant un grand spectacle. Le film a beau être bardé de bonnes intentions (1), il devient rapidement ennuyeux par manque d’originalité et de scénario. Les personnages sont très typés, l’ensemble est très hollywoodien. Nicole Kidman est ici dans l’un de ses rôles décoratifs : seule sa plastique est utilisée (fort bien d’ailleurs…), et aussi sa présence certes, mais ses talents d’actrice sont très largement sous-employés.
Note :
Lecteurs : (pas de note pour l'instant, vous pouvez noter ce film)
Voir les autres films de Baz Luhrmann chroniqués sur ce blog…
(1) Pour bien comprendre la réalité des « générations volées » (enfants métis aborigènes enlevés à leur famille pour être enfermés et éduqués à l’occidentale), il est préférable de regarder le film de Phillip Noyce Le chemin de la Liberté (Rabbit-proof fence).
Homonyme : Australia de Jean-Jacques Adrien (1989) avec Fanny Ardant et Jeremy Irons.